


{"id":488,"date":"2014-07-20T17:18:00","date_gmt":"2014-07-20T15:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=488"},"modified":"2014-07-20T17:18:00","modified_gmt":"2014-07-20T15:18:00","slug":"limagination-na-plus-davenir","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/limagination-na-plus-davenir\/","title":{"rendered":"L&rsquo;imagination n&rsquo;a plus d&rsquo;avenir ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avec La Imaginacion del futuro mis en sc\u00e8ne par Marco Layera, au clo\u00eetre des Carmes, la 68\u00e8me \u00e9dition du festival d\u2019Avignon continue dans la redondance. \u00c0 se demander ce qu\u2019on leur a fait, comme dirait l\u2019autre.\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-486\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton9.jpg\" width=\"920\" height=\"510\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-487\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/laimagination.jpg\" alt=\"laimagination.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Il faut le voir\u2026 pour le croire<\/strong><br \/>\nPour autant que nous ne sommes pas encore \u00e0 la fum\u00e9e des cierges de cette 68\u00e8me \u00e9dition, que la messe n\u2019est pas encore dite, et que son directeur s\u2019est install\u00e9\u2026 on peut tirer d\u00e9j\u00e0 quelques conclusions sur ce qui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 au festivalier. Si le th\u00e8me du \u201cJeune Public\u201d est revendiqu\u00e9 comme une pr\u00e9occupation d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, on est en droit de se demander ce qui, dans la programmation, lui \u00e9tait adress\u00e9 et sur quelles \u201cgrandes questions\u201d il aura \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9. L\u00e0-dessus, sans qu\u2019il y ait vraisemblablement une seule r\u00e9ponse, se distinguent toutefois (ou \u201cToute Foi\u201d, on ne sait plus comment l\u2019\u00e9crire) quelques tendances.<br \/>\nTout d\u2019abord, un propos sur la fonction de l\u2019art et la place de l\u2019artiste. Question r\u00e9currente et martel\u00e9e [[Voir (ou lire) :<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;Le jour du Seigneur : <a href=\"http:\/\/www.lejourduseigneur.com\/Web-TV\/Chroniques\/Dans-la-lumiere\/Olivier-Py-proche-de-Dieu-dans-l-amour\">Olivier Py proche de Dieu<\/a><br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;Psychologies : <a href=\"http:\/\/www.psychologies.com\/Culture\/Philosophie-et-spiritualite\/Le-jour-ou\/Articles-et-Dossiers\/Olivier-Py-La-faim-a-attise-mon-interiorite\">Olivier Py : la faim attise mon int\u00e9riorit\u00e9<\/a>.]]chez Olivier Py qui, tant \u00e0 la sc\u00e8ne et l\u2019\u00e9crit que sur les plateaux (tv, rencontres, sc\u00e9niques\u2026), incarne aujourd\u2019hui le leader spirituel de communaut\u00e9s qui auraient \u00e0 c\u0153ur de faire entendre qu\u2019ils (les artistes et les cr\u00e9ateurs) ont un rapport d\u2019intellection \u00e0 leurs pratiques. Mani\u00e8re s\u00e9rieuse de rappeler que l\u2019artiste aurait une mission, et serait donc un missionnaire.<br \/>\n<strong> <em><quote>Missionnaire de quoi ?<\/quote><\/em><br \/>\n <\/strong><br \/>\nSans doute la mission qui lui est attribu\u00e9e rel\u00e8ve-t-elle du souci de \u201cformation de l\u2019homme\u201d\u2026 Entendons par l\u00e0, au mieux, le pr\u00e9parer au devenir homme dans le monde \u00e0 venir. Py aurait donc quelques id\u00e9es ou serait \u00e0 m\u00eame de faire des \u201cpr\u00e9visions\u201d sur un monde dont tout le monde s\u2019accorde pour dire qu\u2019il va comme il veut, de mani\u00e8re impr\u00e9visible\u2026. Dans cette perspective id\u00e9aliste, autant qu\u2019arbitraire, \u201cpr\u00e9parer\u201d l\u2019homme, c\u2019est encore \u201cl\u2019\u00e9duquer\u201d et donc lui inculquer quelques valeurs (petite contradiction chez le mentor qui s\u2019inscrit alors dans un discours d\u2019actualit\u00e9 o\u00f9 \u201cla valeur\u201d est \u00e0 la mode et semble prot\u00e9ger un certain \u00e9tat du monde plut\u00f4t qu\u2019elle ne le lib\u00e8re pour appr\u00e9hender le futur : l\u2019imagination du futur\u2026 on y reviendra).<br \/>\nPlus simplement, voire quand le simple tourne au simplisme, la programmation de cette 68\u00e8me \u00e9dition soulignerait \u00e9galement la volont\u00e9 l\u2019\u00e9clairer ou de l\u2019illuminer (le spectateur) en lui rappelant r\u00e9guli\u00e8rement \u201cQue non bonhomme t\u2019es pas tout seul, y a un troisi\u00e8me \u0153il qui te veut du bien\u201d\u2026 hum hum\u2026  La sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale est alors devenue, ces derniers semaines, \u00e0 l\u2019insu du spectateur qui est devenu un pellerin, une rampe de lancement pour le retour du tout puissant Esprit\u2026 qui ne cesse de s\u2019incarner, plus ou moins po\u00e9tiquement et plastiquement, sur ces nouveaux lieux saints que sont les planches.<br \/>\n<strong> <em><quote>Effet Malraux et du 21\u00e8me qui sera religieux ?<\/quote><\/em><br \/>\n <\/strong><br \/>\nEffet de contagion des lieux et du patrimoine avignonnais sur le th\u00e9\u00e2tre ?<br \/>\nClo\u00eetre, chapelles et autres r\u00e9sidences sacr\u00e9es semblent retrouver un second \u201csouffle\u201d via le divin th\u00e9\u00e2tre. Effet d\u2019alliance, dans tous les cas, ou de \u201csolidarit\u00e9\u201d d\u2019un mot qu\u2019affectionne le Directeur qui, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019inqui\u00e8te de la place et du r\u00f4le de l\u2019art, induit un format esth\u00e9tique et po\u00e9tique, ou disons un carcan th\u00e9\u00e2tral : parler \u00e0 tous dans une langue accessible \u00e0 tous. Effet de r\u00e9duction du \u201cau commencement \u00e9tait le verbe\u201d, en d\u00e9finitive, o\u00f9 la prof\u00e9ration, le manich\u00e9isme, les clivages bipolaires, la pens\u00e9e coup\u00e9e en deux (c\u2019est bien, c\u2019est mal)\u2026. ne sont pas sans en avoir surpris plus d\u2019un ces derniers jours, \u00e0 mesure que les spectacles, majoritairement, reprennent \u00e0 l\u2019unisson ce m\u00e9canisme sch\u00e9matique ou ce credo\u2026 Programmation croisades de toutes les confessions, si vous voulez\u2026<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 \u201chier\u201d (m\u00e9taphore qui exprime l\u2019avant 4 juillet), le spectateur s\u2019\u00e9tait arrang\u00e9 avec l\u2019id\u00e9e que l\u2019art permettait de s\u2019inscrire dans des questionnements sans n\u00e9cessairement qu\u2019il y ait une r\u00e9ponse (\u00e7a s\u2019appelle la r\u00e9flexion ou la pens\u00e9e), mais qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas obligatoire que l\u2019art, par son exposition, soit un espace de d\u00e9lib\u00e9ration (\u00e7a s\u2019appelle d\u00e9fendre une id\u00e9e ). Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui, sur la sc\u00e8ne avignonnaise, le choix nous est propos\u00e9 non comme le moment d\u2019une alternative, mais comme une mani\u00e8re de faire valoir un point de vue (on dit \u201cid\u00e9ologie\u201d) contre un autre au pr\u00e9texte d\u2019en faire l\u2019examen.<br \/>\nL\u2019autre point de vue \u201cmis en examen\u201d (\u00e7a a un parfum de proc\u00e9s tout \u00e7a), rel\u00e8ve de la repr\u00e9sentation de l\u2019animal politique qu\u2019est l\u2019homme, ce qui est un petit emprunt \u00e0 la proposition d\u2019Aristote \u201cl\u2019homme est un animal politique\u201d.<br \/>\nEt oui, \u00e7a n\u2019a rien d\u2019original tout \u00e7a, mais ici, m\u00eame au caf\u00e9 La Pie pose (\u201cs\u00e9nat\u201d avignonnais<a href=\"14\">[Se reporter \u00e0 notre article qui fait la part belle \u00e0 l\u2019importance des caf\u00e9s dans la vie du citoyen. Pour en savoir plus relire \u00ab Os\u00e9 l\u2019Hyp\u00e9rion de Malis : les voix de l\u2019encre \u00bb [en suivant ce lien<\/a>.]], rue \u00c9douard Leclerc\u2026) personne n\u2019est pr\u00eat \u00e0 l\u00e2cher cette proposition fondamentale. Proposition construite sur le mod\u00e8le d\u2019une phrase attributive et qui m\u00e9rite un approfondissement syntaxique afin que l\u2019on en per\u00e7oive les limites s\u00e9mantiques. Et passons-nous de revenir \u00e0 l\u2019Histoire de la Gr\u00e8ce pour regarder ensemble ce que \u00e7a raconte aux contemporains. Ou rappelons, comme le soulignait Jean Bollack, que \u201cles grecs n\u2019ont pas eu de textes sacr\u00e9s \u2013 ils s\u2019y connaissaient en inspiration \u2013, du moins pas au m\u00eame titre ; le religieux \u00e9tait l\u2019affaire des religieux\u2026\u00bb[[Jean Bollack, <em>Au jour le jour<\/em>\u2026]]. \u201cPolitique\u201d chez Aristote, veut juste dire que l\u2019homme est un habitant de la cit\u00e9, un <em>homo urbanus<\/em> \u00e0 qui l\u2019on doit apprendre \u00e0 vivre ensemble en \u201cVille\u201d : cet espace partiellement public.<br \/>\n<strong> <em><quote>Est-ce bien de cela, de ce sens l\u00e0 dont il s\u2019agit aujourd\u2019hui ?<\/quote><\/em><br \/>\n <\/strong><br \/>\nRevenons \u00e0 la d\u00e9monstration. L\u2019homme est un animal politique est donc une phrase attributive. Ce qui signifie qu\u2019il y a \u00e9galit\u00e9 entre les \u00e9l\u00e9ments grammaticaux qui constituent cet \u00e9nonc\u00e9, de part et d\u2019autre du verbe d\u2019\u00e9tat : \u00eatre. Egalit\u00e9, et donc inversion ou r\u00e9versibilit\u00e9 possible. Si l\u2019homme est un animal politique, c\u2019est que l\u2019animal politique est un homme. \u00c9nonc\u00e9 tautologique qui ne produit rien du point de vue argumentatif. Si l\u2019on s\u2019inqui\u00e8te des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux et accessoires de cet \u00e9nonc\u00e9, on peut \u00e9galement le simplifier en faisant dispara\u00eetre l\u2019adjectif (\u201cpolitique\u201d) qui est un composant grammatical non essentiel. La phrase d\u2019Aristote devient alors \u201cl\u2019homme est un animal\u201d. Phrase toujours attributive o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments sont \u00e9gaux et r\u00e9versibles. Donc : \u201cL\u2019homme est un animal\u201d revient \u00e0 dire \u201cl\u2019animal est un homme\u201d\u2026 Et l\u00e0, on pressent qu\u2019il y a un \u201coups\u201d, car en fait on a du mal avec cette id\u00e9e que \u201cl\u2019animal est un homme\u201d.<br \/>\nIci et l\u00e0, le th\u00e9\u00e2tre pratiqu\u00e9 par les missionnaires a donc entrepris de r\u00e9duire cette curieuse assertion logique et rationnelle. Comme on peut l\u2019imaginer, la logique \u00e9tant ce roc difficilement contournable, les missionnaires se sont donc r\u00e9solus \u00e0 d\u00e9placer le questionnement en modifiant le paradigme \u00e0 \u00e9tudier. De l\u2019homme on est ainsi pass\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u2026 De l\u2019animal, \u00e0 celui de l\u2019animalit\u00e9\u2026 Cat\u00e9gories dont on sait qu\u2019Heidegger avait r\u00e9ussi \u00e0 montrer que l\u2019homme les contenait et qu\u2019elles \u00e9taient intrins\u00e9quement ses composants. Un Homme, c\u2019est pour partie de l\u2019humanit\u00e9, et pour une autre partie de l\u2019animalit\u00e9.<br \/>\nOr, et c\u2019est un probl\u00e8me que rencontre tout alchimiste (le politique peut en figurer un), l\u2019\u00e9quilibre entre les composants est loin d\u2019\u00eatre constant. Et les variations (probl\u00e8me de r\u00e9partition de l\u2019influence de l\u2019une ou de l\u2019autre des cat\u00e9gories) font de l\u2019homme un amalgame explosif. L\u2019Histoire l\u2019a montr\u00e9\u2026<br \/>\nAussi, les missionnaires de cette 68\u00e8me \u00e9dition ont-ils recours \u00e0 une \u201ctambouille\u201d bien souvent r\u00e9currente d\u2019un spectacle \u00e0 l\u2019autre, et ils ont ajout\u00e9 un invit\u00e9 surprise en la personne d\u2019une entit\u00e9 identifi\u00e9e \u201cDivinit\u00e9\u201d.<br \/>\nFortifiant de l\u2019humanit\u00e9 (on en oublie presque les guerres de religion et autres ph\u00e9nom\u00e8nes engendr\u00e9s par les fanatismes observ\u00e9s en son nom), vitamine miracle, cr\u00e8me de beaut\u00e9 durable, baume et \u00e9lixir\u2026 la divinit\u00e9 et ses figures d\u00e9riv\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 ainsi le lot commun de plusieurs des spectacles programm\u00e9s par Olivier Py. Au go\u00fbt de certains, m\u00eame un brin de trop\u2026 puisqu\u2019au vrai, les spectacles donnent parfois \u00e0 penser que l\u2019on quitte une salle pour en gagner une autre qui nous raconte un peu la m\u00eame chose sous des emballages diff\u00e9rents.<br \/>\n<strong> <em><quote>L\u2019insupportable a parfois le nom de \u201ccoh\u00e9rent\u201d.<\/quote><\/em><br \/>\n <\/strong><br \/>\nQuel enseignement tirer de tout cela ? La coh\u00e9rence est au rendez-vous, mais excessive, elle figure d\u00e9sormais, au mieux comme une overdose, au pire comme un matraquage. Spectateur depuis le 4 juillet, l\u2019\u00e9vidence claironn\u00e9e (Id\u00e9ologie donc) impose une sorte de mot d\u2019ordre : \u201cLa politique ne pourrait rien pour le monde, l\u2019art peut aider \u00e0 y survivre \u00e0 condition qu\u2019il nous parle \u00e0 tous et qu\u2019il soit engag\u00e9, et pour qu\u2019il parle \u00e0 tous, il faut qu\u2019il parle d\u2019une seule VOIX. La VOIX en question, habituellement imp\u00e9n\u00e9trable, s\u2019entend ici et l\u00e0, un peu partout \u00e0 vrai dire. Et de comprendre que puisqu\u2019il est difficile de croire dans la politique (encore moins dans le politique), il n\u2019y a d\u2019autre alternative que celle de CROIRE.<br \/>\nEt voil\u00e0 comment \u201con fabrique l\u2019homme \u00e0 d\u00e9faut de fabriquer des emplois\u201d (formule du (di)-Recteur Py l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9\u00e9crite par nous mais qui ne change rien \u00e0 sa signification). Reste \u00e0 mesurer l\u2019impact \u00e9conomique du Croire sur l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale, reste \u00e0 \u00e9valuer l\u2019influence du divin sur la r\u00e9partition de la richesse lors de la d\u00e9cision d\u2019un CA alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019augmenter les dividendes, reste \u00e0 croire que l\u2019Homme est meilleur s\u2019il se met \u00e0 croire, reste \u00e0 croire que CROIRE \u00e7a suffira\u2026<br \/>\nEn tout \u00e9tat de cause, Olivier Py nous invite \u00e0 retour vers le futur\u2026 Pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 revisiter le Moyen \u00e2ge\u2026 la p\u00e9riode o\u00f9 le fid\u00e9isme, puis le double fid\u00e9isme, soulignaient que le monde serait toujours, tragiquement, pris entre la raison et la croyance. Les uns pr\u00eateraient plus de pouvoir \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre\u2026 dans tous les cas, \u00e7a sera le lieu du pouvoir. Et de toutes les mani\u00e8res, on a vraisemblablement un peu de mal tout de m\u00eame \u00e0 imaginer le futur \u00e0 partir de ces deux bornes\u2026<br \/>\n<strong> <em><quote>La Imaginacion del futuro<\/quote><\/em><br \/>\n <\/strong><br \/>\nOu l\u2019imagination de l\u2019avenir, spectacle en chilien surtitr\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne Marco Layera, ne fera pas exception \u00e0 notre commentaire. Suspectant le th\u00e9\u00e2tre de n\u2019\u00eatre pas un outil ou un moyen politique, mais aspirant \u00e0 changer la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir du th\u00e9\u00e2tre, remettant en cause tous les h\u00e9ritages\u2026 mais charg\u00e9 du poids d\u2019une responsabilit\u00e9 et observant une \u00e9thique, Layera \u201caccorde au th\u00e9\u00e2tre une responsabilit\u00e9 politique\u201d. Critique \u00e0 l\u2019endroit du th\u00e9\u00e2tre officiel, il pr\u00e9f\u00e8re faire un th\u00e9\u00e2tre qui amuse et n\u2019est pas superficiel, puisque, comme il le d\u00e9clare : \u201caucune opposition n\u2019existe entre le fait de faire r\u00e9fl\u00e9chir et celui de faire rire : ces termes ne sont pas dichotomiques\u201d.<br \/>\nSoit, admettons. D\u00e8s lors, au pr\u00e9texte de revenir sur la fin tragique de Salvador Allende, la compagnie Re-sentida revisite le dernier jour du leader charismatique. \u00c0 ceci pr\u00e8s que le suicide de cet homme d\u2019\u00e9tat accul\u00e9 dans son palais pr\u00e9sidentiel par les forces de Pinochet est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par une fiction qui repose sur une hypoth\u00e8se laquelle correspond \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de Layera. Une \u00e9quipe de communicants l\u2019aurait entour\u00e9, lors de ce coup d\u2019\u00e9tat\u2026<br \/>\nLa Imaginacion del futuro est l\u00e0 dans son entier, et si le propos du metteur en sc\u00e8ne, dans le programme ne venait \u00e9clairer l\u2019enjeu (Et si cela avait \u00e9t\u00e9 vrai, cela aurait-il chang\u00e9 quelque chose ? Si l\u2019Union Populaire se refondait demain, serait-elle plus solidement b\u00e2tie ? etc.), on a du mal \u00e0 imaginer ce que tout cela pourrait \u00eatre. La finalit\u00e9 de cet artifice fabulesque permettant au metteur en sc\u00e8ne de travailler \u00e0 \u201cd\u00e9faire l\u2019id\u00e9alisation habituelle de la figure r\u00e9volutionnaire et pacifique d\u2019Allende\u201d\u2026 (Rien que \u00e7a !!!!).<br \/>\nSur sc\u00e8ne, disons alors que le principe de d\u00e9construction qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre passera principalement par une \u00e9nergie de plateau vocif\u00e9rante, hurlante, bord\u00e9lisante, chaotisante\u2026 confinant parfois au grotesque, tant\u00f4t au vulgaire, tant\u00f4t \u00e0 l\u2019ineptie, tant\u00f4t (mais tr\u00e8s rarement) au grave. Sc\u00e8nes voisines du trash et du d\u00e9lire se succ\u00e8dent ainsi pendant un peu moins d\u2019une heure et demie qui para\u00eetra bien longue, voire tr\u00e8s longue, malgr\u00e9 l\u2019engagement physique des com\u00e9diens.<br \/>\n<strong> <em><quote>\u00c0 quoi tout cela tient-il<\/quote><\/em><br \/>\n <\/strong><br \/>\nEn contrepoint de l\u2019\u00e9mission film\u00e9e de l\u2019allocution du pr\u00e9sident qui sera sans cesse reprise afin qu\u2019elle corresponde aux attentes suppos\u00e9es du public, alors que le coup d\u2019\u00e9tat qui va porter Pinochet au pouvoir se fait entendre via le bruitage de bombes et de passages d\u2019avion, le metteur en sc\u00e8ne Layera multiplie les artifices qu\u2019il suppose dr\u00f4le. Intervention dans le public et mise \u00e0 contribution du spectateur (vote \u00e0 main lev\u00e9e) et prostitution pour la bonne cause ; chor\u00e9graphie de la \u201cballe perdue\u201d o\u00f9 un olibrius en jaune fluo et paillette se pointe en front de sc\u00e8ne ; s\u00e9quence du rongeur invisible et affole un des membres de l\u2019\u00e9quipe de communication ; rapp du ministre de la culture adepte du visionnage de film porno pendant les heures de travail et la trag\u00e9die nationale ; soutien \u00e0 la scolarit\u00e9 de Ricardo par le public ; engueulade avec le pr\u00e9sident des USA au t\u00e9l\u00e9phone ; portrait rouge de Castro, Allende et le Che, suicide de Salvadore Allende ; etc, etc.<br \/>\nLe tout est juste hyst\u00e9rique. Quelle \u00e9tait la vis\u00e9e de tout cela ? Sans doute cette mise en sc\u00e8ne avait-elle le souci d\u2019alerter le spectateur sur une situation historique, voire de la transposer. Oui, peut-\u00eatre. Mais \u00e0 trop en faire, on ne distingue rien du propos qui \u00e9tait tenu\u2026<br \/>\nSauf \u00e0 constater, une nouvelle fois dans le cadre de ce festival, que le politique comme la politique sont parodi\u00e9s et raill\u00e9s\u2026 Que la politique ne conduit nulle part. Qu\u2019elle est d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s. Qu\u2019elle est une parole non pas vide, mais pleine d\u2019un sens qui ne parvient plus\u2026 Que le Salvador ne peut rien. Qu\u2019il est m\u00eame un rien modelable ou marionnettis\u00e9, etc\u2026 Et donc, c\u2019est gros comme une maison, que le \u201cSalut\u201d est ailleurs, sans doute \u00e0 l\u2019horizon d\u2019autres cieux\u2026 Tout \u00e7a pour \u00e7a\u2026 Ben merde alors, l&rsquo;imagination n&rsquo;a plus d&rsquo;avenir.<br \/>\nTiens, je pr\u00e9f\u00e8re retourner \u00e0 mes livres. \u00ab\u00a0On me tend la foi comme un paquet bien ficel\u00e9 sur un plateau tomb\u00e9 de nulle part. On voudrait que j&rsquo;accepte, mais sans l&rsquo;ouvrir. On me tend la science comme un couteau sur un plat pour ouvrir les pages d&rsquo;un livre dont toutes les pages sont blanches\u00a0\u00bb\u2026 C&rsquo;est juste Fernando Pessoa.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/WdAk4wwF\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec La Imaginacion del futuro mis en sc\u00e8ne par Marco Layera, au clo\u00eetre des Carmes, la 68\u00e8me \u00e9dition du festival d\u2019Avignon continue dans la redondance. \u00c0 se demander ce qu\u2019on leur a fait, comme dirait l\u2019autre.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":486,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-488","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/488","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/486"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=488"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=488"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}