


{"id":4886,"date":"2021-11-21T12:51:16","date_gmt":"2021-11-21T11:51:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4886"},"modified":"2021-11-21T12:51:16","modified_gmt":"2021-11-21T11:51:16","slug":"farm-fatale-lecologie-en-carton-paille-de-ph-quesne","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/farm-fatale-lecologie-en-carton-paille-de-ph-quesne\/","title":{"rendered":"Farm Fatale : l\u2019\u00e9cologie en carton-paille de Ph. Quesne"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Farm Fatale<\/em> de Philippe Quesne, Th\u00e9\u00e2tre de la Croix-Rousse (Lyon), 17-19 novembre 2021<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/arm190326-119-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4889\" \/><figcaption>Photo: Martin Argyroglo<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Dans ce spectacle cr\u00e9\u00e9 il y a 2 ans pour le r\u00e9pertoire du prestigieux Kammerspiele \u00e0 Munich, \u00a0Il ne s\u2019agit pas de faire de l\u2019\u00e9cologie un \u00e9pouvantail, ou d\u2019agiter l\u2019\u00e9pouvantail \u00e9cologique, comme certains politiciens, mais de renverser le stigmate, de jouer avec, de le prendre au pied de la lettre.<\/p>\n\n\n<p>D\u2019\u00e9pouvantails, en r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019en subsiste plus beaucoup dans nos paysages ruraux o\u00f9 dominent l\u2019industrie agro-alimentaire et l\u2019agriculture intensive. Elles ont d\u2019autres armes pour effrayer les oiseaux que ces armes artisanales, proto-th\u00e9\u00e2trales\u00a0: pas de marionnettes bricol\u00e9es et plant\u00e9es dans les champs de ma\u00efs OGM ou arros\u00e9s au glyphosate.<\/p>\n\n\n<p>D\u2019\u00e9pouvantails, en r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019y en a plus que dans la mythologie, un folklore horrifique, kitsch, recycl\u00e9 par la pop culture (L\u2019\u00c9pouvantail est par exemple un super vilain qu\u2019affronte Batman dans l\u2019univers DC comics), li\u00e9 \u00e0 un monde paysan enfoui dont, qui sait, pourraient surgir quelques revenants et autres morts-vivants vengeurs?<\/p>\n\n\n<p>Ce qui suit est une tentative d\u2019\u00e9puisement d\u2019un lieu, ce qu\u2019est avant tout ce spectacle d\u2019\u00e9pouvantails propos\u00e9 par le plasticien-sc\u00e9nographe-metteur en sc\u00e8ne Philippe Quesne, sans hi\u00e9rarchiser les hypoth\u00e8ses\u00a0:<\/p>\n\n\n<p>&#8211; 5 artistes (Ga\u00ebtan Vourc\u2019h, qui travaille depuis longtemps avec Ph. Quesne, Raphael Clamer, L\u00e9o Gobin, Mich\u00e8le Gurtner et Nuno Lucas) p\u00e9n\u00e8trent dans une galerie d\u2019art contemporain, et s\u2019adonnent \u00e0 une performance. Leur accoutrement \u00e9voque celui d\u2019\u00e9pouvantails. Les masques qu\u2019ils portent ressemblent tant\u00f4t \u00e0 celui de Leatherface (<em>Massacre \u00e0 la tron\u00e7onneuse<\/em>), tant\u00f4t \u00e0 celui du tueur d\u2019<em>Halloween<\/em>. Ils transportent de fausses bottes de paille, l\u00e9g\u00e8res comme des plumes. La blancheur aseptis\u00e9e de la salle contraste avec une esth\u00e9tique du grotesque. L\u2019apparence effrayante des \u00e9pouvantails est d\u00e9mentie par leur grande bienveillance. D\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, il est question de ce que peut encore l\u2019art face au d\u00e9sastre \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n<p>&#8211; 5 musiciens donnent au public un concert-<em>live<\/em>, de la country au rap, maniant guitares \u00e9lectriques et instruments plus improbables. Concert entrecoup\u00e9 d\u2019interludes, de digressions, de discussions. Les textes sont engag\u00e9s et ludiques, amplification de certains slogans militants du milieu \u00e9cologiste. Ce sont donc des chanteurs \u00e0 texte mais d\u00e9guis\u00e9s en \u00e9pouvantails, un peu comme dans certains groupes de rock (Les B\u00e9ruriers Noirs, ou bien Slipknot et autres Rob Zombie).<\/p>\n\n\n<p>&#8211; La sc\u00e8ne nous plonge dans un monde post-apocalyptique. La \u00ab\u00a0fin de partie\u00a0\u00bb (Beckett) a eu lieu. Tout est devenu d\u2019une blancheur d\u2019os. Les quelques survivants se nomment eux-m\u00eames des \u00ab\u00a0\u00e9pouvantails\u00a0\u00bb tant ils sont difformes, peut-\u00eatre \u00e0 force d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s aux radiations ou \u00e0 la pollution. Leurs voix sonnent \u00e9trangement, suraigu\u00eb, tr\u00e8s grave, avec des \u00e9chos&#8230; Clowns d\u2019autant plus attentionn\u00e9s les uns envers les autres que du vivant il ne reste quasiment plus rien\u00a0\u2013\u00a0une abeille aussi invisible qu\u2019une puce\u00a0\u2013\u00a0ils tuent le temps en ressassant les errements du pass\u00e9, en \u00e9coutant les archives sonores d\u2019une nature \u00e9teinte, en jouant de la musique, en \u00e9piant un voisin psychopathe ou en se tournant vers un nouvel avenir radieux via l\u2019\u00e9closion esp\u00e9r\u00e9e de gros \u0153ufs phosphorescents&#8230;<\/p>\n\n\n<p>&#8211; Ph. Quesne nous adresse une fable, un apologue, un conte, o\u00f9 le merveilleux est de mise, un autre ordre de r\u00e9alit\u00e9 est imagin\u00e9 pour mieux faire r\u00e9fl\u00e9chir aux d\u00e9r\u00e8glements (climatiques) du n\u00f4tre. Il \u00e9tait une fois des \u00e9pouvantails qui parlent, qui interviewent une abeille, qui recueillent les \u0153ufs multicolores d\u2019un gentil y\u00e9ti, etc.<\/p>\n\n\n<p>&#8211; Des militants \u00e9cologistes se r\u00e9unissent dans un lieu, s&rsquo;y r\u00e9fugient, l&rsquo;occupent, tentent de sortir du d\u00e9sarroi et de r\u00e9inventer des modes d\u2019action, en s\u2019inspirant par exemple du carnaval, d\u2019o\u00f9 leur accoutrement. \u00ab\u00a0Ces hommes et femmes qui aspirent \u00e0 un monde meilleur sont avant tout de doux r\u00eaveurs, des po\u00e8tes, des militants, [&#8230;] tentent malgr\u00e9 tout d\u2019\u00e9chapper au capitalisme d\u00e9cha\u00een\u00e9 qui d\u00e9truit les for\u00eats, les terres, les oc\u00e9ans, et de sauver les vies multiples de ce qui grouille, parle, po\u00e9tise et pense tout autour de nous\u00a0\u00bb (programme de salle). C\u2019est la veine \u00ab\u00a0\u00e9copo\u00e9tique\u00a0\u00bb du spectacle. Elle est perceptible dans le rapport aux objets, o\u00f9 l\u2019on peut faire tout avec presque rien, faire exister une abeille en formant un creux avec ses deux mains, fabriquer une mouette avec des sacs poubelles, po\u00e9tiser le d\u00e9chet plastique, et m\u00eame des lampes ovo\u00efdes. Elle est aussi audible dans le rapport \u00e0 la langue, par des d\u00e9calages dus \u00e0 la sonorisation des voix, mais aussi des jeux de mots (\u00ab\u00a0Farm fatale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bee-sexualit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0egg-sp\u00e9rience\u00a0\u00bb&#8230;), ou le m\u00e9lange post-Babel, autre effondrement, des langues (anglais, fran\u00e7ais, allemand).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/arm190326-028-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4890\" \/><figcaption> Photo: Martin Argyroglo <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Bref, on en finirait pas d\u2019\u00e9puiser la partie. Mais o\u00f9 est la petite b\u00eate (car il y en a une)\u00a0? S\u2019il y a \u00e9cologie ici, elle est dans un recyclage (postmoderne) o\u00f9 tout finit par se neutraliser. Un clin d\u2019\u0153il au \u00ab\u00a0matsutake\u00a0\u00bb, \u00e0 destination des lecteurs du <em>Champignon de la fin du monde\u00a0: sur la possibilit\u00e9 de vivre dans les ruines du capitalisme<\/em> (2015) d\u2019Anna Tsing, c\u00f4toie un langage gestuel et des tours de parole du type Nuit Debout, en alternance avec l\u2019\u00e9chafaudage de cabanes en mode zadiste. Un \u00e9pouvantail se pr\u00e9nomme \u00ab\u00a0P\u00e9cuchet\u00a0\u00bb, et sa comparse \u00ab\u00a0Sissi\u00a0\u00bb. <em>Les Inrockuptibles<\/em> trouvent cette \u00ab\u00a0fable \u00e9colo irr\u00e9sistible\u00a0\u00bb (programme de salle). L\u2019affect principalement cultiv\u00e9 est l\u2019amusement auto-r\u00e9flexif. La fourche des paysans est d\u00e9tourn\u00e9e en perche \u00e0 micro. Un panneau <em>Umleitung<\/em> affiche cet art du \u00ab\u00a0d\u00e9tournement\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0d\u00e9viation\u00a0\u00bb tous azimuts. Aussit\u00f4t soulev\u00e9e, la question de la violence est \u00e9vacu\u00e9e\u00a0: pas de r\u00e9surgence \u00e0 craindre d\u2019une \u00ab\u00a0guerre des pauvres\u00a0\u00bb (\u00c9ric Vuillard), d\u2019un nouvel avatar de Thomas M\u00fcntzer, de jacqueries ou de r\u00e9voltes paysannes.<\/p>\n\n\n<p>Ph. Quesne pr\u00e9sente un produit ind\u00e9niablement bien empaill\u00e9 mais somme toute inoffensif. Il se compla\u00eet dans une mythologie de l\u2019ind\u00e9, au sens du rock ind\u00e9, de la musique ind\u00e9, des radios ind\u00e9pendantes des ann\u00e9es 1980 o\u00f9 le bricolage dans un garage tentait d\u2019exploiter les failles du syst\u00e8me capitaliste, mais qui ne correspond plus du tout \u00e0 sa position effective de t\u00eate d\u2019affiche des sc\u00e8nes europ\u00e9ennes, avec une griffe reconnaissable entre toutes (la taupe-mascotte, les costumes o\u00f9 disparaissent les acteurs, le concert <em>live<\/em>, etc.). Il sert d\u00e9sormais au public des <em>repr\u00e9sentations<\/em> de la culture ind\u00e9, \u00e0 laquelle il a vraiment particip\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts. L\u2019arme fatale retourne \u00e0 l\u2019\u00e9tat f\u0153tal. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Farm Fatale de Philippe Quesne, Th\u00e9\u00e2tre de la Croix-Rousse (Lyon), 17-19 novembre 2021 Dans ce spectacle cr\u00e9\u00e9 il y a 2 ans pour le r\u00e9pertoire du prestigieux Kammerspiele \u00e0 Munich, \u00a0Il ne s\u2019agit pas de faire de l\u2019\u00e9cologie un \u00e9pouvantail, ou d\u2019agiter l\u2019\u00e9pouvantail \u00e9cologique, comme certains politiciens, mais de renverser le stigmate, de jouer avec, de le prendre au pied de la lettre. 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