


{"id":494,"date":"2014-07-18T17:11:00","date_gmt":"2014-07-18T15:11:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=494"},"modified":"2014-07-18T17:11:00","modified_gmt":"2014-07-18T15:11:00","slug":"interieur-une-encre","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/interieur-une-encre\/","title":{"rendered":"Int\u00e9rieur\u2026 une Encre."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/interieur\">Int\u00e9rieur<\/a><\/em>, de Maurice Maeterlinck, mis en sc\u00e8ne par <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/claude-regy\">Claude R\u00e9gy<\/a> \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-492\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton11.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-493\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/interieur.jpg\" alt=\"interieur.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong> <em>Cr\u00e9e en juin 2013 \u00e0 la demande de Stoshi Miyagi, au World Festival Shizuoka under mt Fuji, <em>Int\u00e9rieur<\/em> dans la mise en sc\u00e8ne de Claude R\u00e9gy est interpr\u00e9t\u00e9 par des acteurs japonais. \u0152uvre que l\u2019on d\u00e9couvre \u00e0 travers eux et le texte surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais. Mise en sc\u00e8ne et jeu fascinants, dans une sc\u00e9nographie picturale de Sallahdyn Khatir, et un travail lumi\u00e8re de Remi Godfroy. <em>Int\u00e9rieur<\/em>, ou la mort d\u2019un enfant\u2026 comme point d\u2019appui\u2026<\/em> <\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><quote>Int\u00e9rieur\u2026 le tragique quotidien<\/quote><\/em><br \/>\nRien n\u2019existe plus parfois et rien ne se voit plus aux yeux de celui dont la pens\u00e9e est le territoire d\u2019une pens\u00e9e extr\u00eame. Rien n\u2019existe plus pour celui dont la pens\u00e9e s\u2019arr\u00eate, sinon la pens\u00e9e elle-m\u00eame. C\u2019est ainsi, et c\u2019est une loi qu\u2019impose la raison mise en sommeil d\u00e8s lors qu\u2019elle rencontre et que s\u2019impose ce qu\u2019elle ne peut arraisonner. La pens\u00e9e est alors comme un feu-follet, prisonni\u00e8re d\u2019une clart\u00e9 qui ne la guide plus. La pens\u00e9e \u00e9clair\u00e9e, trop \u00e9clair\u00e9e, est paralys\u00e9e, immobilis\u00e9e, et gagne un monde souterrain aux galeries infinies, aux ombres ind\u00e9passables. Devant une douleur, devant une peur, devant l\u2019extr\u00eame, devant ce qu\u2019il convient de nommer \u00ab le redout\u00e9 \u00bb et malgr\u00e9 les fortifications de la parole apaisante qui s\u2019entend au loin, la pens\u00e9e dispara\u00eet aux mots qui lui deviennent \u00e9trangers. Contamin\u00e9e par cette inertie, et sa parente l\u2019entropie, le \u00ab redout\u00e9 \u00bb obscurcit les canaux de vie et affecte le corps d\u2019une force int\u00e9rieure. L\u2019attente, ou le battement lent des tempes, lui est alors et dor\u00e9navant le seul mouvement connu. Et pour autant que cet instant ouvre sur une dur\u00e9e inconnue, pour autant que cet effacement d\u00e9vaste les lieux connus et les sentiments familiers, qu\u2019il y a \u00e0 cet endroit un abandon et que ce temps livre passage \u00e0 l\u2019\u00e8re du soup\u00e7on, ce temps laisse venir le visage du monde tel qu\u2019il est. Ainsi l\u2019effacement est-il, peut-il \u00eatre, l\u2019instant du face \u00e0 face avec soi. Instant ou br\u00e8che, ou minute sup\u00e9rieure \u00e9crit Maerterlinck, qui laisse rayonner la pens\u00e9e sensible, celle qui n\u2019est soumise \u00e0 aucune autre \u00e9nergie que la sensation vive.<br \/>\nDans cet abandon, o\u00f9 \u00ab les verrous n\u2019arr\u00eatent rien \u00bb dit l\u2019Etranger d\u2019Int\u00e9rieur, vient alors \u00ab la vue de la vie \u00bb comme on l\u2019entend encore dans ce drame de Maeterlinck. Et rien de tout cela n\u2019a \u00e0 voir avec une \u00ab r\u00e9v\u00e9lation \u00bb pas plus qu\u2019avec une profondeur ignor\u00e9e. L\u2019\u00eatre n\u2019ignore rien des r\u00e9gions de la conscience et de l\u2019\u00e2me qui lui sont interdites. Son imagination lui a appris \u00e0 inventer les peuples de ces r\u00e9gions lointaines, et il conna\u00eet les mouvements qui hantent ces territoires et forment leurs histoires. Il connait chacune des silhouettes qui marchent vers lui et devant lesquelles il ne peut se d\u00e9rober. Il m\u00e9conna\u00eet leur langue, mais en saisit l\u2019intensit\u00e9 du phras\u00e9 et la ligne m\u00e9lodique lui enseigne quelle en est la vis\u00e9e. Ce n\u2019est pas de l\u2019ordre de la r\u00e9v\u00e9lation, vraiment, mais c\u2019est bien plus une Exp\u00e9rience qui s\u2019impose. Avec l\u2019absence de la raison \u2013 cette gardienne des portes de l\u2019esprit \u2013 c\u2019est l\u2019\u00eatre affranchi et na\u00eff, lib\u00e9r\u00e9 et mis au monde, qui s\u2019ouvre aux \u00e9lans chaotiques et sismiques de la soudainet\u00e9 de l\u2019Exp\u00e9rience. Avec elle, il connait un corps \u00e0 corps avec les nouvelles id\u00e9es. A l\u2019\u00eatre manque ainsi, et c\u2019est ce qu\u2019offre la vie, l\u2019Exp\u00e9rience renouvel\u00e9e de ce qu\u2019il a pu imaginer. Et il n\u2019y a rien, encore une fois, de magique, de fantastique, d\u2019incroyable, d\u2019extra-ordinaire\u2026 L\u2019Exp\u00e9rience du quotidien et de ses grands myst\u00e8res suffisent \u00e0 le coloniser par cette grande mis\u00e8re qu\u2019est le r\u00e9dout\u00e9. Dans Int\u00e9rieur, celui qui a d\u00e9j\u00e0 livr\u00e9 l\u2019Intruse, La Mort de Tintagiles, Les Aveugles\u2026 \u00e9crit \u00e0 nouveau sur la mort. Mais l\u2019Exp\u00e9rience qui concerne Int\u00e9rieur, c\u2019est simplement \u00ab annoncer celle-ci \u00bb. \u00ab Venir dire \u00e0 un Tiers que la mort lui a pris un \u00eatre cher \u00bb, et figurer le messager, l\u2019Hermes, de ce qui va fatalement transformer la vie des vivants soudainement, et radicalement, endeuill\u00e9s.<br \/>\nLe temps dramatique d\u2019Int\u00e9rieur est ainsi celui \u2013 proche de l\u2019h\u00e9sitation \u2013  de la d\u00e9lib\u00e9ration, de la pr\u00e9vention, de la retenue\u2026 qui pr\u00e9c\u00e8de un aveu imp\u00e9ratif, incontournable, ind\u00e9passable. C\u2019est entre ces deux mouvements (celui du temps que l\u2019on essaie de gagner et celui de l\u2019instant que l\u2019on ne peut \u00e9viter) que se forme une parenth\u00e8se humaine o\u00f9 le vieillard et l\u2019\u00e9tranger p\u00e8sent le poids des mots qui serviront, non \u00e0 faire dispara\u00eetre la douleur pr\u00e9visible, mais \u00e0 l\u2019accompagner. Int\u00e9rieur est ainsi une pi\u00e8ce sur l\u2019accompagnement qui dit le souci de l\u2019autre.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"550\" height=\"306\" src=\"http:\/\/www.canal-u.tv\/video\/universite_d_avignon_et_des_pays_de_vaucluse\/embed.1\/lecon_de_l_universite_le_bruit_du_monde_avec_claude_regy_metteur_en_scene.12530?width=550&amp;height=306\" frameborder=\"0\" allowfullscreen scrolling=\"no\"><\/iframe><br \/>\n<em><quote>La disparition\u2026 apparition<\/quote><\/em><br \/>\nLa disparition aura \u00e9t\u00e9 le centre des attentions de Claude R\u00e9gy pour cette nouvelle mise en sc\u00e8ne qui suit de quelques mois seulement La Barque le soir, repris au 104. Disparition des didascalies abondantes de Materlinck qui servaient \u00e0 cr\u00e9er un climat. La mise en sc\u00e8ne ne s\u2019y substitue pas, mais invente ce que les mots ne pouvaient figurer que conceptuellement. Ont disparus la for\u00eat de saule, la maison, la table, la lampe, les fen\u00eatres, la porte\u2026 auxquels Claude R\u00e9gy a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un plateau de sable \u00e9clair\u00e9 diff\u00e9remment. Plateau de sable ou d\u00e9sert marqu\u00e9 par les empreintes fantomatiques d\u2019interpr\u00e8tes spectrales qui observent un ralenti qui s\u2019applique au mouvement, \u00e0 la parole, au contact\u2026 D\u00e9sert, dis-je, ou une m\u00e9taphore encore de l\u2019immensit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la distance n\u2019est plus appr\u00e9hendable qu\u2019\u00e0 travers la d\u00e9mesure d\u2019une lenteur qui l\u2019augmente infiniment. Mani\u00e8re, encore, de faire sentir non pas l\u2019\u00e9loignement, mais l\u2019\u00e9preuve que peut-\u00eatre le rapprochement. D\u00e9sert abstrait \u00e9clair\u00e9 par une lumi\u00e8re tenue \u00e0 la limite d\u2019un \u00e9tat cr\u00e9pusculaire o\u00f9 se forment les fronti\u00e8res du dedans, du dehors et celle d\u2019un seuil. Fronti\u00e8res qui reprennent les trois \u00e9tats d\u2019une situation compos\u00e9e par un espace muet (la maison), un espace parlant ( l\u2019ext\u00e9rieur) et un espace interm\u00e9diaire (le seuil ou la limite d\u2019une parole \u00e0 venir) o\u00f9 un tryptique qui architecture l\u2019espace dialectique saisi dans ses variations qui forment une partition. Partition muette pour le premier o\u00f9 le clan observe un silence ou plut\u00f4t une communication rentr\u00e9e, autour d\u2019un enfant qui dort et qu\u2019il veille. C\u2019est l\u2019espace d\u2019une pantomime et d\u2019une choralit\u00e9 spirituelle. Partition murmur\u00e9e pour le second, l\u00e9g\u00e8rement en front de sc\u00e8ne, dans la proximit\u00e9 des spectateurs, o\u00f9 la parole syllabique est gouvern\u00e9e par la conscience de la langue et de ses limites. C\u2019est l\u2019espace des \u00ab voyeurs \u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment des \u00ab  t\u00e9moins \u00bb, aux regards tourn\u00e9s vers l\u2019int\u00e9rieur, s\u2019inqui\u00e9tant de leur devoir. De la proximit\u00e9 de l\u2019un et de l\u2019autre de ces mondes silencieux et \u00e0 peine sonores na\u00eetra un espace interm\u00e9diaire : le seuil. Davantage une ligne \u00e9paissie ou diminu\u00e9e au regard du pas que le vieillard accompli vers sa t\u00e2che. C\u2019est l\u2019espace qui marque le point de non-retour de la parole qui serait articul\u00e9e. C\u2019est le territoire de la tension d\u2019un signifiant que l\u2019on cherche, qui fait d\u00e9faut, et qui trouvera dans le geste de la r\u00e9signation, le silence de l\u2019abattement retenu, le signifi\u00e9 que le son ne pouvait acheminer.<br \/>\nInt\u00e9rieur se regarde ainsi comme le territoire d\u2019un d\u00e9placement qui touche non seulement les corps qui vivent intens\u00e9ment et ralentis \u2013 en souffrance de dire\u2013 mais aussi le d\u00e9placement de la signification qui, attach\u00e9e a priori \u00e0 la parole et au son, glisse vers un mouvement, un geste, une vibration du corps\u2026<br \/>\nDe la parole au geste, c\u2019est ainsi tout un tissu de concentration, de condensation qui voit le jour sur la sc\u00e8ne de Monfavet.<br \/>\nSc\u00e8ne o\u00f9 le sable figure encore (et pourquoi pas ?), celui d\u2019un sablier qui a perdu son usage et o\u00f9 les d\u00e9coupes lumi\u00e8res, bien que mat\u00e9rialisant des espaces distincts, unissent ce monde d\u2019ombres en une m\u00eame action. L\u00e0 o\u00f9 les veilleurs sont regard\u00e9s par les gu\u00eateurs. Sc\u00e8ne de vigies insoup\u00e7onn\u00e9es o\u00f9 le surtitrage, en fran\u00e7ais, appara\u00eet et dispara\u00eet au rythme d\u2019une parole d\u00e9sarticul\u00e9e,  d\u2019une pulsation lente et \u00e0 peine \u00e9clair\u00e9e qui fait de l\u2019\u00e9criture un battement intermittent, une sorte de jeu scripturaire fun\u00e8bre. Un \u00e9cho \u00e0 la parole sonore du plateau.<br \/>\nJamais, de m\u00e9moire de spectateur, pareil soin ne fut apport\u00e9 \u00e0 un surtitrage qui, bien plus qu\u2019une simple traduction, relevait ici d\u2019un geste po\u00e9tique o\u00f9, comme l\u2019\u00e9crivait Henri Meschonnic \u00ab le traduit aide \u00e0 traduire ce qui n\u2019est pas traduit \u00bb. Ecriture cisel\u00e9e donnant \u00e0 entendre l\u2019intimit\u00e9 des langues fran\u00e7aises et japonaises.<br \/>\n<quote><em>Int\u00e9rieur\u2026 comme une Encre.<\/em><\/quote><br \/>\nVisuellement, le travail de Claude R\u00e9gy se regarde comme une Encre, de celle que l\u2019on peut contempler chez Gao Xingjian o\u00f9 la silhouette humaine se ram\u00e8ne \u00e0 un  trait qui se regarde comme une entaille sur fond blanc. Silhouettes qui peuvent ressembler \u00e0 des signes graphiques \u00e9nigmatiques, \u00e0 des lignes plastiques prises dans l\u2019isolement de la toile. Encre, dis-je, o\u00f9 l&rsquo;isolement des composants ne les diminue pas mais les rend visible et sensible. La solitude, le silence, le murmur\u00e9 du trait\u2026 forment alors le propre de l\u2019Encre qui est de souligner \u00ab quelque chose \u00bb tout en taisant le secret. Et d\u2019ajouter que l\u2019acteur y est visible dans un travail qui rel\u00e8ve tout \u00e0 la fois de l\u2019interpr\u00e9tation et de l\u2019\u00e9xecution. Acteur que l\u2019on regarde ainsi travailler un point d\u2019appui o\u00f9 la rencontre avec les \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e8nographie est l\u2019objet d\u2019une attention de tous les instants. C\u2019est en d\u00e9finitive un temps rare qui est donn\u00e9 \u00e0 voir, et \u00e0 sentir. Temps hypnotique et spirituel o\u00f9 rien de ce qui vient \u00e0 passer ne s\u2019\u00e9carte d\u2019une exigence esth\u00e9tique rare.<br \/>\nDans ce silence \u00e9ternel o\u00f9 s\u2019entend le murmure des questions atemporelles, soudainement, comme pris dans un coup de vent, une partie des com\u00e9diens qui formait le clan de la maison, dispara\u00eetra en courant\u2026<br \/>\nEt de regarder ce qui a disparu, avec la lumi\u00e8re faiblissante, comme ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019apparition d\u2019une sensation\u2026 vive, chaude, proche de l\u2019\u00e9nergie des forces sup\u00e9rieures qui hantaient la sc\u00e8ne comme le texte entendu. Magistral.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/u4cV0Z0o\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Int\u00e9rieur, de Maurice Maeterlinck, mis en sc\u00e8ne par Claude R\u00e9gy \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014 Cr\u00e9e en juin 2013 \u00e0 la demande de Stoshi Miyagi, au World Festival Shizuoka under mt Fuji, Int\u00e9rieur dans la mise en sc\u00e8ne de Claude R\u00e9gy est interpr\u00e9t\u00e9 par des acteurs japonais. \u0152uvre que l\u2019on d\u00e9couvre \u00e0 travers eux et le texte surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais. Mise en sc\u00e8ne et jeu fascinants, dans une sc\u00e9nographie picturale de Sallahdyn Khatir, et un travail lumi\u00e8re de Remi Godfroy. 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