


{"id":512,"date":"2014-07-15T17:40:00","date_gmt":"2014-07-15T15:40:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=512"},"modified":"2014-07-15T17:40:00","modified_gmt":"2014-07-15T15:40:00","slug":"sorry-sisters","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sorry-sisters\/","title":{"rendered":"Sorry Sisters"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/le-sorelle-macaluso\">Le Sorelle Macaluso<\/a><\/i>, spectacle d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/emma-dante\">Emma Dante<\/a> \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-510\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton16.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-511\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/lesorelle.jpg\" alt=\"lesorelle.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Du 7 au 15 juillet, Emma Dante pr\u00e9sente dans cette 68e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon Le Sorelle Macaluso. Les huit actrices accompagn\u00e9es de deux acteurs racontent avec pr\u00e9cision technique l&rsquo;histoire de cette famille Macaluso &#8211; famille sicilienne prol\u00e9tarienne. C&rsquo;est l&rsquo;histoire des souvenirs d&rsquo;enfance et de la mort et de la r\u00e9alit\u00e9 de la vie des gens pauvres. Un th\u00e9\u00e2tre corps-\u00e0-corps, physique, gestuel, direct.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Un rideau noir nous laisse regarder dans un trou noir avec seuls cinq boucliers en avant-sc\u00e8ne. Boucliers argent\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de ces plateaux argent\u00e9s et d\u00e9cor\u00e9s sur lesquels on sert les repas. Boucliers sous lesquels appara\u00eetront plus tard des \u00e9p\u00e9es aussi argent\u00e9es et qui serviront \u00e0 une chor\u00e9graphie millim\u00e9tr\u00e9e de combat stylis\u00e9, quelque chose entre un jeu d&rsquo;enfant et la machinerie imp\u00e9tueuse de la vie qui, tout en produisant des perdants, continue sa course effr\u00e9n\u00e9e.<br \/>\nLa lumi\u00e8re descend lentement dans la salle. On entend des pas, des bruits de talon, dans le noir. Le plateau est \u00e9clair\u00e9 : vide. Entre alors une femme en dansant, un peu maladroitement mais avec de grandes gestes, comme si elle voulait se vider de tout. Tel qu&rsquo;on s&rsquo;imagine quelqu&rsquo;un qui danse pour lui dans son salon, pour bouger, expulser. Quelque chose entre danse et combat intercal\u00e9 par des marches et des boitements. On voit appara\u00eetre alors au fond des visages dans une ligne et rapidement apr\u00e8s, un ch\u0153ur de femme marche d&rsquo;abord dans un rythme de la vie capitaliste ou militaire \u00e0 travers le plateau, en donnant le rythme avec leurs pieds synchronis\u00e9s, pour ensuite ralentir et tomber dans une marche plut\u00f4t fun\u00e8bre. Une croix appara\u00eet. Puis, acc\u00e9l\u00e9ration \u00e0 nouveau. Des corps chutent de ce corps-ch\u0153ur, sont d&rsquo;abord retenus, pour ensuite \u00eatre expuls\u00e9s, catapult\u00e9s. La bataille aux boucliers et \u00e9p\u00e9es. Encore la marche sur une musique qui s&rsquo;est transform\u00e9e en une musique peut-\u00eatre klezmer, musique folklorique joyeuse et en m\u00eame temps avec tant de nostalgie. Elles enl\u00e8vent les chemises et pantalons noirs pour que les robes aux couleurs vives \u00e9clatent au jour, pour revenir \u00e0 ce souvenir du dernier moment o\u00f9 la famille \u00e9tait encore unie. \u00c7a rit, \u00e7a court, \u00e7a siffle en pin\u00e7ant le sexe d&rsquo;une s\u0153ur, \u00e7a gesticule, \u00e7a rit et \u00e7a pleure de rire. L\u2019Italie comme on se l&rsquo;imagine, ou comme on le conna\u00eet des films de Pasolini ou des autres. Apr\u00e8s ce fou-rire de ces sept s\u0153urs, on commence alors \u00e0 nous raconter l&rsquo;histoire de cette famille pauvre, ces Accattones sans prostitu\u00e9s, mais qu&rsquo;avec seule de \u00ab la merde \u00bb \u00e0 ramasser. On nous raconte des souvenirs d&rsquo;enfance o\u00f9 le jeu, la joie et la gesticulation se font brutalement interrompre par les accidents b\u00eates de la vie, accidents qui viennent de quelques jeux d&rsquo;enfants qui se retournent en trag\u00e9dies. Et on s&rsquo;en doute que le milieu social, avec toute la bonne volont\u00e9 des parents, n&rsquo;y est pas pour rien, que ces accidents ont toujours une motivation en sourdine, obscure, inconsciente qui nous rattrape une fois pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acte, mais qui viennent du fait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas assez de place pour tout le monde dans cette grande famille. Et o\u00f9, on s&rsquo;en doute, ces accidents de la vie ne peuvent pas \u00eatre rattrap\u00e9s avec la m\u00eame aisance que chez les couches sociales sup\u00e9rieures ; o\u00f9 tomber enceinte par accident am\u00e8ne \u00e0 des violences m\u00e8re-fils qu&rsquo;on qualifierait volontairement de sadique, mais qui, l\u00e0, n&rsquo;est que l&rsquo;expression d&rsquo;une d\u00e9tresse socio-\u00e9conomique et donc humaine. C&rsquo;est cet adjectif \u00ab humain \u00bb qui qualifierai peut-\u00eatre le mieux cette mise en sc\u00e8ne. Ces moments o\u00f9 le jeu est rattrap\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9, mais o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 est d\u00e9pass\u00e9e par le d\u00e9sir, mais o\u00f9 le d\u00e9sir est frustr\u00e9 par une exclusion sociale, et o\u00f9 l&rsquo;exclusion sociale est devanc\u00e9e par le r\u00eave. Certes, r\u00eave inaccessible, de vouloir \u00eatre Maradona avec un c\u0153ur malade, certes, r\u00eave inaccessible, de vouloir toujours devenir danseuse \u00e9toile apr\u00e8s 42 ans du m\u00eame boulot de merde. Mais r\u00eave tout de m\u00eame. Peut-\u00eatre r\u00eave st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, ali\u00e9n\u00e9 et impos\u00e9 par un syst\u00e8me, mais r\u00eave tout de m\u00eame. Et ce qui touche alors dans cette mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Emma Dante est qu&rsquo;elle \u00e9l\u00e8ve ces moments de lueur, de r\u00eave, de d\u00e9sir, mais aussi de pulsions violentes, ces moments o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9, qui est nou\u00e9e trop \u00e9troitement, s&rsquo;ouvre vers les champs de possible, qu&rsquo;elle \u00e9l\u00e8ve ces moments \u00e0 une force expressive avec les moyens d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre pauvre. Les corps, la lumi\u00e8re, de la musique. Cette narration en avant-sc\u00e8ne, ce \u00ab mur \u00bb, est intercal\u00e9e par ces moments o\u00f9 les corps sont d\u00e9sarticul\u00e9s, presque marionnettis\u00e9s, o\u00f9 l&rsquo;on se surprend de se demander si c&rsquo;est encore un homme, ces moments o\u00f9 le d\u00e9sir de deux corps se traduit par une danse corps-\u00e0-corps, des corps qui se jettent dans l&rsquo;autre corps, qui se jettent l&rsquo;un dans l&rsquo;autre avec toute la force de la gravit\u00e9 qui peut exister, o\u00f9 le vertige de deux corps se traduit par cette r\u00e9alit\u00e9 du vertige et du danger de leur danse, ces moments o\u00f9 l&rsquo;on permet au cadavre de r\u00e9aliser son r\u00eave d&rsquo;enfance, o\u00f9 ce cadavre danse pour se mettre en tutu, les doigts \u00e9cart\u00e9s, une figure inqui\u00e9tante, mais o\u00f9 son humanit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 la force du r\u00eave. Un th\u00e9\u00e2tre pauvre qui par les corps seuls arrive \u00e0 fuir un naturalisme pour investir des abstractions expressives : des mouvements en boucle, le placement des corps en sc\u00e8ne, les gestes qui accompagnent la narration de l&rsquo;histoire.<br \/>\nNous pouvons traiter cette vision de la pauvret\u00e9 comme romantique, nous pouvons aussi croire que les exclus du syst\u00e8me, ceux qui sont \u00e0 sa marge, auront gard\u00e9 un rapport \u00e0 la vie qui ne serait pas alt\u00e9r\u00e9 par la conformit\u00e9 que la bourgeoisie impose, et que dans cette diff\u00e9rence, une lueur perdure. Emma Dante est en tout les cas assez subtile pour que toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 y appara\u00eet : leur douleur et leur po\u00e9sie, leur ali\u00e9nation et leur diff\u00e9rence, o\u00f9 leur r\u00e9alit\u00e9 est rattrap\u00e9e par leurs souvenirs, o\u00f9 leur vie est rattrap\u00e9e par la mort. Au final, il ne reste que des crucifix et une photo fun\u00e8bre\u2026 sorry sisters.<br \/>\nAu final, Le Sorelle Macaluso est une histoire qu&rsquo;on connaissait d\u00e9j\u00e0 dans un th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;on reconna\u00eet, mais qui arrive encore \u00e0 toucher par sa virulence corporelle.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/RjmdpqPx\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Sorelle Macaluso, spectacle d&rsquo;Emma Dante \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014 Du 7 au 15 juillet, Emma Dante pr\u00e9sente dans cette 68e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon Le Sorelle Macaluso. Les huit actrices accompagn\u00e9es de deux acteurs racontent avec pr\u00e9cision technique l&rsquo;histoire de cette famille Macaluso &#8211; famille sicilienne prol\u00e9tarienne. 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