


{"id":518,"date":"2014-07-13T17:48:00","date_gmt":"2014-07-13T15:48:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=518"},"modified":"2014-07-13T17:48:00","modified_gmt":"2014-07-13T15:48:00","slug":"la-greve-ou","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-greve-ou\/","title":{"rendered":"La gr\u00e8ve ou\u2026"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-516\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton18.jpg\" width=\"699\" height=\"487\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-517\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/reve_generale.jpg\" alt=\"reve_generale.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"466\" \/><br \/>\nCe 12 juillet 2014, la gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 par 64 % du personnel du Festival d&rsquo;Avignon. 8 sur 13 spectacles sont en gr\u00e8ve. Les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;\u00e9cole de la Com\u00e9die de Saint-\u00c9tienne jouent leur derni\u00e8re et essayent de montrer leur solidarit\u00e9 avec le mouvement avec un discours avant et apr\u00e8s le spectacle. Leur emphase path\u00e9tique pourrait trahir leur manque de sinc\u00e9rit\u00e9. \u00c0 la vue du r\u00e9sultat sc\u00e9nique, ils auront mieux fait de faire gr\u00e8ve, pour eux, pour nous et pour le mouvement.<br \/>\nLa question n&rsquo;est pas de savoir si c&rsquo;est bon ou mauvais. La question, c&rsquo;est comment est-ce possible que quelque chose comme \u00e7a se trouve au Festival d&rsquo;Avignon. Un Festival qui a toujours voulu d\u00e9fendre un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;art europ\u00e9en propose donc \u00e0 deux \u00e9coles d&rsquo;acteurs une plage dans la programmation, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 des jeunes gens en formation. L&rsquo;\u00e9cole de la Com\u00e9die de Saint-\u00c9tienne pr\u00e9sente dans la Gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph un &#8211; on l&rsquo;apprend dans le programme \u2013 atelier-spectacle. C&rsquo;est-\u00e0-dire un truc o\u00f9 on essaie, on cherche, mais o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;est pas dans un souci de finalisation pour une confrontation au public. C&rsquo;est tout \u00e0 fait Nature Morte. Un atelier ou un spectacle de fin d&rsquo;ann\u00e9e de copains lyc\u00e9ens. Mais comment est-ce donc possible qu&rsquo;un tel \u2026 truc soit programm\u00e9 officiellement dans le Festival d&rsquo;Avignon, si ce n&rsquo;est la mission principale des \u00e9coles nationales et r\u00e9gionales d&rsquo;importance d&rsquo;ins\u00e9rer leurs \u00e9l\u00e8ves dans la profession co\u00fbte que co\u00fbte. (On n&rsquo;a pas invent\u00e9 pour rien le Dipl\u00f4me National Sup\u00e9rieur Professionnel de Com\u00e9dien afin de tenter de r\u00e9gulariser l&rsquo;acc\u00e8s au march\u00e9 culturel.) L&rsquo;art alors compte peu, l&rsquo;importance est le march\u00e9. Et Olivier Py semble vouloir jouer ce jeu tout en le d\u00e9guisant sous des pr\u00e9textes de donner place \u00e0 des jeunes. Que la jeunesse et l&rsquo;excellence institutionnelle ne soit pas un garant pour que quelque chose se passe qui vaut la peine d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9 compte peu. Qu&rsquo;une s\u00e9lection de profils pour le march\u00e9 sur deux minutes d&rsquo;audition de la part des \u00e9coles soit une proc\u00e9dure absurde face \u00e0, par exemple, l&rsquo;universit\u00e9 o\u00f9 tout le monde est accept\u00e9 et o\u00f9 \u2013 nous avons la preuve ce soir \u2013 l&rsquo;intelligence et m\u00eame &#8211; on a du mal \u00e0 le croire &#8211; le jeu soit de meilleur qualit\u00e9, compte peu. Tout est une question politique et \u00e9conomique, de relations de pouvoir, de reconnaissance institutionnelle. L&rsquo;art est ailleurs. Une fois pris dans le march\u00e9, eh bien, on voit rarement des commer\u00e7ants faire gr\u00e8ve. Il ne faut pas perdre le client. La justification que la pi\u00e8ce serait politique, serait en r\u00e9sonance avec ce qui se passe, est un rachat minable des consciences. Elle peut d\u00e9fendre autant des valeurs r\u00e9volutionnaires qu&rsquo;elle veut, mais cela ne sera jamais le m\u00eame acte et ne pourra jamais avoir le m\u00eame impact \u00e9conomique que l&rsquo;annulation d&rsquo;un spectacle. Impact \u00e9conomique majeur (annulation de r\u00e9servations d&rsquo;h\u00f4tel, de restau, sans parler du trou financier qu&rsquo;un jour de gr\u00e8ve doit amener au Festival. D\u00e9j\u00e0 plus de 100 000 euros.) sur lequel le mouvement gagne son rapport de force, aussi \u00ab d\u00e9bile \u00bb que ce soit. Il est regrettable qu&rsquo;un mouvement qui se veut unanime et solidaire est si fragile dans le pourcentage des votes (participation de 46%) et fragilis\u00e9 d&rsquo;avantage par ce qu&rsquo;on nomme habituellement des briseurs de gr\u00e8ve\u2026 (Le directeur du festival indique d\u00e9j\u00e0 son d\u00e9saccord avec la strat\u00e9gie de ne pas jouer. L&rsquo;\u00e9quipe de Orlando verse alors ses salaires du jour \u00e0 la caisse du collectif du in en guise de solidarit\u00e9.)<br \/>\nPour ce qui est de la sc\u00e8ne, je n&rsquo;ai rien compris ce soir, je l&rsquo;avoue. Soit il n&rsquo;y avait rien \u00e0 comprendre, ce qui est fort possible, soit parce que Michel Raskine a noy\u00e9 le texte \u00e0 force de ne pas vouloir \u00eatre \u00ab pl\u00e9onastique \u00bb, ce qui est fort possible aussi. On a l&rsquo;impression d&rsquo;une pseudo-rationalisation de la sc\u00e8ne pour bien reconna\u00eetre une certaine structure de la pi\u00e8ce. Que dans l&rsquo;\u00e9criture les choses reviennent. Trompette 1, 2 et 3. Salutation \u00e0 la ville 1, 2 et 3. etc. etc. Le bric-\u00e0-brac sc\u00e9nographique est organis\u00e9 en rang\u00e9es militaires dont leur signification me reste obscure. Une danse d\u00e9bile sur de la musique lounge qui revient \u00e0 trois reprises, comme pour vouloir nous achever d\u00e9finitivement, annonce une autre salutation \u00e0 la ville (ou autre chose). Elle descend doucement pour bien laisser les acteurs align\u00e9s dans le vide qui, une fois le silence, attaqueront leur texte en ch\u0153ur avec des sacs de papier sur la t\u00eate et le torse d\u00e9nud\u00e9. Je cherche d\u00e9sesp\u00e9ramment un parti pris de mise en sc\u00e8ne pour ce cafouillage de rythme et de tensions d&rsquo;air, mais ne peux rien trouver que l&rsquo;ennui. Pareil pour le choix de laisser la lumi\u00e8re de jour entrer dans la salle par les fen\u00eatres de la gymnase qui baignent alors les spectateurs et les acteurs dans un m\u00eame espace &#8211; genre pour dire que c&rsquo;est un atelier. Leurs appels au citoyen de se couper ses poils, de se toucher son sexe, son cul etc. sont adress\u00e9s face, avec des couronnes de fleurs sur leurs t\u00eates, mais avec un quatri\u00e8me mur. Le regard des actrices et acteurs va \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Nous, devant, n&rsquo;existons pas. Il voulait peut-\u00eatre pas nous choquer. D&rsquo;accord, pas de probl\u00e8me, mais encore une fois, c&rsquo;\u00e9tait illisible. Parlons m\u00eame pas des costumes. Parlons m\u00eame pas d&rsquo;un sur-jeu. D&rsquo;une volont\u00e9 de faire absurde. De vider toute violence du texte par une ridiculisation de la parole. M\u00eame chez Pyjama pour six, il y avait plus de sinc\u00e9rit\u00e9. Quand Michel Raskine propose derri\u00e8re notre dos une pause aux acteurs, les spectateurs applaudissent d\u00e9j\u00e0 pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s, mais cela continue. La pause est une pause jou\u00e9e &#8211; genre pour dire que c&rsquo;est un atelier. Si, au moins, il y avait cette volont\u00e9 de d\u00e9router le spectateur\u2026 je ne vois rien. Il y avait certainement un r\u00e9f\u00e9rentiel bien propre \u00e0 notre cher Michel. Il est m\u00eame douteux si les com\u00e9diens le partageaient. Des signes arbitraires qui suivaient en parall\u00e8le le texte, dans l&rsquo;id\u00e9e de quelque chose. L&rsquo;id\u00e9e de faire entendre le texte, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9flexion m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre postmoderne et brouiller les pistes, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre politique, radical\u2026, tout sans n\u00e9cessit\u00e9, sans ancrage, sans justesse, sans r\u00e9flexion dramaturgique. L&rsquo;id\u00e9e de \u2026<br \/>\nEnfin, si on creuse un trou au texte, de peur d&rsquo;\u00eatre redondant, si \u00e0 aucune expressivit\u00e9 est donn\u00e9e sa chance, eh bien, il ne reste qu&rsquo;\u00e0 chanter Joe Dassin en grecque (?)\u2026 ou, pour \u00eatre un bien-pensant de gauche, faire entendre l&rsquo;international par ces petites machines qu&rsquo;on tourne et qui jouent g\u00e9n\u00e9ralement les hits classiques de la bourgeoisie. Les com\u00e9diennes et com\u00e9diens tiennent alors une photo d&rsquo;eux \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 15 ans devant leurs visages, \u00e2ge de la mort du jeune Grec dont sa photo est accroch\u00e9e un peu partout\u2026 Tout \u00e7a dans un mouvement de ch\u0153ur qui est pr\u00e9visible et qui nous emmerde depuis le d\u00e9but o\u00f9 une personne commence, puis une deuxi\u00e8me qui r\u00e9p\u00e8te, un troisi\u00e8me et quatri\u00e8me\u2026 jusqu&rsquo;\u00e0 neuf. La lenteur et la mollesse rythmique de ce travail n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec un explosif r\u00e9volutionnaire. Bref\u2026<br \/>\n La question ce soir \u00e9tait : la gr\u00e8ve ou\u2026 rien. Vous savez ce que vous avez choisi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce 12 juillet 2014, la gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 par 64 % du personnel du Festival d&rsquo;Avignon. 8 sur 13 spectacles sont en gr\u00e8ve. Les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;\u00e9cole de la Com\u00e9die de Saint-\u00c9tienne jouent leur derni\u00e8re et essayent de montrer leur solidarit\u00e9 avec le mouvement avec un discours avant et apr\u00e8s le spectacle. 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