


{"id":521,"date":"2014-07-13T18:02:00","date_gmt":"2014-07-13T16:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=521"},"modified":"2014-07-13T18:02:00","modified_gmt":"2014-07-13T16:02:00","slug":"araujo-les-joyaux-comediens","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/araujo-les-joyaux-comediens\/","title":{"rendered":"Araujo\u2026 les joyaux com\u00e9diens"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/dire-ce-qu-on-ne-pense-pas-dans-des-langues-qu-on-ne-parle-pas\">Dire ce qu&rsquo;on ne pense pas dans des langues qu&rsquo;on ne parle pas<\/a><\/i>, spectacle de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/antonio-araujo\">Antonio Araujo<\/a> \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-519\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton19.jpg\" width=\"640\" height=\"466\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-520\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/direceque.jpg\" alt=\"direceque.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>Bient\u00f4t minuit place de l\u2019Horloge et alors que les instincts se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la 113\u00e8me minute \u2013 et que G\u00f6tz d\u00e9livre l\u2019Allemagne en envoyant ad patres l\u2019Argentine \u2013 va commencer, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des Monnaies, le fantasmagorique travail du metteur en sc\u00e8ne br\u00e9silien et paolien Antonio Araujo et du grupo Teatro da Vertigem\u2026. Dire ce que l\u2019on pense pas dans des langues qu\u2019on ne parle pas. Texte narratif et lapidaire, brutal et f\u00e9cond en observations cruelles du romancier Bernard Carvalho. 2H00 parmi les acteurs (engag\u00e9s, organiques, physiques, tactiles et sonores) \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un th\u00e9\u00e2tre de situations qu\u2019ils inventent, cr\u00e9ent, d\u00e9construisent\u2026 On aurait nous aussi aim\u00e9 les prolongations de ces joyaux que sont les com\u00e9diens\u2026<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><quote>A la vitesse o\u00f9 d\u00e9raille le monde<\/quote><\/em><br \/>\nPourrait \u00eatre le sous-titre du roman de Bernardo Carvahlo\u2026 une sorte de r\u00e9ponse \u00e0 tous ceux qui cherchent le sens du monde l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus que le \u201cMarch\u00e9\u201d\u2026 Car oui, le monde et son sens ( Le Sens du monde, \u00e9crit Christophe Bident) semblent parfois d\u2019une autre \u00e9poque, d\u2019un autre temps et parfois une chim\u00e8re\u2026 puisqu\u2019aujourd\u2019hui, pas une des petites voix des politiques chatr\u00e9s, de petites mains des gros bonnets ou autres laur\u00e9ats et m\u00e9daill\u00e9s des institutions du calcul et de la pr\u00e9vision de bac \u00e0 sable, n\u2019est l\u00e0 pour d\u00e9mentir qu\u2019il lui a \u00e9t\u00e9 substitu\u00e9 \u201cle cours du march\u00e9\u201d. Changement de paradigme id\u00e9ologique, violent et sans appel qui met au ban les citoyens pour ne plus s\u2019adresser qu\u2019aux consommateurs. That\u2019s the new deal my friend !<br \/>\nDans la foul\u00e9e, exit les espoirs de monde meilleur, la dignit\u00e9 pour tous, les droits et la justice, l\u2019\u00e9quit\u00e9, la solidarit\u00e9 et la r\u00e9partition des produits du travail\u2026 p\u00e9rim\u00e9 tout \u00e7a\u2026 Hic et nunc, c\u2019est \u201ccoca cola\u201d disait Heiner M\u00fcller. \u201cLa croissance\u201d reprennent en ch\u0153ur les ingouvernants, \u201cle pouvoir d\u2019achat\u201d dit le grand argentier ministre inculte, le droit \u00e0 l\u2019endettement spoli\u00e9 par les banquiers de pharaon (\u00e7a c\u2019est Figaro, d\u00e9j\u00e0), le statut des intermittents dans le colimateur des snipers m\u00e9defis\u00e9s\u2026 Tout un monde de clowns, de Monsieurs Loyal, sans vergogne forment une bande de pr\u00e9dateurs et de liquidateurs, de ca\u00efmans, de demi-sel qui profitent de l\u2019assiette au beurre et se r\u00e9fugient sur leur \u00eele quand \u00e7a tourne court, \u00e0 distance des bancs de clodos, de sdf, de salari\u00e9s aux revenus mineurs, de petits fonctionnaires \u201crgppis\u00e9s\u201d, de stagiaires \u00e0 vie, d\u2019Indign\u00e9s qui n\u2019en finissent plus de s\u2019indigner sur les places et sur les \u00e9crans TV\u2026 \u201cFiniront par mourir indign\u00e9s\u201d se dit l\u2019Angelus Novus de Klee comment\u00e9 par Benjamin\u2026 dans une Europe en ruines, heu, plut\u00f4t \u201cruin\u00e9e\u201d.<br \/>\nTout un petit monde fait valser la \u201csoci\u00e9t\u00e9\u201d au pas cadenc\u00e9 de la \u201cCorbeille\u201d: autre nom pour nommer les affaires boursi\u00e8res ou plus simplement les affaires et autres trafics de flux financiers, de reflux et de naus\u00e9es. Toute une clique (t\u00eate \u00e0 claque arrogante ou d\u00e9mago)  organise la gestion de la mis\u00e8re, sa r\u00e9partition sur le globe o\u00f9 la paup\u00e9risation des peuples est une variable d\u2019ajustement des dividendes des actionnaires. Les marges se calculent sur l\u2019os des momes affam\u00e9s, les marges se calculent sur les peaux fl\u00e9tries des patients dans les hopitaux et leur mourrants qui doivent s\u2019affranchir du \u201cticket\u201d, les marges se calculent sur les salari\u00e9s, la main d\u2019\u0153uvre immigr\u00e9e\u2026 Et L\u2019actionnaire, grand producteur de reportages et documentaires sur la mis\u00e8re, touche encore des droits sur ce qu\u2019il met \u00e0 bas. S\u00e9rie TV, \u00e9pisode grec, \u00e9pisode espagnol, \u00e9pisode italien, \u00e9pisode mondial, \u00e9pisode immigration clandestine\u2026 coffret DVD \u201cCapitalisme et Mort\u201d 20% \u00e0 No\u00ebl, un cadeau royal.<br \/>\nLe Monde et, ici, l\u2019Europe survit encore au crash et autres cracks boursiers en s\u00e9rie\u2026 L\u2019Europe et son cort\u00e8ge de cadavres \u00e9conomiques, de gens de peu qui n\u2019ont plus rien, de zombis du RMI, RSA, de malades intoxiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019espoir sans cesse diff\u00e9r\u00e9, etc\u2026 de plus pauvres \u00e0 chaque d\u00e9c\u00e9nie\u2026 o\u00f9 la mis\u00e8re ne change pas de camp, et d\u00e9borde maintenant les proches p\u00e9riph\u00e9ries au point que le quart monde \u2013 petit fr\u00e8re du Tiers \u2013 a d\u00e9pass\u00e9 les ghettos et s\u2019invite dans les rues, dans les centres villes\u2026 Gabily avait donc raison en \u00e9crivant \u201ccadavre si l\u2019on veut\u201d\u2026<br \/>\nMais indignez-vous gueule Stephane de sa tombe panth\u00e9onis\u00e9e. S\u2019indignez!!! ??? Que \u00e7a ? \u201cQue Faire ?\u201d disait-on ailleurs.<br \/>\nSeulement voil\u00e0, il y a un d\u00e9faut d\u2019analyse\u2026 car les opprim\u00e9s, les exclus et tous leurs fr\u00e8res\u2026 forment aussi un paquet hypnotis\u00e9 par la publicit\u00e9. Gente humaine d\u00e9cevante, ensemble pavlovien\u2026 Et de regarder les gueux, les pauvres, les plus malmen\u00e9s, encore et aussi, malheureusement, comme des victimes mais aussi les intoxiqu\u00e9s des marques, les v\u00e9rol\u00e9s de la r\u00e9flexion qui vivent la vie \u00e0 travers l\u2019\u00e9cran de leur consol achet\u00e9e \u00e0 cr\u00e9dit, les lecteurs de gala que vous pr\u00e9f\u00e9rez \u00e0 un po\u00e8me gratuit\u2026 A ne jamais rien refuser, on finit par \u00eatre un complice des petits bras de la politique et leurs bailleurs de fonds\u2026 ou rejoindre les meutes de loups en formation paramilitaire\u2026 qui chassent l\u2019immigr\u00e9 ou se trouvent r\u00e9guli\u00e8rement un bouc-\u00e9missaire\u2026<br \/>\nLe monde va mal, le march\u00e9 aussi\u2026 tout \u00e7a sent le sapin, dirait les fossoyeurs. Et la r\u00e9volution couve sous l\u2019internationale socialiste qui se voit d\u00e9border par l\u2019irrationnel nationaliste.<br \/>\nEt de se dire que les bais\u00e9s d\u2019hier sont les baiseurs de demain. Anus Dei !<br \/>\nQue les profiteurs et les jouisseurs ont de beaux jours devant eux puisqu\u2019ils sont le mod\u00e8le id\u00e9al pour une majorit\u00e9\u2026 silencieuse ou pas.<br \/>\nEt de comprendre que la mi\u00e8vrerie de ce monde est en rupture de stock et que m\u00eame les entrepreneurs de la d\u00e9consruction n\u2019avaient pas pr\u00e9vu une telle demande. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne\u2026 etc. Deleuze l\u2019avait dit\u2026 On traverse un d\u00e9sert, mais on ne sait pas si on est au d\u00e9but ou un peu plus loins vers la fin\u2026<br \/>\nEt Carvhalo l\u2019\u00e9crit autrement, mais pour avoir parcouru l\u2019Europe et venant du nouveau monde, c\u2019est le seul constat qu\u2019il puisse faire. \u00c7a va mal. Tr\u00e8s mal. C\u2019est pas fait pour s\u2019arranger. Et cette l\u00e8pre financi\u00e8re, politique, populiste et fascisante gagne de plus en plus le corps social et son esprit. Il y a bien la r\u00e9sistance\u2026 un vaccin peut-\u00eatre\u2026 un espoir g\u00e9n\u00e9tique\u2026 Introuvable, presque, le film d\u2019Yves All\u00e9gret Prix et Profits r\u00e9alis\u00e9 en 1931.<br \/>\n<em><quote>Dire ce que l\u2019on ne pense pas dans des langues\u2026<\/quote><\/em><br \/>\nUne seule fable, peut-\u00eatre, compos\u00e9e d\u2019une multitude d\u2019histoires. Une \u201cfable de la d\u00e9composition\u201d comme Cioran aura \u00e9crit son Pr\u00e9cis. Ou, et d\u2019une autre mani\u00e8re de nommer cet auteur roumain, une histoire sur \u201cl\u2019inconv\u00e9nient d\u2019\u00eatre n\u00e9\u201d. C\u2019est-\u00e0-dire, et ne nous m\u00e9prenons pas, une fable sur le temps que la vie met \u00e0 nous r\u00e9veler que l\u2019esprit est faible, la pens\u00e9e moribonde, la raison inutile.<br \/>\nTout commence sur le toit d\u2019une caravane o\u00f9 un homme fragile en espoir parle \u00e0 sa femme grosse d\u2019un enfant \u00e0 venir de leur maison qu\u2019ils paient difficilement.<br \/>\nTout commence par un coup de t\u00e9l\u00e9phone du banquier qui exige l\u2019augmentation des traites, ce qui n\u2019est pas possible pour ce petit foyer fiscal. Tout commence par une discussion t\u00e9l\u00e9phonique o\u00f9 l\u2019on ne parle plus la m\u00eame langue. O\u00f9 la langue de la contrainte \u00e9conomique s\u2019affronte \u00e0 la langue humaine. Ce qui adviendra de tout cela\u2026 ? L\u2019homme prend en chasse tout ce qui lui semble nuire \u00e0 sa vie, et tout d\u2019abord ceux qui vivent l\u00e0, mais ne parlent pas la langue de son pays. Ceux qui ne parlent plus ou pas\u2026  les \u00e9trangers. Etrangers au syst\u00e8me, Etrangers \u00e0 la langue, Etrangers \u00e0 ses id\u00e9es, Etrangers\u2026 \u00e0 \u00e9trangler parce qu\u2019ils l\u2019\u00e9tranglent\u2026 Tout commence \u00e0 l\u2019a\u00e9roport.<br \/>\nTout commence dans un a\u00e9roport o\u00f9 une femme accompagn\u00e9e par son vieux p\u00e8re est t\u00e9moin de l\u2019agression, par un homme \u201cGardien des fronti\u00e8res\u201d d\u2019une femme soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019\u00eatre quelque chose d\u2019autre que ce qu\u2019elle montre.  Moment de parano\u00efa et de folie humaine\u2026 de PEUR de l\u2019autre.<br \/>\nLa fable commence l\u00e0.<br \/>\nUne fable, dis-je, o\u00f9 Miss Campos (sorte de Lady de la recherche approfondie), bien de sa personne (veste de tailleur argent\u00e9e, maquillage imp\u00e9ccable) et bien pensante, install\u00e9e dans le confort social au balcon du champ social meurtri, chercheuse en \u00e9conomie (en faire ou la penser pour que \u00e7a aille mieux ?), ram\u00e8ne son p\u00e8re : l\u2019exil\u00e9, dans son pays qui est devenu un cirque violent, un cul de basse-fosse de la pens\u00e9e, une cour des miracles \u00e9conomiques qui n\u2019ont pas eu lieu, un fief politico fasciste en devenir. Le p\u00e8re souffre d\u2019un trouble de la parole, peut-\u00eatre une aphasie, et se fait la belle un soir. Sa fille qui part \u00e0 sa recherche dans les rues est rattrap\u00e9e par une r\u00e9alit\u00e9 que ces power point, ces petites sp\u00e9culations intelligentes, ses tableaux states etc\u2026 n\u2019avaient m\u00eame pas imagin\u00e9. Commence alors une \u00e9pop\u00e9e dans les mar\u00e9cages de la vie nocturne, dans les plis galeux d\u2019une ville claustropolis dirait Virilio, une immersion glauque dans les hors-lieu o\u00f9 les deals sont les n\u00e9gos de ces milieux\u2026 et de regarder et sentir quelque chose de kolt\u00e9sien, presque, dans ces solitudes urbaines qui abritent des esprits dans le brouillard o\u00f9 l\u2019on s\u2019attend \u00e0 entendre aupr\u00e8s de ceux qui ne se parlent plus : \u201cAlors quelle arme ?\u201d.<br \/>\nLa ville, la nuit et ses d\u00e9mons diurnes, la mettent devant une r\u00e9alit\u00e9 fun\u00e8bre et le temps de la mise en sc\u00e8ne sera le temps d\u2019exposition des deuils successifs qu\u2019elle va apprendre \u00e0 faire, jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne finale o\u00f9, venue pour une conf\u00e9rence sur \u201cCrise financi\u00e8re et identit\u00e9\u201d, la brillante chercheuse Campos, au moment d\u2019exposer, n\u2019arrive plus \u00e0 articuler un mot, mais seulement des sons, entre vomissements et cris rentr\u00e9s qui gargouillent.<br \/>\nAvant, entre deux, entre la sc\u00e8ne de l\u2019a\u00e9roport et celle de la voix perdue de la conf\u00e9renci\u00e8re, Dire ce qu\u2019on l\u2019on pense pas dans des langues qu\u2019on ne parle pas est une sorte de road movie dont la trame jouerait de variations sur la mis\u00e8re et la violence qui en est l\u2019ombre. Violence physique, violence mentale, violence aux autres ou que l\u2019on se fait \u00e0 soi. Violence engendr\u00e9e, cultiv\u00e9e, distante de ses victimes quand elle est en col blanc ou mano \u00e0 mano quand elle erre dans les rues\u2026 Et de regarder la mise en sc\u00e8ne et les deux heures qui vont s\u2019\u00e9couler comme un monument au morts o\u00f9 l\u2019on pourrait suivre le nom des sc\u00e8nes de la vie quotidienne et de ses balivernes\u2026<br \/>\nLa sc\u00e8ne des acteurs clochardis\u00e9s devant l\u2019Hotel des monnaies, m\u00eal\u00e9s au spectateur qui font la queue avant que \u00e7a ne commence\u2026 (si on peut dire \u00e7a, puisqu\u2019en d\u00e9finitive \u00e7a continue)<br \/>\nLa sc\u00e8ne de l\u2019immeuble o\u00f9 appara\u00eessent des personnages et notamment un pr\u00eatre furieux, un \u00e9vang\u00e9liste hagard adepte de la \u201cchristo-lobotomie\u201d comme disait Pr\u00e9vert. Curieuse sc\u00e9noagraphie d\u2019un immeuble, fa\u00e7on couverture de la Vie Mode d\u2019Emploi<br \/>\nLa sc\u00e8ne des chiffres affol\u00e9s, en bleu et rouge, fa\u00e7on mur cod\u00e9 du CAC 40 et de ses \u00e9nigmes\u2026<br \/>\nLa sc\u00e8ne du p\u00e8re syndicaliste \u00e9puis\u00e9, en pyjama, revenu du marxisme, qui encourage son fils \u00e0 s\u2019engager dans les \u00e9lections chez les fascistes qui \u201cne sont pas tous des pourris\u201d dit-il\u2026<br \/>\nLa sc\u00e8ne de la chercheuse qui commence \u00e0 gouter \u00e0 la lie des arguments fauss\u00e9s par une r\u00e9alit\u00e9 humaine trop humaine\u2026<br \/>\nLa sc\u00e8ne du musulman reconnaissable \u00e0 son v\u00eatement mais par \u00e0 la clope qu\u2019il fume et qui ramasse les clopes jet\u00e9es en ap\u00e2t du \u201cgardien des fronti\u00e8res\u201d deux fois\u2026 Il va en mourir.<br \/>\nLa sc\u00e8ne du clodo d\u00e9nud\u00e9 dans une couverture orange qui va partager un sandwich avec son bourreau\u2026 avant qu\u2019il ne soit \u00e9trangl\u00e9 et brul\u00e9.<br \/>\nLa sc\u00e8ne de la voisine ruin\u00e9e qui \u00e9crit \u00e0 son ruineur qui vit sur le balcon fleuri du dessus<br \/>\nLa sc\u00e8ne du voisin pragmatique, panama et lunette noire, portable viss\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille, qui baise les com\u00e9diens au chomage parce qu\u2019ils simulent bien\u2026<br \/>\nLa sc\u00e8ne du flic mena\u00e7ant qui chante du Punk debout sur son bureau de pacotille<br \/>\nLa sc\u00e8ne des ambiguit\u00e9s avec un groupe neo-nazi au look bien sous tous rapports<br \/>\nLa sc\u00e8ne de la fille qui parle trop et que son p\u00e8re \u00e9trangle sans que l\u2019on comprenne un mot de n\u00e9erlandais<br \/>\nLa sc\u00e8ne des tentes Quecha pour exil\u00e9s haineux du regard qu\u2019on leur porte.<br \/>\nLa sc\u00e8ne du ramasseur d\u2019ordures, ivre, qui sp\u00e9cule sur la valeur des d\u00e9tritus<br \/>\nLa sc\u00e8ne du ramasseur d\u2019ordures qui plote la chercheuse perdue parce que parler c\u2019est draguer \u00e0 mort.<br \/>\nLa sc\u00e8ne des visiteurs de mus\u00e9e en habit du dimanche. Visite du patrimoine pendant que la vie se perd dehors<br \/>\nLa sc\u00e8ne des politiques r\u00e9fugi\u00e9s derri\u00e8re des vitres blind\u00e9es<br \/>\nLa sc\u00e8ne des militants cagoul\u00e9s torse nu, voix hurlante\u2026<br \/>\nLa sc\u00e8ne, particuli\u00e8re, o\u00f9 des com\u00e9diens belges, br\u00e9siliens t\u00e9moignent et prennent la d\u00e9fense du statut des intermittents et rappellent que c\u2019est un mod\u00e8le pour la profession et dans le monde o\u00f9 eux sont tous pr\u00e9caires\u2026.<br \/>\nLa sc\u00e8ne du corps \u00e0 corps entre le chercheur et le gardien des fronti\u00e8res<br \/>\nLa sc\u00e8ne o\u00f9 elle lui arrache sa langue, \u00e0 main nue,<br \/>\nPeut-\u00eatre la sc\u00e8ne de \u201ccontamination\u201d qui, \u00e0 la sc\u00e8ne finale, lui interdit d\u00e9sormais de parler, de faire son expos\u00e9, d\u2019entretenir un syst\u00e8me gripp\u00e9\u2026<br \/>\n            La sc\u00e8ne, la sc\u00e8ne, la sc\u00e8ne\u2026<br \/>\nDans ces d\u00e9clinaisons : ces sc\u00e8nes, ces \u00e9pisodes, ces s\u00e9quences\u2026 Antonio Araujo construit un labyrinthe qui a pour file rouge le monde des carnassiers, des anthropophages, o\u00f9 la chercheuse y laisse son verni sage.<br \/>\n<em><quote>Un th\u00e9\u00e2tre hors piste\u2026 une ar\u00e8ne\u2026<\/quote><\/em><br \/>\nDe l\u2019Hotel des Monnaies, Araujo fera une tour de Babel o\u00f9 les langues se m\u00ealent pour faire entendre que personne ne se comprend, et que personne ne se parle. Une tour infernale que le spectateur d\u00e9couvrira \u00e0 mesure qu\u2019il est conduit d\u2019\u00e9tages en \u00e9tages afin de saisir et vivre la chute vers les profondeurs et les bas-fonds. Une tour des supplici\u00e9s, \u00e9galement, o\u00f9 dans des loges, et des recoins le sujet est mis \u00e0 la torture, emprisonn\u00e9s par ses propres id\u00e9es et parfois molest\u00e9s par quelques \u201cgardiens\u201d brutaux. Un labyrinthe des pens\u00e9es\u2026 Et ce qui a commenc\u00e9 dans la rue, \u00e0 m\u00eame le macadam et la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019Avignon (des com\u00e9diens sur le carreau), ce qui s\u2019est poursuivi dans une cour int\u00e9rieure o\u00f9 les fen\u00eatres sur cour pla\u00e7aient le public dans la distance de ceux qui, loin de tout, ne peuvent rien faire sinon \u00eatre des spectateurs\u2026 s\u2019est ainsi poursuivi, deux heures. Rien \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du temps, mais une \u00e9preuve temporelle \u00e0 celle du regard. Car c\u2019est bien le regard que travaille Araujo et notamment celui du public qu\u2019il soustrait au confort d\u2019une salle, qu\u2019il conduit comme un b\u00e9tail docile et ob\u00e9issant, \u00e0 qui il impose une mani\u00e8re d\u2019en finir avec sa condition d\u2019ext\u00e9rieur. Regardant ce travail, ce qui a disparu en premier lieu, c\u2019est la s\u00e9paration sc\u00e8ne\/salle. Et de sentir les acteurs venir fr\u00f4ler, pousser, accompagner un public qui, soudain, d\u00e9couvre qu\u2019il fait parti de cette trag\u00e9die ou de ce drame mondial. Mani\u00e8re pour Araujo de rompre avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un spectacle et de favoriser l\u2019id\u00e9e qu\u2019\u00e9merge une forme performative. Non pas une forme renvoyant \u00e0 notre postmodernit\u00e9, mais plut\u00f4t un h\u00e9ritage des ann\u00e9es 1950, quand fut cr\u00e9\u00e9e la Companhia Teatro de Arena de Sao Paulo. Compagnie qui allait influencer le th\u00e9\u00e2tre br\u00e9silien puisqu&rsquo;il pensait la relation de la sc\u00e8ne et de la salle, au point de lui pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;ar\u00e8ne qui ouvre le champ des possibles pour le Th\u00e9\u00e2tre de groupe. Le Teatro Arena \u00e9tait ainsi n\u00e9, et avec lui un art engag\u00e9 dans la lutte politique.<br \/>\nForme non seulement corporelle o\u00f9 l\u2019acteur est sans cesse dans l\u2019invention d\u2019une situation, mais \u00e9galement forme linguistique (\u00e7a parle trois langues sans arr\u00eat, sans discontinuit\u00e9) qui est l\u2019espace d\u2019un ordre syntaxique reflet de l\u2019ordre politique.<br \/>\nForme politique donc que ce travail, en d\u00e9finitive, qui int\u00e8gre le spectateur et le met dans le mouvement d\u2019un processus th\u00e9\u00e2tral proche des pratiques de rue du th\u00e9\u00e2tre qui sont le lot commun sur le territoire san paolien. Soit, encore, une mani\u00e8re d\u2019aborder l\u2019espace public en pensant le r\u00e9inventer, \u00e0 la mani\u00e8re de Deleuze et Guattari qui pensaient les espaces stri\u00e9s et les espaces liss\u00e9s\u2026 Concepts, s\u2019il en est, o\u00f9 la mise sous contr\u00f4le d\u2019un espace (stri\u00e9) se trouve d\u00e9pass\u00e9e par une irruption, une pratique, un faire qui vient d\u00e9ranger l\u2019ordre.<br \/>\nEt de voir dans cet art de faire du th\u00e9\u00e2tre, de le sortir de ces archa\u00efsmes, de le r\u00e9inventer et de le r\u00e9-enchanter, une mani\u00e8re de pousser la pratique th\u00e9\u00e2trale \u00e0 l\u2019endroit qu\u2019elle pr\u00e9tend \u00eatre : un art vivant, pour des \u00eatres vivants.<\/p>\n<hr \/>\n<p><quote>Ps : sur ces aspects de pratiques et de conduites d\u2019acteurs, <a href=\"17\">se reporter \u00e0 l\u2019entretien mis en ligne sur le site<\/a><\/quote><\/p>\n<hr \/>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/ZvQJOjrX\"><\/iframe><br \/>\n\ufeff<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dire ce qu&rsquo;on ne pense pas dans des langues qu&rsquo;on ne parle pas, spectacle de Antonio Araujo \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014 Bient\u00f4t minuit place de l\u2019Horloge et alors que les instincts se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la 113\u00e8me minute \u2013 et que G\u00f6tz d\u00e9livre l\u2019Allemagne en envoyant ad patres l\u2019Argentine \u2013 va commencer, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des Monnaies, le fantasmagorique travail du metteur en sc\u00e8ne br\u00e9silien et paolien Antonio Araujo et du grupo Teatro da Vertigem\u2026. 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