


{"id":524,"date":"2014-07-12T18:05:00","date_gmt":"2014-07-12T16:05:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=524"},"modified":"2014-07-12T18:05:00","modified_gmt":"2014-07-12T16:05:00","slug":"une-breche","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/une-breche\/","title":{"rendered":"Une br\u00e8che"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/don-giovanni-letzte-party\">Don Giovanni. Letzte Party<\/a><\/i>, de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/antu-romero-nunes\">Ant\u00fa Romero Nunes<\/a> \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-522\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton20.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-523\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/dongio.jpg\" alt=\"dongio.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Ant\u00fa Romero Nunes pr\u00e9sente du 8 au 11 juillet \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Grand Avignon, Don Giovanni. Letzte Party, une com\u00e9die b\u00e2tarde. Cette premi\u00e8re en France saura transformer tout ce blabla de la volont\u00e9 de faire bouger le spectateur, en actes. Une com\u00e9die bruyante de profanations et dans laquelle des tabous encore existants se font bousiller. Nunes r\u00e9ussit avec sa ma\u00eetrise \u00e9tonnante des manipulations sc\u00e9niques et \u00e9motionnels \u00e0 mener le public \u00e0 des actes qui le surprennent lui-m\u00eame\u2026 et qui risquent de foutre le bordel le soir \u00e0 la maison.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>blaBlaBLaBLABLaBlabla\u2026 on vocalise. Et maintenant, toute la salle. Et on monte une demi-note. blaBlaBLaBLABLaBlabla. BleubleubleubleuBleu. Pas blu. BLEU. Blaiblaiblai\u2026.. ppppppffffffffffffffff\u2026 Toussez. Toussez.  Aaaah ! (\u00e0 droite) Ohhh ! (\u00e0 gauche) Aaah ! Ohh ! Aah ! Oh ! Ah ! Oh ! AOAOAO\u2026<br \/>\nMirco Kreibich alias Leporello est entr\u00e9 au fond de la sc\u00e8ne vide, a long\u00e9 le mur et est venu face public, apr\u00e8s que la projection Non Merci a re\u00e7u les applaudissements de la salle. Il tra\u00eene ses pieds, regarde par terre par ennui \u00e9ternel de sa condition de vassalit\u00e9. Il tente et r\u00e9ussie alors \u00e0 divertir et \u00e0 faire vocaliser, puis chanter la salle de l&rsquo;op\u00e9ra d&rsquo;Avignon avec nonchalance, et dans sa robe de chambre entre courtepointe et XVIIIe, perruque, poudr\u00e9, je me dis une seconde : c&rsquo;est Mozart lui-m\u00eame. Arrive alors un groupe punk-pop-gothik-big band de funky girls, qui n&rsquo;ont rien \u00e0 envier dans leurs habits de robes noires, une plus \u00e9clectique et foufou que l&rsquo;autre. Tous les costumes (\u00e0 part la morte) sont des formes de robes aristocratiques (?) de l&rsquo;\u00e9poque de Mozart, tels qu&rsquo;on se les imagine bien. Mais c&rsquo;est un curieux m\u00e9lange entre ces formes de robes Marie Antoinette, ou comment \u00e7a s&rsquo;appelle, et des couleurs, des motifs et des mat\u00e9riaux pop du XXIe si\u00e8cle. Un kitsch affreux, entre techno et nappes plastiques. Les cheveux dress\u00e9s sur la t\u00eate comme un Eraserhead eff\u00e9min\u00e9, si je peux dire, ou un m\u00e9lange entre The fifth Element et Barry Lyndon\u2026 bref, du pop disjonct\u00e9, XVIIIth-Style.<br \/>\nLa musique est une r\u00e9\u00e9criture libre de l&rsquo;op\u00e9ra de Mozart par Johannes Hofmann me faisant par moment penser au Liberation Music Orchestra et ses adaptations des chants r\u00e9volutionnaires. Par moment plus jazzy, par moment plus rock-folk-poppy\u2026 ou encore aux instrumentalisations de Tom Waits\u2026   Percussion, saxophone baryton, voix, trompette clavier et d&rsquo;autres trucs\u2026<br \/>\nDON GIOVANNI. Et un lustre gigantesque, trois cercles en grille de th\u00e9\u00e2tre, remplissant toute la salle, descend du plafond sur la sc\u00e8ne qui restera nue. Une centaine de projecteurs sont \u00e0 vu, et ces trois cercles flottant dans l&rsquo;air feront des formations g\u00e9om\u00e9triques diff\u00e9rentes, bougeront d&rsquo;une main invisible. On dirait par moment du StarWars. Bref, du centre de ce cercle &#8211; et on envoie beaucoup de fum\u00e9e &#8211; DON GIOVANNIIIIIIIIIIIII appara\u00eet et est accueilli par les nanas avec des baiser voluptueux. Figure un peu mielleuse o\u00f9 je me demande avec aigreur : un mec comme \u00e7a s\u00e9duit toutes les femmes ? (Et oui\u2026 On verra au final qui sera le vrai s\u00e9ducteur\u2026) Bref, ce Don Giovanni est chaud, et ondule comme une endive \u2026 non, \u00e7a ondule pas,\u2026 comme une anguille et traverse le plateau comme un h\u00e9ron dans l&rsquo;\u00e9tonnement de sa permanente jouissance. Un esp\u00e8ce de H\u00e9liogabale, habill\u00e9 en or, mais qui aurait perdu tout de son antique grandeur. \u00ab Ta gueule, j&rsquo;essaie \u00e0 pr\u00e9sent d&rsquo;avoir un air sexy. \u00bb Ohhh femmes\u2026 Ah oui, avertissement : Ce papier r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;importants secrets de la mise en sc\u00e8ne. Ceux qui voudront voir ce spectacle et avoir la surprise, ne lisez pas.<br \/>\nO\u00f9 en \u00e9tais-je ? Peu importe.<br \/>\nLa fable avance plus ou moins dans l&rsquo;ordre du livret de Mozart, mais en gros, Ant\u00fa Romero Nunes donne un bon coup de pied dans son cul. Le blablabla du d\u00e9but n&rsquo;est pas sans rappeler M\u00fcller et sa destruction syst\u00e9matique des chefs d\u2019\u0153uvre de notre culture bourgeoise. L\u00e0 o\u00f9 le ridicule prend encore le dessus et o\u00f9 on se demande o\u00f9 il veut en venir en criant au public, embrassez-vous, faites l&rsquo;amour, soyez libres, d\u00e9molissez ces forteresses individuelles, mort \u00e0 l&rsquo;idiotie romantique, je ne crois pas \u00e0 l&rsquo;amour !\u2026. etc. etc., une esp\u00e8ce de r\u00eave de hippie, une partie de la salle rira moins quelques minutes plus tard. Mais j&rsquo;y reviens.<br \/>\nLe jeu est pris dans cette libert\u00e9 qu&rsquo;on conna\u00eet bien du th\u00e9\u00e2tre allemand. La r\u00e9alit\u00e9 sc\u00e8ne\/salle est sans cesse pris en jeu. R\u00e9alit\u00e9 et fiction se r\u00e9pondent sans cesse. Le sur-titrage est corrig\u00e9 quand il y a erreur, et lu pour dire un mot en fran\u00e7ais, les r\u00e9actions du public sont un appui de jeu, nullement ignor\u00e9es. Des tirades, par exemple de Leporello, \u00ab je n&rsquo;en peux plus \u00bb m\u00e9lange fiction et r\u00e9alit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre. \u00ab Je n&rsquo;en peux plus de marcher dans des images, de faire semblant que j&rsquo;aime jouer, etc. etc \u00bb Cette esp\u00e8ce de vacillement entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 am\u00e8ne une mise en alerte o\u00f9 tout devient possible. Un trou d&rsquo;acteur n&rsquo;a plus rien de dramatique, mais peut \u00eatre enti\u00e8rement absorb\u00e9 par ce fonctionnement. \u00c7a joue et d\u00e9joue les codes th\u00e9\u00e2traux o\u00f9 la question de \u00ab C&rsquo;est pour de faux ou pour de vrai ? \u00bb est omnipr\u00e9sente. Cette libert\u00e9 des acteurs, qui ne se base pas sur une fid\u00e9lit\u00e9 sacr\u00e9e au texte par exemple, est r\u00e9pondu par une libert\u00e9 des spectateurs qui ne sont plus oblig\u00e9s de rester assis dans leurs fauteuils comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. L\u00e0 o\u00f9 on aurait pu avoir peur que la chose se tourne en un simple animation de party, le clou arrive.<br \/>\nSur \u00ab Viva la liberta \u00bb toutes les femmes de la salle sont invit\u00e9es \u00e0 venir sur le plateau. Sur les mots de Don Giovanni : \u00ab Ne vous inqui\u00e9tez pas, messieurs, je prendrai soin de vos femmes \u00bb, le rideau se ferme, un mec de s\u00e9curit\u00e9 vient devant, et le rideau de fer tombe laissant la salle sans femmes (\u00e0 part les vraies bourgeoises qui auront d\u00fb \u00eatre vis\u00e9es) et avec les hommes ahuris. Entracte pour nous. Les mecs tirent bien la gueule. On entend la musique de party derri\u00e8re le rideau de fer, des cris hyst\u00e9riques de femmes\u2026 putain, c&rsquo;est pas la m\u00eame ambiance que de ce c\u00f4t\u00e9-ci. Et m\u00eame si je ne suis pas venu accompagn\u00e9, m\u00eame si quelqu&rsquo;un \u00e9tait le plus grand libertin, la manipulation sc\u00e9nique installait l&rsquo;essence, si j&rsquo;ose dire, de la jalousie. On \u00e9tait t\u00e9moin, sans voir. On ne pouvait que soup\u00e7onner ce qui se passait derri\u00e8re le rideau, livr\u00e9 \u00e0 nos projections les plus d\u00e9sastreuses venu de notre exclusion et la frustration qui en r\u00e9sultait. La frustration de pas en \u00eatre, de ne pas savoir, de ne jamais pouvoir r\u00e9ellement savoir, pendant que l&rsquo;autre moiti\u00e9 de la salle aura fait cette exp\u00e9rience, l&rsquo;autre moiti\u00e9 de la salle qui ne se distinguait jusque-l\u00e0 en rien de moi\u2026 Apr\u00e8s ce long entracte pour les mecs, je me suis dit : il ne va quand m\u00eame pas nous laisser dans cette frustration. Don Giovanni et son valet entrent, bourr\u00e9s, avec une culotte rouge dans la main. Et quand le rideau se l\u00e8ve, toutes les nanas dansent et f\u00eatent comme des d\u00e9cha\u00een\u00e9es, dos au public. Quelqu&rsquo;un, je ne sais plus qui, donne r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;espoir profond des mecs et crie vengeance, mais ce sera \u00e9vacu\u00e9 rapidement. Leporello regarde alors \u00e0 travers les yeux de Don Giovanni. C&rsquo;est d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 des disputes de couples, interminables, path\u00e9tiques, de jalousie et de mesquineries que tous les couples connaissent quelque part, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, les centaines de nanas qui font la f\u00eate. Elles r\u00e9agissent comme si elles avaient r\u00e9p\u00e9t\u00e9s pendant longtemps, mais la musique est l\u00e0 pour bouger leurs corps. Leporello aura compris et sur un silence il traverse la foule des spectatrices et embrassera un tas, roulera des pelles \u00e0 vieilles et jeunes\u2026 M\u00eame les femmes h\u00e9sitantes, voire fuyantes, succomberont \u00e0 son charme, \u00e0 tous ces premiers baiser. Ivresse du plateau, ivresse de la f\u00eate, m\u00e9lange de r\u00e9alit\u00e9 et fiction. L&rsquo;air \u00e9tait \u00e9lectris\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9 du nouveau Don Giovanni.<br \/>\nCe soir, dans les bonnes et moins bonnes maisons, les disputes seront fortes : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait derri\u00e8re le rideau ? Et apr\u00e8s, t&rsquo;as roul\u00e9 une pelle \u00e0 l&rsquo;acteur ! \u00bb \u00ab Mais ch\u00e9ri, c&rsquo;\u00e9tait du th\u00e9\u00e2tre ! \u00bb \u00ab Mon cul, oui ! \u00bb \u00ab Ah, mais que t&rsquo;es mesquin. \u00bb etc. etc.<br \/>\nAnt\u00fa Romero Nunes aura charg\u00e9 violemment cette construction de l&rsquo;amour et aura r\u00e9ussi encore \u00e0 briser, dans la salle de l&rsquo;op\u00e9ra, des tabous. Une profanation incessante des codes th\u00e9\u00e2traux, de la sc\u00e8ne, de l&rsquo;amour et de la fid\u00e9lit\u00e9. Une br\u00e8che.<br \/>\nOn quittera avec \u00e9tonnement (\u00ab c&rsquo;est pas possible ! \u00bb) et questionnement. L&rsquo;amour a pris cher. Et les tabous n&rsquo;existent que dans la t\u00eate de ceux qui regardent, me souffle mon camarade Y.B. C&rsquo;est compliqu\u00e9\u2026 c&rsquo;est compliqu\u00e9\u2026  ali\u00e9nation, sacrifice, habitude, ennui, mort ou habitude, camaraderie, compagnon de vie, exp\u00e9rience du deux\u2026 face \u00e0 laquelle Don Giovanni r\u00e9pond : non, je restera un, entier, et o\u00f9, seule la mort pourra arr\u00eater cette vitalit\u00e9 explosive, cet \u00e9tat amoureux permanent, ce danger du morcellement, mais cet \u00e9cartement au maximum de son moi. Cette folie. Cette libert\u00e9. Rien \u00e0 perdre.<br \/>\nEt\u2026 \u00e0 quoi, \u00e7a tient l&rsquo;amour ? La fid\u00e9lit\u00e9 ? La jalousie ?<br \/>\nUne pure morale bourgeoise ? La peur de faire mal ? Un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 ? Le besoin de l&rsquo;autre ? L&rsquo;impression d&rsquo;avoir vaincu la solitude ? Trouver un contenant ? Et : La peur d&rsquo;\u00eatre trahi ? L&rsquo;envie de trahir ? La peur de l&rsquo;abandon\u2026 la l\u00e2chet\u00e9\u2026 l&rsquo;habitude\u2026 c&rsquo;est plus simple\u2026 on est bien\u2026 pour attendre que la mort advienne\u2026 ? \u2026 \u00ab Das Leben ist doch zum Lachen ! \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Don Giovanni. Letzte Party, de Ant\u00fa Romero Nunes \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014 Ant\u00fa Romero Nunes pr\u00e9sente du 8 au 11 juillet \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Grand Avignon, Don Giovanni. Letzte Party, une com\u00e9die b\u00e2tarde. Cette premi\u00e8re en France saura transformer tout ce blabla de la volont\u00e9 de faire bouger le spectateur, en actes. Une com\u00e9die bruyante de profanations et dans laquelle des tabous encore existants se font bousiller. 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