


{"id":527,"date":"2014-07-11T18:07:00","date_gmt":"2014-07-11T16:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=527"},"modified":"2014-07-11T18:07:00","modified_gmt":"2014-07-11T16:07:00","slug":"chatelain-voila","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/chatelain-voila\/","title":{"rendered":"Ch\u00e2telain. Voil\u00e0."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.avignonleoff.com\/programme\/2014\/par-titre\/b\/bourlinguer-12635\/\">Bourlinguer<\/a><\/i>,  texte de Blaise Cendrars, lecture de Jean-Quentin Ch\u00e2telain, mise en sc\u00e8ne de Darius Peyamiras \u2014\u00a0Festival off d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-525\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton21.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-526\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/bourlinguer.jpg\" alt=\"bourlinguer.jpg\" align=\"center\" width=\"320\" height=\"381\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Le Th\u00e9\u00e2tre Trois Soleils pr\u00e9sente, dans le cadre du Festival off d&rsquo;Avignon, Jean-Quentin Ch\u00e2telain dans une mise en sc\u00e8ne de Darius Peyamiras. La prof\u00e9ration d&rsquo;un texte de Blaise Cendrars : Bourlinguer. L&rsquo;effort de l&rsquo;immobilit\u00e9 et de la voix face aux roulis incessant de la mer et du vent.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Les lumi\u00e8res descendent dans la salle sur les 16 spectateurs pr\u00e9sents ce soir et je dois soudainement penser \u00e0 la Berma et \u00e0 Swann et l&rsquo;attente excit\u00e9 de Marcel qui traverse ces centaines de pages, cette attente de voir et entendre, enfin, cette grande actrice. Mon excitation a la petitesse de la grandeur de mon ignorance, mais rel\u00e8ve du nom de Ch\u00e2telain, qui a crois\u00e9 mon petit chemin de th\u00e9\u00e2treux th\u00e9orique, d\u00e9j\u00e0, par ci, par l\u00e0.<br \/>\nIl y a une musique de kerm\u00e8s, il y a le son de la mer et du vent, puis, il est face, au milieu, pos\u00e9 comme un rocher dans les houles sur ses deux pieds avec un long manteau verd\u00e2tre, le visage vers le haut et la lumi\u00e8re qui l&rsquo;\u00e9claire doucement. Le mot de la fin impose le choix de la mise en sc\u00e8ne : \u00ab Je ne bouge pas. \u00bb  Au commencement, je ne comprends pas le texte, les mots, in-habitu\u00e9 que je suis \u00e0 sa diction et par mon attention qui ne s&rsquo;attache plus au sens, mais \u00e0 autre chose, plus fascinant. Je regarde et j&rsquo;entends et je ne comprends pas d&rsquo;o\u00f9 la voix vient. Ordinairement, m\u00eame si l&rsquo;on sait bien qu&rsquo;il y ait des r\u00e9sonateurs de la voix partout dans le corps, on peut distinguer la source premi\u00e8re du son : la bouche. Cette ouverture analogue au cul par laquelle la majorit\u00e9 de nous \u00e9met des sons, qui, tout en ayant des significations, n&rsquo;ont pas pour autant de sens. Eh bien, ce soir, je n&rsquo;\u00e9tais pas face \u00e0 une bouche, mais un corps entier. J&rsquo;\u00e9tais face \u00e0 un \u00ab mur de voix \u00bb, un bourdonnement vulcanien, un fond sonore d&rsquo;un bas-fond d&rsquo;oc\u00e9an, un roulement de r\u00e9sonances de roches roulantes\u2026 et de ces profondeurs venait, \u00e0 deux, trois reprises rares, l&rsquo;explosion chtonienne de ce bourdonnement souterrain. La lumi\u00e8re montait et tapait dans l\u2019\u0153il du spectateur, le mur de son, sa voix (mais peux-t-on encore appeler cela une voix?), montait comme une mont\u00e9e d&rsquo;un vent \u00e9ternel jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019irruption de la derni\u00e8re lave, montait jusqu&rsquo;\u00e0 la suspension silencieuse du champignon de Hiroshima\u2026 pour retourner au chant : une ligne profonde. Et ce corps \u00e9tait l\u00e0, au milieu, pendant 1h et quart et ses pieds \u00e9taient comme fix\u00e9s, comme clou\u00e9s dans la sc\u00e8ne ronde, stylis\u00e9. Il n&rsquo;avait pas besoin de mouvements, les mouvements sonores suffisaient \u00e0 faire bouger les murs. Des yeux ferm\u00e9s, la t\u00eate montant vers le ciel, allant sur les c\u00f4t\u00e9s, dans les rythmes de la langue qu&rsquo;il prof\u00e8re, il me faisait penser \u00e0 un saxophoniste qui ne pourrait mieux ma\u00eetriser son instrument, un musicien, \u00e0 jouer avec les hauteurs, l&rsquo;\u00e9chelle grande, tr\u00e8s grande, des fr\u00e9quences, avec le volume orchestral qu&rsquo;il faisait \u00e9tonner, la conscience rythmique d&rsquo;un bassiste, qui d\u00e9joue avec la temporalit\u00e9 des vagues les rythmiques des roulis. La respiration \u00e9tait musical, pris dans la n\u00e9cessit\u00e9 de dire, de suivre la partition de Blaise Cendrars. La voix et les mots qui bourlinguent, qui avancent contre mer et vent. C&rsquo;est eux qui nous font voyager de la mer aux cirques d&rsquo;escargots\u2026 de port en port pour s&rsquo;immobiliser au moment du silence du dernier point.<br \/>\nLes applaudissement des 16 spectateurs, pas un de plus, pas un de moins, pouvaient, lorsqu&rsquo;il venait saluer la septi\u00e8me fois, de mani\u00e8re aussi rigoureuse que son excellence des une heure et quart pass\u00e9e, sous le battements synchrone des mains, lui arracher un sourire. Au moment de se lever et retourner dans les rues de cette supermarch\u00e9 th\u00e9\u00e2trale qu&rsquo;est Avignon ces jours-ci, mon voisin dit alors : \u00ab Voil\u00e0. \u00bb Pas un voil\u00e0 avec un point d&rsquo;exclamation, un Voil\u00e0, enfin ! hyst\u00e9rique, mais un voil\u00e0 qui serait la r\u00e9ponse \u00e0 la tranquille recherche d&rsquo;un preuve, la confirmation douce et clair que cela existe. Et voil\u00e0, je l&rsquo;ai.<br \/>\nEnfin, \u00ab \u00e0 quoi bon \u00e9crire, tout s\u2019imprime en moi et c\u2019est peut-\u00eatre la pure po\u00e9sie que de se laisser impr\u00e9gner et de d\u00e9chiffrer en soi-m\u00eame la signature des choses. La mer et la po\u00e9sie. La po\u00e9sie et la mort. \u00bb Cendrars et Ch\u00e2telain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bourlinguer, texte de Blaise Cendrars, lecture de Jean-Quentin Ch\u00e2telain, mise en sc\u00e8ne de Darius Peyamiras \u2014\u00a0Festival off d&rsquo;Avignon 2014 Le Th\u00e9\u00e2tre Trois Soleils pr\u00e9sente, dans le cadre du Festival off d&rsquo;Avignon, Jean-Quentin Ch\u00e2telain dans une mise en sc\u00e8ne de Darius Peyamiras. La prof\u00e9ration d&rsquo;un texte de Blaise Cendrars : Bourlinguer. L&rsquo;effort de l&rsquo;immobilit\u00e9 et de la voix face aux roulis incessant de la mer et du vent. 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