


{"id":533,"date":"2014-07-10T18:21:00","date_gmt":"2014-07-10T16:21:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=533"},"modified":"2014-07-10T18:21:00","modified_gmt":"2014-07-10T16:21:00","slug":"lied-ballet-fractal","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lied-ballet-fractal\/","title":{"rendered":"Lied Ballet\u2026 fractal"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/lied-ballet\">Lied Ballet<\/a><\/i>, Chor\u00e9graphie <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/thomas-lebrun\">Thomas Lebrun<\/a> \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-531\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton23.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-532\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/lied.jpg\" alt=\"lied.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Il en va de certaines cr\u00e9ations comme d\u2019un arr\u00eat au sens o\u00f9 Nietzsche, questionnant le rapport que l\u2019on entretient \u00e0 l\u2019art, proposait de reconna\u00eetre une \u0153uvre \u00e0 sa capacit\u00e9 d\u2019arr\u00eater le sujet. D\u2019une certaine mani\u00e8re, Lied Ballet de Thomas Lebrun \u2013 pi\u00e8ce chor\u00e9graphique pour 8 Danseurs et Danseuses, un Pianiste et un T\u00e9nor \u2013 rel\u00e8ve de ce moment d\u00e9crit par le philosophe. Moment o\u00f9 le sujet comme l\u2019objet qu\u2019il croise s\u2019inscrivent dans une pr\u00e9sence qui les rend absent \u00e0 la course du monde. C\u2019\u00e9tait au Clo\u00eetre des Carmes, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit\u2026 une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique pleine d&rsquo;am\u00e9nit\u00e9.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><quote>Lire le mouvement<\/quote><\/em><br \/>\nSilhouettes noires sur fond blanc, signes de chairs endeuill\u00e9es sur rectangle blanc \u00e9clair\u00e9 au sol, ou points d\u2019Encres en mouvement sur page blanche\u2026 Quand commence Lied Ballet, c\u2019est d\u2019abord un ensemble cod\u00e9 qui appara\u00eet, puis ces sensations qui deviennent sensibles puisqu\u2019en danse \u2013 cette langue muette \u2013 le langage se r\u00e9-ouvre au monde du souffle et des sons murmur\u00e9s qui s\u2019entendent sans rien nommer.<br \/>\nTout au long du premier acte, c\u2019est ce souffle que l\u2019on per\u00e7oit dans les corps en mouvement, les corps \u00e9croul\u00e9s, le fr\u00f4lement des pas sur le plateau\u2026 Corps sans mots, ou presque, qui ne trouvent d\u2019expressivit\u00e9 que dans le d\u00e9placement, la pose, le visage, le geste.<br \/>\nLied Ballet, au premier acte, serait d\u2019abord une exploration du titre et du seul mot \u201cBallet\u201d. L\u00e0 o\u00f9 la configuration des corps en un groupe s\u2019observe dans ses d\u00e9ambulations, dans ses tr\u00e9pignements, ses agencements impr\u00e9visibles (duo, trio, solo\u2026), ses \u00e9carts, ses lignes et autres mouvements g\u00e9om\u00e9triques. Et ce qui domine dans les premiers mouvements, ce sont les arr\u00eats qui construisent des tableaux o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie semble fig\u00e9e. Sorte de pantomime bris\u00e9e, de model\u00e9s en construction, d\u2019images illisibles mais sensibles\u2026 occupant les points cardinaux du plateau, et foulant l\u2019espace entier, l\u2019\u00e9nergie va ainsi en se r\u00e9partissant selon une logique inconnue. Et chaque fois, alors que le travail lumi\u00e8re sur le rectangle en modifie l\u2019aspect, c\u2019est une grimace qui \u00e9mane du groupe\u2026 C\u2019est un visage qui concentre toute l\u2019\u00e9nergie du groupe. Au visage impassible, Un dans cette totalit\u00e9, renvoie ainsi une marginalit\u00e9, une singularit\u00e9, une exp\u00e9rience\u2026 au point que ce visage donne au groupe ses traits. Et chaque fois, me semble-t-il, ce visage \u00e9tait une forme d\u2019adresse. Une mati\u00e8re reconnaissable et tout \u00e0 la fois secr\u00e8te qui interpelle invitant, celui qui le croise, \u00e0 le lire, \u00e0 s\u2019en rapprocher, \u00e0 s\u2019en saisir, \u00e0 s\u2019en soucier.Tout au long du premier temps de Lied Ballet, c\u2019est ce souci du visage qui appara\u00eet comme la chose \u00e0 suivre, \u00e0 regarder, \u00e0 imaginer, \u00e0 ne pas manquer car c\u2019est cela qui dans la mutitude n\u2019arr\u00eate pas de parler. C\u2019est cela qui, offert mais ferm\u00e9, invite \u00e0 une caresse mentale laquelle cherche, dans ces traits, un passage et un chemin de lecture. Lire un visage, dis-je, et voir dans l\u2019ouverture d\u2019une bouche ou les yeux \u00e9carquill\u00e9s, la nuque bris\u00e9e ou la t\u00eate renvers\u00e9e quelque chose qui est commun au visage de l\u2019humanit\u00e9. Et croire, dans les ponctuations sonores qui parviennent, presque inaudibles, \u00e0 une parole qui se forme et s\u2019abandonne dans l\u2019oreille de celui qui la re\u00e7oit pour qu\u2019il entende ce que les Esprits lui soufflent\u2026 Peut-\u00eatre, dans ces visages, y avait-il quelques signes de fureur, de peur, d\u2019inqui\u00e9tude, de malaise, de torture, de violence, de tristesse surtout\u2026<br \/>\nEt, soudainement, de voir dans le danseur qui sort de sous les voutes du clo\u00eetre, dans sa grande taille et sa maigreur, quelque chose de l\u2019homme qui marche\u2026 sans but. Mais qui n\u2019ayant aucune attache d\u00e9cide de marcher \u00e0 l\u2019aveugle\u2026 Le corps pench\u00e9 vers l\u2019arri\u00e8re, la jambe allong\u00e9e vers l\u2019avant, la m\u00e9canique de la marche mise \u00e0 vue dans le d\u00e9pliement du pied\u2026 lui a quelque chose de l\u2019arpenteur. Lui a quelque chose d\u2019un Sisyphe et d\u2019un danseur au commencement de son art qui se laisse guider et entra\u00eener par le mouvement.<br \/>\nEt d\u2019entendre Ie \u201cMitternacht\u201d r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plusieurs fois, comme le vers atrophi\u00e9 du chant de Zarathoustra \u201cOh Mensch gibt acht was sagt die Mitternacht\u201d\u2026 et laisser le sonore rappeler que la nuit, en son milieu, vient le peuple des esprits diurnes. Viennent dans le sommeil les spectres des jours mutil\u00e9s et des lendemains qui chantent. Et regarder le danseur et son visage tourn\u00e9 vers ses pas comme le signe peut-\u00eatre d\u2019un visage qui ne s\u2019offre pas, un visage qui se d\u00e9robe et garde ainsi son secret. Car un visage qui ne peut \u00eatre d\u00e9visag\u00e9 est un secret\u2026<br \/>\nEt bient\u00f4t, la note de piano et la voix du t\u00e9nor viennent ajouter \u00e0 ce monde sonore. Le Lied rejoint le Ballet. Lied comme souvent ou toujours qui font entendre une douleur lancinante, une m\u00e9lancholie pers\u00e9v\u00e9rante, une lutte perdue, un chant des morts qui rend hommage aux vivants. Tod und Leben, mort et vie\u2026  und lieben, aimer, encore. Non seulement des passions chant\u00e9es, c\u00e9r\u00e9bralis\u00e9es, mentales et spirituelles, mais aussi des \u00e9tats du corps v\u00e9cus, \u00e9prouv\u00e9s, sentis et violents s\u2019en prenant \u00e0 la corpor\u00e9it\u00e9 et \u00e0 l\u2019organique, \u00e9tranglant les muscles au point de ne plus se tenir debout, d\u00e9chirant les tissus musculaires au point d\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9, imprimant aux nerfs des paralysies\u2026 qui laissent  l\u2019\u00eatre sans mouvement. Tod, Leben, Lieben\u2026 trois mots qui, pris dans le Sterben (mourir) et le Streben (tendre), compressent le temps d\u2019une existence \u00e0 la seule figure de l\u2019ent\u00eatement. S\u2019ent\u00eater \u00e0 vivre\u2026 en \u00e9prouvant parfois la tentation de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u201cmais pourquoi ?\u201d<br \/>\nLe chant, dans Lied Ballet, sera la ponctuation grave et audible, de la chor\u00e9graphie qui y menait. Et c\u2019est cruellement \u00e9mouvant, parfaitement ma\u00eetris\u00e9, au point d\u2019\u00eatre brutal dans la douceur.<br \/>\nAu dernier tableau, tous reviendront habill\u00e9s d\u2019un maillot de bain bleu\u2026 presque un instant dr\u00f4le que l\u2019on pourrait confondre avec un groupe de danse aquatique synchronis\u00e9e\u2026 presque dr\u00f4le, le temps que le groupe se mette en ordre de bataille et qu\u2019il livre sur un rythme rapide une partition r\u00e9gl\u00e9e, aux sym\u00e9tries parfaites, o\u00f9 pour autant que les danseurs sont une pluralit\u00e9, ils forment un seul geste. C\u2019est impressionnant de ma\u00eetrise, de travail\u2026 Et de voir dans le mouvement chor\u00e9graphique, alors, une esth\u00e9tique du fractal o\u00f9 chaque partie, isol\u00e9ment singuli\u00e8re, est le signe mim\u00e9tique d\u2019une unit\u00e9 et d\u2019une totalit\u00e9 que repr\u00e9sente le groupe de Lied Ballet.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/hvvDxLBH\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lied Ballet, Chor\u00e9graphie Thomas Lebrun \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2014 Il en va de certaines cr\u00e9ations comme d\u2019un arr\u00eat au sens o\u00f9 Nietzsche, questionnant le rapport que l\u2019on entretient \u00e0 l\u2019art, proposait de reconna\u00eetre une \u0153uvre \u00e0 sa capacit\u00e9 d\u2019arr\u00eater le sujet. D\u2019une certaine mani\u00e8re, Lied Ballet de Thomas Lebrun \u2013 pi\u00e8ce chor\u00e9graphique pour 8 Danseurs et Danseuses, un Pianiste et un T\u00e9nor \u2013 rel\u00e8ve de ce moment d\u00e9crit par le philosophe. 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