


{"id":542,"date":"2014-07-08T18:35:00","date_gmt":"2014-07-08T16:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=542"},"modified":"2014-07-08T18:35:00","modified_gmt":"2014-07-08T16:35:00","slug":"ne-rien-oublier","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/ne-rien-oublier\/","title":{"rendered":"Ne rien oublier\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.avignonleoff.com\/programme\/2014\/par-titre\/q\/quand-j-etais-charles-12363\/\">Quand j&rsquo;\u00e9tais Charles<\/a><\/i>, texte et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Melquiot \u2014 Festival Off d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-540\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton26.png\" width=\"376\" height=\"511\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-541\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/quandjetais.jpg\" alt=\"quandjetais.jpg\" align=\"center\" width=\"320\" height=\"381\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Dans le cadre du Festival off d&rsquo;Avignon, le th\u00e9\u00e2tre GiraSole pr\u00e9sente Quand j&rsquo;\u00e9tais Charles, texte et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Melquiot et avec Vincent Garanger. Le d\u00e9samour de l&rsquo;une fait le malheur de l&rsquo;autre. Ces histoires quotidiennes de tout le monde. Qui ne les oubliera jamais ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Fabrice Melquiot, dont le nom n&rsquo;est pas inconnu \u00e0 tout le monde, a une carri\u00e8re comme on s&rsquo;imagine  une carri\u00e8re. \u00c0 29 ans, son premier texte est publi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Arche, une quarantaine suivront. Il re\u00e7oit des prix nationales et internationales. Ses pi\u00e8ces sont jou\u00e9s \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Auteur associ\u00e9 au CDN de Reims pendant six ans, ses pi\u00e8ces sont traduites dans nombreuses langues et mont\u00e9es dans nombreux autres pays. Puis, auteur associ\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \u00e0 Paris pendant trois ans pour \u00eatre depuis 2012 \u00e0 la direction du th\u00e9\u00e2tre Am Stram Gram de Gen\u00e8ve.<br \/>\nVincent Garanger n&rsquo;en a rien \u00e0 envier. Apr\u00e8s des formations au Conservatoire Municipal d&rsquo;Anger, de l&rsquo;ENSATT et du Conservatoire National Sup\u00e9rieur d&rsquo;Art Dramatique de Paris et ayant travaill\u00e9 avec Marguerite Duras, Alain Fran\u00e7on, Jacques Lassalle, Roger Planchon pour ne nommer que quelques uns, il est depuis 2009 co-directeur avec Pauline Sales du Pr\u00e9au, CDR de Basse-Normandie \u00e0 Vire o\u00f9 Fabrice Melquiot produit quelques uns de ses spectacles.<br \/>\nQuand j&rsquo;\u00e9tais Charles met alors en sc\u00e8ne Vincent Garanger qui joue devant une salle moiti\u00e9 vide un mec de la province, vendeur de machines agricoles, certes quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on pourrait appeler un bon-vivant, mais dont ses rires trahissent son malaise. Il rit parce qu&rsquo;il n&rsquo;arrive pas \u00e0 pleurer \u00e0 part au moment : \u00ab Je ne suis plus moi-m\u00eame. \u00bb pour effacer brusquement ses larmes pour retrouver la \u00ab force \u00bb de l&rsquo;homme de la campagne. Plus lui-m\u00eame, parce qu&rsquo;il a perdu sa femme qui est partie avec quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre pour finir seule parce que l&rsquo;autre, au final, trouvait que \u00ab \u00e7a ne marchera pas \u00bb. Les femmes qui sont l\u00e0 pour reconstruire l&rsquo;homme d\u00e9truit par les sifflements de quadrag\u00e9naires en f\u00eate du samedi soir au karaok\u00e9. Il gardera sa fiert\u00e9 de sa constance et sa fid\u00e9lit\u00e9 m\u00eame apr\u00e8s les fantasmes d&rsquo;une nuit d&rsquo;orgie avec des infirmi\u00e8res avec des seins ballon et nues sous leurs chemises blanches d&rsquo;aides soignantes. Ce ne sont pas elles qui le soigneront, mais c&rsquo;est Aznavour qui le sauvera. Il lui \u00e9crit depuis des d\u00e9cennies sans r\u00e9ponse jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une r\u00e9ponse lui arrive quand il est au plus bas de lui-m\u00eame. Mais il ne lui adressera pas la parole. Il le regardera jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il partira parce qu&rsquo;il ne pourra pas faire cette rencontre sans le t\u00e9moignage de son ex-femme, Maryse. Maryse auquel son dernier mot sera adress\u00e9 : \u00ab Je n&rsquo;ai rien oubli\u00e9, je n&rsquo;oublierai jamais. \u00bb Cet homme \u00ab d&rsquo;obsession \u00bb qui voudrait \u00ab clouer le hasard sur son mur \u00bb aurait bien fait d&rsquo;\u00e9couter un peu Deleuze pour reconna\u00eetre la force de l&rsquo;oubli, mais tel n&rsquo;est pas le sujet ici.<br \/>\nVincent Garanger traverse les 1h25 de spectacle avec assurance en jouant tous les figures qui y apparaissent. En dialoguant avec sa femme et autres pr\u00e9sences dans la salle. Twistant entre le show \u00e0 mener au karaok\u00e9 et les apart\u00e9s de son int\u00e9riorit\u00e9, ses aveux de sa conscience de l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 de sa femme, qu&rsquo;il tente d&rsquo;accepter par son amour inconditionnel. Cette solitude sur le plateau est en pr\u00e9sence de masques naturalistes en sur-mesure des autres figures. Sa femme, Maryse, mais aussi son fils, \u00ab le blaireau \u00bb, qui \u00e0 la fin sera \u00ab grand et con \u00bb, un marabout dont les annonces se trouvent r\u00e9guli\u00e8rement dans nos boites \u00e0 lettre, gu\u00e9risseur de tout, et Charles Aznavour auquel notre h\u00e9ro plaide son admiration inconditionnel, et de lui-m\u00eame, vieux. \u00c0 part ces masques, il y a une chaise au milieu, un micro qui servira \u00e0 diff\u00e9rencier les diff\u00e9rentes prises de parole, un bol d&rsquo;eau avec un poisson dedans qui servira \u00e0 se nettoyer ou \u00e0 tenter un suicide, des lumi\u00e8res qui illustreront les ambiances diverses du karaok\u00e9 ou clarifieront les adresses de Vincent Garanger en \u00e9clairant le masque de sa femme absente \u00e0 laquelle il parle.<br \/>\nJ&rsquo;ai reconnu un p\u00eacheur breton que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 et qui n&rsquo;arrivait qu&rsquo;\u00e0 rire des ses malheurs. Je reconnais cette r\u00e9alit\u00e9 des gens simples. Je reconnais la fiert\u00e9 de r\u00e9gionalisme simpliste et l&rsquo;admiration pour des gens m\u00e9diatiques. Des gens qui disent : \u00ab Tout n&rsquo;est pas possible. \u00bb qui est soit aussi la parole de psychanalystes, mais aussi le contraire d&rsquo;une parole r\u00e9volutionnaire. Des gens qui font \u00e9videmment ce qu&rsquo;ils peuvent et dont on peut envier leurs soucis primaires. Primaires, non pas de mani\u00e8re p\u00e9joratif, mais comme les soucis premiers, fondamentales, qui nous constituent tous. Les soucis et la solitude dans laquelle ils les combattent. La jalousie, l\u2019infid\u00e9lit\u00e9, la tentative d&rsquo;une construction avec la contingence de la vie\u2026 Il se pose alors la question si le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;a pas autre chose \u00e0 faire dans un temps de crise que de nous rappeler ce que tout le monde conna\u00eet et vit dans sa banale quotidiennet\u00e9. Certes, on nous dit que les chansons sauvent la vie et qu&rsquo;il faut chanter parce qu&rsquo;il y a des vies \u00e0 sauver. Mais si cela passe par imposer aux spectateurs de porter une bandelette avec le nom du spectacle au tour des poignets, si cela passe \u00e0 leurs offrir un poir\u00e9 et des g\u00e2teaux \u00e0 la fin du spectacle, non pas dans une ambiance de chaleureuse rencontre, mais o\u00f9 l&rsquo;on ait l&rsquo;impression d&rsquo;un proc\u00e9dure de marketing\u2026 si les chansons th\u00e9\u00e2trales demeurent des rappels de vieilles sentimentalit\u00e9s, m\u00eame si ce sont les gens \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, victimes d&rsquo;elle, \u2026m\u00eame si on nous raconte les malaises et les f\u00eates des gens de peu (Pierre Sansot), autant que leurs solitudes peuvent nous toucher\u2026 eh bien, alors rien. Rien \u00e0 avancer la pens\u00e9e, rien \u00e0 ouvrir un horizon, rien \u00e0 amener au politique. Rien pour les intermittents, rien contre un capitalisme qui reconstruit la guerre froide, rien contre une exploitation qui ne cesse de continuer, rien pour une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale nouvelle. Rien pour ne pas oublier un \u00ab th\u00e9\u00e2tre populaire \u00bb, les histoires \u00e9ternelles du petit je. Ne pas oublier les sentiments qui sont \u00e9ternellement les m\u00eames, qui fonctionnent \u00e9ternellement de la m\u00eame mani\u00e8re. Aznavour est vieux et ce th\u00e9\u00e2tre avec lui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand j&rsquo;\u00e9tais Charles, texte et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Melquiot \u2014 Festival Off d&rsquo;Avignon 2014 Dans le cadre du Festival off d&rsquo;Avignon, le th\u00e9\u00e2tre GiraSole pr\u00e9sente Quand j&rsquo;\u00e9tais Charles, texte et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Melquiot et avec Vincent Garanger. Le d\u00e9samour de l&rsquo;une fait le malheur de l&rsquo;autre. Ces histoires quotidiennes de tout le monde. 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