


{"id":545,"date":"2014-07-08T18:40:00","date_gmt":"2014-07-08T16:40:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=545"},"modified":"2014-07-08T18:40:00","modified_gmt":"2014-07-08T16:40:00","slug":"falstafe-end-of-game","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/falstafe-end-of-game\/","title":{"rendered":"Falstafe\u2026 end of game."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/falstafe\">Falstafe<\/a><\/i>, de Val\u00e8re Novarina, d&rsquo;apr\u00e8s William Shakespeare, Mise en sc\u00e8ne de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/lazare-herson-macarel\">Lazare Herson-Macarel<\/a><br \/>\n<em>Lire \u00e9galement sur l&rsquo;insens\u00e9 la critique de Malte Schwind : <a href=\"30\">Quelle jeunesse ?<\/a><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-543\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton27.jpg\" width=\"320\" height=\"381\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-544\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/falstafe.jpg\" alt=\"falstafe.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Si le lieu au th\u00e9\u00e2tre a encore un sens, alors il est vraisemblable que jouer et croiser, au P\u00e9nitents Blancs, l\u2019adaptation des Henri IV de Shakespeare en Falstafe de Novarina devait conduire \u00e0 une h\u00e9sitation du jugement sur l\u2019imp\u00e9nitent Jack. Si le lieu avait encore un sens, dans ces vieilles pierres sacr\u00e9es, peut-\u00eatre qu\u2019un \u00ab Ring \u00bb plut\u00f4t qu\u2019un bric \u00e0 brac emprunt\u00e9 aurait permis de saisir, \u00e0 travers le grotesque des situations et les formes ubuesques de la langue, communs \u00e0 Novarina et \u00e0 Shakespeare, un go\u00fbt pour le baroque o\u00f9 les fronti\u00e8res faiblissent et volent en \u00e9clats laissant appara\u00eetre le duel irr\u00e9pressible entre le fard des humanismes et les traits d\u2019une animalit\u00e9 bien humaine. Mais \u00e0 vouloir distraire le public, et notamment le jeune public qui est l\u2019objet tot\u00e9mis\u00e9 de cette 68\u00e8me \u00e9dition d\u2019Avignon, Lazare Herson-Macarel pr\u00e9f\u00e8re racoler en multipliant les gags\u2026<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><quote>De quoi Falstafe\u2026 est-il le nom ?<\/quote><\/em><br \/>\nD\u2019une souillure ? D\u2019un imondice ? D\u2019une luxure ? D\u2019un immoralisme ? D\u2019un invert\u00e9br\u00e9 ? D\u2019un menteur ? D\u2019un jouisseur ? D\u2019un ventre-mou ? D\u2019un d\u00e9voy\u00e9 ? D\u2019un poltron ?<br \/>\nD\u2019un ami ? D\u2019un pr\u00e9cepteur clandestin ? D\u2019un sensible ? D\u2019un fid\u00e8le ? D\u2019un humain trop humain ? D\u2019un arlequin ob\u00e8se ? D\u2019un pauvre g\u00e9n\u00e9reux ? D\u2019un gueux aux abois ? D\u2019une catin gratis ? D\u2019un bouc-\u00e9missaire ?<br \/>\nFalstaff chez Shakespeare, comme Falstafe chez Novarina\u2026 est sans doute et avant tout une cicatrice, une plaie ouverte, une \u00e9gratignure suintante\u2026 Soit un corps meurtri dont on ne per\u00e7oit pas imm\u00e9diatement qu\u2019il est \u00e0 l\u2019agonie parce que la caract\u00e9ristique du \u201cbouffon\u201d qu\u2019il doit \u00eatre l\u2019oblige \u00e0 se moquer de la mort qui le gu\u00eate. Un corps, dis-je, qui abrite aussi un esprit qui souffle ou souffre, l\u2019un comme l\u2019autre des verbes pris dans la d\u00e9mesure et la graisse qui l\u2019enrobe et lui permet de s\u2019abriter.<br \/>\nObjet de raillerie pour son physique qui encombre sa psych\u00e9, Jack, \u00e0 chaque \u00e9pisode, est un \u00e9ventr\u00e9. Sorte d\u2019augures d\u00e9ambulantes et vivantes, chacun y lit ce qu\u2019il veut y voir, le destin qu\u2019il veut y saisir\u2026 la tripe de Jack lui vaut d\u2019avoir de l\u2019estomac quand il faut mentir, mais de n\u2019\u00eatre qu\u2019un chiasseux courant devant la r\u00e9alit\u00e9. Le ventre de Jack est sa richesse et simultan\u00e9ment son infortune. Sorte d\u2019armure naturelle, elle est aussi sa faiblesse, son talon d\u2019Achille, son point de rupture. S\u2019il \u00e9tait une figure grecque, il serait Philoct\u00e8te : l\u2019abandonn\u00e9 d\u2019Ulysse parce qu\u2019il pue.<br \/>\nJack est donc promis \u00e0 la mort (qui n\u2019est ici qu\u2019une m\u00e9taphore), et le temps des Henri (Il faut deux pi\u00e8ces \u00e0 Shakespeare pour le d\u00e9crire, Une \u00e0 Novarina pour en faire un concentr\u00e9), est le temps tragique (c\u2019est-\u00e0-dire suffisant) pour suivre cette agonie.<br \/>\nJack ou l\u2019agonie d\u2019un serviteur z\u00e9l\u00e9, enjou\u00e9, sans amour propre mais ayant pour unique amour un prince promis \u00e0 devenir roi, sait sans doute, mais s\u2019interdit de le croire, qu\u2019il marche vers son tr\u00e9pas. La disgrace sera son tombeau, son bannissement induira l\u2019oubli et sa disparition. Avant cela, il y aura la vie de Jack, le couple \u00e9cervel\u00e9 qu\u2019il forme avec le jeune Prince Henri, les querelles amicales et cruelles, les mauvais tours, les jeux de r\u00f4le qui ne sont que la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un r\u00e9el \u00e0 venir, la guerre o\u00f9 il faudra pour l\u2019un jeter son corps dans la bataille, pour l\u2019autre le sauver, l\u2019\u00e9pisode du duel contre Percy qui fait d\u2019henri un fils et un h\u00e9ritier, un mensonge ou une vantardise de trop, un couronnement post geste h\u00e9ro\u00efque du Prince, et la chute de Falstaff : son bannissement ou sa mort embray\u00e9e puisque Jack n\u2019est rien de plus que l\u2019ombre de celui qui l\u2019aimait.<br \/>\nA bien des \u00e9gards, on pourrait donc voir dans la proximit\u00e9 de la mort de Jack, \u00e9galement, une histoire d\u2019amour, s\u2019il est vrai que ces deux pulsions sont proches l\u2019une de l\u2019autre. On l\u2019a dit, la mort n\u2019est ici qu\u2019une m\u00e9taphore. C\u2019est un temps compt\u00e9, un compte \u00e0 rebours, l\u2019autre figure d\u2019un sablier et de ses grains de sable\u2026<br \/>\nMais, et surtout, chacun de ces \u00e9pisodes ne proc\u00e8de pas d\u2019une pratique du rebondissement plaisant et prompte \u00e0 nourrir l\u2019action d\u2019un divertissement. Non, chacun de ces \u00e9pisodes fonctionne comme une \u00e9preuve : une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. C\u2019est-\u00e0-dire un jeu pour tricheurs qui, petit \u00e0 petit, au gr\u00e9 des \u00e9preuves, met l\u2019un loin de l\u2019autre, pour finir par mettre l\u2019un hors-jeu quand l\u2019autre entre dans la danse.<br \/>\n<em><quote>La mise en sc\u00e8ne et la dramaturgie\u2026 ?<\/quote><\/em><br \/>\nEntrant dans la petite salle de la chapelle des P\u00e9nitents blancs, ce que l\u2019on d\u00e9couvre c\u2019est un groupe d\u2019acteurs, sur sc\u00e8ne, qui semble observer un training. Un rien cabots, peut-\u00eatre aussi impatients d\u2019en d\u00e9coudre, ils regardent de temps \u00e0 autres ou plus fixement le quidam qui s\u2019installe. Il est vrai que l\u2019inexistence des coulisses les oblige \u00e0 occuper le d\u00e9cor. Le d\u00e9cor, justement\u2026 ou un amas \u00e9clectique. Ici un caddy et ses sacs poubelles parmi lesquels se trouve une cymbale. L\u00e0 une balustrade. En font de sc\u00e8ne un tableau noir d\u2019\u00e9colier sur lequel est \u00e9crit \u201cla jeunesse doit vivre\u201d, en rouge r\u00e9volutionnaire. Un divan servira \u00e9galement de branches pour ces dr\u00f4les d\u2019oiseaux que sont les com\u00e9diens de ce Falstafe.<br \/>\nPuis viendra le temps de l\u2019aboiement fondu \u00e0 la captatio benevolae o\u00f9 les com\u00e9diens sont pr\u00e9sent\u00e9s dans les diff\u00e9rents r\u00f4les qu\u2019ils occuperont. 5 acteurs font ainsi 7 personnages\u2026 Crise oblige (compression de personnels) ou parti pris esth\u00e9tique et po\u00e9tique revendiqu\u00e9, des premi\u00e8res minutes on peut d\u00e9duire le rythme, le ton et l\u2019enjeu qui seront travaill\u00e9s. Sans que l\u2019on puisse parler d\u2019un genre, disons qu\u2019il s\u2019agira d\u2019une com\u00e9die ubuesque o\u00f9 les objets sont d\u00e9tourn\u00e9s et les personnages caricaturaux.  Tout se passera \u00e0 vue et le travail lumi\u00e8re de j\u00e9r\u00e9mie Papin constituera sans doute la seule r\u00e9ussite de ce travail.<br \/>\nPour le reste, Falstafe rembour\u00e9 (le coussin vaut pour les coussinets de graisse) arrivera par une poubelle apr\u00e8s qu\u2019un ronflement l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, puis Pistol, puis Henri\u2026 tous plus ou moins grim\u00e9s, plus ou moins costum\u00e9s, plus ou d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 le tout se regarde presque comme une bande SDF qui s\u2019habille aux puces, au point d\u2019avoir un look coco (comme disait Ferr\u00e9).<br \/>\nPour le reste, l\u2019essentiel de l\u2019histoire de Falstafe est rapport\u00e9 \u00e0 travers 5 sc\u00e8nes qui forment les instants de rupture\u2026 d\u2019Henri IV. La sc\u00e8ne du vol, la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre, la sc\u00e8ne d\u2019amour, la sc\u00e8ne de guerre, la sc\u00e8ne du bannissement, (une sc\u00e8ne interm\u00e9diaire pour rappeler la gr\u00e8ve des intermittents, pas pr\u00e9vu au programme) et un \u00e9pilogue chant\u00e9 qui rassure le public et lui rappelle qu\u2019il \u00e9tait au divertissement.<br \/>\nPour le reste, on reconna\u00eetra des qualit\u00e9s gymniques et sportives de ces com\u00e9diens rompus \u00e0 \u201ctout faire\u201d.<br \/>\nMais que montraient-ils exactement ? En fait, des sc\u00e9nettes enquill\u00e9es, empil\u00e9es, align\u00e9es les unes derri\u00e8re les autres sans qu\u2019appara\u00eessent une nuance, un doigt\u00e9, une pinc\u00e9e de lecture\u2026 Soit ce que l\u2019on nomme une lecture dramatugique parce que le texte de Novarina et celui de Shakespeare pointent sans doute une direction, un propos, un point de vue.<br \/>\nCeci absent (je vous passe les fadaises relev\u00e9es dans le programme sur \u201chomme de notre temps\u201d, \u201chistoire d\u2019un homme libre dans un monde plein de mis\u00e8re\u201d, \u201cla course au plaisir\u201d, \u201ccritique de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine\u201d, etc\u2026. et de m\u00eame j\u2019oublie les commentaires sur Novarina de Lazare Herson-Macarel qui sont \u00e0 la pertinence ce que la choucroute est au r\u00e9gime Weight watcher)\u2026 ceci absent, c\u2019est jusqu\u2019au rythme novarinien qui dispara\u00eet sous une avalanche de b\u00e9otie.<br \/>\nNivellement donc, et appauvrissement de facto. Le grand guignol acrobatique l\u2019emporte sur la langue et les traits du discours. Or, qu\u2019il s\u2019agisse de Novarina ou de Shakespeare, c\u2019est, me semble-t-il, la caract\u00e9ristique qui les unissait.<br \/>\n<em><quote>La langue perdue<\/quote><\/em><br \/>\nDans ce monde de cocasseries, et de p\u00e9tards mouill\u00e9s, d\u2019artifices st\u00e9riles (Henri quitte le plateau en moto) et de rodomondades \u00e9vent\u00e9es\u2026 la langue (qui n\u2019induit pas l\u2019absence de corpor\u00e9it\u00e9) fut malmen\u00e9e, voire totalement oubli\u00e9e. M\u00eame un sourd l\u2019eut entendu. Langue et discours, donc disparurent au gr\u00e9 des contorsions et vocalises de ce groupe de d\u00e9butants dirig\u00e9 par un\u2026 par un\u2026 un \u2026<br \/>\nCar enfin, si Novarina s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ces pi\u00e8ces shakespeariennes, n\u2019\u00e9tait-ce pas pour la langue et les configurations de celle-ci\u2026 ? N\u2019\u00e9tait-ce pas pour la port\u00e9e discursive de ces joutes grandioses et baroques, tenues \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 tout en devant marqu\u00e9 des formes de respects ? Falstaff n\u2019est-il d\u2019aucune mani\u00e8re le personnage qui, par excellence, incarne la quintessence de ce Verbe sauvage, chaotique, dionysiaque et n\u00e9anmoins totalement ma\u00eetris\u00e9\u2026.<br \/>\nEt les auteurs dont nous parlons n\u2019ont-ils pas l\u2019un et l\u2019autre eut le go\u00fbt du lexique litanesque, de la rh\u00e9torique et de l\u2019ivresse po\u00e9tique, de la dialectique comme mode symphonique ? De la m\u00e9taphore comme cadavre du mot pr\u00e9visible\u2026 ? Novarina, m\u00eame en 1975 (puisque c\u2019est la date de ce texte adress\u00e9 \u00e0 Bourgois) \u00e9tait-il \u00e9tranger aux d\u00e9lires linguistiques qui rend le langage aux landes imaginaires et fantastiques ? Le d\u00e9r\u00e9glement s\u00e9mantique, \u00e0 la suite du chaos lexical n\u2019est-il qu\u2019une vue de l\u2019esprit pour les lecteurs de Novarina ? Qui se saisit de ses textes mesure qu\u2019il faut \u00eatre un athl\u00e8te du verbe, un marathonien du rythme, un arpenteur des signes impr\u00e9visibles\u2026.<br \/>\nAu lieu de cela, Lazare Herson-Macarel joue petit. Il joue \u201cjeune public\u201d et appr\u00e9cie celui-ci pour ce qu\u2019il en fantasme\u2026 une horde sans oreille, une meute d\u00e9nu\u00e9e de sensibilit\u00e9 pour le sens, une bande d\u2019ignorants\u2026 A l\u2019image acoustique il substitue l\u2019image pseudo-spectaculaire, l\u2019effet truc-hurlant, aux mots truculents.<br \/>\nOn dit que la nouvelle direction du Festival souhaitait revenir aux th\u00e9\u00e2tre par les Grands textes. C\u2019est louable, mais encore faut-il que ceux qui s\u2019en emparent prennent le temps de les lire\u2026 pas \u00e0 pas, comme l\u2019\u00e9crivait Barthes.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/KWaQt14T\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Falstafe, de Val\u00e8re Novarina, d&rsquo;apr\u00e8s William Shakespeare, Mise en sc\u00e8ne de Lazare Herson-Macarel Lire \u00e9galement sur l&rsquo;insens\u00e9 la critique de Malte Schwind : Quelle jeunesse ? Si le lieu au th\u00e9\u00e2tre a encore un sens, alors il est vraisemblable que jouer et croiser, au P\u00e9nitents Blancs, l\u2019adaptation des Henri IV de Shakespeare en Falstafe de Novarina devait conduire \u00e0 une h\u00e9sitation du jugement sur l\u2019imp\u00e9nitent Jack. 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