


{"id":556,"date":"2014-07-06T18:49:00","date_gmt":"2014-07-06T16:49:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=556"},"modified":"2014-07-06T18:49:00","modified_gmt":"2014-07-06T16:49:00","slug":"quelle-jeunesse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/quelle-jeunesse\/","title":{"rendered":"Quelle jeunesse ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/falstafe\">Falstafe<\/a><\/i>, de Val\u00e8re Novarina, d&rsquo;apr\u00e8s William Shakespeare, Mise en sc\u00e8ne de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/lazare-herson-macarel\">Lazare Herson-Macarel<\/a><br \/>\n<em>Lire \u00e9galement sur l&rsquo;insens\u00e9 la critique de Yannick Butel : <a href=\"27\"><em>Falstafe<\/em>\u2026 end of game<\/a><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-554\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton30.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-555\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/falstafe-2.jpg\" alt=\"falstafe-2.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Ce 5 juillet 2014, premier jour de travail de la 68e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon (il y avait gr\u00e8ve le 4.), Lazare Herson-Macarel et sa Compagnie de la jeunesse aimable propose l&rsquo;ouverture de leur g\u00e9n\u00e9rale aux m\u00e9dias et quelques personnes. Dans la Chapelle des P\u00e9nitents blancs, ils pr\u00e9senteront du 6 au 11 juillet Falstafe, texte de Val\u00e8re Novarina et premi\u00e8re proposition pour jeune public au Festival. Un appel sentimental \u00e0 ceux qui se sentent seuls en refusant de devenir adulte, c&rsquo;est-\u00e0-dire des gens aigris, m\u00e9chants et autoritaires par leurs lourdes responsabilit\u00e9s.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Sous la vis\u00e9e des bataillons des photographes et des cam\u00e9ras pr\u00e9sentes pour cette g\u00e9n\u00e9rale, les acteurs attendent d\u00e9j\u00e0 sur le plateau en feignant une certaine d\u00e9sinvolture. L&rsquo;un s&rsquo;ouvre une canette, deux autres font une petite danse pour rigoler. Au centre, une grosse poubelle rouge, sinon, un canap\u00e9 qu&rsquo;on peut qualifier objectivement de moche, un caddie de supermarch\u00e9 rempli de sacs de plastique et avec une cymbale et qui restera \u00e0 sa place quasiment jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, une barre m\u00e9tallique des grandes chantiers, enfin un escabeau devant un panneau en hauteur sur lequel est \u00e9crit : \u00ab La jeunesse doit vivre ! \u00bb<br \/>\nLes costumes sont un mic-mac de signes, de mati\u00e8res et de couleurs, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo; enfants qui se seraient d\u00e9guis\u00e9s en fouillant dans les vieux sacs de v\u00eatements quelque part en sous-sol d&rsquo;une maison bourgeoise. Paillette noire, jupe blanche, jeans slim bourgogne. Une, genre gothique, un autre avec un bleu de travail trop long comme un manteau qui sort de Harry Potter, et le visage barbouill\u00e9 de blanc ou de cr\u00e8me \u00e0 raser.<br \/>\nApr\u00e8s la pr\u00e9vention de Lazare Herson-Macarel (jeune metteur en sc\u00e8ne et acteur qui travailla entre autre avec Olivier Py) qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9rale et que tout peut encore arriver jusqu&rsquo;au lendemain 15h, la pi\u00e8ce commence avec une pr\u00e9sentation des personnages sous un coup de cymbale et dans la lumi\u00e8re ronde d&rsquo;une poursuite en avant sc\u00e8ne. Le m\u00e9chant sera pr\u00e9sent\u00e9 avec \u00ab un m\u00e9chant \u00bb, et on le r\u00e9p\u00e8te pour qu&rsquo;on comprenne bien ou bien pour tenter de rire un peu de cette simplicit\u00e9 binaire. Il demeure qu&rsquo;on veut bien faire comprendre d\u00e8s le d\u00e9but au jeune public que les sept (?) personnages seront jou\u00e9s par les cinq com\u00e9diens. Enfin, le cinqui\u00e8me se fait attendre et on en fait le gag pour faire arriver le h\u00e9ro de la pi\u00e8ce. Celui qui dorme dans la poubelle, un gros un peu foufou, qui aime manger et boire, et qui sera si tragiquement seul \u00e0 la fin de l&rsquo;histoire.<br \/>\nOn nous raconte alors l&rsquo;histoire, inspir\u00e9e d&rsquo;Henri IV de Shakespeare, de Falstafe et son ami le prince qui seront s\u00e9par\u00e9s par la guerre d\u00e9clar\u00e9e des m\u00e9chants et accept\u00e9e par le p\u00e8re qui force son fils avec autorit\u00e9 et tapes sur le visage de le d\u00e9fendre. C&rsquo;est ce p\u00e8re qui apprendra \u00e0 Falstafe que \u00e7a ne sert \u00e0 rien de se battre pour l&rsquo;honneur et qui se casse une fois la partie gagn\u00e9e pour laisser le tr\u00f4ne \u00e0 son fils.<br \/>\nLe jeu pourrait \u00eatre qualifi\u00e9 de BD. Un jeu gros avec des gags, voire grossier, comme si le jeune public n&rsquo;avait pas de sens pour une subtilit\u00e9. Le tout intercal\u00e9 par des chants par ci par l\u00e0, souvent en anglais, des danses de chor\u00e9graphies volontairement stupides, le p\u00e8re qui regarde et qui tape, la m\u00e8re qui essuie le visage barbouill\u00e9. \u00c0 deux reprises, la lumi\u00e8re du public s&rsquo;allume et la salle est prise en partenaire direct du jeu. Une fois, on lui volera ses sacoches, une autre fois, c&rsquo;est pour l&#8217;embarquer en guerre.<br \/>\nCette guerre arrive tout d&rsquo;un coup avec une certaine inqui\u00e9tude d&rsquo;on ne sait o\u00f9, mais cette ambiance d&rsquo;une certaine angoisse est d\u00e9faite par les annonces r\u00e9guli\u00e8res des chapitres et leurs contenu. \u00ab Chapitre 6, o\u00f9 l&rsquo;on apprend la d\u00e9claration de guerre. \u00bb L&rsquo;horreur de cette guerre est r\u00e9duite \u00e0 la s\u00e9paration d&rsquo;une copine, \u00e0 ces petites histoires sentimentales et on finit par tuer l&rsquo;ennemi m\u00e9chant. Pas seulement de le tuer, mais de jouer avec le cadavre, sauter dessus et l&rsquo;\u00e9craser, ce cadavre devenu une marionnette. Tout est alors permis et on le jette dans la poubelle comme un vieux chiffon. On le maltraite. \u00c7a fait rire. Le choix dramaturgique de faire jouer l&rsquo;ennemi et le prince, le bon et le m\u00e9chant, par le m\u00eame acteur, et qui se bat contre lui-m\u00eame \u00e0 la mani\u00e8re de Fight Club, ne r\u00e9ussie pas \u00e0 ouvrir cette simplicit\u00e9 binaire qui rende la guerre et le foot possible, m\u00eame si au final, il paye cher son pouvoir en abandonnant de mani\u00e8re hautaine son ami d&rsquo;enfance qui restera seul avec ses conneries.<br \/>\n\u00ab La jeunesse doit vivre \u00bb, qui est recouvert \u00e0 fur et \u00e0 mesure d&rsquo;une affiche peinte d&rsquo;une ville nocturne, demande apr\u00e8s une heure et quart de th\u00e9\u00e2tre pour jeune public : Quelle jeunesse ? La jeunesse qui d\u00e9conne jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle doit aller \u00e0 la guerre, o\u00f9 elle ne veut pas aller, mais y va quand m\u00eame avec angoisse ? La jeunesse qui se plie \u00e0 la volont\u00e9 des p\u00e8res et aux tendresses des m\u00e8res ? Une jeunesse qui pr\u00e9f\u00e8re au parricide le d\u00e9connage ? Une jeunesse qui doit \u00eatre \u00e9clair\u00e9 par le p\u00e8re que cela ne vaut rien de se battre pour l&rsquo;honneur ?<br \/>\nEt qui, au m\u00e9ta-niveau, demande quelle peut \u00eatre la jeunesse d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre ? Et, du coup, un th\u00e9\u00e2tre pour la jeunesse ?<br \/>\nLazare Herson-Macarel voudrait \u00ab saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle \u00bb, mais n&rsquo;arrive pour l&rsquo;instant qu&rsquo;\u00e0 saluer les modes du nouveau (acteurs qui attendent sur l&rsquo;entr\u00e9e du public, lumi\u00e8re et adresses directes aux spectateurs, interstices musicaux, partage rationnel pseudo-brechtienne de la fable, le th\u00e9\u00e2tre jeune public), modes qui se pr\u00e9sentent peut-\u00eatre justement comme une essence d&rsquo;une sagesse, qui demeure la parole d&rsquo;un ma\u00eetre, d&rsquo;un p\u00e8re. De l&rsquo;enfance ne reste alors que l&rsquo;image st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 de l&rsquo;enfant qu&rsquo;on reconna\u00eet de Disney et des films d&rsquo;ado am\u00e9ricains, qui a du mal \u00e0 s&rsquo;unir avec la force de la jeunesse rimbaldienne auquel la compagnie emprunte son nom. Et quand on lit dans la pr\u00e9sentation : \u00ab Quel meilleur endroit que le jardin d&rsquo;une enfance pour construire un th\u00e9\u00e2tre ? \u00bb je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de demander de quelle enfance il s&rsquo;agit ? Et je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 quelqu&rsquo;un qui a pens\u00e9 beaucoup sur l&rsquo;enfance : \u00ab M\u00eame si vous \u00e9tiez dans une prison, dont les murs \u00e9toufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette pr\u00e9cieuse, cette royale richesse, ce tr\u00e9sor des souvenirs ? Tournez l\u00e0 votre esprit. Tentez de remettre \u00e0 flot de ce vaste pass\u00e9 les impressions coul\u00e9es. Votre personnalit\u00e9 se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, ferm\u00e9e aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-m\u00eame, de cette plong\u00e9e dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas \u00e0 demander si ces vers sont bons. Vous n\u2019essaierez pas d\u2019int\u00e9resser des revues \u00e0 ces travaux, car vous en jouirez comme d\u2019une possession naturelle, qui vous sera ch\u00e8re, comme l\u2019un de vos modes de vie et d\u2019expression. Une \u0153uvre d\u2019art est bonne quand elle est n\u00e9e d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9. \u00bb (R.M. Rilke) Dans Falstafe, je n&rsquo;ai vu d&rsquo;enfance, ni de jeunesse qui pourrait arriver \u00e0 r\u00e9sister avec jeu au vieux monde, mais l&rsquo;id\u00e9e st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et m\u00e9diatique d&rsquo;une jeunesse que l&rsquo;on veut nous vendre et faire croire que c&rsquo;est \u00e7a, l&rsquo;espoir de demain.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/KWaQt14T\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Falstafe, de Val\u00e8re Novarina, d&rsquo;apr\u00e8s William Shakespeare, Mise en sc\u00e8ne de Lazare Herson-Macarel Lire \u00e9galement sur l&rsquo;insens\u00e9 la critique de Yannick Butel : Falstafe\u2026 end of game Ce 5 juillet 2014, premier jour de travail de la 68e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon (il y avait gr\u00e8ve le 4.), Lazare Herson-Macarel et sa Compagnie de la jeunesse aimable propose l&rsquo;ouverture de leur g\u00e9n\u00e9rale aux m\u00e9dias et quelques personnes. 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