


{"id":562,"date":"2014-07-05T18:58:00","date_gmt":"2014-07-05T16:58:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=562"},"modified":"2014-07-05T18:58:00","modified_gmt":"2014-07-05T16:58:00","slug":"hombourg-le-pti-prince-de-corsetti-par","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/hombourg-le-pti-prince-de-corsetti-par\/","title":{"rendered":"Hombourg\u2026 Le Pti Prince de Corsetti par&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/le-prince-de-hombourg\">Le Prince de Hombourg<\/a><\/em>, de Heinrich von Kleist, mise en sc\u00e8ne de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/giorgio-barberio-corsetti\">Giorgio Barberio Corsetti<\/a> \u2014\u00a0Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-559\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton32.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-560\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/princehombourg.jpg\" alt=\"princehombourg.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Sorti de l\u2019Od\u00e9on Olivier Py devra \u00e0 une p\u00e9tition \u2013 sign\u00e9e par quelques beaux linges de la profession et autres anonymes \u2013 contre son \u00e9viction, de recevoir Avignon en lot de consolation. Exit les administrateurs Archambault et Baudriller qui n\u2019ont pas d\u00e9m\u00e9rit\u00e9\u2026 Un artiste voulu par le Prince Fr\u00e9d\u00e9ric Mitt\u00e9rand dirigerait, pour la premi\u00e8re fois depuis Jean Vilar, le 68\u00e8me festival. Et commen\u00e7ant par ce point d\u2019Histoire, on pourrait presque y lire un motif du Prince de Hombourg que met en sc\u00e8ne Giorgio Barberio Corsetti dans la cour d\u2019honneur du Palais des Papes. Les princes meurtrissent, r\u00e9habilitent, condamnent et pardonnent, voire r\u00e9compensent\u2026 Et Py de souffler \u00e0 Corsetti l\u2019id\u00e9e de mettre en \u0153uvre la pi\u00e8ce de Kleist pour ouvrir le festival\u2026 Ouvrir ? A\u00efe\u2026 ! Bis repetita de l\u2019\u00e9pisode 2003 ? Annulation de la soir\u00e9e d\u2019ouverture du 4 juillet, menace d\u2019actions perl\u00e9es sur toute la dur\u00e9e du festival\u2026<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-561\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/hombourg_corsetti.png\" alt=\"hombourg_corsetti.png\" align=\"center\" width=\"702\" height=\"470\" \/><br \/>\n<em><quote>L\u2019effet banderoles\u2026<\/quote><\/em><br \/>\n\u00ab Le th\u00e9\u00e2tre peut et doit intervenir dans l\u2019Histoire \u00bb \u00e9crivait B.B. qui n\u2019est pas l\u2019acronyme d\u2019une cha\u00eene d\u2019h\u00f4tel bon march\u00e9, mais les initiales de Bertolt Brecht. Lui avait sans doute mesur\u00e9 qu\u2019il fallait appliquer le \u00ab donnant donnant \u00bb ou ce que l\u2019on nomme la r\u00e9ciprocit\u00e9 ou le contre don id\u00e9ologique puisque l\u2019Histoire ne s\u2019est jamais priv\u00e9e d\u2019intervenir dans les arts et donc dans le th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nLa 68\u00e8me \u00e9dition du festival d\u2019Avignon est donc rattrap\u00e9e par l\u2019Histoire ou si vous pr\u00e9f\u00e9rez le spectateur a rendez-vous avec elle, alors que le r\u00e9gime d\u2019indemnisation ch\u00f4mage de l\u2019intermittence est \u00e0 nouveau sur le billot<a href=\"->http:\/\/www.cip-idf.org\/article.php3?id_article=7235&Prime;>[Se reporter \u00e0 la vid\u00e9o jointe, [extraite de cette page<\/a>, qui explique l\u2019enjeu de la lutte des intermittents. Voir \u00e9galement l&rsquo;entretien avec Mathieu Gr\u00e9goire->http:\/\/www.reseau-salariat.info\/24b754a54c368a2f37f8fb5b7d8ea639], \u00ab Le mod\u00e8le des intermittents, c\u2019est une sortie du ch\u00f4mage de masse \u00bb]]<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/ftwXvWShZMg\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Comme en 2003, juste avant la prise de fonction d\u2019Archembault et de Baudriller, \u00e0 la suite de Faivre qui avait essuy\u00e9 l\u2019annulation du festival, Py la croise itou ou tombe lui aussi sous la menace de ce spectre, en 2014. Un point commun, peut-\u00eatre le seul, entre les \u00ab directeurs \u00bb qui vivent l\u2019ind\u00e9passable r\u00e9currence des contraintes \u00e9conomiques lib\u00e9rales et l\u2019effet de celles-ci sur l\u2019organisation du champ social. Dit autrement, les uns comme les autres subissent toujours ce qu\u2019a parfaitement analys\u00e9 Gramsci : \u00ab la mutualisation des pertes, et la privatisation des profits \u00bb.<br \/>\nUn point commun, voire deux\u2026 si l\u2019on y ajoute l\u2019absence de changement. Ou ce que l\u2019on pourrait appeler encore la p\u00e9rennit\u00e9 de la menace de la crise.<br \/>\n2003-2014\u2026 rien ne change donc, n\u2019a chang\u00e9, ne changerait\u2026 et celui qui, sur le mode de la litanie, martelait \u00ab Pr\u00e9sider la R\u00e9publique \u00bb et citait Shakespeare, au Bourget, n\u2019est plus aujourd\u2019hui que l\u2019\u00e9pouvantail du r\u00eave qu\u2019il vantait.<br \/>\nUn abus de langage model\u00e9 sur l\u2019enthousiasme rh\u00e9torique lui vaut d\u2019\u00eatre maintenant la cause du sentiment d\u00e9sabus\u00e9 (des intermittents entre autres). Aucune surprise dans cette trag\u00e9die politique pour qui se souvient de la parent\u00e9 des accents de son discours qui empruntait \u00e0 Kennedy. Chez le Fran\u00e7ois (ancien fran\u00e7ais) on entendait : \u00ab o\u00f9 chacun demandera non pas ce que peut faire la R\u00e9publique pour lui, mais ce que lui peut faire pour la R\u00e9publique \u00bb\u2026 Chez l\u2019assassin\u00e9, dans le discours du 20 janvier 1961 : \u00ab Ne demandez pas \u00e0 votre pays ce qu&rsquo;il peut faire pour vous, mais plut\u00f4t ce que vous pouvez faire pour votre pays \u00bb.<br \/>\nCe qui me conduit, cher lecteur, \u00e0 la conclusion que si les politiciens ne parlent pas toujours le m\u00eame langage, ils d\u00e9fendent la m\u00eame id\u00e9e.<br \/>\n<em><quote>Bref\u2026<\/quote><\/em><br \/>\nLa 68\u00e8me est donc sur la scelette ou \u2013 et l\u2019on a toujours le choix de la lecture de l\u2019Histoire \u2013 les intermittents sont encore et toujours menac\u00e9s. Dans un cas, c\u2019est le spectateur qui aura fait le d\u00e9placement pour RIEN. Dans l\u2019autre, c\u2019est l\u2019intermittent qui, en d\u00e9sespoir de cause, marque le pas en manifestant son DESARROI pour une situation qui ne lui laisse pas le choix\u2026<br \/>\nEn jeu pour le premier : ses vacances culturelles, son go\u00fbt du festival estival, son sentiment de vivre intens\u00e9ment quelques \u00e9pisodes de la vie de l\u2019esprit \u00e0 travers des \u0153uvres, son \u00e9motion et sa sensibilit\u00e9, sa communion via la communaut\u00e9 assembl\u00e9e, etc.<br \/>\nEn jeu pour le second : son gagne-pain, son statut, la dignit\u00e9 des conditions de travail, sa reconnaissance sociale, la pr\u00e9carit\u00e9, la flexibilit\u00e9 qu\u2019on lui impose, la peur de retrouver une situation f\u00e9odale o\u00f9 le com\u00e9dien n\u2019est rien et a d\u00fb attendre le XIX\u00e8me si\u00e8cle pour une reconnaissance sociale, etc.<br \/>\nEn commun une banderole sur la fa\u00e7ade du Palais des Papes qui, soudainement, s\u2019\u00e9l\u00e8ve et se regarde comme l\u2019esquisse d\u2019une barricade. Un front de r\u00e9sistance inattendu\u2026 En commun, dis-je, alors qu\u2019ils \u00e9taient l\u00e0 pour le spectacle, les uns et les autres sont rattrap\u00e9s par l\u2019accident politique qui modifie la nature d\u2019un territoire et de ses lieux publics\u2026 En commun, la construction de l\u2019Histoire \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 d\u00e9velopper apr\u00e8s que la premi\u00e8re phrase est \u00e9crite par eux : les intermittents\u2026 Moment historique que ce 5 juillet, o\u00f9 les spectateurs, mis au pied du mur, au pied de l\u2019Histoire en mouvement, interpel\u00e9s, alert\u00e9s alors qu\u2019ils s\u2019apr\u00eatent \u00e0 entrer dans la cour\u2026 peuvent rejoindre le mouvement des intermittents.<br \/>\nUn court instant, une chance s\u2019offre au spectateur, pr\u00e9cis\u00e9ment au citoyen de la R\u00e9publique, d\u2019en finir avec les qualit\u00e9s n\u00e9gatives qui lui collent \u00e0 la peau. Consommateur (disait Craig), philistins (\u00e9crivait Abirached), putains (pensait Brecht)\u2026 Le rendez-vous avec l\u2019Histoire est \u00e0 port\u00e9e de main du \u00ab client \u00bb dont la pr\u00e9sence, au long de l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre, a toujours \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9e sous les modalit\u00e9s du complice ou de l\u2019hostile. Spectateur-Acteur invent\u00e9, imagin\u00e9, th\u00e9oris\u00e9, esp\u00e9r\u00e9\u2026<br \/>\nEt puis RIEN\u2026 au pied du mur, la file des spectateurs s\u2019organise en queue pour gagner la cour. La queue ou le syndrome visible de la docilit\u00e9 du consommateur qu\u2019ont comment\u00e9 Horkkeimer et Adorno. Petit \u00e0 petit,  la foule s\u2019engouffre sous les voutes. Elle se presse. Elle se parque en suivant le fl\u00eachage des zones qui la r\u00e9partit dans la cour. Elle prend place.<br \/>\nPremier \u00e9chec de la banderole\u2026. qui, finalement, ne ressemble plus qu\u2019\u00e0 un bandeau. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab CE N\u2019EST PAS A UN MOMENT DE CHOMAGE ELEVE QU\u2019IL FAUT REDUIRE LES DROITS DES CHOMEURS \u00bb est mis en \u00e9chec. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 valait pour une critique g\u00e9n\u00e9rale, faisait appel au bon sens\u2026 Dans une langue simple, il pointait la d\u00e9faillance logique d\u2019un syst\u00e8me : son inhumanit\u00e9 ou, et c\u2019est une autre mani\u00e8re de le penser, un probl\u00e8me de r\u00e9partition du capital. S\u00e9mantiquement, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 qui appelait \u00e0 un soubresaut, \u00e0 une r\u00e9sistance, \u00e0 une prise de conscience\u2026 n\u2019est qu\u2019un ensemble de lettres mortes aupr\u00e8s des spectateurs qui s\u2019agglutinent dans la cour. Il n\u2019y aura donc pas de coup de th\u00e9\u00e2tre\u2026 pas de r\u00e9actions.<br \/>\nLa dramaturgie de l\u2019\u00e9chec n\u2019en est n\u00e9anmoins qu\u2019\u00e0 son d\u00e9but\u2026 Le rebondissement arrive juste avant que ne commence Le Prince de Hombourg. L\u00e0, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cour, sur le mur, en lettres capitales, un nouvel \u00e9nonc\u00e9 est projet\u00e9\u2026 devant les sujets assis et devenus spectateurs. \u00ab A Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre du travail, de l\u2019emploi et du dialogue social, Madame la Ministre de la Culture\u2026 Aux partenaires sociaux signataires de l\u2019accord du 22 mars 2014 \u00bb peut-on lire, avant d\u2019entendre le contenu\u2026<br \/>\nEn front de sc\u00e8ne, les intermittents, en tenue de travail (costume pour les uns, uniformes de salle pour les autres) viennent alors commenter le geste attentatoire dont ils sont les victimes. Ils nomment les coupables, rappellent leur amour de l\u2019art, d\u00e9noncent la repr\u00e9sentativit\u00e9 des syndicats et de l\u2019\u00e9lectorat, s\u2019en prennent \u00e0 la faiblesse d\u2019imagination du Medef, etc\u2026<br \/>\nL\u2019instant est esth\u00e9tis\u00e9\u2026 proc\u00e8de d\u2019une mise en voix qui dissimule mal les accents po\u00e9tiques (texte de Guenoun) qui sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre. D\u2019aucuns pr\u00e9tendront qu\u2019il y a l\u00e0 le ciment qui unit l\u2019esth\u00e9tique et le politique\u2026 Aux applaudissements qui suivront, on mesure l\u2019isolement des intermittents, la rupture sc\u00e8ne\/salle, et le nouvel \u00e9chec de ce court instant qui m\u2019appara\u00eet, en d\u00e9finitive, ridicule et humain.<br \/>\nLa seconde chance, pour le public, vient de passer\u2026 Le spectacle aura lieu\u2026 Et le spectateur sera juste celui de l\u2019histoire \u00e0 venir, de la fable \u00e0 vivre\u2026.<br \/>\nEt de regretter, soudain, que Nous, spectateurs, ne nous soyons pas lev\u00e9s. Que nous ne nous engagions pas autrement dans ce mouvement ou que nous ne manifestions notre soutien en nous affranchissant de notre d\u00e9sir d\u2019Art. Que nous n\u2019ayons pas trouv\u00e9 les moyens d\u2019une solidarit\u00e9 visible\u2026 et d\u2019un engagement constructif\u2026<br \/>\nUn instant, on aurait pu r\u00eaver 2000 spectateurs mobilis\u00e9s\u2026 Une cour agit\u00e9e.<br \/>\nVenir \u00e0 Avignon, cet \u00e9t\u00e9, pouvait incarner, au pire, un rassemblement d\u2019indign\u00e9s\u2026 Au comble \u00e7a sera juste la transhumance d\u2019esprits mutil\u00e9s, indigents, avec une question obsessionnelle\u2026 \u00ab La pi\u00e8ce aura lieu ou pas \u00bb ?<br \/>\nLa dramaturgie de la contestation demande plus que la solidarit\u00e9 (n\u2019en d\u00e9plaise au nouveau ma\u00eetre et pasteur du festival), elle invitait \u00e0 l\u2019engagement qui aura \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9, une fois encore. Elle invitait \u00e0 la construction d\u2019un rapport de force qui passe par le nombre\u2026<br \/>\nLe spectacle va commencer\u2026 et un peu plus de deux heures apr\u00e8s, aux \u00e9quipes m\u00e9diatiques qui sondent le spectateur sur la qualit\u00e9 de la pi\u00e8ce \u00e0 la sortie, on entendra, chez certains, \u00ab combien cette mise en sc\u00e8ne pouvait avoir une proximit\u00e9 avec certains \u00e9pisodes de notre r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. C\u2019est ainsi, rien ne se vit plus autrement que sous la forme de procuration et le spectacle assume cette m\u00e9diation. C\u2019est \u00ab ainsi \u00bb\u2026 et comme le commentait Giorgio Agamben, ce \u00ab ainsi \u00bb a valeur de loi, m\u00eame si mon camarade Olivier Neveux[[Olivier Neveux, <em>Politiques du spectateur, les enjeux du th\u00e9\u00e2tre politique aujourd\u2019hui,<\/em> La D\u00e9couverte, 2014. ]] a foi encore en une alternative \u00e0 celle-ci, qu\u2019il a raison de croire dans \u00ab l\u2019id\u00e9e \u00bb de l\u2019\u00e9mancipation quand la praxis et la r\u00e9alit\u00e9 viennent, ici et maintenant, et comme souvent, contrarier son rapport \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance, jusqu\u2019\u00e0 ce que cette m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 lui donne un jour lointain, sans calendrier pr\u00e9visible, lui rendre raison.<br \/>\n<em><quote>Rien que vivre<\/quote><\/em><br \/>\nPeut-on lire sur un panneau qui emprunte au dispositif d\u2019une ardoise magique, au cours de la mise en sc\u00e8ne de Corsetti\u2026 \u00ab Depuis que j\u2019ai vu ma tombe, je ne veux rien que vivre \u00bb dira le Prince de Hombourg \u00e0 sa m\u00e8re, \u00e0 l\u2019Acte 1, sc\u00e8ne 5. Et de voir dans ces trois mots une mani\u00e8re d\u2019accentuer une id\u00e9e, propre sans doute \u00e0 la lecture que fait Corsetti du chef d\u2019\u0153uvre de Kleist. \u00ab Rien que vivre \u00bb appara\u00eet ainsi sous les pelles de deux fossoyeurs \u2013 figures Haml\u00e9tiennes s\u2019il en est \u2013 \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un mouvement a priori paradoxal o\u00f9, alors qu\u2019ils creusent un abri pour l\u2019\u00e9x\u00e9cut\u00e9 \u00e0 venir (Xavier Galais en prince), c\u2019est un cri \u00e9crit et muet de d\u00e9sir de vie qui retentit.<br \/>\n\u00ab Rien \u00bb restera \u00e9crit au terme de l\u2019\u00e9change s\u00e9rile avec l\u2019\u00e9lectrice : sa m\u00e8re (Anne Alvaro), car l\u2019\u00e9lecteur Fr\u00e9d\u00e9ric Guillaume (Luc-Antoine Diqu\u00e9ro) semble rester sourd aux demandes de gr\u00e2ce qui vont se r\u00e9p\u00e9tant tout au long des cinq actes du Prince De Hombourg\u2026<br \/>\nPi\u00e8ce de Kleist qui emprunte \u00e0 Antigone, \u00e0 Hamlet, aux grands cycles des drames familiaux\u2026 aux pi\u00e8ces politiques de Shakespeare, de Corneille, de Racine, de Goethe et de Schiller\u2026 o\u00f9 l\u2019\u00e9ducation ou l\u2019initiation est l\u2019objet d\u2019un traitement po\u00e9tique.<br \/>\nA priori, Le Prince de Hombourg pourrait \u00eatre per\u00e7u comme l\u2019une d\u2019entre elles et traiterait des th\u00e8mes multiples qu\u2019amalgament le pouvoir, la jeunesse, la loi, l\u2019ordre, la raison, la passion, l\u2019amour et le deuil, la libert\u00e9 des instincts et la conscience morale\u2026 Elle tisserait ainsi un ensemble de rapports toujours complexes entre le choix individuel et le destin collectif, le geste et la pens\u00e9e, l\u2019arbitraire et la l\u00e9gitimit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 et le mensonge, la loi rigide et l\u2019imagination d\u00e9brid\u00e9e\u2026 Tout dans Le Prince de Hombourg fait le si\u00e8ge des consciences tortur\u00e9es par les duels que se livrent la raison et la passion, le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019ordre fig\u00e9 et l\u2019\u00e9nergie du chaos\u2026<br \/>\nTout dans cette pi\u00e8ce serait donc commun au r\u00e9pertoire des grandes trag\u00e9dies ant\u00e9rieures et antiques. Or il n\u2019en est rien, et la parent\u00e9 n\u2019est qu\u2019apparente, car dans ce monument dramatique qu\u2019est le texte de Kleist (nom de la plus haute distinction litt\u00e9raire remport\u00e9e par le tout jeune Brecht), nulle pr\u00e9sence divine, nulle transcendance, et pas plus de Dieux \u00e0 l\u2019horizon.<br \/>\nLe tragique de ce drame est donc ailleurs\u2026 Et si Le Prince de Hombourg fascine encore, ce n\u2019est pas tant pour la fable et ses motifs (d\u00e9sol\u00e9 Sir Corsetti, mais ton histoire de l\u2019ordre des p\u00e8res est caduque, comme l\u2019est \u00ab l\u2019\u00e9nigme \u00bb \u00e0 laquelle tu renvoies pour parler de cette pi\u00e8ce), mais pour l\u2019effet qu\u2019ils induisent sur le muscle critique : la raison. Ce qui est en jeu, et le seul enjeu de cette pi\u00e8ce, c\u2019est le th\u00e8me r\u00e9current de la DECISION. Ou, et pr\u00e9cis\u00e9ment, qu\u2019est-ce qui fonde et justifie une D\u00e9cision ?<br \/>\nC\u2019est-\u00e0-dire, et la valeur s\u00e9mantique de ce mot ne laisse aucun doute, qu\u2019est-ce qui permet de prendre une d\u00e9cision, de prendre un arr\u00eat ? Sur quoi repose la d\u00e9cision : l\u2019autorit\u00e9 ? le pouvoir ? la sagesse ? la loi ? le courage ? la preuve ? Le soutien d\u2019une majorit\u00e9 ? une conscience solitaire ?<br \/>\n<em><quote>L\u2019arbitraire de toutes les mani\u00e8res !<\/quote><\/em><br \/>\nD\u00e8s lors, on peut le reconna\u00eetre, interroger une d\u00e9cision, c\u2019est revenir sur les raisons qui ont gouvern\u00e9 \u00e0 la prendre. C\u2019est s\u2019inscrire dans un apr\u00e8s, l\u00e0 o\u00f9 le choix (cf. la trag\u00e9die), lui, porte toujours sur un avant, un ind\u00e9cidable. Le second (le choix) embraye bien souvent l\u2019enjeu du dilemme. Le premier (la d\u00e9cision) induit un questionnement sur la l\u00e9gitimit\u00e9.<br \/>\nDans Le Prince de Hombourg, on peut alors voir ce questionnement \u00e0 l\u2019\u0153uvre, chez l\u2019Electeur qui n\u2019attend qu\u2019un contre-argument pour changer de point de vue, chez le colonel Kottwitz (Jean Allibert) et ses cavaliers d\u00e9ploy\u00e9s dans la ville, la princesse Nathalie d\u2019Orange (Eleonore Joncquez) en conspiratrice d\u00e9butante, etc\u2026 y compris le Prince qui ne conteste pas la d\u00e9cision parce qu\u2019il ne trouve rien \u00e0 redire \u00e0 la peine capitale d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 son endroit puisqu\u2019il a d\u00e9sob\u00e9it aux ordres en conscience.<br \/>\nV\u00e9ritable ressort dramatique, la d\u00e9cision questionn\u00e9e met en tension l\u2019action qui laisse deviner le coup d\u2019\u00e9tat possible, la rebellion virtuelle, la r\u00e9volte galopante\u2026 Et c\u2019est bien de cela dont il s\u2019agit et qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le Prince de Hombourg qui ressemble \u00e0 un proc\u00e8s, voire, pour \u00eatre pr\u00e9cis, aux arguments qui permettraient la r\u00e9vision d\u2019un proc\u00e8s.<br \/>\nEt disant cela, comment ne pas voir que Kleist articule le th\u00e8me central de la d\u00e9cision \u00e0 deux sc\u00e8nes fondamentales qui viennent probl\u00e9matiser la fable mais, et surtout, le rapport que le Prince entretient \u00e0 la raison et \u00e0 sa clart\u00e9 ?<br \/>\nComment ne pas reconna\u00eetre que la crise de somnambulisme, \u00e0 l\u2019initial de la pi\u00e8ce, pourrait \u00eatre une circonstance att\u00e9nuante et permettre la r\u00e9vision du proc\u00e8s, l\u2019annulation de la condamnation\u2026 au pr\u00e9texte d\u2019un esprit qui manque \u00e0 lui-m\u00eame ?<br \/>\nComment encore ignorer que l\u2019\u00e9pisode de la lettre (la gr\u00e2ce virtuellement accord\u00e9e) permet de poser la question de l\u2019argument de la justice, et surtout de la justesse de la d\u00e9cision, et que L\u2019Electeur demande au Prince de lui donner un contre-argument\u2026 ?<br \/>\nAu regard de ces deux seules sc\u00e8nes, la mise en sc\u00e8ne de Corsetti aurait gagn\u00e9 en \u00ab \u00e9paisseur \u00bb, s\u2019il avait jug\u00e9 bon, en lecteur du Prince de Hombourg, de relayer et d\u2019accentuer l\u2019\u00e9pisode psychiatrique et l\u2019\u00e9pisode juridique. Pour le premier, il aurait juste fallu souligner que le discours psychiatrique s\u2019insinue lentement dans les affaires de l\u2019esprit et qu\u2019une Histoire de la folie, \u00e0 la mani\u00e8re de Michel Foucault, est l\u00e0 pour \u00e9clairer notre rapport \u00e0 la raison. Pour le second, le juridique, c\u2019\u00e9tait encore une mani\u00e8re de traiter de la notion de diagnostic\u2026<br \/>\nC\u2019\u00e9tait donc une affaire de discours qu\u2019il fallait faire entendre et mettre en sc\u00e8ne. Un enjeu non pas textuel (arr\u00eatons avec ce clivage d\u00e9bile entre texte et sc\u00e8ne), mais il s\u2019agissait de trouver le moyen de donner une corpor\u00e9it\u00e9 \u00e0 des id\u00e9es, d\u2019en trouver la mati\u00e8re et le volume, la vibration et la phon\u00e9.<br \/>\nAu lieu de cela, Corsetti aura model\u00e9 quelques images\u2026 plus ou moins spectaculaires.<br \/>\n<em><quote>L\u2019ennui avec les images\u2026<\/quote><\/em><br \/>\nComment dire\u2026 l\u2019ennui avec les images, c\u2019est qu\u2019elles proc\u00e8dent le plus souvent d\u2019un effet spectaculaire plut\u00f4t que d\u2019un espace dramatique \u00e0 part enti\u00e8re. Ici, Corsetti \u00e0 grand renfort de traits rouges qui viennent z\u00e9brer le mur de la cour livre passage \u00e0 la m\u00e9taphore d\u2019une bataille. L\u00e0, la projection d\u2019un dessin de cheval au galop r\u00e9fl\u00e9chit une charge h\u00e9ro\u00efque. Plus tard, c\u2019est tout le mur qui est habill\u00e9 par la projection d\u2019un palais. On songe \u00e0 la Cit\u00e9 au bord de la mer attribu\u00e9e \u00e0 Sasseta qui travaille la perspective invers\u00e9e et qui sugg\u00e8re que le spectateur se d\u00e9place et peut voir \u00e0 l\u2019interieur des remparts\u2026<br \/>\nImages qui masquent mal l\u2019embarras que semble avoir v\u00e9cu Corsetti en r\u00e9cup\u00e9rant les m\u00e8tres carr\u00e9s de la cour qu\u2019il habille, d\u00e9guise et travesti comme il peut\u2026<br \/>\nDe la m\u00eame mani\u00e8re, on s\u2019inqui\u00e9tera tout au long de ce travail de l\u2019inertie des modules mobiles gris anthracite qui sont abandonn\u00e9s sur le plateau et parfois convoqu\u00e9s pour une micro-sc\u00e8ne. L\u00e0, un portique figure sans doute l\u2019ouverture d\u2019un plateau. L\u00e0, une surface plane parfois inclin\u00e9e se regarde comme un passe partout\u2026Quant au grand escalier m\u00e9tallique, si Domenach en a fait l\u2019un des ressorts de la trag\u00e9die Shakespearienne,  ici il est \u00e0 peine plus qu\u2019une nacelle d\u2019embarquement\u2026<br \/>\nL\u2019ennui avec les images, c\u2019est qu\u2019elles finissent toujours par trahir ce qu\u2019elles tentent de dissimuler : un vide dramaturgique, o\u00f9 le com\u00e9dien errant est lach\u00e9 et o\u00f9 sa voix peine \u00e0 faire entendre les espaces sensibles de leurs personnages. O\u00f9 les com\u00e9diens, dis-je, bien que costum\u00e9s, finissent par \u00eatre dans le d\u00e9nudement et\/ou le d\u00e9nuement.<br \/>\nAu pire, de cette imagerie sans int\u00e9r\u00eat, la sc\u00e8ne finale du prince en pantin, suspendu aux filins et jouet d\u2019on ne sait quelle main invisible, r\u00e9v\u00e8le un contre-sens.<br \/>\nEt tout cela, toutes ces images qui viennent habiller la sc\u00e8ne, pourra peut-\u00eatre \u00e9mouvoir quelques-uns et m\u00eame aux yeux de certains figurer une \u00ab belle mise en sc\u00e8ne \u00bb comme je l\u2019entends \u00e0 la sortie des paroissiens qui se confessent au micro\u2026 Peut-\u00eatre que c\u2019\u00e9tait beau alors\u2026 Et que \u00e7a suffit pour \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre : le beau.<br \/>\nIl est tard, la cour se vide. Jean-Pierre Thibaudat n\u2019a pas vu ce Prince de Hombourg puisque le 4 juillet la repr\u00e9sentation \u00e9tait annul\u00e9e. Sur Rue 89, je le lis et m\u2019inqui\u00e8te de celui qui a \u00e9crit Le Chasseur d\u2019oublis. Tu ne te souviens pas que tu as vu celui de Marie-Jos\u00e9 Malis ? Je te cite assumant le r\u00e9sum\u00e9 : \u00ab Jeune prince \u00e0 l\u2019esprit r\u00eaveur, Hombourg part \u00e0 l\u2019assaut des troupes su\u00e9doises sans en avoir re\u00e7u l\u2019ordre et les met en d\u00e9route. Malgr\u00e9 cet exploit, l\u2019\u00c9lecteur de Brandebourg le condamne \u00e0 mort pour sa d\u00e9sob\u00e9issance. Comment faire autrement sans mettre en p\u00e9ril les lois qui fondent son pouvoir et risqueraient de ne plus peser si on tol\u00e9rait qu\u2019elles soient contredites, ne serait-ce qu\u2019une seule fois ? R\u00e9quisitoire contre le despotisme ou plaidoirie pour la discipline ? En faisant varier les positions de chacun, le chef-d\u2019oeuvre de Kleist interroge les principes du gouvernement, de la loi, de la politique \u00bb.<br \/>\nJean-Pierre\u2026. ce 5 juillet, on a juste manqu\u00e9 un rendez-vous avec l\u2019Histoire.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/ATH7W0OEvOU\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist, mise en sc\u00e8ne de Giorgio Barberio Corsetti \u2014\u00a0Festival d&rsquo;Avignon 2014 Sorti de l\u2019Od\u00e9on Olivier Py devra \u00e0 une p\u00e9tition \u2013 sign\u00e9e par quelques beaux linges de la profession et autres anonymes \u2013 contre son \u00e9viction, de recevoir Avignon en lot de consolation. 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