


{"id":567,"date":"2013-12-31T19:22:00","date_gmt":"2013-12-31T18:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=567"},"modified":"2013-12-31T19:22:00","modified_gmt":"2013-12-31T18:22:00","slug":"les-acteurs-de-bonne-foi-de-marivaux-a-la-cite-theatre-de-caen-ou-comment-faire-feu-de-tous-bois","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-acteurs-de-bonne-foi-de-marivaux-a-la-cite-theatre-de-caen-ou-comment-faire-feu-de-tous-bois\/","title":{"rendered":"\u00ab Les acteurs de bonne foi \u00bb de Marivaux \u00e0 la cit\u00e9 th\u00e9\u00e2tre de Caen ou Comment faire feu de tous bois"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Cadeau ! C\u2019\u00e9tait ce jeudi 19 D\u00e9cembre dernier, \u00e0 la cit\u00e9 th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Caen ; les jeunes apprentis com\u00e9diens d\u2019Actea, nous ont sorti, sous la houlette de Fran\u00e7ois Lanel, un Marivaux de derri\u00e8re les fagots : \u00ab Les acteurs de bonne foi \u00bb Le pitch Madame Amelin richissime personne dote avantageusement son neveu Eraste pour qu\u2019il puisse \u00e9pouser la jeune fille qu\u2019il aime, Ang\u00e9lique fille de Madame Argante elle-m\u00eame passablement d\u00e9sargent\u00e9e. Pour remercier Madame Amelin de ses largesses ; Eraste commande \u00e0 Merlin, son valet, un divertissement. Ce dernier veut donc mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la jalousie Lisette son amoureuse et Blaise, le fianc\u00e9 de Colette en jouant avec elle, une sc\u00e8ne d\u2019amour. Bien entendu, Merlin voit son plan combl\u00e9 au-del\u00e0 de ses esp\u00e9rances. Il s\u00e9duit Colette qui tombe amoureuse de lui au grand dam de Blaise et Lisette. Mais ! Mais voil\u00e0 Madame Argante ayant eu vent du divertissement qui se pr\u00e9parait va prier Madame Amelin d\u2019en interdire le para\u00eetre. Du coup Madame Amelin, loin de complaire \u00e0 cette demande, va intriguer d\u2019annuler le mariage jusqu\u2019\u00e0 ce que Madame Argante vienne \u00e0 r\u00e9sipiscence et pousse la complaisance jusqu\u2019\u00e0 se vouloir souffleuse du texte. Happy End.<\/strong> <\/em><br \/>\nD\u00e9tour<br \/>\nGouleyant, distrayant \u00ab les acteurs de bonne foi \u00bb nous furent un bonheur pur fruit du labeur auquel peut et doit s\u2019employer une structure de formation.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait No\u00eal avant l\u2019heure \u00e0 quoi devrait succ\u00e9der un No\u00eal apr\u00e8s l\u2019heure, puisque Actea va reprendre ses \u00ab Clownesses \u00bb, le 17 janvier prochain, \u00e0 Bretteville l\u2019Orgueilleuse.[1] Attention ! Spectacle Ev\u00e9nement, \u00e0 ne rater sous aucun pr\u00e9texte, que l\u2019on soit amateur de Clown ou pas. Les clownesses c\u2019est tout simplement du th\u00e9\u00e2tre port\u00e9 \u00e0 incandescence. Un diagnostic  sans complaisance, pass\u00e9 au vitriol du rire, de la soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle est et telle qu\u2019elle nous hait les uns, les autres. \u00c7a cogne et \u00e7a \u00e9branle d\u2019un souffle joyeux et corrosif. Bref, \u00e7a nettoie et \u00e7a d\u00e9m\u00e9nage\u2026On n\u2019en sort pas intact.<br \/>\nRetour<br \/>\nPass\u00e9e cette diatribe qui vous prive de toute excuse si vous ratez le coche ; venons-en aux d\u00e9lices de la soir\u00e9e du 19\u2026\u00e0 ces \u00ab acteurs \u00bb qui, pour \u00eatre de bonne foi, n\u2019en furent pas moins bien avis\u00e9s de nous r\u00e9galer de leur travail. La petite bande se compte une neuvaine avec adjonction d\u2019un Fran\u00e7ois Lanel dans la fonction du passeur, garant d\u2019une juste circulation des id\u00e9es, de l\u2019emploi pertinent des situations.<br \/>\nLe 19 d\u00e9cembre dernier, c\u2019\u00e9tait la bonne heure que d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 la Cit\u00e9-Th\u00e9\u00e2tre. Il fallait pressentir  la bonne affaire \u2026Et une assistance plut\u00f4t dense en avait subodorer l\u2019occurrence.<br \/>\nComme quoi les bons plans circulent de plus en plus, sous le manteau\u2026 Et depuis quelques temps, la rumeur prend corps que du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Actea, une aventure artistique s\u2019origine, et s\u2019impose jour apr\u00e8s jour dans le paysage ; les corps que l\u2019on dit constitu\u00e9s ne devraient pas manquer d\u2019observer le mouvement et de s\u2019en pr\u00e9valoir.<br \/>\nEn attendant, c\u2019est v\u00e9ritablement une troupe en gestation \u00e0 la rencontre de laquelle, on peut aller et ce 19 devrait se marquer d\u2019une pierre blanche : naissance et \u00e9mergence d\u2019une \u00e9quipe pleine de talent avec laquelle il faudra d\u00e9sormais compter. Leur nom : Ad\u00e9lie Duteil, Julie Hega, Cl\u00e9mence Kronenberg, Amandine Plessis, Maxime Gosselin, F\u00e9lix Lefebvre, Clement Paly, Amir Sharifi, Quentin Vernede.<br \/>\n \u00ab Alors qu\u2019est-ce qu\u2019on apprend aux acteurs dans une civilisation qui est en train de cesser d\u2019 \u00eatre mandarine, qu\u2019est-ce qu\u2019on a le droit de leur apprendre ?<br \/>\nS\u2019entra\u00eener \u00e0 exprimer l\u2019imaginaire dans toutes les formes et selon toutes les conventions existantes ou \u00e0 inventer, d\u00e9crire ses propres fantasmes, leur donner vie dans des formes. C\u2019est le noyau d\u2019un enseignement moderne du th\u00e9\u00e2tre \u00bb.<br \/>\nAntoine Vitez Mai 1968<br \/>\nMettre en exergue cette profession de foi d\u2019Antoine Vitez, \u00e0 l\u2019occasion du travail pr\u00e9sent\u00e9 par les com\u00e9diens d\u2019Actea, n\u2019est pas fortuit non plus que la date 1968.<br \/>\nLa fra\u00eecheur et la vivacit\u00e9 d\u2019esprit dont ont t\u00e9moign\u00e9 les jeunes gens auront joyeusement r\u00e9veill\u00e9 ce genre de r\u00e9miniscence et une belle et heureuse insolence aura rendu \u00e0 l\u2019imaginaire, ses vertus d\u2019\u00e9mancipation. Marivaux ? Antoine Vitez nomm\u00e9 directeur du conservatoire, en 1974, entendait bien en r\u00e9clamer l\u2019\u00e9tude et l\u2019approcher en ces termes : \u00ab Marivaux, la dolce vita. Une r\u00e9flexion g\u00e9n\u00e9rale sur le badinage chez Marivaux, son caract\u00e8re de classe. L\u2019assassinat sans col\u00e8re et le co\u00eet sans d\u00e9sir \u00bb. Programme plut\u00f4t inattendu et \u00e0 quelques \u00e9gards ; \u00e9nigmatique : que voulait-il dire par \u00ab assassinat sans col\u00e8re \u00bb et \u00ab co\u00eet sans d\u00e9sir \u00bb ? Comme si Marivaux ne laissait pas de nous interloquer. Ainsi du plaisir qu\u2019on y prend de toujours s\u2019en \u00e9tonner. Du plaisir.<br \/>\nQuoique \u00ab les acteurs de bonne foi \u00bb nous fussent pr\u00e9sent\u00e9s comme un \u00ab work shop \u00bb c\u2019est  de la pi\u00e8ce et de l\u2019auteur tels que la troupe en fit l\u2019exposition qu\u2019in fine, nous tir\u00e2mes un plaisir ineffable et de tous les instants.<br \/>\nLa preuve par 9<br \/>\nNeuf acteurs, neuf metteurs en sc\u00e8ne invit\u00e9s  \u00e0 nous d\u00e9livrer leur point de vue sur la pi\u00e8ce et autant d\u2019acteurs interpr\u00e8tes de leurs desiderata. Production d\u2019un sens hypoth\u00e9tique de la pi\u00e8ce par d\u00e9p\u00f4t ou d\u00e9position. En r\u00e9alit\u00e9 le jeu des hypoth\u00e8ses comble au mieux l\u2019app\u00e9tit de sens, cela fait feu de tout bois et le spectateur fait son montage et sa synth\u00e8se. Quant aux jeunes acteurs, ils se montrent sous un jour nouveau, comme ayant parfaitement assimil\u00e9 le ma\u00eetre des ma\u00eetres : un certain Stanislavski ( appelez-moi ma\u00eetre disait Vitez, rien n\u2019est plus d\u00e9mocratique). Sans doute Fran\u00e7ois Lanel usant d\u2019une approche \u00ab m\u00e9thodique \u00bb n\u2019aura pas peu contribu\u00e9 \u00e0 ce que la chrysalide devienne papillon. Il arrive donc que le souci p\u00e9dagogique rejoigne et se confonde avec le go\u00fbt de l\u2019art. On ne s\u2019en plaindra pas ! Et pour rendre gr\u00e2ce de ce qu\u2019il a pu advenir, nous nous accommoderons et acquitterons ; ici, d\u2019embl\u00e9e d\u2019un \u00e9loge circonstanci\u00e9 en faveur de l\u2019exercice.<br \/>\nDe l\u2019exercice comme m\u00e9dium de la  pratique d\u2019acteur<br \/>\nL\u2019exercice de th\u00e9\u00e2tre que l\u2019on tient pour un moyen, acc\u00e8de parfois  au statut de fin. Il peut \u00eatre alors le mieux disant de la pratique de l\u2019acteur. Antoine Vitez en cultivait l\u2019usage jusqu\u2019\u00e0 en faire un style \u2026Et bien d\u2019autres (Peter Brooks notamment) ont emprunt\u00e9 cette voie. Avec \u00ab les acteurs de bonne foi \u00bb, les jeunes gens d\u2019Actea \u2013selon moi &#8211; ont pu parfaire la d\u00e9monstration, au point que l\u2019on peut s\u2019interroger de savoir, si il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus int\u00e9ressant que la pi\u00e8ce se f\u00fbt mont\u00e9e autrement. Doute\u2026et forte pr\u00e9somption qu\u2019il aura \u00e9t\u00e9 judicieux et efficace qu\u2019il en f\u00fbt ainsi. Nous fut offert une lecture &#8211; quoique plurielle &#8211;  et une appropriation possible de la pi\u00e8ce assez magistrale. Les ingr\u00e9dients du succ\u00e8s ressortent de la pratique de l\u2019exercice d\u2019une part, de l\u2019usage du fragment d\u2019autre part. Pour ce dernier, le temps n\u2019est pas si loin o\u00f9 le structuralisme nous offrit les ressources d\u2019une compr\u00e9hension nouvelle du monde. Le \u00ab fragment du discours amoureux \u00bb de Rolland Barthes nous titille encore d\u00e8s lors qu\u2019un \u00ab parlez-moi d\u2019amour \u00bb requiert nos sensibilit\u00e9s.  Amour, amour du th\u00e9\u00e2tre et th\u00e9\u00e2tre de l\u2019amour, c\u2019est encore Badiou qui r\u00e9cemment  s\u2019en donna le grain \u00e0 moudre[2]. Le fragment tant Vitez que Vinaver s\u2019en montraient friands, Vinaver ne manquait pas de souligner qu\u2019un auteur l\u2019\u00e9tait de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re ligne et que piocher au hasard un extrait de l\u2019\u0153uvre n\u2019emp\u00eachait que l\u2019auteur s\u2019y trouv\u00e2t. Force de la m\u00e9tonymie. On ne disputera pas (et Marivaux s\u2019y entend en l\u2019art de \u00ab la dispute \u00bb) que le jeu des fragments ouvre sur un espace favorable \u00e0 la controverse et \u00e0 l\u2019usage de l\u2019esprit critique pour que finalement en bloc, on puisse s\u2019emparer du sujet !<br \/>\nChacun d\u2019entre eux aurait pu s\u2019intituler \u00ab d\u00e9dicace \u00bb en tant que signature bienveillante et amoureuse du sujet, vivifiant un bon plaisir. Mais il fallait \u00e0 tout \u00e7a une orchestration, que l\u2019\u00e9clectisme ne vira pas au foutoir ou fourre-tout. Mine de rien,  que ce serait-il pass\u00e9 sans un passeur ?<br \/>\nFran\u00e7ois Lanel aura trouv\u00e9 le juste doigt\u00e9, l\u2019\u00e9quilibre subtil, pr\u00eat\u00e9 l\u2019oreille pour que chacun ait pu s\u2019\u00e9panouir au b\u00e9n\u00e9fice du collectif et en derni\u00e8re instance, de Marivaux lui-m\u00eame. Serviteur. Donc que vivent les fragments !<br \/>\nExquises esquisses<br \/>\nQu\u2019est-ce qui a permis que la pi\u00e8ce s\u2019accomplisse et que les com\u00e9diens s\u2019\u00e9panouissent et que se r\u00e9v\u00e8le tout l\u2019\u00e9tendu de leur talent ? Talent s\u2019entend ici comme savoir faire. La r\u00e9ponse tient donc en un mot qu\u2019on n\u2019aurait pas soup\u00e7onn\u00e9 porteur de tant de magie : l\u2019exercice ! Plaisir de l\u2019essai ! Exquises esquisses ! Travaux d\u2019approches \u2026Emois d\u00e9licats des premiers instants. Art subtil (et sans doute th\u00e9\u00e2tral d\u2019\u00eatre dans les commencements) : l\u2019acteur serait celui qui vient au monde avec le nouveau projet. Il serait le promis ou promise du texte. Un fianc\u00e9 ad vitaem eternaem. Cette fra\u00eecheur Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, grande actrice s\u2019il en est, en t\u00e9moigne dans le d\u00e9licat documentaire de Yannick Butel \u00ab Acteur de cristal \u00bb[3]. On fait avec ce qu\u2019on est , l\u2019exp\u00e9rience de ce qu\u2019on n\u2019est pas ! Nous explique en substance Val\u00e9rie Dr\u00e9ville (qu\u2019on peut dire stanislavskienne)  et elle indique combien son art proc\u00e8de constamment de l\u2019exercice.<br \/>\nOn voit bien par l\u00e0 qu\u2019\u00eatre acteur, c\u2019est  rester en \u00e9tat d\u2019apprentissage et se r\u00e9aliser v\u00e9ritablement, implique qu\u2019on n\u2019en finisse jamais ! Ne jamais cesser d\u2019apprendre un m\u00e9tier qui ne s\u2019enseigne pas ! Voil\u00e0 d\u00e9clin\u00e9 l\u2019heureux paradoxe dont nous ont r\u00e9gal\u00e9 les apprentis com\u00e9diens d\u2019Actea. Ne jamais se d\u00e9rober \u00e0 l\u2019exercice et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019acteur reste un nouveau-n\u00e9.<br \/>\nLes jeunes acteurs d\u2019Actea sont-ils de bonne foi ? On ne saurait trop l\u2019affirmer, mais les penser, sur la bonne voie \u2026 Leur prestation dans Marivaux, nous en a donn\u00e9 une belle assurance. Reste \u00e0 visiter l\u2019exposition des faits et faire un relev\u00e9 le plus pr\u00e9cis possible des positions de chacun. Il revint \u00e0 Cl\u00e9mence Kronneberg d\u2019ouvrir le feu.<br \/>\nL\u2019acteur de bonne foi serait-il poup\u00e9e de son ?<br \/>\nCl\u00e9mence K. devait d\u2019embl\u00e9e mettre les pieds dans le plat.   A  l\u2019instar de ses copines Ad\u00e9lie Duteil et Amandine Plessis, Cl\u00e9mence s\u2019interroge sur la manipulation. O\u00f9 commencerait-elle et o\u00f9 peut-elle bien s\u2019arr\u00eater. Comment peut-on faire de quelqu\u2019un sa chose ? Donc Cl\u00e9mence d\u00e9cide de pousser le bouchon au plus loin. Elle va dans la nuit des temps chercher \u00e0 la lumi\u00e8re des chandelles un acteur de boite \u00e0 musique mont\u00e9 sur ressort. \u00c7a fleure le magasin d\u2019antiquit\u00e9s, et \u00e7a pose la question d\u2019un art th\u00e9\u00e2tral tra\u00eenant avec lui quelques archa\u00efsmes d\u2019un autre temps. S\u2019il n\u2019est d\u2019art vivant que contemporain, la question via Marivaux n\u2019est pas superflue. Apr\u00e8s tout , depuis , une r\u00e9volution et des droits de l\u2019homme ( donc de la femme ? ) sont pass\u00e9s par l\u00e0. Antoine Vitez, toujours, op\u00e9rant \u00e0 Caen , au sein de la Maison de la Culture, n\u2019avait pas manqu\u00e9 de nous ( dont moi-m\u00eame me comptant de ses \u00e9l\u00e8ves) en avertir : faire du th\u00e9\u00e2tre ne serait\u2013il pas une pratique d\u2019antiquaire ? Avec Cl\u00e9mence K. la question a pu rebondir non sans dr\u00f4lerie. Edward Gordon Graig[4] dans les ann\u00e9es 1920, inventer le concept de Sur Marionnette en r\u00e9f\u00e9rence au th\u00e9\u00e2tre oriental dont il avait observ\u00e9 et admir\u00e9 les fondements. E.G. Graig posait ainsi les pr\u00e9mices  ce qui allait devenir le th\u00e9\u00e2tre du si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Marionnettes ? Clowns ? Objets ? Images et documents \u2026L\u2019acteur est devenu un bateau ivre et parfois un \u00ab radeau \u00bb comme il en flotte un du c\u00f4t\u00e9 de la fonderie du Mans. On signale, qu\u2019en ce lieu de temp\u00eate permanente des esprits, devrait  s\u2019y produire  en f\u00e9vrier prochain, Fran\u00e7ois Lanel himself.<br \/>\nE.G.Graig, a contrario des critiques de son temps, aspirait \u00e0 \u00e9largir, \u00e9largir sans cesse, le champ et la base du travail th\u00e9\u00e2tral. Il opposait au th\u00e9\u00e2tre durable (classique, \u00e9ternel, \u00e9tabli) un th\u00e9\u00e2tre p\u00e9rissable de forme instable et \u00e9vanescente, spontan\u00e9e et improvis\u00e9e (Marivaux e\u00fbt-il soutenu le th\u00e9\u00e2tre comme entit\u00e9 p\u00e9rissable ? ), il \u00e9crivait : \u00ab un th\u00e9\u00e2tre p\u00e9rissable devrait pourtant avoir ses pi\u00e8ces qui, bien qu\u2019improvis\u00e9es, seraient \u00e9l\u00e9gantes, et m\u00eame exquises \u00bb ( soulign\u00e9 par nous). On oublie un peu trop par les temps qui courent, que certains hommes de th\u00e9\u00e2tre, en pincent pour le p\u00e9rissable (j\u2019en suis) quand l\u2019excellence culturelle aurait tendance \u00e0 cultiver un th\u00e9\u00e2tre d\u2019all\u00e9geance au patrimonial, \u00e0 travers de la reproduction dont Mr J-M. Vill\u00e9gier s\u2019est voulu le chantre et dont certains \u00ab arts florissants \u00bb t\u00e9moignent aussi \u00e0 leur mani\u00e8re. Il ne faut pas croire que le th\u00e9\u00e2tre p\u00e9rissable jouisse des m\u00eames droits et moyens et du m\u00eame respect  que le \u00ab durable \u00bb : peu s\u2019en faut ! Veut-on un th\u00e9\u00e2tre d\u2019antiquaire ? Il n\u2019est pas tellement derri\u00e8re nous, quoiqu\u2019on en dise, en attendant l\u2019\u00e9claircie[5]. Vous avez dit : diversit\u00e9 ? Le th\u00e9\u00e2tre a tout \u00e0 gagner que s\u2019interroger sur sa survie, gagner juste d\u2019y vivre. Le clivage th\u00e9\u00e2tre durable , th\u00e9\u00e2tre p\u00e9rissable n\u2019a pas fini d\u2019op\u00e9rer \u2026C\u2019est m\u00eame lui qui va impulser \u00e0 la repr\u00e9sentation des \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb, toute sa vitalit\u00e9. L\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re bonheur d\u2019en avoir eu jouissance. Il fallait y \u00eatre. L\u2019archa\u00efsme de la chose, n\u2019est pas dans la chose elle-m\u00eame mais dans la circulation de l\u2019information. Dans un monde du tout communiquant, s\u2019entretient un r\u00e9seau du bouche \u00e0 oreille et des chemins de traverses qui font du plaisir, un secret bien gard\u00e9.  Avec le prologue de Cl\u00e9mence K. loin d\u2019avoir perdu ses plumes, Marivaux et ses acteurs seront interpell\u00e9s \u00e0 travers le go\u00fbt du risque . Nous devions passer d\u2019une fiction p\u00e9dagogique \u00e0 une r\u00e9alisation risqu\u00e9e\u2026D\u00e9monstration \u00e9tincelante.<br \/>\nDu plein au vide<br \/>\nUn Marivaux de plus\u2026Ou un Marivaux de moins ? \u00c0 prendre ou \u00e0 laisser ? Accumulation du capital ou dilapidation de l\u2019h\u00e9ritage ? De quel c\u00f4t\u00e9, le c\u0153ur balance ? Avec le fragment rappelons que c\u2019est par de l\u2019en-moins que l\u2019on s\u2019accorde du plus ! Cl\u00e9ment Parly en succ\u00e9dant \u00e0 Cl\u00e9mence, va s\u2019accommoder du plateau nu. Si Clemence K. fit d\u2019un jeu d\u2019ombre propice \u00e0 l\u2019intrigue et \u00e0 l\u2019\u00e9rotisme avec surmarionnettes \u00e9vocatrices (Fellini dans son Casanova usa aussi de l\u2019avatar qui n\u2019est pas sans r\u00e9pondre au \u00ab co\u00eet sans d\u00e9sir \u00bb qu\u2019interroger Vitez) sa mise en bouche, Clement P. y mit le son \u2026 Ou plut\u00f4t, n\u2019y mit que le son.<br \/>\nL\u2019image peut-elle imiter le son, s\u2019originer du son ?<br \/>\nPlateau nu. L\u2019affaire se trame sans image sc\u00e9nique, sans cadre, sans encadrement. Initialement la rumeur, une vague rumeur capte l\u2019oreille. Clement P vient au texte par la puce \u00e0 l\u2019oreille. Chercher le son pour avoir du sens, et pour le son rien ne vaut mieux que faire l\u2019\u00e2ne. Un mot s\u2019entend pour un autre. C\u2019est la piste \u00e0 suivre. En aveugle.<br \/>\nUn valet braillard pour un ma\u00eetre murmurant. Le part pris sera dit d\u00e9cal\u00e9\u2026 Production  d\u2019un vide. Comment le rendre salutaire, efficient ? Qui viendra le combler ? Comme Cl\u00e9mence se demande si un th\u00e9\u00e2tre peut \u00eatre l\u00e0, Cl\u00e9ment interroge un effet d\u2019absence. Principe d\u2019incertitude pouss\u00e9 \u00e0 son comble. Acteurs \u00e0 la peine l\u00e0. Finalement le metteur opte pour le pieds de nez, celui des acteurs sera rouge. Rouge pirouette[6].<br \/>\n\u00c7a d\u00e9m\u00e9nage<br \/>\nAscenseur social en panne. Descendez des gradins. Spectateurs convi\u00e9s au plus bas. \u00c0 ne pas descendre plus bas. Bas cul de fosse \u2026Les acteurs vont tenir le haut du pav\u00e9. Bref F\u00e9lix Lefebvre s\u2019offre un jeu de miroir et un renversement des r\u00f4les. Y\u2019aura ou y\u2019aura pas, comme nos deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs, F\u00e9lix plus que savoir si les les acteurs peuvent \u00eatre sinc\u00e8res, s\u2019inqui\u00e8te de savoir si ils pourront para\u00eetre. Car Madame Argante n\u2019en veut pas ! La chose ou la messe est dite par Jean-Jacques Rousseau dans sa lettre \u00e0 d\u2019Alembert.<br \/>\nDu th\u00e9\u00e2tre faisons table rase !<br \/>\nUne r\u00e9volution doit passer par l\u00e0, et Madame Argante en clame la bien venue. Madame Argante dans cette affaire n\u2019est qu\u2019une spectatrice. R\u00e9tive parce que bien instruite de ce que tout acteur est un malhonn\u00eate, fieff\u00e9 menteur et supp\u00f4t de Satan. L\u2019acteur de bonne foi n\u2019existe pas puisque c\u2019est  au pire ce qu\u2019il se cro\u00eet  tenu de para\u00eetre ! La bonne foi : c\u2019est le masque de toutes les perfidies. Le d\u00e9guisement immonde et hypocrite d\u2019un art qui repose sur le mensonge : Impasse totale !  L\u2019imposture est politique d\u00e8s lors qu\u2019on en tol\u00e8re le spectacle.<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre et politique s\u2019alimentent aux m\u00eames sources. Il faut prendre le taureau par les cornes, et F\u00e9lix L. s\u2019y emploie le plus radicalement possible. Puisque le spectateur emprunte par la catharsis une place qui n\u2019est pas la sienne, il op\u00e8re un renversement des r\u00f4les. Un renversement auquel la pi\u00e8ce se pr\u00eate, via la querelle Amelin\/Argante.<br \/>\nF\u00e9lix L. s\u2019amuse \u00e0 jouer au chat et \u00e0 la souris avec le public et nous fait entendre la querelle entre Madame Amelin tr\u00e8s argent\u00e9e, commanditaire du divertissement et Madame Argante int\u00e9ress\u00e9e au mariage de sa fille, tenante de l\u2019amour pur. Qui l\u2019emportera du th\u00e9\u00e2tre alli\u00e9 au fric et aux puissantes classes sup\u00e9rieures ou d\u2019un non-th\u00e9\u00e2tre ( f\u00eate populaire) moral et sain r\u00e9pondant aux besoins du peuple. Car bien entendu, l\u2019argumentaire de J-J Rousseau implicitement est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le refus de madame Argante. Le peuple n\u2019a pas besoin du th\u00e9\u00e2tre, aux moyens et proc\u00e9d\u00e9s douteux, quand son sens de la f\u00eate peut s\u2019employer sans calcul et en toute simplicit\u00e9.<br \/>\nC\u2019est donc les classes poss\u00e9dantes et qui se croient sup\u00e9rieures qui ont besoin par vacuit\u00e9 de faux divertissements pour tromper leur ennui. N\u2019ont rien d\u2019autre \u00e0 foutre que se plaire et se complaire. Querelle de classe \u2026La \u00ab politique \u00bb et le \u00ab contrat social \u00bb torpillerait le plaisir th\u00e9\u00e2tral devenu un attribut valorisant des couches moyennes. F\u00e9lix L . n\u2019a pas choisi le plus facile que d\u2019\u00e9jecter les spectateurs de leur si\u00e8ge,<br \/>\nRadicalit\u00e9 du questionnement : hep ! hep ! qu\u2019est-ce que vous foutez l\u00e0 ? Quel sens \u00e7a a ? \u00c0 quoi  \u00e7a rime ? Qu\u2019attendez-vous ? Le conflit frise la pantalonnade !<br \/>\nDilemme ! Dilemme !<br \/>\nCe n\u2019est plus division du public fa\u00e7on Bertold Brecht c\u2019est ceux qui en sont contre ceux qui n\u2019y sont pas ! Les visibles contre les invisibles ! Sauf que la d\u00e9monstration ne concerne que les pr\u00e9sents. Effet pervers garanti. La cause est entendue.<br \/>\nKO et R\u00e8glement de compte \u00e0 OK CORRAL<br \/>\nLa part n\u2019est pas \u00e9gale et le jeu biseaut\u00e9 \u2026 Adelie Duteil va se charger de mettre les pendules \u00e0 l\u2019heure et faire rentrer dans leur rang de fauteuil, un public tr\u00e8s fictivement divis\u00e9, r\u00e9unifi\u00e9 dans la satisfaction de ses app\u00e9tits petits bourgeois qui ne furent jamais r\u00e9ellement menac\u00e9s. Foin des scrupules : la pi\u00e8ce aura lieu. Plus qu\u2019Adelie D. notre ch\u00e8re Madame AMELIN va user d\u2019un argument de poids : son fric ! La dame a les moyens de se payer qui et ce qu\u2019elle veut : mariage, neveu, donzelle. De sa bourse li\u00e9e ou d\u00e9li\u00e9e, elle g\u00e8re  \u00e0 sa convenance le ou les destins. Tout s\u2019ach\u00e8te. Elle a le beurre et l\u2019argent du beurre. N\u2019attend pas apr\u00e8s une retraite chapeau. Carte sur table et fric \u00e0 la clef, Madame Amelin va faire rendre gorge \u00e0 la madame Argante ! Remis\u00e9 au placard le manifeste contre la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle du sieur Debord. L\u2019Argante  n\u2019a pas voulu du spectacle ? En mangera son chapeau. Deux acteurs de haute vol\u00e9e vont mener la corrida : un d\u00e9lice de vacherie \u00e0 la Docteur Choron des grands jours. Du Reiser  pur jus. Maxime Gosselin compose une Madame Amelin \u00e0 la dent dure comme la scie meurtri\u00e8re du killer de \u00ab Shining \u00bb. En monstrueuse personne, elle\/il d\u00e9coupe en rondelle l\u2019objet de sa ire. Th\u00e9\u00e2tre d\u2019horreur (de la cruaut\u00e9 ? ) qui va mettre Cl\u00e9mence Kronneberg dans un \u00e9tat second !<br \/>\nVous avez dit :second ?<br \/>\nEtat semi-comateux, transes outrageusement tr\u00e9pidantes, agonie,  d\u00e9bordements, Cl\u00e9mence K. vous sort le grand jeu : irr\u00e9sistible.Fini la morale, les salamalecs et les chichis : le mal triomphe, inonde la sc\u00e8ne, et tr\u00e9mousse les zygomatiques. On se d\u00e9boutonne du bas ventre, on y va de ses bas instincts sans scrupules. On se paie une joyeuse pinte de franche rigolade. Saint Marivaux d\u00e9livre nous du bien ! Redoutable puissance du fric qui dispose du c\u0153ur, du corps, du cul ! Ah la toute puissance infantile que voil\u00e0 ! Entre le Maxime G. qui nous la joue \u00e0 la br\u00e9silienne, haut en couleur et la Cl\u00e9mence K. ravag\u00e9e d\u2019humiliation \u2026 Le public, ce cher public, se pousse du col dans son addiction de drogu\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre. Il se pousse au crime, et en redemande : cogne !  cogne !<br \/>\nAvant d\u2019\u00eatre th\u00e9\u00e2tre de boulevard, il fut le th\u00e9\u00e2tre, th\u00e9\u00e2tre de boulevard du crime !  Frederik Lema\u00eetre y r\u00e9gnait en salaud crapuleux et crapoteux dont on voit avec d\u00e9lice, Maxime Gosselin prendre la rel\u00e8ve.<br \/>\nAch\u00e8ve ! ach\u00e8ve l\u00e0 ! Se surprend-t-on \u00e0 l\u2019encourager ! On est pass\u00e9 si pr\u00e8s de la frustration \u2026On le veut notre impromptu ! Du crime en direct ( le ressort inavou\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9 !) Notre lot d\u2019humain inhumain ! Foi d\u2019animal ! Foi des plus bas instincts ! De l\u2019insondable c\u0153ur humain ! Diantre ! Qu\u2019enfin quelque chose nous arrive\u2026 Tant pis si c\u2019est fictif  ou tant mieux : c\u2019est no limits ! On en veut  de la consolation \u2026Merde ! Se consoler de tout ce mal dont on s\u2019interdit l\u2019usage, dont on se prive du plaisir ! \u00c0 ce qu\u2019on croit ! En t\u00e2ter un peu quoi ! Ne serait-ce que du bout des l\u00e8vres\u2026Un peu de crime ! Juste un peu ! C\u2019est pas juste que seulement les capitalistes soient des salauds \u00e0 l\u2019abri des lois ! Pas juste cette impunit\u00e9 accord\u00e9e aux friqu\u00e9s de tous poils.  Pas juste cette putain d\u2019in\u00e9galit\u00e9 devant la mort ! M\u00eame si on nous dit le contraire. Puisqu\u2019on est mortel et que cette maladie on ne s\u2019y fait pas, donnez nous du baume au c\u0153ur ! Moyen d\u2019y croire ! Racontez- moi une histoire par procuration qui ressemble un peu \u00e0 la mienne. Qu\u2019elle a failli \u00eatre, qu\u2019elle soit, ou qu\u2019elle sera. Madame Argante KO :  place aux \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb.<br \/>\nIl se l\u00e8ve le rideau rouge. Rideau rouge sang !<br \/>\nNuit :  un lit, grand et un petit : Amir Sharifi, citoyen iranien, ouvre la saga.<br \/>\nPrendre langue<br \/>\nL\u2019expression est connu pour s\u2019entendre, il faut prendre langue. Complicit\u00e9 et connivence autorisent les demi-mots. La nuit en d\u00e9vore ou en \u00e9touffe donc une bonne moiti\u00e9. Amir S. nous propose une entr\u00e9e en mati\u00e8re nocturne. Elle sera, dans le respect du climax ainsi voulu, propice \u00e0 l\u2019\u00e9coute, \u00e0 la confidence. La nuit tous les chats sont gris \u2026Eh bien non, Amir S. va, au contraire, bien pointer et souligner que les chats ne sont pas des chiens et que les ma\u00eetres ne sont pas des valets. Celui qui ne trouve pas le sommeil, c\u2019est Eraste (Maxime Gosselin d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9), le ma\u00eetre. Mauvais \u0153il du ma\u00eetre qui ne le ferme pas ! La question de son mariage tient le jeune homme \u00e9veill\u00e9 ; les p\u00e9rip\u00e9ties d\u2019un divertissement qu\u2019il souhaite offrir  \u00e0 ses proches, le tracasse. Il n\u2019a aucun scrupule \u00e0 r\u00e9veiller (on pourrait dire sonner !) son valet  Cl\u00e9ment Parly (excellent) pour une explication de texte. Car ce dernier, outre l\u2019ordinaire de son service (entretien du corps du ma\u00eetre) doit aussi l\u2019entretenir au mental et l\u2019assurer du divertissement promis.<br \/>\nPas \u00e9tonnant qu\u2019\u00e0 travers ses obligations, le valet (sujet domin\u00e9) en arrive \u00e0 stimuler une intelligence des choses de la vie  cultivant son aptitude \u00e0 renverser le rapport de classe et \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir. Une r\u00e9volution (1789) viendra corroborer l\u2019hypoth\u00e8se. Heureuse dialectique.<br \/>\nMais pour l\u2019heure, le serviteur, quoique abruti de sommeil, assure son office ! Que ne faut-il pas faire pour gagner son intermittence !Amir S. dessine tr\u00e8s bien le contexte du rapport de classe dans lequel, le valet (ersatz de Marivaux) se pique d\u2019\u00e9crire ! Le valet, bien nomm\u00e9, Merlin (avec ce que cela suppose d\u2019enchanteur et de pouvoirs magiques) se voudra auteur et vantera que ses chansons courent le Pont-Neuf \u00e0 Paris. Ce qui ne manque pas de saveur quand on r\u00e9alise que Marivaux jouissait en propre, du privil\u00e8ge royal de repr\u00e9sentation conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de bourgogne o\u00f9 il op\u00e9rait, moyennant  quoi aucune repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale n\u2019\u00e9tait permise au Pont-Neuf. Les auteurs du Pont-Neuf contourn\u00e8rent l\u2019interdit et invent\u00e8rent alors ce qui allait devenir le \u00ab th\u00e9\u00e2tre de foire \u00bb.<br \/>\nUn th\u00e9\u00e2tre qui n\u2019avait pas la permission rh\u00e9torique du dialogue. Il devait user de d\u00e9tournement pour exploiter  le proc\u00e9d\u00e9.<br \/>\nObservons que le \u00ab th\u00e9\u00e2tre du radeau \u00bb \u00e0 l\u2019instar du \u00ab th\u00e9\u00e2tre de foire \u00bb,  n\u2019utilise pas ou rarement le dialogue. Comme si le dialogue jouait comme trompe oreille de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019\u00e9criture d\u2019un auteur. Il n\u2019y a qu\u2019un auteur qui s\u2019entend dans des registres vocaux diff\u00e9rends. Tout dialogue recouvre la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un vrai monologue peut-on hypoth\u00e9quer en toute bonne foi.<br \/>\nMine de rien, Marivaux  joue sa partie avec malice et sait fort bien de quelle autorit\u00e9 proc\u00e8de un texte. Il sait comment cette autorit\u00e9 se n\u00e9gocie en phase ou pas avec le pouvoir.<br \/>\nMarivaux serait-il un \u00ab vendu \u00bb ou  ma\u00eetre en l\u2019art de la duplicit\u00e9 ? Au service de qui serait-il r\u00e9ellement ?<br \/>\nQuel rapport entre le commerce des sens et le commerce tout court ?<br \/>\nQuid des rapports marchands dans la r\u00e9alit\u00e9 sc\u00e9nique ?<br \/>\nQuid des rapports de l\u2019acteur \u00e0 la prostitution ?<br \/>\nOn y viendra  \u00e0 l\u2019heure de conclure mais pour lors que nous disent les \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb ? En tout cas ceux qui dans cette exp\u00e9rience passeront pour des inaptes \u00e0 faire semblant (com\u00e9diens tr\u00e8s accomplis !), les sinc\u00e8res, les \u00ab tel quels \u00bb\u2026 Ceux qui seraient \u00e0 prendre \u2026ou \u00e0 laisser. Les laisser pour compte de la chose th\u00e9\u00e2trale ! On s\u2019interroge, on s\u2019interroge et comme dit Michaux \u00ab on cherche aussi nous autres, le grand secret! \u00bb Le th\u00e9\u00e2tre appartiendrait au prisme du pouvoir, mais qu\u2019adviendrait-il de ce th\u00e9\u00e2tre avec un pouvoir capitaliste tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude ?  Notre Jean-Jacques Rousseau national n\u2019y retrouverait-il pas ses marques ? Retour au sources \u2026Arlequin n\u2019est que l\u2019avatar de la faim dans le monde ! Son combat ? un \u00ab struggle for life \u00bb jusqu\u2019\u00e0 plus faim. Sortir de la nuit des temps, de la pr\u00e9histoire ? Amir S.  sujet iranien cherche dans la langue de Marivaux, le sens d\u2019une histoire qui puisse \u00eatre la sienne. C\u2019est bien de l\u2019honneur et c\u2019est bien du respect.  Dans Amir, il y a ami.<br \/>\nDu rire comme moyen de d\u00e9composition du r\u00e9el<br \/>\nNous \u00e9tions jusque l\u00e0, inscrit dans la perspective, dans le lieu du Prince avec Adelie D. intriguant  par exception un face \u00e0 face. Amandine Plessis va nous offrir la tangente et se d\u00e9rober au diktat de la perspective. Elle va nous offrir de voir de c\u00f4t\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 ordinairement se tiennent les coulisses. \u00c0 flanc de sc\u00e8ne, elle d\u00e9coupe un encart, coin de grange. Elle acte un d\u00e9centrement qui eut ravi Althusser grand penseur d\u2019un th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il voulait mat\u00e9rialiste. Amandine P.  mine de rien, va par ce d\u00e9centrement, tr\u00e8s vivement \u00e9clairer le propos. Force des propositions symboliques. Biais. Voir de travers. La proposition sc\u00e9nique va s\u2019av\u00e9rer d\u2019un tr\u00e8s heureux effet. Effet de subversion au plus vif du sujet. \u00c0 la fois dans l\u2019\u00e9pique par la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019autoroute (\u00e9cart de conduite sc\u00e9nographique) et dans le dramatique ( regard sur les coulisses donc sur l\u2019intime et le priv\u00e9 et la cuisine du spectacle). Cuisine : donc !<br \/>\nLe public est pri\u00e9 d\u2019assister \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition impromptue.<br \/>\nMa\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie, Maxime Gosselin (toujours dans les bons coups) jouera Merlin, le seul \u00ab pro \u00bb estampill\u00e9 Affaires Culturelles, labellis\u00e9 \u00ab excellent \u00bb, g\u00e8re et dirige des d\u00e9bats.  qui vont s\u2019av\u00e9rer fort tumultueux !. Dans un coin, Colette, interpr\u00e9t\u00e9e par Ad\u00e9lie Duteil  savoureusement nature et follement sympathique, impossible de lui pr\u00eater le moindre calcul, de la candeur  et une innocence \u00e0 toute \u00e9preuve, dans l\u2019autre (coin) Blaise, le fianc\u00e9 de Colette  \u00ab donn\u00e9 \u00bb par Quentin Vernede qui s\u2019y entend pour donner le change et nous la jouer au con, au ben\u00eat si vous pr\u00e9f\u00e9rez, enfin au dernier coin ( il y en \u00e0 quatre bien s\u00fbr) en Lisette d\u00e9lur\u00e9e et haute en couleurs Cl\u00e9mence Kronneberg, la moins ch\u00e8vre du lot mais enfarin\u00e9e quand m\u00eame, essaiera de tirer son \u00e9pingle du jeu.  Quel jeu finalement que ce jeu-l\u00e0 ? Il sera au moins double ! Savoir si, venant de l\u2019humain, il peut en \u00eatre autrement : l\u00e0 pourrait bien \u00eatre la question.<br \/>\nEn tout cas, au jeu du chat (Merlin) et des souris (les trois autres) \u2026Les quatre com\u00e9diens  vont nous offrir un moment de th\u00e9\u00e2tre absolument \u00e9poustouflant ! C\u00f4t\u00e9 principe de na\u00efvet\u00e9, Ad\u00e9lie, Quentin et Cl\u00e9mence  vont se faire un pr\u00e9nom dans l\u2019affaire. D\u00e9bordant d\u2019empathie, on oublie les acteurs \u2026 On les aime ! on les ch\u00e9rit ! On les embrasse ! On les adore !<br \/>\nIrr\u00e9sistibles !<br \/>\nIls s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie et vrai de vrai , on ne peut que rire de bon c\u0153ur \u00e0 leur  amateurisme (si savamment calcul\u00e9), \u00e0 les voir avec l\u2019amour si bien chevill\u00e9 au c\u0153ur et au corps ! On s\u2019y trompe et comme on aime s\u2019y tromper ! On oublie savoir faire et travail acharn\u00e9 pour juste vivre un moment de gr\u00e2ce. Comme une chanson populaire !<br \/>\nGratitude !<br \/>\nY a pas de mal \u00e0 se faire du bien \u2026 Ces \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb qui veulent cachetonner ne savent pas tricher ! Un comble du plaisir vient de ce leurre (car en r\u00e9alit\u00e9 les \u00ab trois \u00bb montrent un art consomm\u00e9 du faire semblant ) On ne demande qu\u2019\u00e0 y croire ! Voil\u00e0 mise \u00e0 nue l\u2019amour du th\u00e9\u00e2tre, l\u2019amour d\u2019un mensonge si vrai ! Juste ce que tu sais faire : le minimum ! ( autre tube !) Et le Merlin, valet metteur en sc\u00e8ne qui ne demande qu\u2019\u00e0 mettre, (mettre quoi et o\u00f9 ? ) les aime ses com\u00e9diens, absolument ! B\u00e9atrice Dalle[7] (et tant d\u2019autres) d\u00e9clarait r\u00e9cemment \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, r\u00e9pondant \u00e0 la question qu\u2019attendez-vous d\u2019un metteur en sc\u00e8ne ? Elle r\u00e9pondait donc : \u00ab qu\u2019il m\u2019aime ! \u00bb \u00ab c\u2019est tout ce que je lui demande ; \u00ab qu\u2019il m\u2019aime absolument \u00bb Alors Merlin, alias Maxime G . n\u2019est pas avare de tendresse et de bienveillance ; il s\u2019amuse autant qu\u2019il amuse. C\u2019est du Charlot, Buster Keaton  et Marx Brother r\u00e9unis. Un d\u00e9lice de justesse rythmique et technique qui confine \u00e0 la virtuosit\u00e9. Virtuosit\u00e9 qu\u2019on trouvait \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ce monument que fut \u00ab Arlequin serviteur de deux ma\u00eetres \u00bb de Strelher[8].  Comme si, et la facture du jeu r\u00e9gl\u00e9 par Amandine P. se voulait \u00ab classique \u00bb, comme si une certaine perfection du savoir faire pouvait atteindre un degr\u00e9 de r\u00e9alisation compl\u00e8tement euphorisant. Pur instant de joie. Autre d\u00e9tour chez metteur en sc\u00e8ne de r\u00e9f\u00e9rence, la sc\u00e8ne pr\u00e9sent\u00e9e ne fut  pas sans rappeler le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Georges Dandin \u00bb  de Planchon\/Moli\u00e8re. M\u00eame trouvaille politique, \u00e0 savoir que le drame de Dandin tient certes dans ses d\u00e9boires conjugaux  mais ce que Planchon aura pointer c\u2019est que le dit drame avait lieu au vue et su de tout un monde. Le monde des ouvriers agricoles vacant dans la ferme. Et voir ces t\u00e9moins oculaires occult\u00e9s (les grands acteurs du drame les ignoraient ) r\u00e9duits \u00e0 n\u00e9ant, nous \u00e9clairait  sur la lutte des classes et la place des muets. Les muets, au th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est toujours et encore le public jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. Donc introduit au plus intime des acteurs serviteurs de Marivaux, l\u2019opportunit\u00e9 nous \u00e9tait offerte d\u2019une complicit\u00e9 \u2026De classe. Rire avec eux, fut-ce d\u2019eux, nous rendait \u00e0 notre humanit\u00e9 premi\u00e8re. Celle des gens d\u2019en bas dirait Brecht et nous a dit Amandine.  Avec sa sc\u00e8ne , cette jeune fille, au demeurant jolie comme un ch\u0153ur, nous a chor\u00e9graphi\u00e9 un ballet de chutes et d\u2019\u00e9quilibre et de rebondissement en rebondissement, permis que se d\u00e9bondent nos c\u0153urs.  Belle fabrique du commun qui nous autorise un petit d\u00e9tour par Jacques Ranci\u00e8re.<br \/>\nIntensit\u00e9 de la question politique<br \/>\nDans la tradition marxiste, le domin\u00e9 doit se pr\u00e9parer \u00e0 renverser le dominant et doit s\u2019en donner les moyens. L\u2019organisation r\u00e9volutionnaire structure ses militants en collectif intellectuel pour appropriation de tous les savoirs. La conqu\u00eate du pouvoir est \u00e0 ce prix. Cela int\u00e9resse autant l\u2019art que la science. Althusser, Gramsci et aujourd\u2019hui Jacques Ranci\u00e8re auront \u0153uvr\u00e9 ces questions. Les \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s par un jeu d\u2019 \u00e9change des savoirs.  Une conscience de soi, du collectif, de \u00ab Marivaux \u00bb, de l\u2019acteur, du non acteur, de diriger et \u00eatre diriger, de d\u00e9gager un point de vue, de s\u2019engager dans un autre : tous ces ingr\u00e9dients  proc\u00e8dent d\u2019une vision politique. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence le produit fini t\u00e9moigne d\u2019une mise en \u0153uvre non mandarine ( on ne perd jamais de vue l\u2019ami Vitez) de l\u2019\u00e9change des savoirs. Ce qui ne veut pas dire que les savoirs se distribuent \u00e9galement en chacun\u2026 Ce qui semble avoir \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnel, c\u2019est bel et bien, l\u2019\u00e9conomie de la hi\u00e9rarchie. Et c\u2019est l\u00e0 que Ranci\u00e8re nous interpelle. Que dit-il dont semble-t-il les neuf +un ( 9 apprentis com\u00e9diens + Fran\u00e7ois Lanel) ont fait leur farine ; ceci qui se rel\u00e8ve dans \u00ab le partage du sensible \u00bb[9] que la pratique de l\u2019\u00e9galit\u00e9 ne proc\u00e8de ni de la communion ni de l\u2019offrande ( illusions morales), que les diff\u00e9rentiels de savoir existent, que pour autant une \u00e9gale capacit\u00e9 et intelligence peut se structurer et organiser la pratique. Ainsi la diversit\u00e9 loin de l\u2019emp\u00eacher, \u00e0 permis que le groupe accouche de la logique politique qui travaille Marivaux d\u2019une part et de ce qui lui \u00e9chappe d\u2019autre part. Le plein et les manques. Finalement une vision assez accomplie de cet auteur. Beau travail par le moyen d\u2019une belle organisation.<br \/>\nLes \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb des neuf+ un, ont constitu\u00e9 un moment d\u2019une grande intensit\u00e9 politique. Voil\u00e0 ce que le d\u00e9tour par Ranci\u00e8re nous souffle \u00e0 l\u2019oreille.<br \/>\nArmande Du Plessis  ci devant actrice<br \/>\nAu sortir de son estimable performance de metteuse en sc\u00e8ne, Amandine Plessis a gagn\u00e9 ses titres de noblesse d\u2019actrice confirm\u00e9e.  De l\u00e0 , \u00e0 la qualifier d\u2019Armande du Plessis nous n\u2019avons pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 moli\u00e8riser son patronyme. L\u2019actrice en subtile complicit\u00e9 avec Clement Parly va nous r\u00e9galer d\u2019une sortie de route (acting out) du texte parfaitement fond\u00e9e. C\u2019est Julie Hega qui va organiser cette transgression tr\u00e8s intelligente et que Marivaux eut cautionn\u00e9 \u00e0 coup s\u00fbr. Comme quoi la juste fid\u00e9lit\u00e9 peut entra\u00eener \u00e0 des d\u00e9tours aussi risqu\u00e9s que possibles d\u00e8s lors qu\u2019ils restent pertinents.  Julie Hega (la tr\u00e8s belle Julie Hega) va jouer de l\u2019apart\u00e9 et de la didascalie pour \u00e9crire un po\u00e8me (d\u2019amour) tr\u00e8s original quoique tr\u00e8s inspir\u00e9 de Marivaux. Julie H. se permet d \u2018\u00e9pouser Marivaux pour le meilleur et pour le pire. Nous e\u00fbmes \u00e0 partager le meilleur quant au pire il fut renvoy\u00e9 au calendes grecques. Une didascalie ce n\u2019est jamais qu\u2019une indication d\u2019auteur ou de metteur en sc\u00e8ne, voir de l\u2019acteur \u00e0 lui-m\u00eame. Julie H. va donc rendre transparente cette foison d\u2019indications. \u00c0 quoi peuvent penser des acteurs (de bonne foi) quand ils jouent ? Brecht avait fait le m\u00eame exercice avec ce \u00e0 quoi pouvait penser une strip tiseuse quand elle se d\u00e9shabille ! Pas triste \u2026 La striptiseuse pense aux courses \u00e0 faire, payer son loyer, au comportement \u00ab d\u00e9plac\u00e9 \u00bb de certains clients ! \u00c0 quoi donc pensent nos Amandine et Cl\u00e9ment quand ils jouent une sc\u00e8ne d\u2019amour ? Je vous le donne en mille : \u00e0 \u2026\u00c0  \u2026 \u00ab s\u2019envoyer en l\u2019air \u00bb Eh bien non ! Avant que d\u2019en arriver l\u00e0 dont on ignore la bonne ou mauvaise tournure que \u00e7a peut prendre, on tombe.<br \/>\nVoil\u00e0, on tombe \u2026amoureux.  Fini la com\u00e9die ! On s\u2019aime pour de vrai .. On ne fait pas semblant ! le moindre doute g\u00e2terait le plaisir qu\u2019on y prend. Donc Amandine et Cl\u00e9ment  cens\u00e9 jouer une sc\u00e8ne d\u2019amour vont finir par ne plus pouvoir la jouer \u2026 Voil\u00e0 ;, la d\u00e9licieuse mauvaise pente ou la perfide Julie H nous entra\u00eene \u2026 Et la voyant , \u00e0 un tel degr\u00e9 de finesse perfide, j\u2019invite tout metteur en sc\u00e8ne int\u00e9ress\u00e9 par \u00ab la double inconstance \u00bb \u00e0 auditionner Julie, car il trouvera en elle une \u00ab Flaminia \u00bb redoutable.  L\u2019alliance de la beaut\u00e9 et de l\u2019intelligence au service de la transgression c\u2019est une promesse d\u2019autorit\u00e9. Comme l\u2019a d\u00e9finie Fran\u00e7ois Perrier[10] : \u00ab L\u2019autorit\u00e9 n\u2019est que ce qui d\u2019une transgression r\u00e9ussie prend force de loi \u00bb<br \/>\nLa proposition de Julie H. va donc prendre force de loi. Et l\u2019amour des deux protagonistes devenir indiscutable. On en deviendrait envieux. On ressent un incroyable besoin d\u2019\u00e9treinte \u2026In contournable c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019Antoine Vitez nous disait \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre : une \u00e9treinte ! Ah que ce fut bon d\u2019\u00eatre dans ces bras l\u00e0 !Mais une rude \u00e9preuve devait nous attendre. Epreuve de r\u00e9alit\u00e9 ! t\u00e9l\u00e9 prise qui croyait prendre. Le rouleau compresseur de la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9 va faire de nous des rescap\u00e9s du mariage \u00e0 tout prix. \u00ab Qui veux \u00e9pouser mon neveux \u00bb sera l\u2019intitul\u00e9 de l\u2019\u00e9mission produite par Quentin Vernede.<br \/>\nAttention, \u00c7a va d\u00e9poter.<br \/>\nT\u00e9l\u00e9 pris qui croyait prendre<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9 nous prend et non l\u2019inverse. La \u00ab prise \u00bb de vue et de son et de tout ce que vous voudrez, c\u2019est la chasse \u00e0 l\u2019audimat et chacun de nous en a la tronche. Spectateur moyen, archi moyen, de moyen \u00e2ge ou du plus bas au plus haut, d\u2019ici d\u2019ailleurs et de nulle part, nous ne sommes que chair \u00e0 canaux satellitaires. Bref  Quentin Vernede va transformer l\u2019affaire du mariage arrang\u00e9e et d\u00e9rang\u00e9e en affaire propice au succ\u00e8s story de la vie t\u00e9l\u00e9.Plus fictif factice et artificiel, tu meurs ! Marivaux aurait-il invent\u00e9 sans le savoir : la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 ? Qu\u00eate \u00e0 outrance d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 non jou\u00e9e, d\u2019une garde-\u00e0-vue  permanente. D\u2019un je n\u2019ai rien \u00e0 cacher de moi. Transparente opacit\u00e9. Quentin V. va d\u00e9masquer, user de l\u2019enjeu de la pi\u00e8ce pour solliciter son ambivalence. Ou sa duplicit\u00e9. Faire du th\u00e9\u00e2tre jusqu\u2019au leurre de faire croire qu\u2019on n\u2019en fait plus \u2026Serait le postulat d\u2019existence de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. La bonne foi : crit\u00e8re de non com\u00e9die. Shakespeare usait de la m\u00e9taphore : le monde est un th\u00e9\u00e2tre et donc Marivaux serait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, dans la r\u00e9alit\u00e9. Ready made. Faut juste mettre les cam\u00e9ras au bon endroit. Et mettre le fric qu\u2019il faut sur la table. C\u2019est parti ! On veut du plus vrai que nature ? En voil\u00e0. Moins \u00e7a joue et mieux on y croit. Ainsi les \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb tombent ALLO. De la vraie connerie : vous avez dit allo ? Une vraie agonie, une vraie mort en direct : vous avez dit KO LANTA. Alors \u00ab Qui veut \u00e9pouser mon neveu ? \u00bb a fait un tabac. La fianc\u00e9e est l\u00e0, en robe de mari\u00e9e mais on pr\u00e9sente au pr\u00e9tendant une rivale (moyennant grosse prime) le pauvre bougre r\u00e9sistera-t-il \u00e0 la tentation ? Qu\u2019est-ce qui fait le bonheur ? Le fric, la gloire, la renomm\u00e9e, les bons sentiments ? TENTATION . Inapte \u00e0 jouer ? Bon pour le service de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9.  Le cin\u00e9ma ? C\u2019est la vie ! Vie d\u2019Ad\u00e8le ou de tartempion. Faut voir. Cam\u00e9ras cach\u00e9s \u2026Inquisition\/S\u00e9curit\u00e9\/ protection : Big Brother. Il n\u2019y a plus de libert\u00e9 que surveill\u00e9e. Soci\u00e9t\u00e9 de contr\u00f4le annon\u00e7ait Gilles Deleuze. De la vie n\u2019int\u00e9resse plus que le vice cach\u00e9. Le dernier studio dernier cri : les chiottes !<br \/>\nS\u2019y installer bonnement et y lire les \u00ab acteurs de bonne foi \u00bb pour ne pas s\u2019y emmerder. Avec son \u00ab heureux , mon n\u2019veu \u00bb Quentin Vernede a cogn\u00e9 fort. Nous \u00e9tions au th\u00e9\u00e2tre : art distanc\u00e9 s\u2019il en fut ! Art du recul l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y en a plus. Mot de la fin : la t\u00e9l\u00e9 aux chiottes ! Comme c\u2019est vilain ! Bravo Quentin !<br \/>\nTirer un dernier coup \u2026De fusil<br \/>\nC\u2019est \u00e0 Maxime Gosselin qu\u2019il revenait de tirer le dernier coup \u2026De fusil.  Maxime G. dont on a assez dit de quel bois se chauffait son talent d\u2019acteur, va proposer la th\u00e9matique de la pi\u00e8ce \u00e0 improviser . Il va donc en sc\u00e9nariser l\u2019approche. L\u2019objet r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression : la jalousie. Aimer, tromper, Wh\u00e2re Liebe, amour toujours, amour tout court, amour permanent, variable, interchangeable, int\u00e9ress\u00e9, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 \u2026   Epreuve ! Comment s\u2019interroge Maxime G. cette histoire peut-elle bien finir ? Bon n\u2019\u00e9ludons pas la question des rapports. Sexuels s\u2019entend. \u00c7a couche \u00e0 \u00e7a pas ? Alors Maxime G. traite l\u2019aspect br\u00fblant du sujet. Marivaux pudiquement s\u2019en tient au flirt .. sans pousser plus loin les parties g\u00e9nitales de son propos. Maxime G. trouve qu\u2019il y a l\u00e0, quelque chose qui s\u2019\u00e9lude ! L\u2019impr\u00e9visible \u00e9ventail des pulsions auxquelles il redonne du jeu.<br \/>\nAlors forc\u00e9ment on s\u2019\u00e9loigne de l\u2019aimable divertissement pour envisager une fin moins, beaucoup moins badine (de badinage). Place au latent, au sans dessous dessus, \u00e0 l\u2019impr\u00e9visible, \u00e0 l\u2019incontr\u00f4lable \u2026Au retour du refoul\u00e9 comme disent les psy. Bref, \u00e7a peut nous p\u00e9ter \u00e0 la gueule ! Voyez-vous \u2026 Apprenti com\u00e9dien comme variante de l\u2019apprenti sorcier. On aborde au rivage du chamanisme et de l\u2019anthropologie. De fait tout se joue et s\u2019avoue dans l\u2019image sulfureuse de l\u2019homme au fusil : F\u00e9lix Lefebvre, alias Blaise. Il ne joue pas , il met en joue : nuance !  Le Merlin (Quentin Vernede) lui a gaul\u00e9 sa meuf, la Colette (Julie H\u00e9ga) sacr\u00e9e roulure pas bien regardante o\u00f9 elle gare ses fesses ! Et  la Lisette (Amandine Plessis) attend son heure. Elle endure mais n\u2019en pense pas moins !  Six mois \u00e0 la di\u00e8te, six mois qu\u2019elle privera son Merlin de toutes privaut\u00e9s et autres attouchements ! Une \u00e9ternit\u00e9  \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la moyenne de vie \u00e9tait de 25 ans dans les classes populaires.<br \/>\nY\u2019a donc bien de l\u2019eau dans le gaz russe.  Et si le Blaise renonce \u00e0 tirer son coup( de fusil), le coup de th\u00e9\u00e2tre n\u2019en a pas moins eu lieu. Il \u00e9tait le coup de la fin. Un seul. Restait \u00e0 applaudir  ces jeunes gens qui deux heures durant firent don d\u2019eux-m\u00eames car ce fut de ce juste don qu\u2019ils honor\u00e8rent la question pos\u00e9e : \u00eatre acteur de bonne foi, ils le furent. Pour notre bon plaisir et le leur.<br \/>\nEpilogue<br \/>\nIl n\u2019y a pas lieu d\u2019\u00e9piloguer car ce serait bouder son plaisir, pourtant notre soci\u00e9t\u00e9 vient de s\u2019agiter de la lourde question de la prostitution, ou plut\u00f4t de la volont\u00e9 d\u2019abolir la prostitution.  Evidemment, il para\u00eet difficile d\u2019avoir eu \u00e0  go\u00fbter du Marivaux sans imaginer quelques interf\u00e9rences avec cette actualit\u00e9 l\u00e0. O\u00f9 commence et ou s\u2019arr\u00eate la prostitution.<br \/>\nQu\u2019est-ce qu\u2019un corps prostitu\u00e9 ?<br \/>\nQui donne un plaisir ? lequel ? Sexuelle ?<br \/>\nO\u00f9 commence et o\u00f9 s\u2019arr\u00eate le sexe ?<br \/>\nLe corps sexu\u00e9, \u00e9rotis\u00e9, aimable  ?<br \/>\nBon, pudeur oblige, on voudrait s\u2019\u00e9pargner de mouiller et \u00e9clabousser les acteurs et autres b\u00eates \u00e0 spectacle des sordides consid\u00e9rations sur la prostitution. Mais ce serait bien tartuffe de par trop ignorer que la question se pose ! Oui, j\u2019avoue en tant qu\u2019acteur me sentir en lien avec la prostitu\u00e9e. Oui, en d\u00e9pit des liens que l\u2019on dit sacr\u00e9s du mariage, la prise en compte des aspects mat\u00e9riels  (cf la dote en inde pour les filles) comme vecteur qui autorise un vieillard a \u00e9pouser une jeune fille, qui fait qu\u2019un vieux riche para\u00eet moins d\u00e9muni qu\u2019un vieux pauvre : comme c\u2019est \u00e9trange, comme c\u2019est bizarre. Alors o\u00f9 s\u2019arr\u00eate et ou commence la bonne foi ? Je laisserais volontiers \u00e0 Beatriz Preciado philosophe catalane et espagnole, le soin de r\u00e9pondre, au moins pour partie, \u00e0 mes interrogations, au moment ou le pouvoir r\u00e9actionnaire en place \u00e0 Madrid remet en cause le libre droit des femmes \u00e0 disposer de leur corps. Tout se tient.<br \/>\nBeatriz Preciado a \u00e9crit (lib\u00e9ration DEC 2013)<br \/>\n\u00ab La question marxiste de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production trouve dans la figure de la travailleuse sexuelle une modalit\u00e9 exemplaire d&rsquo;exploitation. La cause pre\u00admi\u00e8re d&rsquo;ali\u00e9nation chez la prostitu\u00e9e n&rsquo;est pas l&rsquo;extraction de plus-value du travail individuel, mais d\u00e9pend avant tout de la non-reconnaissance de sa subjectivit\u00e9 et de son corps comme sources de v\u00e9rit\u00e9 et de valeur : il s&rsquo;agit de pouvoir affirmer que les putes ne savent pas, qu&rsquo;elles ne peuvent pas, qu&rsquo;elles ne sont pas des sujets poli\u00adtiques ni \u00e9conomiques \u00e0 part enti\u00e8re. Le travail sexuel consiste \u00e0 cr\u00e9er un dispo\u00adsitif masturbatoire (\u00e0 travers le toucher, le langage et la mise en sc\u00e8ne) susceptible de d\u00e9clencher les m\u00e9canismes muscu\u00adlaires, neurologiques et biochimiques r\u00e9gissant la production de plaisir du client.<br \/>\nLe travailleur sexuel ne met pas son corps en vente, mais transforme, comme le font l&rsquo;ost\u00e9opathe, l&rsquo;acteur ou le publiciste, ses ressources somatiques et cognitives en force de production vive.<br \/>\nComme l&rsquo;ost\u00e9o\u00adpathe il\/elle use de ses muscles, il\/elle taille une pipe avec sa bouche avec la m\u00eame pr\u00e9cision que l&rsquo;ost\u00e9opathe mani\u00adpule le syst\u00e8me musculo-squelettique de son client.<br \/>\nComme l&rsquo;acteur, sa pratique re\u00adl\u00e8ve de sa capacit\u00e9 \u00e0 th\u00e9\u00e2traliser une sc\u00e8ne de d\u00e9sir.<br \/>\nComme le publiciste, son travail consiste \u00e0 cr\u00e9er des formes sp\u00e9cifiques de plaisir \u00e0 travers la communication et la re\u00adlation sociale.<br \/>\nComme tout travail, le tra\u00advail sexuel est le r\u00e9sultat d&rsquo;une coop\u00e9ration entre sujets vivants bas\u00e9e sur la production de symboles, de langage et d&rsquo;affects.<br \/>\nLes prostitu\u00e9es sont la chair productive subalterne du capitalisme global.<br \/>\nQu&rsquo;un gouvernement socialiste fasse de l&rsquo;interdiction des femmes \u00e0 transformer leur force productive en travail une priorit\u00e9 nationale en dit long sur la crise de la gau\u00adche en Europe. \u00bb<br \/>\nTh\u00e9\u00e2traliser une sc\u00e8ne de d\u00e9sir ?<br \/>\nQue la libert\u00e9 guide nos pas. Je vous embrasse.<br \/>\nJean-Pierre Dupuy 28 D\u00e9cembre 2013<br \/>\n[1] Coordonn\u00e9es : Le Studio Place des Canadiens Bretteville L\u2019orgueilleuse. lestudio@brettevillelorg.fr tel 0231950130<br \/>\n[2] Alain Badiou \u00ab Eloge du Th\u00e9\u00e2tre \u00bb et \u00ab Eloge de l \u2018amour \u00bb chez Flammarion<br \/>\n[3] \u00ab Acteur de cristal \u00bb Production Pays des miroirs production.paysdesmiroirs@free.fr<br \/>\n[4] On relira avec bonheur \u00ab le th\u00e9\u00e2tre en marche \u00bb d\u2019 Edward Gordon Graig chez Gallimard. Ses \u00e9crits du d\u00e9but du si\u00e8cle dernier n\u2019ont rien perdu de leur audacieuse corrosivit\u00e9.<br \/>\n[5] Un mouvement th\u00e9\u00e2tral trouverait sa pertinence \u00e0 travailler l\u2019\u00e9claircie, ce n\u2019est pas douteux.<br \/>\n[6] Se mettre un faux nez c\u2019est aussi se mettre en nouveau-n\u00e9s. Clement Parly permet donc \u00e0 ses acteurs Amir Sharifi et Quentin Vernede de commencer par o\u00f9 ils ont fini.<br \/>\n[7] C\u2019est le moment de signaler que l\u2019ami David Bob\u00e9e devrait bient\u00f4t diriger B\u00e9atrice Dalle. Pas de doute que David saura remplir le contrat !<br \/>\n[8] Evidemment ayant couru le spectacle et pour l\u2019avoir vu deux fois, je peux assurer que produire de la joie s\u2019accommode tr\u00e8s bien de l\u2019effet produit par les plus hautes performances techniques. La performance r\u00e9gl\u00e9e par Amandine P. ne durait que dix minutes \u2026Lapse de temps qui sans doute en a permis la r\u00e9alisation effective. Quand m\u00eame : chapeau !<br \/>\n[9] Cette r\u00e9flexion doit beaucoup au dernier ouvrage de Olivier Neveux \u00ab Politiques du spectateurs \u00bbEdition \u00ab la d\u00e9couverte \u00bb 2013<br \/>\n[10] In \u00ab la chauss\u00e9e d\u2019Antin \u00bb Fran\u00e7ois Perrier . Collection 10\/18 chez Bourgeois..<br \/>\nhttp:\/\/www.acteaciedanslacite.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cadeau ! C\u2019\u00e9tait ce jeudi 19 D\u00e9cembre dernier, \u00e0 la cit\u00e9 th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Caen ; les jeunes apprentis com\u00e9diens d\u2019Actea, nous ont sorti, sous la houlette de Fran\u00e7ois Lanel, un Marivaux de derri\u00e8re les fagots : \u00ab Les acteurs de bonne foi \u00bb Le pitch Madame Amelin richissime personne dote avantageusement son neveu Eraste pour qu\u2019il puisse \u00e9pouser la jeune fille qu\u2019il aime, Ang\u00e9lique fille de Madame Argante elle-m\u00eame passablement d\u00e9sargent\u00e9e. Pour remercier Madame Amelin de ses largesses ; Eraste<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-567","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}