


{"id":580,"date":"2013-07-26T18:08:00","date_gmt":"2013-07-26T16:08:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=580"},"modified":"2013-07-26T18:08:00","modified_gmt":"2013-07-26T16:08:00","slug":"legendaire-peut-etre","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/legendaire-peut-etre\/","title":{"rendered":"L\u00e9gendaire, peut-\u00eatre"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Pour cette nouvelle \u00e9dition du Game Play, festival \u00e0 la crois\u00e9e des arts de la performance et des jeux vid\u00e9o, Eddie Kim et sa troupe reviennent avec Legendary, Maybe d\u2019apr\u00e8s l\u2019Ab Urbe condita Libri de Live, histoire de revisiter l\u2019Histoire, la grande cette fois-ci, sur grand \u00e9cran et avec des consoles. Mani\u00e8re aussi de s\u2019interroger sur une forme en devenir et sur les possibilit\u00e9s d\u2019un th\u00e9\u00e2tre num\u00e9rique. Le r\u00e9sultat est pour le moins surprenant, mais il reste encore \u00e0 pr\u00e9ciser le trait.<\/strong> <\/em><br \/>\nIl faudrait, pour \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eate, commencer par dire que la venue de l\u2019EK Theater suscitait beaucoup d\u2019enthousiasme de la part des habitu\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre et m\u00eame (dans une moindre mesure cependant) chez ceux qui, comme moi, avaient simplement entendu  parler de leur travail : un subtil m\u00e9lange d\u2019informatique et de storytelling. Depuis 6 ans d\u00e9j\u00e0, la jeune compagnie con\u00e7oit des travaux \u00e0 l&rsquo;intersection du th\u00e9\u00e2tre, des jeux vid\u00e9o et de la bande dessin\u00e9e (Cathleen ni Houlihan, Niobe&#8230;). Elle fait sensation en 2010 pour la pr\u00e9sentation de son Grand Theft Ovid, une adaptation multim\u00e9dia des  M\u00e9tamorphoses dont les personnages sont issus de jeux aussi c\u00e9l\u00e8bres que World of Warcraft, Halo 3 et Grand Theft Auto. J&rsquo;avais donc lu, et entendu dire, que la singularit\u00e9 du travail d&rsquo;Eddie Kim reposait dans sa fa\u00e7on de r\u00e9inventer l&rsquo;art de la marionnette et de confronter des textes anciens aux plus r\u00e9centes technologies. Mais pour l\u2019inculte que je suis (en mati\u00e8re de culture geek j\u2019entends), l&rsquo;id\u00e9e de porter un jour sur sc\u00e8ne des jeux vid\u00e9o, ou de s&rsquo;en servir comme mat\u00e9riau pour le th\u00e9\u00e2tre, me paraissait \u00e0 tout le moins farfelue, sinon extravagante. Je trouvais n\u00e9anmoins la chose int\u00e9ressante, et c&rsquo;est dans cet \u00e9tat d&rsquo;esprit que je me rendais au Brick pour assister \u00e0 l&rsquo;un des temps forts du festival.<br \/>\n\u00ab Le drame des distances \u00bb<br \/>\nLegendary, Maybe raconte un passage de L\u2019Histoire de Rome depuis sa fondation selon Tite-Live, \u00e0 partir des fragments qui nous sont parvenus (Livres I.LX &#8211; II.XIII) : le retour impossible de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exil apr\u00e8s des ann\u00e9es de pouvoir tyrannique et par la faute de son fils Sextus (la l\u00e9gende veut que le viol de Lucr\u00e8ce provoque la fin de la monarchie et le d\u00e9but de la R\u00e9publique). La pi\u00e8ce commence donc in medias res d\u00e8s le bannissement du roi et ob\u00e9it tout le long \u00e0 ce m\u00eame principe fragmentaire qui ne r\u00e9pond pas seulement \u00e0 la disposition du mat\u00e9riau premier, \u00e0 savoir le texte, mais qui permet aussi au metteur en sc\u00e8ne et \u00e0 son \u00e9quipe de pouvoir naviguer entre les diff\u00e9rents univers que lui offrent les jeux (Call of Duty, Mario 64, Assassin&rsquo;s Creed, Minecraft&#8230;) ; chaque segment de l&rsquo;histoire correspondant \u00e0 un ou plusieurs jeux vid\u00e9o et permettant au spectateur de se rep\u00e9rer en fonction de l&rsquo;environnement dans lequel \u00e9voluent les personnages \u2013 objets de m\u00e9tamorphoses eux aussi. De l\u2019automate, de l\u2019avatar, du personnage&#8230;.il y aurait l\u00e0 plusieurs figures de jeu \u00e0 interroger.<br \/>\nLe dispositif propos\u00e9 semble \u00eatre le m\u00eame que celui des pr\u00e9c\u00e9dentes pi\u00e8ces. Plusieurs ordinateurs ainsi que de nombreuses manettes de jeu reli\u00e9es par de longs c\u00e2bles sont juch\u00e9s sur une table au centre de la sc\u00e8ne. Les joueurs\/performeurs, dos au public,  attendent l\u2019arriv\u00e9e des derniers spectateurs pour pouvoir commencer la partie. L\u2019\u00e9cran implique n\u00e9cessairement un rapport frontal qui donne vite l\u2019impression de se trouver dans une salle de cin\u00e9ma bien plus qu&rsquo;au th\u00e9\u00e2tre. Il joue peut-\u00eatre le r\u00f4le d\u2019un cinqui\u00e8me mur que l&rsquo;on s&rsquo;efforce d&rsquo;oublier un instant pour pouvoir s&rsquo;identifier avec les protagonistes de l&rsquo;action, comme par reflexe, mais sans jamais vraiment y parvenir. \u00c0 moins que ce ne soit pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019objet du dispositif que de nous maintenir \u00e0 distance puisque les points de vue adopt\u00e9s alternent entre la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me personne, jouant de l\u2019immersion du spectateur. Les seules choses \u00ab in \u00bb, pour reprendre un mot du jargon et par l\u00e0 designer le caract\u00e8re vivant du spectacle, comme on dit du th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il est \u00ab vivant \u00bb, sont -paradoxalement- la voix-off du narrateur qui raconte l\u2019histoire et la pr\u00e9sence effective des joueurs sur le plateau. L&rsquo;action, elle, se trouve d\u00e9plac\u00e9e vers un ailleurs qui reste pr\u00e9sent, in situ, mais qui ne correspond plus au hic et nunc des conventions th\u00e9\u00e2trales. L&rsquo;occasion peut-\u00eatre de d\u00e9plorer une fois de plus les \u00ab drames \u00bb spatiaux-temporels qu\u2019engendrent les technologies sur les arts du spectacle et la mani\u00e8re dont les \u00e9crans envahissent la sc\u00e8ne, de se lamenter sur la nature d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre devenu un peu trop virtuel, sur l\u2019absence de jeu des com\u00e9diens et leur perte de pr\u00e9sence ainsi que celle du public&#8230;bref, une mani\u00e8re de (re)tenir le th\u00e9\u00e2tre dans ses formes habituelles et reconnaissables, l\u00e0 o\u00f9 il serait peut-\u00eatre judicieux de r\u00e9fl\u00e9chir aux limites du genre lui-m\u00eame, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de ces nouvelles formes.<br \/>\nMachinima theater<br \/>\nL&rsquo;on se rappellera alors que l&rsquo;on fait l&rsquo;\u00e9preuve d&rsquo;une t\u00e9l\u00e9sc\u00e8ne, du nom de ces nouveaux types de sc\u00e8nes \u00e0 distance qui peuvent \u00eatre des lieux num\u00e9riques ou des lieux r\u00e9els, ou bien encore la combinaison des deux, espaces physiques et virtuels, selon des modes et des proc\u00e9d\u00e9s reconfigurables \u00e0 l&rsquo;infini (1). Apr\u00e8s tout, le th\u00e9\u00e2tre s&rsquo;est bien accommod\u00e9 de cela depuis des ann\u00e9es et il en va ainsi de son histoire. Mais ce qui est r\u00e9ellement intriguant ici ce n&rsquo;est pas tant d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 cet arsenal d&rsquo;engins \u00e9lectroniques, c&rsquo;est surtout de ne pas savoir de quoi l&rsquo;on fait l&rsquo;exp\u00e9rience. Car outre le fait d&rsquo;inventer un nouvel art de la marionnette, \u00ab sans fils \u00bb pourrait-on dire, EK introduit dans ses cr\u00e9ations des petits machinimas* qu&rsquo;il r\u00e9alise lui-m\u00eame ou avec son \u00e9quipe et qui donnent \u00e0 leur travail une dimension encore plus hybride. Le spectacle oscille ainsi entre th\u00e9\u00e2tre, performance, installation, cin\u00e9ma et jeu vid\u00e9o. Un ovni th\u00e9\u00e2tral qui se cherche encore une forme mais qui esquisse d\u00e9j\u00e0 des possibilit\u00e9s dramaturgiques int\u00e9ressantes.<br \/>\nR\u00e9fl\u00e9chissant alors sur les possibilit\u00e9s d&rsquo;un tel th\u00e9\u00e2tre, le spectateur que je suis aura eu la conviction un instant que le th\u00e9\u00e2tre peut \u00eatre le lieu de l\u2019hybride par excellence. Autrement dit, le lieu o\u00f9 s&rsquo;inventent et s&rsquo;exp\u00e9rimentent de nouvelles formes. Et c&rsquo;est, je crois, cette fonction presque ma\u00efeuticienne du th\u00e9\u00e2tre, qui est contenue dans l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un &lsquo;th\u00e9\u00e2tre laboratoire&rsquo;. Une chose enfin, me conforte dans cette id\u00e9e : c\u2019est l\u2019\u00e2ge moyen des performeurs qui est de 11 ans tandis la plupart des spectateurs ont entre 5 et 14 ans. Il est probable que cette g\u00e9n\u00e9ration produise un  th\u00e9\u00e2tre tr\u00e8s diff\u00e8rent de celui auquel nous nous \u00e9tions habitu\u00e9s&#8230;<br \/>\n* Le mot machinima est un mot-valise forme \u00e0 partir de machine, cin\u00e9ma et animation.<br \/>\n1. voir les Basiques : Digital Performances par C. Bardiot, OLATS\/Leonardo<br \/>\nhttp:\/\/www.olats.org\/livresetudes\/basiques\/artstechnosnumerique\/basiquesATN.php<br \/>\nLegendary, Maybe \u2013 Four machinima theater pieces<br \/>\nGame Play Festival<br \/>\nBrick Theater, du 5 au 28 Juillet 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour cette nouvelle \u00e9dition du Game Play, festival \u00e0 la crois\u00e9e des arts de la performance et des jeux vid\u00e9o, Eddie Kim et sa troupe reviennent avec Legendary, Maybe d\u2019apr\u00e8s l\u2019Ab Urbe condita Libri de Live, histoire de revisiter l\u2019Histoire, la grande cette fois-ci, sur grand \u00e9cran et avec des consoles. 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