


{"id":581,"date":"2013-07-26T18:10:00","date_gmt":"2013-07-26T16:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=581"},"modified":"2013-07-26T18:10:00","modified_gmt":"2013-07-26T16:10:00","slug":"mademoiselle-la-vierge-est-ce-que-vous-pouvez-vous-boucher-les-oreilles","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/mademoiselle-la-vierge-est-ce-que-vous-pouvez-vous-boucher-les-oreilles\/","title":{"rendered":"Mademoiselle la Vierge, est-ce que vous pouvez vous boucher les oreilles ?"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Jardin de la vierge du lyc\u00e9e Saint-Joseph, Sujets \u00e0 vif. Du 19 au 25 juillet \u00e0 18h00, le programme D combine \u00ab\u00a0Son son\u00a0\u00bb, un concert de chansons compos\u00e9es et interpr\u00e9t\u00e9es par Nicolas Maury, accompagn\u00e9 au piano par Julien Ribot, et \u00ab\u00a0Scum rodeo\u00a0\u00bb, spectacle mis en sc\u00e8ne par Mirabelle Rousseau \u00e0 partir du manifeste r\u00e9dig\u00e9 par Val\u00e9rie Solanas en 1967 interpr\u00e9t\u00e9 ici par Sarah Chaumette. <\/em><br \/>\n<\/strong><br \/>\nA jardin, le buste d&rsquo;une licorne en plastique rose avec une crini\u00e8re bleu ciel, genre Mon Petit Poney. Au lointain le grand portrait d&rsquo;un jeune enfant en pleurs. Un arbre auquel est accroch\u00e9, sur un cintre, un T-shirt repr\u00e9sentant le visage poupin de Naomi Watts. Sur la corniche d&rsquo;une colonne, une canette de Heineken. A cour, le clavier de Julien Ribot. D\u00e9cor ambivalent : la chambre d&rsquo;un homme-enfant ? Nicolas Maury arrive en Arlequin contemporain : pantalon saumon, chaussures assorties, polo \u00e0 losanges de couleurs vives, bavoir int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 rayures blanches et bleu ciel de style Petit bateau. Premi\u00e8re chanson au bord du plateau, en guise de pr\u00e9sentation :<br \/>\nJe n&rsquo;ai que bonjour \u00e0 vous dire.<br \/>\nPas une grande tirade h\u00e9ro\u00efque.<br \/>\nPas de grandes phrases sur la philosophie et la m\u00e9taphysique.<br \/>\nMoi je viens dire et juste dire &lsquo;bonjour&rsquo;.<br \/>\nJ&rsquo;ai perdu mon bonnet et c&rsquo;est un drame.<br \/>\nCa vaut tous les discours.<br \/>\nPour l&rsquo;acteur que je suis, Nicolas Maury. C&rsquo;est un drame.<br \/>\nEt c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de drame.<br \/>\nOu alors tout est drame.<br \/>\nD&rsquo;un ton badin, avec le timbre enfantin qui caract\u00e9rise sa voix, la moue parfois boudeuse qu&rsquo;on lui conna\u00eet, Nicolas Maury souffle au spectateur des mots l\u00e9gers comme des bulles de savon. Pour la troisi\u00e8me chanson, il troque son polo contre le T-shirt de Naomi Watts : \u00ab\u00a0Les &lsquo;I love you&rsquo; de Naomi, qu&rsquo;ils soient vrais ou faux je m&rsquo;en moque. Je les r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l&rsquo;envi.\u00a0\u00bb D\u00e9claration d&rsquo;amour \u00e0 la licorne rose : \u00ab\u00a0I love you\u00a0\u00bb. Nicolas Maury parle en chantant ou chante en parlant, un peu comme B\u00e9nabar, sauf que \u00e7a n&rsquo;a rien \u00e0 voir. \u00ab\u00a0Help me\u00a0\u00bb en mode hurlements. Nicolas Maury parle, chante, crie, danse, emplit la sc\u00e8ne de sa pr\u00e9sence magn\u00e9tique, joue avec le public. Il s&rsquo;\u00e9loigne, se ravise, revient \u00e0 l&rsquo;avant-sc\u00e8ne : \u00ab\u00a0Merci pour la musique du t\u00e9l\u00e9phone\u00a0\u00bb, dit-il, taquin, au spectateur dont la sonnerie de portable a retenti de fa\u00e7on intempestive pendant la chanson. \u00ab\u00a0Et maintenant, une chanson sur la fellation\u00a0\u00bb. On rit de l&rsquo;incongruit\u00e9 du discours dans ce d\u00e9cor enfantin rose et bleu. Nicolas Maury poursuit \u00e0 l&rsquo;adresse de la statue de la vierge \u00e0 l&rsquo;enfant, qui donne son nom au lieu : \u00ab\u00a0mademoiselle la vierge, est-ce que vous pouvez vous boucher les oreilles ?\u00a0\u00bb Il entame sa cannette de bi\u00e8re, que Julien Ribot terminera : \u00ab\u00a0Y aura-t-il de nouveaux amis, je te le demande Julien ?\u00a0\u00bb La derni\u00e8re chanson, \u00ab\u00a0C&rsquo;est \u00e7a\u00a0\u00bb, d\u00e9clenche un nuage de fum\u00e9e blanche qui envahit progressivement le plateau, engloutit Julien Ribot \u00e0 son piano, Nicolas Maury assis en bord de sc\u00e8ne, un petit clavier sur les genoux pour retraiter sa voix, jusqu&rsquo;au public qui finit par dispara\u00eetre aussi, comme dans un r\u00eave. Un concert simple et joyeux, o\u00f9 chacun retrouve l&rsquo;enfant qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 sans pour autant regretter l&rsquo;adulte qu&rsquo;il est devenu, o\u00f9 chacun est invit\u00e9 \u00e0 assumer ses ambivalences.<br \/>\nMais la vierge du jardin n&rsquo;a pas fini de devoir se boucher les oreilles puisque le second volet de ce Sujet \u00e0 vif consiste en une mise en sc\u00e8ne du manifeste f\u00e9ministe radical \u00ab\u00a0SCUM\u00a0\u00bb \u00e9crit par Val\u00e9rie Solanas \u00e0 New York en 1967. Pendant l&rsquo;installation du nouveau dispositif, un pupitre et un micro au milieu du plateau, on distribue aux spectateurs le texte de ce manifeste imprim\u00e9 en rose et bleu \u2013fil de couleur fortuit qui se tisse entre les deux volets du Sujet \u00e0 vif \u2013 \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;auteur qui le distribuait dans les rues de la Big Apple :<br \/>\nLa vie dans notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tant tout au mieux d&rsquo;un ennui sans nom et aucun aspect de cette soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;\u00e9tant adapt\u00e9 aux femmes, il ne reste plus \u00e0 celles qui sont responsables, aux intr\u00e9pides dot\u00e9es d&rsquo;une conscience citoyenne, qu&rsquo;\u00e0 renverser le gouvernement, \u00e9liminer le syst\u00e8me mon\u00e9taire, mettre en place l&rsquo;automatisation et d\u00e9truire le sexe masculin.<br \/>\nA la tribune, Sarah Chaumette se lance dans une tentative de d\u00e9finition : SCUM comme racaille, rebut, la lie, la crasse, comme \u00ab\u00a0Society for Cutting Up Men\u00a0\u00bb o\u00f9 le cut-up n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la technique de William Burroughs (dont Mirabelle Rousseau a d\u00e9j\u00e0 mis en sc\u00e8ne des textes). La com\u00e9dienne pr\u00e9sente ses excuses par avance : le manifeste a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 pour respecter la contrainte temporelle du sujet \u00e0 vif et ne pas exc\u00e9der 30 mn. \u00ab\u00a0Le m\u00e2le est un accident biologique : le g\u00e8ne Y (m\u00e2le) n&rsquo;est qu&rsquo;un g\u00e8ne X (femelle) incomplet\u00a0\u00bb. Et encore : \u00ab\u00a0Le m\u00e2le a fait du monde un gigantesque merdier\u00a0\u00bb. Deux hommes dans le public, cr\u00e2ne d\u00e9garni, commentent \u00e0 mi-voix chacune des phrases pol\u00e9miques, donnant dans une surench\u00e8re faussement d\u00e9tach\u00e9e :<br \/>\n\u00ab\u00a0Les SCUM, leur r\u00e8gne n&rsquo;est toujours pas arriv\u00e9.<br \/>\n<br \/>&nbsp;Certes, mais il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer.\u00a0\u00bb<br \/>\nUn spectateur \u00e0 cheveux blancs descend ostensiblement les gradins, s&rsquo;arr\u00eate au bord du plateau et lance \u00e0 la com\u00e9dienne : \u00ab\u00a0A poil !\u00a0\u00bb Elle, de r\u00e9torquer : \u00ab\u00a0Vous partez trop t\u00f4t\u2026\u00a0\u00bb Il part trop t\u00f4t en effet pour prendre la pleine mesure de l&rsquo;ambivalence qui, l\u00e0 aussi, comme dans le premier volet du Sujet \u00e0 vif, caract\u00e9rise le dispositif. Le spectacle donne \u00e0 r\u00e9entendre ce manifeste, selon une d\u00e9marche ch\u00e8re \u00e0 Mirabelle Rousseau qui a d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 des manifestes dont ceux de Gertrude Stein, Elfriede Jelinek, Christophe Tarkos ou encore Jean-Patrick Manchette. Son \u00ab\u00a0sextr\u00e9misme\u00a0\u00bb r\u00e9sonne avec force dans ce contexte d&rsquo;interventions r\u00e9currentes des FEMEN sur la sc\u00e8ne politique, tout en faisant l&rsquo;objet d&rsquo;une distanciation humoristique.<br \/>\n\u00ab\u00a0Maman veut le meilleur pour ses enfants\u00a0\u00bb : regard appuy\u00e9 en direction de la Vierge \u00e0 l&rsquo;enfant sous le patronage bienveillant de laquelle se d\u00e9roule le spectacle. \u00ab\u00a0Le sexe est le refuge des idiots\u00a0\u00bb. D\u00e9bandade du micro qui, jusque-l\u00e0 dress\u00e9 vers la bouche de la com\u00e9dienne, se met \u00e0 pendre tristement vers le sol. Sarah Chaumette d\u00e9cline alors l&rsquo;identit\u00e9 asexuelle des SCUM : \u00ab\u00a0il faut avoir beaucoup bais\u00e9, \u00e0 voile et \u00e0 vapeur, pour se lib\u00e9rer de la servitude du sexe, se lib\u00e9rer du respect du m\u00e2le et du qu&rsquo;en dira-t-on. D&rsquo;ailleurs, le conflit n&rsquo;est pas entre les m\u00e2les et les femelles, mais entre les SCUM et les fifilles \u00e0 papa.\u00a0\u00bb L&rsquo;oratrice s&rsquo;enflamme, monte debout sur le pupitre devenu pi\u00e9destal, ses longs cheveux blonds \u00e9lectris\u00e9s, droits sur sa t\u00eate, aur\u00e9olant son visage, le regard illumin\u00e9 tourn\u00e9 vers les vitraux de la chapelle \u00e0 cour. Ainsi la SCUM asexuelle se hisse \u00e0 la hauteur de la statue de la Vierge dont elle propose un contrepoint caricatural en nouvelle Folle de Chaillot. Le lieu fait ironiquement retour sur l&rsquo;origine \u00e9tymologique du terme \u00ab\u00a0manifeste\u00a0\u00bb qui, de d\u00e9claration publique, deviendrait presque manifestation de la volont\u00e9 divine. Mais pas plus que sa th\u00e9orie extr\u00eame, qui pr\u00e9conise de s&rsquo;opposer \u00ab\u00a0au syst\u00e8me dans son entier, de tuer, piller, foutre la merde jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le syst\u00e8me argent-travail n&rsquo;existe plus\u00a0\u00bb, la SCUM ne parvient \u00e0 convaincre qu&rsquo;elle tient debout. Le PAM (Personnel Auxiliaire M\u00e2le) qui a install\u00e9 le dispositif, y a plac\u00e9 la com\u00e9dienne et a donn\u00e9 le d\u00e9part du spectacle, en d\u00e9cr\u00e8te la fin, faisant irruption sur le plateau pour faire descendre la com\u00e9dienne de son estrade. Elle s&rsquo;ex\u00e9cute de bonne gr\u00e2ce apr\u00e8s avoir chant\u00e9 La Jeune fille et la mort de Schubert, \u00e9pilogue musical, dernier chant du cygne-utopie. Et revient saluer en compagnie de son fils, dont l&rsquo;int\u00e9rieur du bras droit est tatou\u00e9 des lettres SCUM.<br \/>\nAvec la complicit\u00e9 de Sarah Chaumette, qui sert remarquablement bien le projet, Mirabelle Rousseau r\u00e9ussit son pari : rendre hommage \u00e0 la forme du manifeste, au geste politique qu&rsquo;il implique, affirmer la n\u00e9cessit\u00e9 politique, artistique, de l&rsquo;utopie tout en la mettant \u00e0 distance. Ce n&rsquo;est pas au Festival d&rsquo;Avignon, n\u00e9 de l&rsquo;utopie vilarienne, lieu des utopies contemporaines (comme le clame le sous-titre du documentaire de Nicolas Klotz cr\u00e9\u00e9 pour cette 67e \u00e9dition, Le Vent souffle dans la cour d&rsquo;honneur) que l&rsquo;on viendra dire le contraire\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jardin de la vierge du lyc\u00e9e Saint-Joseph, Sujets \u00e0 vif. Du 19 au 25 juillet \u00e0 18h00, le programme D combine \u00ab\u00a0Son son\u00a0\u00bb, un concert de chansons compos\u00e9es et interpr\u00e9t\u00e9es par Nicolas Maury, accompagn\u00e9 au piano par Julien Ribot, et \u00ab\u00a0Scum rodeo\u00a0\u00bb, spectacle mis en sc\u00e8ne par Mirabelle Rousseau \u00e0 partir du manifeste r\u00e9dig\u00e9 par Val\u00e9rie Solanas en 1967 interpr\u00e9t\u00e9 ici par Sarah Chaumette. 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