


{"id":583,"date":"2013-07-25T18:12:00","date_gmt":"2013-07-25T16:12:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=583"},"modified":"2013-07-25T18:12:00","modified_gmt":"2013-07-25T16:12:00","slug":"decrisravage","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/decrisravage\/","title":{"rendered":"D\u00e9cris\/Ravage, du doute et du peut-\u00eatre"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Cette proposition s\u2019inscrit dans les 40\u00e8mes rencontres d\u2019\u00e9t\u00e9 de la Chartreuse comme les cr\u00e9ations \u00ab Regards \u00bb et \u00ab \u00c9tant donn\u00e9 \u00bb, des deux autres artistes S\u00e9verine Fontaine et C\u00e9cile Portier que nous avons pu voir pendant ce 67\u00e8me Festival d\u2019Avignon. (Cf les articles de Linda Sepp : \u00ab\u00a0Exposition humaine\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Collage Num\u00e9rique\u00a0\u00bb). \u00ab D\u00e9cris \/ Ravage \u00bb est un projet amorc\u00e9 par Adeline Rosenstein en 2009, autour du territoire de la Palestine et autour de l\u2019histoire de cette terre. La question de la Palestine est au c\u0153ur des pr\u00e9occupations d\u2019Adeline Rosenstein qui a collect\u00e9 depuis 4 ans des t\u00e9moignages d\u2019artistes occidentaux de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes qui ont v\u00e9cu, voyag\u00e9 en Isra\u00ebl ou en Palestine. La metteure en sc\u00e8ne et com\u00e9dienne avec l\u2019aide de L\u00e9a Drouet et C\u00e9line Ohrel s\u2019appuie aussi sur des extraits de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre historique \u00e9crites en arabe et traitant des \u00e9v\u00e9nements de cette r\u00e9gion. C\u2019est pour Adeline Rosenstein : \u00ab le meilleur moyen de faire place \u00e0 une perspective non-europ\u00e9aniste du conflit \u00bb. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 en r\u00e9sidence \u00e0 la Chartreuse en mars et avril 2012, Adeline Rosenstein propose ce projet qui se situe dans la veine du th\u00e9\u00e2tre documentaire. \u00ab D\u00e9cris \/ Ravage \u00bb est un premier volet compos\u00e9 de trois \u00e9pisodes sur treize qui retrace l\u2019histoire de la Palestine des guerres napol\u00e9oniennes au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle. Les t\u00e9moignages comme les \u00e9crits viennent ponctuer la trame historique et donne des ressentis partiels d\u2019horizons divers de la naissance de l\u2019\u00e9tat d\u2019Isra\u00ebl en 1948 \u00e0 la premi\u00e8re intifada en 1987.<\/strong> <\/em><br \/>\nPour arriver dans la salle des 25 toises, nous traversons trois espaces, trois \u00ab tunnels \u00bb. Une travers\u00e9e o\u00f9 le sol en bois fait place au sable puis aux pav\u00e9s. Dans cet espace interm\u00e9diaire form\u00e9 de parterres diff\u00e9rents, l\u2019\u00e9cho de nos paroles r\u00e9sonne. Diff\u00e9rents espaces qui n\u2019en forment qu\u2019un comme d\u00e9j\u00e0 la question des territoires pr\u00e9sentes dans notre marche vers l\u2019espace de repr\u00e9sentation.  L\u2019accueil dans la salle est pris en charge par l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation qui, au vu du nombre limit\u00e9 de spectateurs, a install\u00e9 des chaises au premier rang. Elles (Adeline Rosenstein, L\u00e9a Drouet, C\u00e9line Ohrel, Julia Strutz) nous invitent \u00e0 les utiliser, assurant ainsi notre confort pour cette repr\u00e9sentation particuli\u00e8re et privil\u00e9gi\u00e9e. L\u2019espace sc\u00e9nographique est install\u00e9 pendant notre arriv\u00e9e. Il y a sur sc\u00e8ne des chaises en plastique sombre, des chaises de salle des f\u00eates, les m\u00eames que celles sur lesquelles nous sommes assis. Des portes \u00ab blanc cass\u00e9 \u00bb sont positionn\u00e9es verticalement contre le mur du fond. La lumi\u00e8re est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<br \/>\nAdeline est la conf\u00e9renci\u00e8re et nous interpelle derri\u00e8re son pupitre dirigeant ainsi la repr\u00e9sentation. Elle commence en guise de prologue par deux histoires tir\u00e9es des interviews qu\u2019elle a faites. L\u2019histoire d\u2019un caneton mourant et orphelin trouv\u00e9 par des adolescents en voyage scolaire en Isra\u00ebl et ramen\u00e9 dans l\u2019avion et l\u2019histoire d\u2019une plasticienne qui s\u2019enferme dans des poubelles isra\u00e9liennes pour d\u00e9noncer la mani\u00e8re dont les territoires palestiniens servent de d\u00e9potoirs et de d\u00e9charges aux d\u00e9tritus d\u2019Isra\u00ebl. Apr\u00e8s ces prologues o\u00f9 la mise en place du discours peut orienter le parti pris de l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation sur cette question de la Palestine, Adeline commence l\u2019\u00e9pisode 1. Elle commence par narrer les guerres napol\u00e9oniennes en \u00c9gypte et au Proche-Orient. La complexit\u00e9 pour l\u2019empire fran\u00e7ais de comprendre les multiples gouvernances locales. Elle fait un parall\u00e8le entre la volont\u00e9 de la Napol\u00e9on d\u2019organiser sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais les territoires annex\u00e9s et l\u2019empire ottoman qui s\u2019\u00e9tendais jusqu\u2019en Jud\u00e9e et qui avait r\u00e9ussi cette expansion en conservant les us et coutumes locaux. Cette inscription dans l\u2019histoire de la question de la Palestine met \u00e0 distance. Mais cette mise \u00e0 distance est renforc\u00e9e par L\u00e9a Drouet et C\u00e9line Ohrel qui analysent le rapport complexe qu\u2019on peut entretenir \u00e0 l\u2019histoire et aux t\u00e9moignages.<br \/>\nSur un mod\u00e8le didactique, elles nous expliquent le complexe cheminement du t\u00e9moignage \u00e0 l\u2019analyse historique d\u2019une situation. Un \u00e9v\u00e9nement historique advient, on recueille les t\u00e9moignages de personnes ayant v\u00e9cu cet \u00e9v\u00e9nement. Un jugement subjectif s\u2019affirme. Ensuite quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, il y a un retour sur cet \u00e9v\u00e9nement, un feed-back, pour le comprendre, pour l\u2019analyser au regard des diff\u00e9rents t\u00e9moignages de l\u2019\u00e9poque et au regard de la situation dans laquelle s\u2019inscrit ce feed-back. Ensuite, un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e8nement, des archives sont disponibles. L\u2019analyse critique de cet \u00e9v\u00e9nement commence. Mais cette analyse est toujours inscrite dans une \u00e9poque et dans un contexte.<br \/>\nS\u2019ajoute \u00e0 cette mise \u00e0 distance, le recul affirm\u00e9 autour des notions et des mots. Les mots dans leur utilisation se modifient au cours du temps et nous sommes donc en pr\u00e9sence  d\u2019une tentative d\u2019analyse critique d\u2019un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 partir de mots qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019avait pas tout \u00e0 fait la m\u00eame port\u00e9e ou la m\u00eame d\u00e9finition \u00ab inconsciente \u00bb. Mais pour autant, \u00e7a n\u2019emp\u00eache pas le projet \u00ab D\u00e9cris\/Ravage \u00bb de continuer \u00e0 se d\u00e9ployer. En effet, la mise en garde sur les difficult\u00e9s de parler, d\u2019analyser, d\u2019\u00eatre objectif autour d\u2019un \u00e9v\u00e9nement n\u2019exclut pas la n\u00e9cessit\u00e9 de le faire. La parole, c\u2019est encore m\u00eame si elle est incompl\u00e8te de nature, la plus efficace tentative de lien, de dialogue. Le langage devient, dans la mesure o\u00f9 il est appr\u00e9hender comme un espace incomplet et un espace d\u2019incertitude, le possible espace des conflits pacifistes.<br \/>\nOn se rappellera cette phrase \u00e0 la fin du film \u00ab Rois et Reine \u00bb de Desplechin : \u00ab Il faut toujours pr\u00e9voir que \u00e9videmment on a raison mais que c\u2019est toujours possible qu\u2019on est un peu tord en plus, sans s\u2019en rendre compte. Avoir un peu tord, c\u2019est une tr\u00e8s bonne nouvelle, \u00e7a veut dire qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 pas toute la solution (\u2026) \u00bb.<br \/>\nCe recul port\u00e9 sur le langage et ses trous est aussi une fa\u00e7on d\u2019entretenir une distance sur le processus de construction et de cr\u00e9ation de \u00ab D\u00e9cris\/Ravage \u00bb. Cette distance est renforc\u00e9e par l\u2019absence d\u2019image. Aucune iconographie qui viendrait se soustraire \u00e0 la parole, qui illustrerait un propos l\u2019enfermant du m\u00eame coup. Seuls des mouchoirs en papier humides, jet\u00e9s en boules contre les portes servent d\u2019appui de jeu pour expliquer une date, une carte ou un \u00e9v\u00e9nement dans cette histoire tourment\u00e9e et complexe de la Jud\u00e9e. Adeline Rosenstein d\u00e9finit sa place comme une mod\u00e9ratrice. Elle imagine \u00ab D\u00e9cris\/Ravage \u00bb, comme : \u00ab une histoire sobre de la Palestine\/ Isra\u00ebl\/Terre Sainte, \u00e0 l\u2019usage de mes amis de la profession qui ont d\u00e9sert\u00e9 ce sujet sans trop savoir pourquoi. \u00c0 chaque \u00e9pisode, je fais alterner t\u00e9moignages occidentaux, r\u00e9cits d\u2019historiens, citations de dramaturges arabes et j\u2019assure la mod\u00e9ration. C\u2019est l\u00e0 tout l\u2019enjeu pour moi et c\u2019est nouveau : la mod\u00e9ration. \u00bb<br \/>\nDans \u00ab D\u00e9cris \/ Ravage \u00bb, l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation met en place un espace o\u00f9 coexistent une prise de parole et une r\u00e9flexion sur cette prise de parole. Un retour sur soi et sur ses convictions qui fait place \u00e0 l\u2019intelligence de l\u2019incertitude, du doute et du peut-\u00eatre.<br \/>\nhttps:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/site\/index.php?p=article&#038;id=362<br \/>\nhttps:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/site\/index.php?p=article&#038;id=363<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette proposition s\u2019inscrit dans les 40\u00e8mes rencontres d\u2019\u00e9t\u00e9 de la Chartreuse comme les cr\u00e9ations \u00ab Regards \u00bb et \u00ab \u00c9tant donn\u00e9 \u00bb, des deux autres artistes S\u00e9verine Fontaine et C\u00e9cile Portier que nous avons pu voir pendant ce 67\u00e8me Festival d\u2019Avignon. 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