


{"id":584,"date":"2013-07-25T18:13:00","date_gmt":"2013-07-25T16:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=584"},"modified":"2013-07-25T18:13:00","modified_gmt":"2013-07-25T16:13:00","slug":"decris-ravage","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/decris-ravage\/","title":{"rendered":"D\u00e9cris \/ Ravage, l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;une t\u00e2che impossible"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Adeline Rosenstein pr\u00e9sente dans le cadre des rencontres d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la Chartreuse une \u00ab s\u00e9rie documentaire th\u00e9\u00e2trale \u00bb intitul\u00e9e D\u00e9cris \/ ravage, consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire de la Question de Palestine. <\/em><br \/>\n<\/strong><br \/>\nCe 24 juillet, seuls six spectateurs ont fait le d\u00e9placement vers la petite cave Rivoire de la Chartreuse, \u00e0 Villeneuve-l\u00e8s-Avignon. Les actrices installent des chaises en bord de sc\u00e8ne, afin de transformer cette d\u00e9sertion en petit comit\u00e9, afin que nous soyons au plus pr\u00e8s d&rsquo;elles. La situation est singuli\u00e8re. Nous, spectateurs, sommes assis sur des chaises du type de celles qui remplissent les salles polyvalentes, au bord du plateau \u00e0 la face, et les actrices, assises sur des chaises identiques, bordent le plateau \u00e0 cour.<br \/>\nLe spectacle commence par un double prologue d&rsquo;Adeline Rosenstein qui nous pr\u00e9sente des \u00ab amis imaginaires \u00bb. La premi\u00e8re impression prend la forme d&rsquo;un \u00ab A\u00efe a\u00efe a\u00efe&#8230; Cela serait fort impoli de se lever et de partir dans une si petite salle. \u00bb Il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 \u00e9couter, avec circonspection, l&rsquo;histoire de ces deux amis imaginaires, un petit canard malade et une vid\u00e9aste nomm\u00e9e Brigitte. Petit \u00e0 petit, contre toute attente, la pr\u00e9sence, l&rsquo;\u00e9nergie et l&rsquo;\u00e9nonciation de l&rsquo;actrice s\u00e9duisent la petite assistance. Nous sommes pr\u00eats \u00e0 rentrer dans son jeu. Car c&rsquo;est bien son jeu, son spectacle, son propos qu&rsquo;elle pr\u00e9sente aujourd&rsquo;hui, cela se remarque tr\u00e8s bien. Derri\u00e8re un pupitre noir qu&rsquo;elle d\u00e9place, seul \u00e9l\u00e9ment sc\u00e9nique pour l&rsquo;instant, elle joue le r\u00f4le de chef d&rsquo;orchestre. Dans les entretiens, elle dit se voir plut\u00f4t mod\u00e9ratrice. C&rsquo;est une question de mot.<br \/>\nDebout \u00e0 son pupitre, suivant la trame du texte qu&rsquo;elle a sous les yeux, elle s\u2019adresse directement aux spectateurs et leur explique son intention de raconter l&rsquo;histoire de la Question de la Palestine. Un acteur, assis dans la salle, rejoint rapidement la sc\u00e8ne (feignant dans un premier temps de sortir avant la fin) et s&rsquo;assoit aux c\u00f4t\u00e9s de trois actrices, qui font office d&rsquo;assistantes : tant\u00f4t elles illustrent les propos d&rsquo;Adeline Rosenstein par des gestes, tant\u00f4t elles prennent en charge l&rsquo;explication d&rsquo;un mot ou d&rsquo;une id\u00e9e, comme par exemple \u00ab l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement \u00bb, ou de la notion de \u00ab nation \u00bb. Ces explications accompagn\u00e9es de gestes na\u00effs sont plut\u00f4t ludiques et donnent au tout une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui vient contrebalancer le propos. Elles permettent \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de ne pas d\u00e9raper vers un th\u00e9\u00e2tre qui voudrait \u00e0 tout prix imposer un point de vue sur une question historique.<br \/>\nLe probl\u00e8me est bien l\u00e0 : la question du point de vue. Adeline Rosenstein souhaiterait porter un regard lib\u00e9r\u00e9 de toute perspective europ\u00e9enne, contemporaine ou d&rsquo;autre nature. Une qu\u00eate ardue, voire impossible : comment pourrait-on, depuis un cerveau humain, atteindre la pure objectivit\u00e9 ? Les actrices elles-m\u00eames le disent : comment raconter l&rsquo;histoire de la M\u00e9diterran\u00e9e orientale sans oublier les Turkm\u00e8nes, en consid\u00e9rant que les paysans grecs du XIX\u00e8 si\u00e8cle ne se savaient pas grecs, en conservant le point de vue de chacun \u00e0 chaque \u00e9poque, sans y plaquer la perspective de \u00ab notre histoire \u00bb, institutionnalis\u00e9e et reconnue comme vraie ? Ainsi, assez rapidement dans le spectacle, on comprend que l&rsquo;\u00e9quipe s&rsquo;attelle \u00e0 une t\u00e2che qu&rsquo;on sait d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 impossible. Mais apr\u00e8s tout, cela n&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;essayer.<br \/>\nC&rsquo;est ce que les acteurs vont faire dans les deux heures suivantes. Les diff\u00e9rents points de vue s&rsquo;ajoutent \u00e0 la ribambelle de dates, \u00e0 la confusion des \u00e9v\u00e9nements et des lieux. On commence avec Bonaparte en 1798, pour finir \u00e0 la veille de la premi\u00e8re guerre mondiale. Mais si je suis capable de cette affirmation, c&rsquo;est surtout gr\u00e2ce \u00e0 la feuille de salle, car pendant le spectacle, nous avons fait des crochets en 1948, 1970, et d&rsquo;autres p\u00e9riodes encore.<br \/>\nTout au long du spectacle, je regrette la pr\u00e9sence de proches qui, bien au courant de cette histoire-l\u00e0, auraient eu un regard d\u00e9barrass\u00e9 du brouillard dans lequel je me trouve. Leur pr\u00e9sence m&rsquo;aurait aiguill\u00e9e. Je regrette par avance des conversations de sortie du spectacle qui n&rsquo;auront pas lieu.<br \/>\nCar cette pi\u00e8ce est loin d&rsquo;\u00eatre didactique : la multiplicit\u00e9 des informations et leur aspect parfois parcellaire obligent \u00e0 s&rsquo;agripper \u00e0 des instants singuliers et \u00e0 l\u00e2cher prise sur d&rsquo;autres. Sans cela, impossible de suivre. Ainsi, je me focalise sur la performance, sur les instants les plus efficaces. C&rsquo;est au moment o\u00f9 les actrices jouent des situations ou \u00e9voquent des petits d\u00e9tails que l&rsquo;attention est \u00e0 son point le plus \u00e9lev\u00e9. Une sensation qui renvoie aux souvenirs de salle de classe, lorsque soudain une anecdote attire l&rsquo;oreille et captive.<br \/>\nL&rsquo;apparente confusion permet \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;\u00e9chapper aux travers d&rsquo;un spectacle militant qui fabriquerait sur sc\u00e8ne un point de vue livr\u00e9 de fa\u00e7on didactique. Car certains moments racont\u00e9s de fa\u00e7on claire fr\u00f4lent une prise de position qui, si elle \u00e9tait clairement affirm\u00e9e, m\u00e8nerait le spectacle sur un terrain tout autre, celui du d\u00e9bat politico-historique.<br \/>\nAdeline Rosenstein a pris le parti de raconter cette histoire sans utiliser aucune image. Le \u00ab power-point \u00bb qu&rsquo;elle \u00e9labore consiste \u00e0 projeter (litt\u00e9ralement) des petites boules de sopalin mouill\u00e9 contre une plaque de bois blanche qui fait office d&rsquo;\u00e9cran. Une trouvaille qui fonctionne \u00e0 merveille : ces petits projectiles plut\u00f4t d\u00e9goutants, qui rappellent \u2013 encore une fois &#8211; les plafonds des r\u00e9fectoires de coll\u00e8ge, s&rsquo;av\u00e8rent aussi \u00ab parlants \u00bb que des photographies, des cartes, ou n&rsquo;importe quel autre document historique. Cette proposition est une belle tentative pour r\u00e9soudre, \u00e0 une certaine \u00e9chelle, la probl\u00e9matique du point de vue. Une photographie n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la trace d&rsquo;une subjectivit\u00e9. Ici les boules de papier tremp\u00e9 laissent au spectateur un espace libre pour s&rsquo;imaginer de fa\u00e7on autonome ce que racontent les acteurs.<br \/>\nA aucun moment, la densit\u00e9 du propos et des informations donn\u00e9es ne provoque l&rsquo;ennui, et pendant ces deux heures, l&rsquo;envie de regarder discr\u00e8tement l&rsquo;horloge ne s&rsquo;est pas fait sentir. Les quatre actrices, accompagn\u00e9es par Erbatur, annonc\u00e9 comme urbaniste et rockstar turc (les mots \u00ab rock n&rsquo;roll \u00bb tatou\u00e9s sur son bras l&rsquo;attestent) sont si proches du public que la relation sc\u00e8ne \/salle est diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle est \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e. Cela n&#8217;emp\u00eache pas un spectateur puis un autre de quitter la salle avant la fin, laissant \u00e0 ceux qui restent la responsabilit\u00e9 accrue de suivre le spectacle et de soutenir les acteurs jusqu\u2019\u00e0 la fin. Ce qu&rsquo;on fera sans peine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Adeline Rosenstein pr\u00e9sente dans le cadre des rencontres d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la Chartreuse une \u00ab s\u00e9rie documentaire th\u00e9\u00e2trale \u00bb intitul\u00e9e D\u00e9cris \/ ravage, consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire de la Question de Palestine. Ce 24 juillet, seuls six spectateurs ont fait le d\u00e9placement vers la petite cave Rivoire de la Chartreuse, \u00e0 Villeneuve-l\u00e8s-Avignon. Les actrices installent des chaises en bord de sc\u00e8ne, afin de transformer cette d\u00e9sertion en petit comit\u00e9, afin que nous soyons au plus pr\u00e8s d&rsquo;elles. La situation est singuli\u00e8re. 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