


{"id":585,"date":"2013-07-24T18:15:00","date_gmt":"2013-07-24T16:15:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=585"},"modified":"2013-07-24T18:15:00","modified_gmt":"2013-07-24T16:15:00","slug":"et-si-je-les-tuais-tous-madame","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/et-si-je-les-tuais-tous-madame\/","title":{"rendered":"Et si je les tuais tous Madame ?"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>23 juillet 2013, 15h00, Chapelle des P\u00e9nitents Blancs : premi\u00e8re repr\u00e9sentation de Et si je les tuais tous Madame ?, pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre musical \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Aristide Tarnagda. Artiste burkinais, invit\u00e9 en r\u00e9sidence \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole du Th\u00e9\u00e2tre National de Bretagne par Stanislas Nordey en 2007, Aristide Tarnagda fait fonction de trait d&rsquo;union entre les deux artistes associ\u00e9s \u00e0 cette 67e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon.<\/strong> <\/em><br \/>\nUn homme \u00e0 un feu rouge, un com\u00e9dien au bord du plateau, un seul pr\u00e9nom : Lamine. Le personnage prend en otage une femme anonyme au volant de sa voiture pour lui raconter son histoire ; le com\u00e9dien, lui, raconte \u00e0 l&rsquo;oreille du spectateur cette histoire qui pourrait \u00eatre la sienne, ou celle de n&rsquo;importe qui au Burkina Faso, voire au-del\u00e0. Une minute de temps dramatique, la dur\u00e9e de vie moyenne d&rsquo;un feu rouge, correspond \u00e0 une heure de repr\u00e9sentation. Le feu de signalisation imaginaire mat\u00e9rialise la fronti\u00e8re t\u00e9nue entre la sc\u00e8ne et la salle, sa long\u00e9vit\u00e9 r\u00e9duite est m\u00e9taphore du caract\u00e8re l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re de l&rsquo;illusion th\u00e9\u00e2trale. Le feu structure, encode et contractualise la situation d&rsquo;\u00e9nonciation : il contraint les gens \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater, \u00e0 faire une pause dans leur course effr\u00e9n\u00e9e ; il les met en situation d&rsquo;\u00e9coute et de partage. Lamine ouvre une parenth\u00e8se pour confronter les fant\u00f4mes qui hantent sa vie, invitant du m\u00eame coup les spectateurs dans la salle \u00e0 confronter les leurs. Lamine a quelque chose de Richard III, visit\u00e9 par les spectres sur le champ de bataille, ou bien d&rsquo;Hamlet, comme lui habit\u00e9 par le fant\u00f4me de son p\u00e8re, dont la c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9plique est d&rsquo;ailleurs convoqu\u00e9e : \u00ab\u00a0Etre ou ne pas \u00eatre\u2026\u00a0\u00bb Le lieu convient bien \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;intime, \u00e0 ce long monologue polyphonique que les trois musiciens dynamisent. A travers cette femme anonyme, Lamine s&rsquo;adresse \u00e0 sa m\u00e8re, puis \u00e0 travers elle, au p\u00e8re absent, qu&rsquo;il finit par incarner \u00e0 son tour, et enfin \u00e0 son ami Robert. Les accents tragiques du texte, qui souligne que ce qui doit \u00eatre \u2013 une cellule familiale \u00e9quilibr\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 en bonne sant\u00e9 \u2013 ne peut pas \u00eatre, r\u00e9sonnent avec une force particuli\u00e8re \u00e0 travers les voix et les instruments des trois interpr\u00e8tes qui accompagnent Lamine Diarra. L&rsquo;on regrettera peut-\u00eatre que l&rsquo;histoire de Lamine reste la plupart du temps anecdotique et que l&rsquo;arri\u00e8re-plan de l&rsquo;Histoire soit \u00e9voqu\u00e9 de mani\u00e8re dichotomique et lapidaire, contrastant le discours politique qui brandit les mots cl\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e9mergence\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0croissance positive\u00a0\u00bb, et la r\u00e9alit\u00e9 de terrain fond\u00e9e sur le manque d&rsquo;eau et l&rsquo;absence de m\u00e9dicaments pour soigner le palud. La musique, alors, se fait r\u00e9p\u00e9titive et le spectacle s&rsquo;enraye. Toutefois, le quatuor sugg\u00e8re lui-m\u00eame un d\u00e9passement de la dialectique \u00e0 travers la figure de l&rsquo;artiste : m\u00eame si \u00ab\u00a0les artistes sont dans la boue\u00a0\u00bb, ils sont \u00ab\u00a0cens\u00e9s transformer les choses\u00a0\u00bb. C&rsquo;est donc un credo \u00e0 la gloire de l&rsquo;artiste qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans la chapelle des P\u00e9nitents blancs, dict\u00e9 par l&rsquo;urgence. La vitalit\u00e9 de ce quatuor physiquement engag\u00e9 dans le texte l&#8217;emporte sur le tragique, une bouteille de bi\u00e8re vole en \u00e9clats contre le mur lointain, tel un cri de rage, laissant le spectacle en suspens : \u00ab\u00a0Je me demandais, madame : &lsquo;Et si\u2026?&rsquo; \u00ab\u00a0. Le feu passe au vert. Fin du monologue de Lamine avec la dame au volant. S&rsquo;ouvre un espace de dialogue avec le public.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>23 juillet 2013, 15h00, Chapelle des P\u00e9nitents Blancs : premi\u00e8re repr\u00e9sentation de Et si je les tuais tous Madame ?, pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre musical \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Aristide Tarnagda. Artiste burkinais, invit\u00e9 en r\u00e9sidence \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole du Th\u00e9\u00e2tre National de Bretagne par Stanislas Nordey en 2007, Aristide Tarnagda fait fonction de trait d&rsquo;union entre les deux artistes associ\u00e9s \u00e0 cette 67e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon. 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