


{"id":586,"date":"2013-07-24T18:16:00","date_gmt":"2013-07-24T16:16:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=586"},"modified":"2013-07-24T18:16:00","modified_gmt":"2013-07-24T16:16:00","slug":"peut-etre-sans-doute-surement","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/peut-etre-sans-doute-surement\/","title":{"rendered":"Peut-\u00eatre, Sans doute, s\u00fbrement ?"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Sans doute, Jean-Paul Delore, clo\u00eetre des Carmes, 22 juillet 2013 : le titre s&rsquo;av\u00e8re trompeur pour d\u00e9signer ce concert de musique exp\u00e9rimentale o\u00f9 les formes les plus diverses s&rsquo;inventent et se c\u00f4toient, r\u00e9sistant \u00e0 toute tentative de cat\u00e9gorisation. Le spectacle s&rsquo;inscrit dans un vaste projet du collectif LZD-L\u00e9zard Dramatique cr\u00e9\u00e9 par Jean-Paul Delore en 1978, Carnets Sud \/ Nord, con\u00e7u comme un laboratoire de cr\u00e9ation itin\u00e9rant qui puise son inspiration alternativement \u00e0 Kinshasa et Brazzaville aux deux Congo, \u00e0 Maputo au Mozambique et Johannesburg en Afrique du Sud, \u00e0 Rio de Janeiro au Br\u00e9sil, en France et au Japon. Il met en sc\u00e8ne Dieudonn\u00e9 Niangouna, l&rsquo;un des deux artistes associ\u00e9s de l&rsquo;\u00e9dition 2013 du Festival, ici r\u00e9citant et danseur.<\/strong> <\/em><br \/>\nLes volets pr\u00e9c\u00e9dents de ce projet pluriel incluent Affaires \u00e9trang\u00e8res, Ilda, Nicole, Songi Songi, Kukuga Syst\u00e8me m\u00e9lancolique, Un grand silence prochain, Langues et lueurs et Ster City. Sans doute fait encore \u00e9cho \u00e0 Peut-\u00eatre, comme pour affirmer le chemin parcouru depuis le d\u00e9but des Carnets, il y a plus de dix ans, en 2002, et la raison d&rsquo;\u00eatre des rencontres artistiques qui le jalonnent. \u00ab\u00a0Voyage sonore\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0oratorio hard barock\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0po\u00e8me parl\u00e9-chant\u00e9\u00a0\u00bb : autant de tentatives pour d\u00e9finir ce spectacle hybride qui m\u00eale verbe et musique, voix, langues, bruitages, ambiances et notes, folklore, jazz, rock, rap, \u00e9lectro-acoustique\u2026 Les artistes ont cette capacit\u00e9 \u00e0 faire retour sur le spectacle qu&rsquo;ils sont en train d&rsquo;interpr\u00e9ter, \u00e0 le mettre en questions spontan\u00e9ment, comme y invite la forme inachev\u00e9e du carnet : \u00ab\u00a0C&rsquo;est quel genre ? \/ Un peu tous les genres\u00a0\u00bb. L&rsquo;orchestre (batterie, clavier, saxophone, harmonica, guitare \u00e9lectrique et basse) voisine avec une table de mixage et une console pour traiter le son par ordinateur. Le spectacle est une invitation au voyage, \u00e0 l&rsquo;image de cette 67e \u00e9dition du Festival : une rampe lumineuse borde l&rsquo;avant-sc\u00e8ne, dessinant une piste d&rsquo;atterrissage sur laquelle viennent se poser les douze interpr\u00e8tes ; on entend la voix suave d&rsquo;une h\u00f4tesse de l&rsquo;air m\u00eal\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation des douaniers gabonais. Au cours du concert, un r\u00e9citant rappelle : \u00ab\u00a0Il y a des voyages sans d\u00e9part\u00a0\u00bb.<br \/>\nErig\u00e9 en tour de Babel, le clo\u00eetre des Carmes r\u00e9sonne d&rsquo;un oratorio nouveau genre qui couvre le chant persistant des cigales. Seul un chien hurle \u00e0 la mort, profitant d&rsquo;un temps de silence entre deux morceaux. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait maintenant ?\u00a0\u00bb : paroles de la chanson ? question \u00e0 la cantonade ? Un spectateur fac\u00e9tieux r\u00e9pond : \u00ab\u00a0On s&rsquo;en va !\u00a0\u00bb. Les textes psalmodi\u00e9s de Mia Couto, Jean-Paul Delore, Eug\u00e8ne Durif, Sony Labou Tansi, Dieudonn\u00e9 Niangouna et Nicholas Welch laissent pour le moins songeur, lorsqu&rsquo;ils sont en fran\u00e7ais : le refrain \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on nous pique, nous ?\u00a0\u00bb qui joue des allit\u00e9rations et du rythme des monosyllabes, ou encore ces bribes saisies \u00e0 la vol\u00e9e : \u00ab\u00a0les canards, les haricots et la radio\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Angelica n&rsquo;aime pas l&rsquo;eau de mer, ses pieds non plus\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0je chie sur le patrimoine de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Hector aime les vagins gras et les caresses grasses\u00a0\u00bb. En fin de compte, la magie op\u00e8re lorsque la voix se cantonne au para-verbal, se fait instrument, cri guttural, feulement ou vocalise, lorsque les langues se superposent et se heurtent, r\u00e9duites \u00e0 une \u00e9paisseur de sons.<br \/>\nCe qui ne fait pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute, en revanche, c&rsquo;est l&rsquo;enthousiasme et l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9bordante des douze artistes qui, s&rsquo;ils ont tous d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre page des Carnets, se trouvent r\u00e9unis pour la premi\u00e8re fois par Jean-Paul Delore et trouvent manifestement du plaisir \u00e0 mettre leur technique au service d&rsquo;une improvisation collective. Niangouna, en robe longue de satin ivoire, vient danser dans les gradins au milieu du public. On aimerait entendre davantage la chanteuse br\u00e9silienne en portugais\u2026<br \/>\nUn moment musical festif, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, mais les vell\u00e9it\u00e9s \u00e0 mouvoir les fronti\u00e8res et \u00e0 interroger les cat\u00e9gories s&rsquo;\u00e9vanouissent sit\u00f4t franchie la porte du clo\u00eetre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans doute, Jean-Paul Delore, clo\u00eetre des Carmes, 22 juillet 2013 : le titre s&rsquo;av\u00e8re trompeur pour d\u00e9signer ce concert de musique exp\u00e9rimentale o\u00f9 les formes les plus diverses s&rsquo;inventent et se c\u00f4toient, r\u00e9sistant \u00e0 toute tentative de cat\u00e9gorisation. 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