


{"id":587,"date":"2013-07-24T18:17:00","date_gmt":"2013-07-24T16:17:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=587"},"modified":"2013-07-24T18:17:00","modified_gmt":"2013-07-24T16:17:00","slug":"retour-vers-le-futur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/retour-vers-le-futur\/","title":{"rendered":"Retour vers le futur"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Interroger le pr\u00e9sent depuis l\u2019avenir : tel est le pari audacieux que fait Sandra Ich\u00e9 pour sonder la trajectoire du Liban, un pays \u00e9prouv\u00e9 par 15 ann\u00e9es de guerre civile (1975-1990) et marqu\u00e9 par une p\u00e9riode de reconstruction difficile ; un pays devenu, pour elle, un sujet d\u2019int\u00e9r\u00eat et de recherche persistant. L\u2019ancienne \u00e9tudiante d\u2019histoire devenue danseuse puis artiste prot\u00e9iforme signe avec \u00ab Wagons Libres \u00bb une proposition humble et exp\u00e9rimentale, simple et complexe \u00e0 la fois.<\/strong> <\/em><br \/>\nEn 2000, alors que son directeur de recherche lui conseille d\u2019\u00e9tayer ses travaux sur le Liban par l\u2019\u00e9tude d\u2019un m\u00e9dia francophone, Sandra Ich\u00e9 d\u00e9couvre l\u2019existence de L\u2019Orient-Express, un magazine beyrouthin fond\u00e9 dans les ann\u00e9es 90 par un d\u00e9nomm\u00e9 Samir Kassir. Cinq ans plus tard, l\u2019assassinat de cet homme, dont elle \u00e9tait devenue proche, r\u00e9veille chez la jeune femme le d\u00e9sir de comprendre et de r\u00e9interroger le contexte politique instable du pays. C\u2019est le d\u00e9part d\u2019une nouvelle enqu\u00eate : le d\u00e9clencheur de plusieurs retours \u00e0 Beyrouth, notamment pour s\u2019entretenir avec les anciens collaborateurs de l\u2019intellectuel militant.<br \/>\nDe cette trame qui ne fait que reprendre son parcours personnel, Sandra Ich\u00e9 brouille les pistes en refusant toute restitution naturaliste. L\u2019un de ses choix dramaturgiques majeurs consiste en effet \u00e0 situer le moment de l\u2019\u00e9nonciation des r\u00e9cits, le sien et celui des autres, en 2030. De l\u00e0, de l\u00e0-bas, elle collecte \u00ab les archives du futur \u00bb. Ainsi, les 22 interview\u00e9s port\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran pendant le spectacle (aucun d\u2019eux n\u2019avait d\u2019ailleurs pressenti les r\u00e9volutions arabes) apportent des \u00ab t\u00e9moignages prospectifs \u00bb visant \u00e0 d\u00e9coller du constat d\u2019impuissance tangible qui ankylose les m\u00e9moires. Les visions expos\u00e9es englobent, non sans humour, les probl\u00e9matiques touristiques, \u00e9conomiques ainsi que les relations g\u00e9opolitiques avec la Palestine, Isra\u00ebl, la Syrie ou encore la Chine. La r\u00eaverie ira m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 imaginer le Liban comme une nation footballistique de premier plan.<br \/>\nPar nature, l\u2019enqu\u00eate est un mode d\u2019approche fragmentaire et la jeune femme s\u2019affirme au plateau dans ce geste qui consiste \u00e0 r\u00e9colter et confronter les mat\u00e9riaux. Seule en sc\u00e8ne dans un dispositif minimaliste, Sandra Ich\u00e9 accompagne les r\u00e9cits par un univers plastique toujours en mouvement. A l\u2019aide d\u2019un r\u00e9troprojecteur, elle fait dialoguer avec les interviews, des diapositives, photos, peintures et autres plans de ville qu\u2019elle recadre et d\u00e9sagr\u00e8ge en permanence. Les extraits vid\u00e9o eux-m\u00eames sont envahis par des d\u00e9cors anim\u00e9s non-r\u00e9alistes qui enserrent les personnages.<br \/>\nDans le gymnase du Lyc\u00e9e Mistral, en ce 67e festival d\u2019Avignon, on assiste \u00e0 une cr\u00e9ation qui cherche, exp\u00e9rimente, invente une forme originale de restitution de l\u2019Histoire, une forme dont il est impossible de percevoir tous les enjeux ni toutes les subtilit\u00e9s mais qui se donne avec habilet\u00e9. On se r\u00e9jouit du rapport humble et accessible qu\u2019entretient la com\u00e9dienne avec la sc\u00e8ne et le public et qui la place du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un travail de pr\u00e9sentation plus que de repr\u00e9sentation. Son grain de malice nous tient en haleine. D\u00e8s le prologue, o\u00f9 elle raconte l\u2019histoire du Caf\u00e9 Rawda, son \u00e9locution interpelle et ses silences prolong\u00e9s en pleine phrase, de l\u2019ordre de la syncope, agissent comme des aimants.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interroger le pr\u00e9sent depuis l\u2019avenir : tel est le pari audacieux que fait Sandra Ich\u00e9 pour sonder la trajectoire du Liban, un pays \u00e9prouv\u00e9 par 15 ann\u00e9es de guerre civile (1975-1990) et marqu\u00e9 par une p\u00e9riode de reconstruction difficile ; un pays devenu, pour elle, un sujet d\u2019int\u00e9r\u00eat et de recherche persistant. L\u2019ancienne \u00e9tudiante d\u2019histoire devenue danseuse puis artiste prot\u00e9iforme signe avec \u00ab Wagons Libres \u00bb une proposition humble et exp\u00e9rimentale, simple et complexe \u00e0 la fois. 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