


{"id":588,"date":"2013-07-24T18:18:00","date_gmt":"2013-07-24T16:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=588"},"modified":"2013-07-24T18:18:00","modified_gmt":"2013-07-24T16:18:00","slug":"polyphonie-mentale-et-si-je-les-tuais-tous-madame","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/polyphonie-mentale-et-si-je-les-tuais-tous-madame\/","title":{"rendered":"Polyphonie mentale &#8211; Et si je les tuais tous Madame ?"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Aristide Tarnagda, acteur, auteur et metteur en sc\u00e8ne burkinab\u00e9, pr\u00e9sente cette ann\u00e9e un texte qu&rsquo;il a \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne, Et si je les tuais tous Madame ?. Sur la petite sc\u00e8ne de la chapelle des P\u00e9nitents Blancs, trois musiciens-acteurs jouent et chantent en dialogue avec Lamine Diarra, qui tient la t\u00eate de ce texte aux allures de monologue polyphonique.<\/strong> <\/em><br \/>\nUn homme, Lamine, est debout \u00e0 un croisement, pr\u00e8s d&rsquo;un feu tricolore. Il aper\u00e7oit une femme qui attend dans sa voiture que le feu passe au vert et profite de ce moment d&rsquo;attente forc\u00e9e pour aller lui parler. Le feu rouge &#8211; ou quand le code de la route force les gens \u00e0 faire une pause. A prendre le temps de ne rien faire. Lamine profite de ce temps mort obligatoire pour ouvrir en deux son cr\u00e2ne et en faire sortir les pens\u00e9e qui semblent y cr\u00e9er un chahut terrible. Elles sont si agit\u00e9es, si \u00e9paisses, si nombreuses qu&rsquo;on se demande comment elles peuvent \u00eatre contenues dans une t\u00eate ou dans un corps. Au fil du texte on r\u00e9alise que c&rsquo;est le cas de n&rsquo;importe quel corps, ou n&rsquo;importe quelle t\u00eate.<br \/>\nLes histoires de Lamine ne sont pas particuli\u00e8res, du moins elles ne sont pas pr\u00e9sent\u00e9es comme telles. Il s&rsquo;agit des disputes int\u00e9rieures d&rsquo;un homme adulte qui a fait des choix. Qui doute de la valeur de ces choix. Ceux et celles qui ont occup\u00e9, travers\u00e9, habit\u00e9 sa vie, prennent la parole en contradicteurs. Certains sont morts, mais il ne s\u2019agit pas d&rsquo;une obscure histoire de fant\u00f4mes. Son p\u00e8re, sa m\u00e8re, son ami Robert, sa femme et son enfant s&rsquo;expriment parce qu\u2019ils sont les n\u0153uds de sa vie, comme les n\u0153uds d\u2019une corde \u00e0 grimper. L&rsquo;auteur se sert de ces personnes pour poser le d\u00e9bat. Le conflit. Une longue dispute int\u00e9rieure volontairement expos\u00e9e en public. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie d&rsquo;un feu rouge est d&rsquo;une minute, dit Lamine. Celle du public, en cette apr\u00e8s-midi, est d&rsquo;une heure. La dame du feu rouge n&rsquo;est en d\u00e9finitive rien d&rsquo;autre que le public silencieux.<br \/>\nLa situation se pr\u00e9sente comme une petite lucarne qui ouvrirait sur une infinit\u00e9 d&rsquo;autres situations. Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;un homme burkinab\u00e9 (Aristide Tarnagda) ou malien (Lamine Diarra, l&rsquo;acteur principal), mais ce pourrait \u00eatre n&rsquo;importe qui, venant de n&rsquo;importe o\u00f9. Il est simplement question de raconter, pour conjurer ses peurs, pour avaler les couleuvres, pour pouvoir continuer \u00e0 vivre sans imploser.<br \/>\nUn homme est debout \u00e0 un croisement. Il est parti de chez lui. Il a tout quitt\u00e9 pour partir seul. Dans son dos, il porte des milliards de pens\u00e9es. \u00ab Un \u00e9tranger c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui accroche sa vie comme on accroche son manteau \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un maison \u00bb1. Cette phrase de Koffi Kwahul\u00e9 fait partie du texte et pourrait en \u00eatre l&rsquo;\u00e9pigraphe. L\u2019homme debout au croisement est rattrap\u00e9 par sa vie qu&rsquo;il a tent\u00e9 de laisser \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e.<br \/>\nPar le pass\u00e9, il a mis une femme enceinte et l&rsquo;a abandonn\u00e9e. \u00ab Ou ne pas \u00eatre. Ou \u00eatre un p\u00e8re [\u2026] le p\u00e8re d&rsquo;un enfant pauvre \u00bb2 L&rsquo;histoire des responsabilit\u00e9s qu&rsquo;un homme prend &#8211; doit prendre?- dans la vie, lorsqu&rsquo;il \u00ab pisse dans le cul d&rsquo;une chienne \u00bb3 et la met enceinte. Le poids de la culture, de la famille, des traditions qui disparaissent en nous lib\u00e9rant de leur oppression, mais en nous laissant dans l&rsquo;angoisse du vide. Lamine participe \u00e0 cette disparition : lui, sa famille, il l&rsquo;a abandonn\u00e9e pour partir seul \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, l\u00e0 d&rsquo;o\u00f9 il n&rsquo;est pas, l\u00e0 o\u00f9 il est diff\u00e9rent. Il a laiss\u00e9 son manteau \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une autre maison.<br \/>\nSa vie lui court apr\u00e8s, le rattrape et se d\u00e9bat \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de lui. Les pens\u00e9es s&rsquo;entrechoquent confus\u00e9ment comme un tourbillon dans sa t\u00eate. Son p\u00e8re, son ami Robert, son pays, les artistes&#8230; Lamine parle de l&rsquo;Afrique, du Burkina, du palu, du d\u00e9veloppement, de la croissance positive, du pr\u00e9sident qui voyage. De villageois qui cr\u00e8vent de soif \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une villa climatis\u00e9e. Autant de remont\u00e9es de son pass\u00e9.<br \/>\nD&rsquo;un point de vue strictement th\u00e9\u00e2tral, la forme et la mise en sc\u00e8ne ne proposent pas grand-chose. Les acteurs semblent tourner en rond dans le petit espace de la chapelle des P\u00e9nitents Blancs. La sc\u00e9nographie est volontairement rudimentaire : quelques petits cubes d&rsquo;environ 30 centim\u00e8tres de c\u00f4t\u00e9, sur lesquels les acteurs montent ou s&rsquo;assoient. Le mur du fond de la chapelle fonctionne comme un tableau devant lequel deux cubes, \u00e0 cour \u00e0 jardin, font office de promontoires. Les acteurs qui s&rsquo;y perchent deviennent des sortes de figures.<br \/>\nIl s&rsquo;agit surtout d&rsquo;\u00e9couter la polyphonie. Le texte qui circule d&rsquo;une voix \u00e0 l&rsquo;autre et que la musique omnipr\u00e9sente porte tant et si bien qu&rsquo;on se demande m\u00eame si les mots auraient le m\u00eame impact sans sa pr\u00e9sence. La musique de Fasso Komba et surtout celle d&rsquo;Hamidou Bonssa Yoda semble faire danser les pens\u00e9es de Lamine comme un charmeur son serpent. La musique rythme, le rythme ordonne les pens\u00e9es et les force \u00e0 bouger dans le m\u00eame temps, ce qui permet de mieux les appr\u00e9hender.<br \/>\nEnfin, la bi\u00e8re. Comme la figure de l&rsquo;ivresse, de ces pens\u00e9e qui tournent et s&rsquo;entrechoquent dans la t\u00eate. Mais \u00e9galement comme figure de l&rsquo;oppression du monde global et lib\u00e9ral qui diffuse l&rsquo;alcool aux quatre coins de la plan\u00e8te. La Heineken est partout : elle endort les pens\u00e9es noires et ralentit leur course dans les esprits, les emp\u00eachant de frapper trop fort contre les parois de la t\u00eate. Alors \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, les acteurs, performant les deux faces de cette r\u00e9alit\u00e9, boivent les Heineken d&rsquo;un trait en faisant couler la bi\u00e8re sur leur visage, puis jettent d&rsquo;autres bouteilles pleines sur le sol et contre les murs de la chapelle, comme pour se d\u00e9barrasser de cette douce sensation d&rsquo;\u00ab \u00e0 quoi bon \u00bb. La violence de ces gestes et du son de verre bris\u00e9 accompagne musicalement et performativement le texte qui se durcit, qui devient plus percutant dans sa course finale.<br \/>\nLe spectacle se termine sur un final un peu na\u00eff, peut-\u00eatre trop construit : les acteurs se figent, bi\u00e8res \u00e0 la main, pr\u00eats \u00e0 s&rsquo;entretuer. Cette derni\u00e8re image refl\u00e8te assez bien le paradoxe de cette proposition ; un passage au plateau qui peine \u00e0 suivre la puissance des mots et de la musique.<br \/>\n1Extrait de Et si je les tuais tous, madame ?<br \/>\n2Idem<br \/>\n3Idem<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aristide Tarnagda, acteur, auteur et metteur en sc\u00e8ne burkinab\u00e9, pr\u00e9sente cette ann\u00e9e un texte qu&rsquo;il a \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne, Et si je les tuais tous Madame ?. Sur la petite sc\u00e8ne de la chapelle des P\u00e9nitents Blancs, trois musiciens-acteurs jouent et chantent en dialogue avec Lamine Diarra, qui tient la t\u00eate de ce texte aux allures de monologue polyphonique. Un homme, Lamine, est debout \u00e0 un croisement, pr\u00e8s d&rsquo;un feu tricolore. Il aper\u00e7oit une femme qui attend dans<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-588","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}