


{"id":589,"date":"2013-07-23T18:19:00","date_gmt":"2013-07-23T16:19:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=589"},"modified":"2013-07-23T18:19:00","modified_gmt":"2013-07-23T16:19:00","slug":"partita-2-par-beyer-keersmaecker-et-charmatz","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/partita-2-par-beyer-keersmaecker-et-charmatz\/","title":{"rendered":"Partita 2 : par Beyer, Keersmaecker et Charmatz"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Dans la cour d\u2019Honneur, et jusqu\u2019au 26 juillet, Boris Charmatz, Anne Teresa de Keersmaecker et Amandine Beyer interpr\u00e8tent Partita 2. Une s\u00e9quence qui invite au recueillement et \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. <\/em><br \/>\n<\/strong><br \/>\n<em>Regarder une fois, rien qu\u2019une fois<\/em><br \/>\nDanser\u2026 Prendre le risque de se d\u00e9porter du mouvement qui r\u00e8gle le quotidien et s\u2019aventurer dans le monde des gestes qui font comme une entorse \u00e0 l\u2019inertie et l\u2019attraction qui coordonnent le corps au jour le jour. Prendre la libert\u00e9 de donner \u00e0 un membre du corps, un \u00e9lan, un rythme, une courbure, un pli\u2026 Pr\u00e9tendre autre chose pour le corps et lui demander d\u2019explorer un r\u00e9gime de sensations qu\u2019il contient et qu\u2019il peut aussi d\u00e9couvrir. S\u2019enhardir \u00e0 faire du corps, non plus un espace soumis aux r\u00e8gles, aux contraintes\u2026 d\u2019un geste socialis\u00e9, mais tout au contraire l\u2019inviter \u00e0 se d\u00e9marquer. Danser\u2026 trouver ses marques dans l\u2019espace mental et physique, c\u00e9r\u00e9bral et topographique de la pens\u00e9e li\u00e9e \u00e0 la mati\u00e8re que sont la chair, la peau, les nerfs, les muscles. Danser\u2026 Faire en sorte que le corps soit une matrice, une caverne, un ut\u00e9rin entier qui arpente les terrains du mouvement, les mettant au monde et leurs permettant de devenir visible. Oublier le corps utile, le corps poli, le corps muet, le geste mutil\u00e9, le geste uniformis\u00e9\u2026 Oublier et se souvenir que le corps est un corps vivant, un corps en mouvement, un corps sensible, r\u00e9actif \u00e0 l\u2019environnement, et influen\u00e7ant l\u2019ext\u00e9rieur. Danser\u2026 suer, transpirer, sauter, tourner, marcher, courir, s\u2019\u00e9lever, s\u2019allonger, souffrir aussi au point parfois de se blesser\u2026 Danser est un mot g\u00e9n\u00e9rique qui ne nomme pas les \u00e9tats du corps, mais les convoque \u00e0 mesure que le travail chor\u00e9graphique prend forme. A mesure que corps et penser, dans un mouvement de contagions, d\u2019unions et de mutations, donnent vie \u00e0 des formes sculpt\u00e9es minimales pour certaines, invisibles parfois, acrobatiques et gymniques \u00e0 d\u2019autres endroits.<br \/>\nDanser toute une vie\u2026ou faire que le corps soit pris dans les respirations haletantes, dans les souffles courts et coup\u00e9s\u2026 permettre aux corps d\u2019\u00eatre explosifs ou solennels, l\u2019imaginer autrement, sans cesse. Lui trouver des prolongements \u00e0 travers la musique, lui trouver des \u00e9chos dans les corps environnant, lui permettre d\u2019\u00eatre au-del\u00e0 de soi en le rendant pr\u00e9sent.<br \/>\nRegardant Partita 2 donn\u00e9e dans la cour d\u2019Honneur, c\u2019est un peu ces remarques qui venaient \u00e0 l\u2019esprit en contemplant deux interpr\u00e8tes (Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersmaecker), accompagn\u00e9s ou guid\u00e9s par Amandine Beyer au violon, dont la musique structura le mouvement dans\u00e9, \u00e0 moins que ce ne soit la danse qui permit de visualiser la structure de la partition.<br \/>\nPeut-\u00eatre parce que Keersmaecker, qui r\u00e9pond \u00e0 Charmatz, explique qu\u2019au bout de trente ans de son art, elle s\u2019interroge : \u00ab Quelle est ma danse, ma mani\u00e8re de danser aujourd\u2019hui ? \u00bb. Peut-\u00eatre parce que le temps de ce travail, en \u00e9cho \u00e0 la Chaconne de Bach, elle dit encore que : \u00ab C\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019atelier qui comportait des questions que nous avons ensuite reprises, comme \u00ab my walking is my dancing \u00bb : ma marche est ma danse \u00bb.<br \/>\nTrois fois<br \/>\nTrois fois un mouvement, le m\u00eame et pas tout \u00e0 fait l\u2019identique. Trois fois quelque chose de semblable mais diff\u00e9rent \u00e0 chaque fois. Trois fois n\u00e9cessaires comme s\u2019il s\u2019agissait de peler, de fouiller ou d\u2019\u00e9peler quelque chose qui est \u00e0 sentir et n\u2019est pas encore visible. Trois fois, pour arriver peut-\u00eatre \u00e0 rendre sensible ce qui est l\u00e0, dans la partition de Bach Partitas n\u00b02. Premier temps de ce mouvement : le musical. Second temps de ce mouvement : le chor\u00e9graphique. Troisi\u00e8me temps de ce mouvement : conjugaison du premier et du second, chor\u00e9graphique et musical, donc. Soit une \u00e9tude sur le mouvement, celui de la musique et celui de la danse. Non pas un spectacle, mais une esquisse qui se donne dans sa construction fragile, dans sa chronologie agglutin\u00e9e, dans son agencement. Mouvements sonores \u00e0 chaque fois o\u00f9 aux notes du violon viennent se substituer les sons sourdres des pas et des souffles jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019au troisi\u00e8me et dernier mouvement notes et pas s\u2019assemblent et se compl\u00e9tent ou s\u2019augmentent.<br \/>\nEt de ces trois \u00e9tats, il faut retenir l\u2019agencement choisi par Keersmaecker.<br \/>\nDans la cour d\u2019Honneur, dans le noir de la nuit, Amandine Beyer interpr\u00e8te Partita n\u00b02. Une pi\u00e8ce pour violon qui retentit pendant plusieurs minutes et o\u00f9, le r\u00eave-t-on, on entend une inqui\u00e9tude, un d\u00e9sarroi, une perte\u2026 Bach, ayant peut-\u00eatre compos\u00e9 cette \u0153uvre pour sa femme morte. Pendant plusieurs minutes alors, sous le noir comme couvert par un catafalque, on \u00e9coute seulement la musique. Et on entend quelque chose de l\u2019ordre d\u2019une virtuosit\u00e9 qui se donne dans l\u2019anonymat. On entend et on devine les doigts appliqu\u00e9s sur les cordes. On sent, peut-\u00eatre, la vigueur et la retenue qui sont imprim\u00e9s \u00e0 l\u2019archer. Et dans le noir, au ciel ent\u00e9n\u00e9br\u00e9, on adresse des pens\u00e9es confuses \u00e0 celle qui fut aim\u00e9e. Et c\u2019est mouvement sonore et musical, plein d\u2019une foudre contenue qui se fait entendre.<br \/>\nPuis, au second mouvement, alors qu\u2019une fen\u00eatre lumineuse crue, fait croire \u00e0 une ouverture sur le fond de la cour, Charmatz et Keersmaecker apparaissent et se mettent \u00e0 danser. Une forme informe et un mouvement r\u00e9p\u00e9titif les lient. Et \u00e0 les regarder on croit deviner qu\u2019ils dansent ou miment quelque chose d\u2019une s\u00e9paration. C\u2019est \u00e0 peine sensible, mais alors qu\u2019ils courent ensemble, qu\u2019ils observent une sym\u00e9trie dans leurs gestes, parfois, il y a un d\u00e9calage. Et ce d\u00e9calage n\u2019est autre que l\u2019instant de la disparition de l\u2019autre, \u00e0 l\u2019autre. C\u2019est \u00e0 cet endroit, ce que nous nommons la \u00ab rupture \u00bb. Et plus loin, dans un pas o\u00f9 Charmatz et Keersmaecker semblent \u00eatre l\u2019ombre de l\u2019un et de l\u2019autre, on croit voir cette ombre charnelle. Cette mani\u00e8re que leurs corps auraient d\u2019\u00e9voquer ce qui est le motif de la Chaconne de Bach. Et tout ce temps de ce mouvement, qui n\u2019est pas musical, mais pas non plus silencieux, on \u00e9coute le bruit de leurs pas, de leurs souffles, et parfois le chantonnement qui semble venir du plateau.<br \/>\nAu troisi\u00e8me mouvement, musique et chor\u00e9graphie se rejoignent. Et l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 tout vu, et tout entendu. En chacune des parties, on reconna\u00eet ce qui vient d\u2019arriver et ce qui arrivera. Et ce n\u2019est pas cela qui est sensible, mais plus simplement, l\u2019id\u00e9e que Partita 2 est une pi\u00e8ce en construction. Et de comprendre alors que Charmatz et Keersmaecker, le temps de cette pi\u00e8ce en formation, ont ouvert leur atelier int\u00e9rieur au regard. Ce qu\u2019ils d\u00e9ploient, ainsi, n\u2019est donc rien moins qu\u2019un travail en construction qui fait \u0153uvre en soi.<br \/>\nEt alors que le public se divise sur la mani\u00e8re de recevoir cette offrande et ce geste qui avoue sa fragilit\u00e9 ; alors que les hu\u00e9es concurrencent les applaudissements ; alors que Partita 2 s\u2019aventurait \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une cr\u00e9ation qui se donnerait sous la forme de la recherche avou\u00e9e et revendiqu\u00e9e\u2026 Charmatz, Keersmaecker et Beyer, en front de sc\u00e8ne, ajoutent une pantomime des mains. Le public en partance ou s\u2019asseyant \u00e0 nouveau pouvait y voir l\u00e0 une provocation\u2026 mais c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre tout simplement un rappel. \u00ab Nous sommes au travail et c\u2019est sans fin, nous qui dansons nos vies devant vous \u00bb. C\u2019est du moins comme cela que je le regardais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la cour d\u2019Honneur, et jusqu\u2019au 26 juillet, Boris Charmatz, Anne Teresa de Keersmaecker et Amandine Beyer interpr\u00e8tent Partita 2. Une s\u00e9quence qui invite au recueillement et \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Regarder une fois, rien qu\u2019une fois Danser\u2026 Prendre le risque de se d\u00e9porter du mouvement qui r\u00e8gle le quotidien et s\u2019aventurer dans le monde des gestes qui font comme une entorse \u00e0 l\u2019inertie et l\u2019attraction qui coordonnent le corps au jour le jour. 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