


{"id":591,"date":"2013-07-23T18:22:00","date_gmt":"2013-07-23T16:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=591"},"modified":"2013-07-23T18:22:00","modified_gmt":"2013-07-23T16:22:00","slug":"sujets-a-vif-entre-le-corps-le-son-le-rythme-il-y-a","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sujets-a-vif-entre-le-corps-le-son-le-rythme-il-y-a\/","title":{"rendered":"Sujets \u00e0 vif : entre le corps \/ le son \/ le rythme, il y a&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Le programme C des Sujets \u00e0 Vif propose Dans les Bois, de Sebastien le Guen, J\u00e9r\u00f4me Hoffman et Dgiz, puis Bataille, de Hassan Razak, Pierre Rigal et Pierre Cartonnet.<\/strong> <\/em><br \/>\nLes Sujets \u00e0 Vif ont un statut \u00e0 part dans le festival d&rsquo;Avignon : en partenariat avec la sacd, ils proposent des petites formes qui partagent un cadre commun : l&rsquo;atmosph\u00e8re du jardin de la vierge du lyc\u00e9e saint Joseph, la lumi\u00e8re du jour, le plein air et les cloches qui sonnent la fin de la matin\u00e9e. Les propositions sont courtes (30 minutes environs) et l\u00e9g\u00e8res (plateaux nus, ou presque) ce qui laisse tout le champ libre aux acteurs. Le cadre est destin\u00e9 \u00e0 des propositions in\u00e9dites, fruits de rencontres et de collaborations qui n&rsquo;auraient pas eu lieu sans cette occasion. Les deux spectacles du programme C ne d\u00e9rogent pas \u00e0 ce principe : c&rsquo;est Vincent Baudriller qui a propos\u00e9 au fildef\u00e9riste Sebastien le Guen de travailler avec le rappeur Dgiz. Il est \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;initiative de la collaboration entre les danseurs Hassan Razak et Pierre Rigal.<br \/>\nLe programme C met en question la relation entre le corps, le mouvement, la physicalit\u00e9 d&rsquo;une part, le son et le rythme d&rsquo;une autre part. Ainsi, les deux spectacles proposent la collaboration de circassiens et danseurs avec des musiciens. Il est donc question du rapport entre le corps et le son, le mouvement et la musique, le geste et le rythme. La coh\u00e9rence de la programmation conjointe de ces deux spectacles se situe dans le rapport et le dialogue entre les artistes, qui ont eux-m\u00eames choisi de mettre l&rsquo;accent \u00e0 l&rsquo;endroit de leur collaboration et de leur copr\u00e9sence.<br \/>\nLe premier spectacle propos\u00e9 r\u00e9unit Sebastien le Guen et Jer\u00f4me Hoffman, membres de la compagnie Lonely Circus, et Dgiz, rappeur et slammeur de Seine-Saint-Denis. Les deux premiers travaillent \u00e0 d\u00e9velopper un \u00ab cirque \u00e9lectro \u00bb, qui, selon Sebastien le Guen, questionne \u00ab la vibration entre le corps et le mouvement \u00bb1. En effet, en amplifiant le fil sur lequel il \u00e9volue, Sebastien le Guen produit des sons, aussit\u00f4t mix\u00e9s par J\u00e9r\u00f4me Hoffman, jouant ainsi du dialogue entre corps et son. Dgiz, quant \u00e0 lui, a souvent collabor\u00e9 avec des metteurs en sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nLes trois hommes entrent, habill\u00e9s de surv\u00eatements, ce qui donne \u00e0 la proposition une allure de s\u00e9ance de travail ou de r\u00e9p\u00e9tition. Le principe est assez simple : \u00e0 jardin, le musicien-rappeur joue de la contrebasse et rappe, \u00e0 cour J\u00e9r\u00f4me Hoffman mixe des sons avec ses machines et au centre du plateau, Sebastien le Guen joue avec des chevrons d&rsquo;environ cinquante centim\u00e8tres de hauteur, pos\u00e9s en \u00e9quilibre sur la tranche. Il s&rsquo;y perche, passe de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, les d\u00e9place et les replace.<br \/>\nL&rsquo;int\u00e9r\u00eat et la difficult\u00e9 de cette proposition r\u00e9side dans la copr\u00e9sence de ces trois pratiques qui, individuellement, pr\u00e9sentent des aspects tout \u00e0 fait int\u00e9ressants. Port\u00e9 par les sons d&rsquo;Hoffman, Le Guen impose une pr\u00e9sence \u00e9nigmatique. La parfaite ma\u00eetrise de son corps lui conf\u00e8re le myst\u00e8re de certains animaux : mi-hibou mi-gargouille, il se fige sur les chevrons, le visage impassible et le regard comme pos\u00e9 sur le public. A des milliers de kilom\u00e8tres, le flow de Dgiz percute et ses paroles font sourire.<br \/>\nOntologiquement fragile et construit sur le risque de sa propre disparition, l&rsquo;\u00e9quilibre semble \u00eatre le ma\u00eetre mot de la collaboration des trois artistes, car chacun d&rsquo;entre eux travaille avec le risque. Le rappeur peut de d\u00e9-rapper2 sur le fil des mots. Le fildef\u00e9riste risque la chute et le musicien de perdre le rythme. Ainsi, la proposition tend \u00e0 maintenir un fragile \u00e9quilibre du corps, du son et du mot. Malheureusement, c&rsquo;est bien \u00e0 l&rsquo;endroit de cet \u00e9quilibre que la proposition semble buter. La copr\u00e9sence des artistes am\u00e8ne une s\u00e9rie de contradictions qui ne semblent servir leur propos. Tous \u00e9voluent dans des \u00e9nergies tr\u00e8s diff\u00e9rentes qui ne r\u00e9sonnent pas ensemble mais se parasitent l&rsquo;une l&rsquo;autre. Une d\u00e9calage latent, ni assum\u00e9 ni questionn\u00e9, qui donne l&rsquo;impression d&rsquo;un montage photoshop.<br \/>\nDans les bois, le titre du spectacle, vient ajouter un cadre esth\u00e9tique suppl\u00e9mentaire \u00e0 cette proposition d\u00e9j\u00e0 complexe. Sans le titre et la feuille de salle, qui \u00e9voque \u00e0 la fois la for\u00eat et les contes de f\u00e9es, on n&rsquo;aurait sans doute pas cherch\u00e9 \u00e0 fixer un tel imaginaire sur la proposition sc\u00e9nique. Certes, Dgiz parle du petit poucet, de lapins et de cerfs. Les chevrons peuvent \u00e9galement \u00e9voquer des arbres et les sons diffus\u00e9s les bruits de la for\u00eat. Mais l&rsquo;ensemble de cet environnement esth\u00e9tique semble plaqu\u00e9 et tenir d&rsquo;un parti pris de d\u00e9part qui aurait pu dispara\u00eetre au fil de la cr\u00e9ation.<br \/>\nLe cadre du num\u00e9ro et l&rsquo;attente de l&rsquo;exploit du fildef\u00e9riste, pr\u00e9sents d\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, entrent en contradiction avec le parti pris esth\u00e9tique et th\u00e9matique de la for\u00eat.<br \/>\nAinsi, cette for\u00eat ne \u00ab prend \u00bb pas. Peut-\u00eatre les sons sont-ils trop faibles ? Peut-\u00eatre la lumi\u00e8re de ce dimanche matin ne convient-elle pas ? Peut-\u00eatre que les faits et gestes des acteurs l&#8217;emp\u00eachent de prendre de l&rsquo;ampleur ?<br \/>\nQuoi qu&rsquo;il en soit, on quitte les trois artistes avec l&rsquo;impression d&rsquo;avoir rat\u00e9 une \u00e9mulsion. Chacun d&rsquo;entre eux &#8211; Lonely circus d&rsquo;une part et Dgiz de l&rsquo;autre \u2013 proposent des pratiques tout \u00e0 fait passionnantes, mais leur confrontation et leur frottement n&rsquo;ont pas fait appara\u00eetre, ce matin en tout cas, une nouvelle forme \u2013 ou cr\u00e9ature \u2013 dans ces bois-l\u00e0.<br \/>\nSi le rapport entre les acteurs (ou artistes) constitue le talon d&rsquo;achille de la premi\u00e8re proposition, le second spectacle, Bataille, pourrait \u00eatre \u00e9rig\u00e9 en mod\u00e8le de \u00ab comment le th\u00e9\u00e2tre c&rsquo;est avant tout le rapport entre deux pr\u00e9sences sur une sc\u00e8ne \u00bb.<br \/>\nDeux individus en pleine bagarre entrent en trombe sur sc\u00e8ne et luttent en hurlant, sur une musique qui fait penser \u00e0 un jeu vid\u00e9o du type street fighter 2. \u00c7a commence fort. Ils se tapent et hurlent et se tapent et hurlent en ponctuant leur \u00e9change par de na\u00effs \u00ab \u00e7a va ? \u00c7a va&#8230; \u00bb<br \/>\nCes deux hommes, ce sont Pierre Cartonnet et Hassan Razak. Le premier est circassien et acteur, le second est danseur, sp\u00e9cialiste de percussion corporelle (compagnie Onstap, \u00e7a ne s&rsquo;invente pas&#8230;). Pierre Rigal, qui a collabor\u00e9 au spectacle et l&rsquo;a mis en sc\u00e8ne annonce avec humour en conf\u00e9rence de presse \u00ab je me suis dit que quelqu&rsquo;un qui fait de la percussion corporelle, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui se tape dessus. \u00bb3<br \/>\nCet esprit un peu na\u00eff, qui n&rsquo;utilise pas la sc\u00e8ne comme lieu d&rsquo;exposition d&rsquo;une r\u00e9flexion th\u00e9orique, donne au spectacle toute sa force et son c\u00f4t\u00e9 percutant. C&rsquo;est un jeu : rien n&rsquo;y est fait au s\u00e9rieux, tout y est fait pour jouer, tout le monde est averti de ce registre ludique. En conf\u00e9rence de presse, Rigal parle de Sade, de Bataille, mais le spectacle laisse place \u00e0 la performance des acteurs. Plus c&rsquo;est violent, plus c&rsquo;est grotesque, plus c&rsquo;est dr\u00f4le.<br \/>\nSur sc\u00e8ne \u00e9voluent deux clowns, ou deux fous, ou deux personnes hautement alcoolis\u00e9es. Leurs faits et gestes sont tout \u00e0 fait illogiques, et par l\u00e0-m\u00eame impr\u00e9visibles. On ne sait pas du tout pourquoi ils se tapent, mais on est passionn\u00e9 de suivre l&rsquo;\u00e9volution de leur bagarre, car cette derni\u00e8re est compl\u00e8tement irrationnelle. L&rsquo;un s&rsquo;acharne pendant que l&rsquo;autre l&rsquo;observe, quasi impassible, en jetant des oeillades au public l&rsquo;air de dire \u00ab ce mec l\u00e0 n&rsquo;est pas tranquille \u00bb, et brusquement, celui qui avait l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre s\u00e9rieux se met \u00e0 imiter na\u00efvement les geste du premier, et le rejoint dans son d\u00e9lire de coups.<br \/>\nApr\u00e8s l&rsquo;avoir litt\u00e9ralement rou\u00e9 de coups, Razak caresse la t\u00eate de Cartonnet avec beaucoup d&rsquo;affection, puis le saisit par les cheveux et court dans tous les sens, son partenaire au bout de son bras. L&rsquo;autre, dans un fou rire, le suit en hurlant. Puis Razak l\u00e2che Cartonnet, qui continue le mouvement comme s&rsquo;il ne se rendait pas compte qu&rsquo;on ne le torturait plus. Il hurle de plus belle, crache du faux sang par terre. Razak regarde le public avec interrogation. Puis s&rsquo;attrape lui-m\u00eame la t\u00eate et part dans le mouvement.<br \/>\nLe rythme semble \u00eatre l&rsquo;atout majeur de ce spectacle. Il nous semble assister \u00e0 un concert de musique classique ou \u00e9lectronique, construite sur des mont\u00e9es, des breaks et des redescentes. Les deux corps sont comme deux instruments, sources de rythme par leur mouvement, et par le son des percussions corporelles.<br \/>\nIl est impossible pour le spectacteur de construire un r\u00e9cit logique ou une fiction sur ces faits et gestes, d&rsquo;ordonner mentalement ce qu&rsquo;il per\u00e7oit des deux acteurs. Cette impossibilit\u00e9 de fiction force le public \u00e0 \u00eatre attentif uniquement \u00e0 ce qui se passe sur sc\u00e8ne dans un pr\u00e9sent imm\u00e9diat. Il ne s&rsquo;agit pas de savoir pourquoi ils agissent ainsi, mais d&rsquo;appr\u00e9cier comment ils agissent, et surtout comment ils s&rsquo;influencent l&rsquo;un l&rsquo;autre. Le spectacle se d\u00e9roule v\u00e9ritablement entre les deux acteurs, \u00e0 l&rsquo;endroit de leur interaction. Ce qui importe, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils font en direct, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur performance.<br \/>\nOn jouit de voir ces deux corps bouger ensemble, se r\u00e9pondre, se provoquer, s&rsquo;entra\u00eener l&rsquo;un l&rsquo;autre. On ne s&rsquo;int\u00e9resse qu&rsquo;\u00e0 ces corps et c&rsquo;est tr\u00e8s satisfaisant. Des fois, Pierre Cartonnet raconte quelque chose, une vague histoire d&rsquo;amour compl\u00e8tement d\u00e9cousue, dilu\u00e9e. Le seul int\u00e9r\u00eat, \u00e0 ce moment-l\u00e0, c&rsquo;est de le voir parler, qu&rsquo;importe ce qu&rsquo;il dit.<br \/>\nLe risque aurait \u00e9t\u00e9 de tomber dans l&rsquo;exercice de style. Il n&rsquo;en est rien. Rigal, Razak et Cartonnet ont rep\u00e9r\u00e9 l&rsquo;\u00e9cueil et passent au large, sans danger. La communication et l&rsquo;interaction entre ces deux corps si diff\u00e9rents (l&rsquo;un est long et fin, l&rsquo;autre petit et trapu) fonctionne \u00e0 merveille. Les contradictions manifestes de ces deux pr\u00e9sences et de ces deux attitudes est le mat\u00e9riau du spectacle. Et si cette proposition fonctionne si bien, c&rsquo;est sans doute parce qu&rsquo;elle est r\u00e9alis\u00e9e avec distance, humour, sur le ton du jeu, du th\u00e9\u00e2tre, et du \u00ab pas s\u00e9rieux \u00bb.<br \/>\nLe programme C nous conforte ainsi dans la conviction que la sc\u00e8ne est avant tout l&rsquo;endroit de l&rsquo;interaction entre les acteurs, bien avant celui d&rsquo;un discours, bien avant celui d&rsquo;une virtuosit\u00e9. Ce qui importe, c&rsquo;est ce qui se joue entre les acteurs : l&rsquo;\u00e9nergie du jeu qui circule et r\u00e9sonne dans l&rsquo;assembl\u00e9e du public.<br \/>\n1Conf\u00e9rence de presse du 17 juillet, Festival d&rsquo;Avignon http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/Renc\/1038\/Video<br \/>\n2Jeu de mot de Dgiz<br \/>\n3http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/Renc\/1038\/Video<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le programme C des Sujets \u00e0 Vif propose Dans les Bois, de Sebastien le Guen, J\u00e9r\u00f4me Hoffman et Dgiz, puis Bataille, de Hassan Razak, Pierre Rigal et Pierre Cartonnet. 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