


{"id":592,"date":"2013-07-23T18:22:00","date_gmt":"2013-07-23T16:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=592"},"modified":"2013-07-23T18:22:00","modified_gmt":"2013-07-23T16:22:00","slug":"sans-doute","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sans-doute\/","title":{"rendered":"Sans Doute"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Avec Sans doute, Jean-Paul Delore nous propose de partager des extraits du volume immense de ses Carnets Sud\/Nord. Des mots, des conversations, des images ou des textes issus de r\u00e9sidences, de laboratoires men\u00e9s en Afrique, au Br\u00e9sil et en France.<\/strong> <\/em><br \/>\nLa sc\u00e8ne est construite de fa\u00e7on totalement frontale. Les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, les douze interpr\u00e8tes nous font face. Six acteurs chanteurs et six musiciens sont assis ou debout devant leurs pupitres et leurs instruments. Chacun d&rsquo;eux porte un costume particulier, et leur disposition nous donne l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre face \u00e0 une galerie de portraits, comme dans les premi\u00e8res et derni\u00e8res pages des albums de Tintin. Un homme au visage peint en rouge avec un grand manteau ressemble \u00e0 un d\u00e9mon. Dieudonn\u00e9 Niangouna, sous une coiffe de type Davy Crockett orn\u00e9e de dents ac\u00e9r\u00e9es, danse dans une longue robe de soir\u00e9e argent\u00e9e. Yoko Higashi, le visage peint en blanc, dans sa longue robe verte, enchaine des mouvements \u00e0 mi-chemin entre la danse et les katas d&rsquo;arts martiaux tout en mixant des sons \u00e9lectroniques. Un vieil homme assis \u00e0 la batterie est enroul\u00e9 dans des bandages et ressemble \u00e0 un rescap\u00e9 de guerre.<br \/>\nComme le dit Jean-Paul Delore, \u00ab la musique a la parole \u00bb1. C&rsquo;est la musique qui rythme et fait respirer ce spectacle. Les acteurs, \u00e0 tour de r\u00f4le, adressent au public des r\u00e9cits h\u00e9t\u00e9roclites, et le plaisir vient de la relation entre ces textes, la fa\u00e7on dont ils sont \u00e9nonc\u00e9s et la musique qui les porte, les avale, les transforme et les renvoie sur le rivage. On a bel et bien l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre sur une plage et d&rsquo;observer la mer qui va et vient, laissant para\u00eetre de temps en temps de dr\u00f4les de poissons. La musique incessante serait la masse de l&rsquo;eau, les acteurs et leurs r\u00e9cits, les habitants de ce volume en mouvement.<br \/>\nLes r\u00e9cits sont inachev\u00e9s, on n&rsquo;en per\u00e7oit que des bribes, en fran\u00e7ais, anglais, japonais, lari, portugais, xangana et zoulou. Il est question d&rsquo;une femme qui d\u00e9f\u00e8que sur une plage class\u00e9e par l&rsquo;Unesco, d&rsquo;un enfant n\u00e9 sans crier, d&rsquo;attente dans un a\u00e9roport, des fantasmes d&rsquo;une femme \u00e0 propos de l&rsquo;homme dont elle r\u00eave. Les registres s&rsquo;enchainent, s&rsquo;entrem\u00ealent et se croisent, souvent avec beaucoup d&rsquo;humour.<br \/>\nIl y a le \u00ab Sud\/Nord \u00bb qui correspond \u00e0 la volont\u00e9 d&rsquo;inverser la direction selon laquelle on \u00e9voque \u2013 et bien souvent on pense \u2013 les rapports entre le Nord et le Sud \u00bb2. Car ce sont des r\u00e9cits du sud qui remontent le long des gradins. Une relation parfois am\u00e8re. Mais l\u2019amertume se transforme au contact de la musique et de l&rsquo;\u00e9nergie des acteurs. Comme si le temps de ce concert \u00e9tait une parenth\u00e8se, durant laquelle les taches, les d\u00e9p\u00f4ts, les ordures qui flottent \u00e0 la surface des oc\u00e9ans et des rapports humains \u00e9taient secou\u00e9s et m\u00e9lang\u00e9s dans les flots. Certaines phrases remontent \u00e0 la surface : \u00ab La francophonie, c&rsquo;est : laisse-moi construire un pipeline pour emmener ton p\u00e9trole du Congo en Isra\u00ebl et en \u00e9change je te construirai des \u00e9coles pour apprendre \u00e0 tes enfants \u00e0 dire merci en fran\u00e7ais. \u00bb Mais la musique, les acteurs, le public en rient, car l&rsquo;heure n&rsquo;est pas aux r\u00e8glements de comptes.<br \/>\nPeut-\u00eatre le b\u00e9mol \u00e0 cette proposition serait son adaptation aux conventions du th\u00e9\u00e2tre. On per\u00e7oit dans le public une envie de danser, ou au moins de bouger. Les gradins et leurs si\u00e8ges nous cantonnent \u00e0 notre position de spectateurs. Certains dansent avec leur t\u00eate, certains tapent des mains, mais ces tentatives restent timides et ne prennent pas le dessus. M\u00eame quand Niangouna monte dans le public, on sent que tous l&rsquo;observent et seraient pr\u00eats \u00e0 se lever, s&rsquo;il le demandait. Mais le cadre du clo\u00eetre des Carmes, pourtant magnifique en ce soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9, agit comme un \u00e9crin et maintient la situation th\u00e9\u00e2trale et la frontalit\u00e9. Cette retenue fonctionne telle qu&rsquo;elle. L&rsquo;envie et l\u2019enthousiasme circule dans l&rsquo;assembl\u00e9e et m\u00eame si le public reste assis et ne passe pas \u00e0 l&rsquo;acte, quelque chose de singulier a lieu, pendant cette heure et demie, entre la sc\u00e8ne et la salle.<br \/>\n1Entretien de Jean-Paul Delore avec Jean-Fran\u00e7ois Perrier, feuille de salle.<br \/>\n2Idem<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Sans doute, Jean-Paul Delore nous propose de partager des extraits du volume immense de ses Carnets Sud\/Nord. Des mots, des conversations, des images ou des textes issus de r\u00e9sidences, de laboratoires men\u00e9s en Afrique, au Br\u00e9sil et en France. La sc\u00e8ne est construite de fa\u00e7on totalement frontale. Les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, les douze interpr\u00e8tes nous font face. Six acteurs chanteurs et six musiciens sont assis ou debout devant leurs pupitres et leurs instruments. Chacun d&rsquo;eux porte un<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-592","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}