


{"id":596,"date":"2013-07-22T18:31:00","date_gmt":"2013-07-22T16:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=596"},"modified":"2013-07-22T18:31:00","modified_gmt":"2013-07-22T16:31:00","slug":"beyrouth-1h20-darret","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/beyrouth-1h20-darret\/","title":{"rendered":"Beyrouth, 1H20 d\u2019arr\u00eat."},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Etudiante un temps en Histoire, Sandra Ich\u00e9 a consacr\u00e9 un travail de recherche au Liban dans les ann\u00e9es 1990. Sa question n\u2019\u00e9tait autre que celle de la r\u00e9conciliation d\u2019un peuple, d\u2019une nation, d\u2019un pays pris dans la balkanisation de l\u2019orient. En toile de fond, le probl\u00e8me linguistique (arabe et fran\u00e7ais), et c\u2019est presque naturellement qu\u2019elle s\u2019est tourn\u00e9e vers un m\u00e9dia francophone L\u2019Orient Express, dirig\u00e9 et fond\u00e9 par Samir Kassir, qu\u2019elle rencontrait et avec qui elle parlait. Son assassinat \u00e0 Beyrouth, en 2005, a alors conduit Sandra Ish\u00e9 \u00e0 penser les raisons de la violence de ce petit bout du monde. L\u2019incompr\u00e9hension, peut-\u00eatre, est \u00e0 l\u2019origine du travail de l\u2019artiste qui, avec Wagons-libres, ne trouve aucune solution \u00e0 sa peine, mais s\u2019entretient infiniment avec un ami. Une cr\u00e9ation qui fait \u00e9cho au documentaire de Thomas Osterme\u00efer Hamlet en Palestine.<\/strong> <\/em><br \/>\nElle a l\u2019allure d\u2019une conf\u00e9renci\u00e8re d\u00e9tendue, genre am\u00e9ricaine certaine de ses r\u00e9sultats. Se tenant en avant de la rampe, elle semble ne pas \u00eatre impressionn\u00e9e par l\u2019auditoire. Elle fait front et donne du \u00ab bonsoir \u00bb \u00e0 qui la regarde. Elle a aussi l\u2019air, encore, d\u2019une \u00e9tudiante, qui s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e pour un expos\u00e9, ou d\u2019une imp\u00e9trante qui passerait un grand oral. Elle est, de toutes les fa\u00e7ons, pr\u00eate. Pr\u00eate \u00e0 parler et \u00e0 exposer. \u00ab Exposer \u00bb, infinitif, verbe du 1er groupe. Mot, hors-cadre universitaire, souvent utilis\u00e9 par les plasticiens. Exposer une \u0153uvre, c\u2019est donc rendre manifeste et visible un agencement complexe ou pas, o\u00f9 le principe de s\u00e9mantisation n\u2019est pas donn\u00e9 imm\u00e9diatement. Wagons-libres proc\u00e8de de cette d\u00e9finition et participe d\u2019une installation simple, aux fonctionnements complexes, parfois. En fond d&rsquo;espace, un \u00e9cran sur lequel appara\u00eetront les interviews vid\u00e9os de t\u00e9moins qui parlent de la situation du Liban, pris en otage entre la Syrie et Isra\u00ebl, et bien souvent aussi prisonniers de leurs pr\u00e9jug\u00e9s. Entretiens humoristiques autant qu\u2019ironie noire qui pointent des r\u00e9alit\u00e9s historiques comme des fictions anachroniques, y compris quand ziad majed parle du Liban devenu une grande nation de Football suite \u00e0 la naturalisation de plusieurs joueurs br\u00e9siliens. En front de sc\u00e8ne, un atelier vid\u00e9o d\u2019o\u00f9 Sandra Ich\u00e9 organise ses projections. Entendons ce mot, dans son double emploi. Tout \u00e0 la fois projection d\u2019images fixes ou mobiles, de collages et de montages\u2026 et \u00ab projection \u00bb au sens d\u2019un sujet qui aimerait voir quelque chose qui n\u2019est pas encore ou ne sera peut-\u00eatre jamais.<br \/>\nEt d\u2019ajouter que le tour de passe-passe de Sandra Ich\u00e9 tient \u00e0 un spectacle qui situe l\u2019action en 2030. C\u2019est ainsi une sorte de \u00ab retour vers le futur \u00bb qu\u2019elle propose \u00e0 travers un \u00ab road-movie \u00bb qui en fait tout \u00e0 la fois l\u2019historienne et la biographe, l\u2019h\u00e9ro\u00efne et le t\u00e9moin ainsi que, parce que sa conscience l&rsquo;implique, une victime. Et tout se m\u00eale confus\u00e9ment (volontairement et adroitement) dans cette \u00ab histoire \u00bb o\u00f9 Sandra Ich\u00e9 le dit : \u00ab c\u2019est \u00e0 la suite d\u2019une rupture amoureuse avec Alexandre et parce qu\u2019elle visite une exposition \u00e0 l\u2019institut du monde arabe \u00bb qu\u2019elle ne \u00ab d\u00e9collera \u00bb plus du Liban et de Beyrouth. Le temps du spectacle, elle se transforme ainsi en conteuse d\u2019une histoire qui amalgame histoire vraie, histoire \u00e0 venir et imagin\u00e9e, histoire priv\u00e9e et histoire d\u2019amour\u2026 Comme si, chez Sandra Ich\u00e9, le paysage de la r\u00e9alit\u00e9 et du r\u00e9el \u00e9tait ce que l\u2019on en fait. Comme si l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;HIstoire, et Georges Devreux lui donnerait raison, comporte toujours une part de l&rsquo;observateur dans la chose observ\u00e9e.<br \/>\nA son atelier vid\u00e9o, assise sur une chaise ou s&rsquo;en \u00e9loignant, attentive dans ses manipulations, comme si elle \u00e9tait un rat de biblioth\u00e8que, elle a la physionomie du chercheur qui consulte des micro-fiches. Elle a ce geste de t\u00e2tonnement et d\u2019incertitude qui la conduit parfois \u00e0 esquisser un pas de danse pour se d\u00e9gourdir la pens\u00e9e. En arpenteur de l\u2019histoire, celle du Liban et la sienne qui s\u2019\u00e9pousent, elle est l\u2019enqu\u00eateur, ou celle qui qu\u00eate un sens \u00e0 une guerre fratricide. A son bureau, elle organise sa recherche et fait l&rsquo;exp\u00e9rience des documents qu&rsquo;elle projette.<br \/>\nEt c\u2019est parfois en arabe qu\u2019elle dit une po\u00e9sie, parfois en fran\u00e7ais qu\u2019elle cite Ren\u00e9 Char. Et c\u2019est parfois juste en montrant une carte IGN qu\u2019elle d\u00e9vide ses souvenirs. Et parfois en composant une archive ou en la restituant. Comme si, \u00e0 partir d\u2019un langage qu\u2019elle invente, elle donnait langue au Liban. Elle donnait UNE langue au Liban. C&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;un des moyens d&rsquo;avoir une Histoire, une Identit\u00e9, une m\u00e9moire&#8230;<br \/>\nAinsi va Wagons-libres, au gr\u00e9 de l\u2019humeur ludique et enjou\u00e9e de Sandra Ich\u00e9 qui, tout en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et gravit\u00e9, invite \u00e0 un voyage dans le futur sans omettre de penser le pass\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Un voyage o\u00f9 la recherche la guide dans la construction d&rsquo;une \u0153uvre en recourant au geste du chercheur.  Mani\u00e8re \u00e0 elle de rappeler que l\u2019Histoire s\u2019\u00e9crit en consultant (chercher une r\u00e9f\u00e9rence, s&rsquo;entretenir avec un tiers, t\u00e2tonner dans des documents&#8230;)\u2026 voire en chanson quand elle convoque la chanson des Canuts. Fa\u00e7on \u00e0 elle, de Lyon \u00e0 Beyrouth, de construire un pont et une passerelle de ce qui, chez elle, forme un tout. Mani\u00e8re, encore, peut-\u00eatre, de nous rappeler que nous ne sommes d&rsquo;aucune mani\u00e8re \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;Histoire o\u00f9 qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9crive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etudiante un temps en Histoire, Sandra Ich\u00e9 a consacr\u00e9 un travail de recherche au Liban dans les ann\u00e9es 1990. Sa question n\u2019\u00e9tait autre que celle de la r\u00e9conciliation d\u2019un peuple, d\u2019une nation, d\u2019un pays pris dans la balkanisation de l\u2019orient. 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