


{"id":597,"date":"2013-07-21T18:32:00","date_gmt":"2013-07-21T16:32:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=597"},"modified":"2013-07-21T18:32:00","modified_gmt":"2013-07-21T16:32:00","slug":"voyage-de-lintimite","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/voyage-de-lintimite\/","title":{"rendered":"Voyage de l\u2019intimit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Katie Mitchell propose \u00ab Reise durch die nacht \u00bb (voyage \u00e0 travers la nuit) au gymnase Aubanel du 20 au 23 juillet 2013. \u00ab Reise durch die nacht \u00bb est un roman de Frederike Mayr\u00f6cker, po\u00e9tesse autrichienne qui par fragments et ellipses retrace les souvenirs de R\u00e9gina. R\u00e9gina est au milieu de sa vie, elle vient de perdre son p\u00e8re. Pour la c\u00e9r\u00e9monie, elle cherche \u00e0 \u00e9crire un texte dans le train qui la transporte de nuit, de Paris \u00e0 Vienne. Nuit et deuil, d\u00e9placement et espace temporaire, ingr\u00e9dients propices \u00e0 la mise en route d\u2018une introspection o\u00f9 souvenirs et m\u00e9moire enfouie refont surface. Dans ce roman, la question litt\u00e9raire est au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de Frederike Mayr\u00f6cker. Elle \u00e9crit qu\u2019elle lutte contre la narration lin\u00e9aire qui organise notre exp\u00e9rience. Cherchant l\u2019\u00e9mergence d\u2019une autre forme d\u2019\u00e9criture, Frederike Mayr\u00f6cker tente de d\u00e9velopper chez le lecteur une autre mani\u00e8re de traverser l\u2019espace des mots et de la po\u00e9sie. Katie Mitchell, elle, cherche et d\u00e9veloppe depuis plusieurs ann\u00e9es un langage de la sc\u00e8ne qui rompt avec les codes d\u2019un th\u00e9\u00e2tre surann\u00e9, qui limiterait l\u2019espace sc\u00e9nique aux seuls d\u00e9cors et acteurs, refusant d\u2019int\u00e9grer le monde et ses changements.<\/strong> <\/em><br \/>\nKatie Mitchell pr\u00e9sente des spectacles au festival depuis \u00ab\u00a0Fraulen Julie\u00a0\u00bb en 2011. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re elle avait pr\u00e9sent\u00e9 les Anneaux de Saturne et Ten billions. Comme pour les Anneaux de Saturne, Katie Mitchell cherche \u00e0 mettre en sc\u00e8ne un roman qui est l\u2019espace int\u00e9rieur et la voix intime d\u2019un individu. Ce sont deux voyages, deux travers\u00e9es qui sont en jeu dans les romans de Sebald et Mayr\u00f6cker. Avec \u00ab Reise durch die nacht \u00bb se d\u00e9ploie devant nous une travers\u00e9e qui d\u00e9place, chamboule. Un espace-temps qui se place en travers venant rompre avec une pens\u00e9e-automatique1. Un \u00e9v\u00e9nement, une rupture dans la pens\u00e9e-automatique qui permettent alors \u00e0 l\u2019incertitude et au chaos d\u2019advenir provoquant ce rappel \u00e0 la vie et ses multiples et possibles d\u00e9tours. \u00ab Reise durch die nacht \u00bb met en sc\u00e8ne cette femme dont la pens\u00e9e implose dans l\u2019exploration de sa m\u00e9moire. Katie Mitchell avec l\u2019aide de cinq cam\u00e9ras et des acteurs secondaires, montre cette femme, son implosion et sa difficult\u00e9 \u00e0 observer ce qui se brise. Souvent en gros plan, l\u2019image en directe, cette femme ne sait plus o\u00f9 poser sa t\u00eate, son corps, ses pens\u00e9es. Son visage surexpos\u00e9, ses expressions que nous pouvons scruter, l\u2019intimit\u00e9 de son visage qui nous renvoie \u00e0 une int\u00e9riorit\u00e9 et \u00e0 notre projection sur elle. Ce parti pris de donner \u00e0 voir cette femme ou plut\u00f4t le visage de cette femme rapelle ce que Emmanuel L\u00e9vinas dit du visage et de sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler de l\u2019humanit\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019il interroge celui qui le regarde2.<br \/>\nKatie Mitchell en exposant le visage de cette femme, nous donne \u00e0 voir le contexte dans lequel ce visage est capt\u00e9 par la cam\u00e9ra. Sur sc\u00e8ne, les huit acteurs sont aussi les chefs op\u00e9rateurs de ce r\u00e9cit. Sous l\u2019\u00e9cran o\u00f9 nous suivons R\u00e9gina, la sc\u00e9nographie d\u2019Alex Eales propose un wagon-corail des ann\u00e9es 70-80, o\u00f9 les acteurs jouent les sc\u00e8nes de ce voyage Paris-Vienne : Son impossible chemin vers le sommeil, sa difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9crire un hommage \u00e0 son p\u00e8re pour les fun\u00e9railles, la pr\u00e9sence fantomatique de son mari, son aventure sexuelle avec le contr\u00f4leur&#8230;. Ce voyage et les interrogations de ce personnage, interpr\u00e9t\u00e9e par Julia Wieninger, sont compl\u00e9t\u00e9s par ses souvenirs d\u2019enfance. Souvenirs qui eux aussi sont pr\u00e9sents et repr\u00e9sent\u00e9s dans ce train. Un des compartiments devient la cuisine de son enfance o\u00f9 une sc\u00e8ne tue r\u00e9apparait par fragments tout au long de la proposition.<br \/>\nKatie Mitchell donne \u00e0 voir un trajet et un n\u0153ud, un voyage direct Paris Vienne et la vie int\u00e9rieure de cette femme soumise \u00e0 un s\u00e9isme et ses r\u00e9pliques toutes aussi d\u00e9vastatrices. Mais la metteure en sc\u00e8ne d\u00e9place les axes pour voir cette femme par plusieurs prismes artistiques ; le th\u00e9\u00e2tre dans le train, le cin\u00e9ma et les gros plans de son visage et le son de sa voix que nous n\u2019entendrons que par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une voix off. Voix off pr\u00e9sente et visible dans un compartiment qui retracera la voix int\u00e9rieure de R\u00e9gina. Mais la proposition de Frederike Mayr\u00f6cker de \u00ab rejeter vertement la fa\u00e7on dont la narration lin\u00e9aire organise notre exp\u00e9rience \u00bb n\u2019aura \u00e9t\u00e9 qu\u2019en partie suivie par le spectacle de Katie Mitchell. On aura vu une prouesse technique et l\u2019intelligence d\u2019une mise en sc\u00e8ne qui aura su utiliser un langage diff\u00e9rent pour somme toute nous raconter une histoire narrative.<br \/>\n1-    Une pens\u00e9e-automatique serait cette fa\u00e7on de penser le monde par accumulations. Accumulations au cours d\u2019une p\u00e9riode o\u00f9 la vie suit son cours sans accroc, sans bouleversement. Cette lin\u00e9arit\u00e9 cr\u00e9\u00e9 une pens\u00e9e qui fait que tout finalement s&rsquo;agence parfaitement, s\u2019organise et rejoint une pens\u00e9e en vacance.<br \/>\n2-    \u00ab\u00a0L\u2019infini se r\u00e9v\u00e8le dans le visage d&rsquo;autrui sans qu&rsquo;aucun contenu dogmatique, aucune rationalit\u00e9, aucune d\u00e9monstration philosophique ne soient n\u00e9cessaires. J&rsquo;entre en relation avec lui, et la totalit\u00e9 se brise. L&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 se manifeste. Il est en m\u00eame temps le r\u00e9v\u00e9l\u00e9 et le r\u00e9v\u00e9lateur. Il d\u00e9passe l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;autre en moi, et je suis mis en question. Nous accueillons d&rsquo;abord le visage dans la douceur de la figure f\u00e9minine. Il parle, il est langage et discours. Il ne resplendit pas comme une image, mais comme la production de sens.\u00a0\u00bb Emmanuel Levinas<br \/>\nhttp:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VGyvHKte32I<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Katie Mitchell propose \u00ab Reise durch die nacht \u00bb (voyage \u00e0 travers la nuit) au gymnase Aubanel du 20 au 23 juillet 2013. \u00ab Reise durch die nacht \u00bb est un roman de Frederike Mayr\u00f6cker, po\u00e9tesse autrichienne qui par fragments et ellipses retrace les souvenirs de R\u00e9gina. R\u00e9gina est au milieu de sa vie, elle vient de perdre son p\u00e8re. 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