


{"id":608,"date":"2013-07-14T18:52:00","date_gmt":"2013-07-14T16:52:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=608"},"modified":"2013-07-14T18:52:00","modified_gmt":"2013-07-14T16:52:00","slug":"la-joie-des-liens","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-joie-des-liens\/","title":{"rendered":"Rizzo, la joie des liens"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Christian Rizzo pr\u00e9sente du 7 au 15 juillet D&rsquo;apr\u00e8s une histoire vraie au Gymnase du Lyc\u00e9e Aubanel. Une pi\u00e8ce dans\u00e9e avec deux batteries qui pose la question d&rsquo;une communaut\u00e9, d&rsquo;une fraternit\u00e9, d&rsquo;une camaraderie, d&rsquo;un groupe de jeunes hommes. Elle finit sur une danse de joie et une \u00e9loge \u00e0 l&rsquo;amiti\u00e9 se lib\u00e9rant de contraintes rigides. \u00ab Ouais! \u00bb Noir.<\/strong> <\/em><br \/>\nEn fuyant Gintersdorfer\/Klassen &#8211; on a fil\u00e9 les billets de La fin du Western et La jet set \u00e0 un couple grec &#8211; je fais la queue pour un dernier billet pour le Rizzo qui est d\u00e9j\u00e0 venu quatre fois au Festival d&rsquo;Avignon. Arrive alors quelqu&rsquo;un avec un billet de trop, je sors mon porte-monnaie, et \u2026 il me l&rsquo;offre : \u00ab Les billets doivent circuler. \u00bb C&rsquo;est avec cette joie apr\u00e8s cette d\u00e9ception de Logobi 05 que j&rsquo;entre dans cette gymnase : \u00ab Putain, c&rsquo;est incroyable. \u00bb<br \/>\nOn dirait que sur le plateau flotte un autre plateau, grand rectangle gris assez loin des spectateurs, \u00e9loign\u00e9 comme un laboratoire, avec un petit mur \u00e0 cours, c\u00f4t\u00e9 jardin au fond de sc\u00e8ne, une estrade avec deux batteries. Boules de p\u00e9tanque, chaise, livre, regroup\u00e9s ensemble. Un danseur arrive devant ce rectangle, enl\u00e8ve ses chaussures, rituel connu des c\u00e9r\u00e9monies sacrales, de quelconques temples aux gymnases de kung-fu, entre alors dans l&rsquo;espace et commence \u00e0 s&rsquo;enrouler, se lever. Souvent sur trois ou quatre pattes, attir\u00e9 par le sol, il est rejoint un par un des autres danseurs qui s&rsquo;inscrivent dans le m\u00eame mouvement. Ils ne se battent pas avec la gravit\u00e9, ils la s\u00e9duisent par leur \u00ab fragilit\u00e9 \u00bb, d&rsquo;une posture d&rsquo;humilit\u00e9 et de simplicit\u00e9. On est surpris par la pilosit\u00e9 des danseurs. Cheveux longs, barbes. Le corps est ce qu&rsquo;il est, sans mascarade ou un pari d&rsquo;une \u00e9quipe qui ne se rase plus pour la dur\u00e9e de la comp\u00e9tition.<br \/>\nC&rsquo;est donc ce ch\u0153ur qui s&rsquo;est constitu\u00e9 \u00e0 fur et \u00e0 mesure, cette communaut\u00e9 qui, on ne peut pas dire \u00ab marche au pas \u00bb, mais qui a une rythmique et des gestes en commun. De temps \u00e0 temps, des couples, ou deux unit\u00e9s, \u00e9loign\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre, sortent de cette chor\u00e9graphie de ch\u0153ur et dansent leur danse \u00e0 eux, en miroir, en micro-cellule de la communaut\u00e9, ou fonctionnant comme une intrication quantique qui fait qu&rsquo;une particule A r\u00e9agit imm\u00e9diatement lorsqu&rsquo;on modifie particule B sans qu&rsquo;il y ait lien physique. Les lumi\u00e8res font penser \u00e0 des nuages qui passent en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, quelque part on est hors d&rsquo;un temps; les corps, quand ils tournent ou roulent, \u00e0 des cailloux sous le ressac. Souvent un des danseurs est expuls\u00e9 du groupe, soit mort par terre ou hors du plateau, une sorte de sacrifice ou boucle \u00e9missaire. Fonctionnement d&rsquo;un groupe que l&rsquo;on a probablement tous connu. Il y a des jeux de mains innombrables. Les bras se tiennent, se tournent, s&rsquo;imbriquent formant ainsi des figures de mouvement par moment \u00e9tourdissant. Les corps se fr\u00f4lent, se balance, vibrent doucement \u00e0 d&rsquo;autres moments. Ils se tournent au tour. Parfois quelques uns pourront voir un \u00e9rotisme, une douceur du testost\u00e9rone, dans les rapports entre ces jeunes hommes, d&rsquo;autres une amiti\u00e9 ou une fraternit\u00e9 qui n&rsquo;a aucune raison d&rsquo;\u00eatre pudique face \u00e0 l&rsquo;autre, qui lui veut simplement du bien. On voit le \u00ab lien \u00bb entre ces \u00eatres, on voit tellement le lien qu&rsquo;on voit des v\u00e9ritables lignes se faire et se d\u00e9faire. Plusieurs fois, on reconna\u00eet des gestes et des corps de danses folkloriques ou de rituels jamais vus personnellement. Le pas un peu lourd, trotter lentement, je ne sais comment le dire, avec le regard vers le sol, ils tournent en rond, par exemple, comme pour faire venir un esprit quelconque. Ailleurs, ils se tiennent, portent le poids de l&rsquo;autrui, posent un corps sur un autre, o\u00f9 de ce ch\u0153ur surgissent des variations soliste ou duel, reformant ensuite le corps entier de cette communaut\u00e9. Tout cela se passe sur, ou sous, la musique de Didier Ambact et King Q4, deux batteurs qui font varier la batterie d&rsquo;une subtilit\u00e9 \u00e0 une force d&rsquo;entra\u00eenement explosive, entre Rock et&#8230; autre chose. Et ne me sorte pas de la t\u00eate ce (se) tourner au tour, exemplaire peut-\u00eatre de rituels archa\u00efques, mais qui r\u00e9sonne avec ce que Yannick Butel me disait quelques heures plus t\u00f4t : La critique consiste finalement \u00e0 tourner au tour. Des fois, paff, on a point\u00e9 quelque chose pour continuer ensuite \u00e0 tourner au tour, essayer de nommer. Et je vois ces danseurs tourner, et qui, vers la fin entrent et sortent du plateau librement, sans se soucier des chaussures, de comment prendre cet espace, plus besoin d&rsquo;une sorte de sacralit\u00e9. La chor\u00e9graphie est beaucoup moins rigide, chacun a gagn\u00e9 une libert\u00e9, mais ils sont ensemble, danse avec joie pour finir dans un cri de joie, ayant r\u00e9alis\u00e9 cette communaut\u00e9 possible. Un cri de joie \u00e0 l&rsquo;amiti\u00e9, ou pour nous montrer enfin ce qu&rsquo;est la fraternit\u00e9.<br \/>\nAmiti\u00e9 aussi dans la critique, et vous pouvez lire sur le m\u00eame spectacle ici et ici et ici et ici.Tournons autour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christian Rizzo pr\u00e9sente du 7 au 15 juillet D&rsquo;apr\u00e8s une histoire vraie au Gymnase du Lyc\u00e9e Aubanel. 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