


{"id":610,"date":"2013-07-14T18:54:00","date_gmt":"2013-07-14T16:54:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=610"},"modified":"2013-07-14T18:54:00","modified_gmt":"2013-07-14T16:54:00","slug":"la-needcompany-chante-le-mauvais-et-le-bon-amour","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-needcompany-chante-le-mauvais-et-le-bon-amour\/","title":{"rendered":"La needcompany chante le mauvais et le bon amour"},"content":{"rendered":"<p><strong> <em>Jan Lauwers, metteur en sc\u00e8ne belge de th\u00e9\u00e2tre et de danse, artiste visuel, fonde la needcompany, collectif multidisciplinaire en 1986 avec Grace Ellen Barkey. Il pr\u00e9sente au cloitre des Carmes, \u00ab Place du march\u00e9 76 \u00bb, jusqu&rsquo;au 17 juillet.<\/em> <\/strong><br \/>\nA cour, des costumes oranges vifs sont suspendus, une pelle, quelques instruments, une petite estrade faite de quelques planches.<br \/>\nA jardin, un petit salon de musique, un piano, des instruments, un lustre en cristal, un faux chien. Des costumes sont \u00e9galement suspendus, un peu plus \u00e9l\u00e9gants, pourtant plus ternes.<br \/>\nAu centre, encadr\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 par une table en fa\u00efence et un fauteuil roulant, et de l&rsquo;autre une colonne translucide, une estrade, \u00e9vid\u00e9e en son centre : la fontaine du village, ode \u00e0 venus et \u00e0 l&rsquo;amour.<br \/>\nUn petit grill la surplombe flanqu\u00e9 de deux haut-parleurs. La place du village attend une comm\u00e9moration.<br \/>\nEn trois actes et un \u00e9pilogue, quatre saisons, o\u00f9 se concentrent les faits-divers les plus atroces, les concours de circonstances les plus absurdement affreux, deux maitres de c\u00e9r\u00e9monie, Sergent Pepper(J Lauwers lui-m\u00eame) et un balayeur, tout de orange v\u00eatus, pr\u00e9sentent une ann\u00e9e de ce personnage principal, le village.<br \/>\nOn comm\u00e9more un accident, sournois et sans odeur, l&rsquo;explosion d&rsquo;une bouteille de gaz, qui d\u00e9cima une partie du village, enfants y compris, accident qui plonge les villageois dans le doute, la culpabilit\u00e9 et l&rsquo;horreur.<br \/>\nETE<br \/>\nLa needcompany danse et chante la monstruosit\u00e9 d&rsquo;un enfant qui se jette par la fen\u00eatre sous les yeux de sa soeur ce jour de comm\u00e9moration.<br \/>\nUn radeau g\u00e9ant, fait de pneus et d\u2019animaux gonflables ternes, pendant sombre d&rsquo;une sculpture \u00e0 la Jeff Koons, transporte dans le village un autre personnage orange, alter ego du balayeur-maitre de c\u00e9r\u00e9monie, venu de nulle part, un \u00e9tranger, n\u00e9anmoins familier car affubl\u00e9 de la m\u00eame tache de naissance noire sur le visage.<br \/>\nLe nouveau venu avin\u00e9, tente, \u00e0 la fin de la c\u00e9l\u00e9bration, d&rsquo;abuser de la jeune fille qui vient de perdre son fr\u00e8re.<br \/>\nCelle-ci est imm\u00e9diatement enlev\u00e9e par un autre homme, et s\u00e9questr\u00e9e sous la fontaine du village. Les tortures de la s\u00e9questration et du viol sont montr\u00e9s, film\u00e9s en plan tr\u00e8s serr\u00e9s, visibles dans un \u00e9cran de TV, qui met \u00e0 distance, focalise et concentre la violence tout autant.<br \/>\nLa jeune fille a la force de tenir debout gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e8re qui lui parle par le truchement du fant\u00f4me du petit fr\u00e8re, marionnette enfantine et inqui\u00e9tante, qui elle aussi concentre l\u2019horreur.<br \/>\nAu bout de 76 jours, la jeune fille se lib\u00e8re et rejoint sa m\u00e8re, au moment o\u00f9 elle se suicide.<br \/>\nUn homme-b\u00eate monstrueux rampe sur les morts.<br \/>\nAUTOMNE<br \/>\nChacun a enfil\u00e9 des bottes de caoutchouc, comme pour se prot\u00e9ger de la merde dans laquelle on doit marcher. Des fiantes de pigeons pleuvent.<br \/>\nLe tortionnaire est arr\u00eat\u00e9 puis tombe dans la fontaine o\u00f9 les villageois le laisseront se noyer.<br \/>\nLa jeune fille s\u00e9questr\u00e9e a servi d\u2019\u00e9cran \u00e0 la propre fille du tortionnaire: elles nouent une amiti\u00e9 sur ce fondement, se parent de orange comme les morts, qui maintenant suivent la jeune victime comme son ombre.<br \/>\nLe plombier mort est suspendu \/pendu (crucifi\u00e9?) au dessus de la fontaine.<br \/>\nLa femme du tortionnaire qui a tent\u00e9 de prot\u00e9ger sa fille, et a aid\u00e9 la jeune victime \u00e0 fuir, mais a attendu 76 jours, devra donc expier.<br \/>\nElle sera enferm\u00e9e \u00e0 son tour pendant 76 jours, symbolis\u00e9e par la colonne de verre, qui sera d\u00e8s lors centrale dans la sc\u00e9nographie.<br \/>\nLa p\u00e9nitence prendra fin si un membre du village d\u00e9cide de la lib\u00e9rer avant.<br \/>\nLe fant\u00f4me du tortionnaire jusqu\u2019\u00e0 la fin viendra hanter le village de ses danses, peint comme un squelette de carnaval mexicain.<br \/>\nHIVER<br \/>\nChacun rev\u00eat des manteaux, oranges, moelleux comme des peluches pour les uns; Sombres, ternes, bruns pour les autres. Des toques d\u00e9mesur\u00e9es, ridicules, s&rsquo;ajoutent \u00e0 cela. Il neige, un homme coupe du bois en fond de sc\u00e8ne.<br \/>\nOn d\u00e9couvre d&rsquo;autres secrets:la femme du tortionnaire a assist\u00e9 au suicide de la m\u00e8re martyre ; l\u2019\u00e9tranger a supprim\u00e9 ses camarades sur le radeau pour en \u00eatre le dernier survivant&#8230;<br \/>\nUn village dans le village, \u00e0 la couleur orange, grossit, attisant la haine de ceux qui restent ; Rejoint pas d&rsquo;autres qui souffrent ou qui meurt, comme cette femme, responsable de l&rsquo;accident initial, qui finit par obtenir de son mari qu&rsquo;il la tue.<br \/>\nLes quelques hommes qui restent du village originel, profitent des services tarif\u00e9s de la femme du tortionnaire toujours enferm\u00e9e.<br \/>\nEPILOGUE \/ LE PRINTEMPS<br \/>\nDe monstruosit\u00e9s en monstruosit\u00e9s, le village termine son histoire dans un chant d&rsquo;amour, o\u00f9 les victimes et les bourreaux s\u2019aiment, apr\u00e8s l&rsquo;accouchement grotesque de la prostitu\u00e9, qui fait naitre un enfant sans p\u00e8re, absurdement g\u00e9ant, poup\u00e9e gonflable dissimulant la fontaine du village, que l&rsquo;on nommera \u00ab Amor \u00bb.<br \/>\nCette dichotomie irrigue toute \u00ab Place du march\u00e9 76 \u00bb : le chant du \u00ab mauvais amour \u00bb, celui sali entre un fr\u00e8re et une soeur, entre un bourreau et sa victime, amour incestueux entre un p\u00e8re une fille, celui de la m\u00e8re qui ne prot\u00e8ge pas sa fille, de la femme qui pardonne le pire \u00e0 son mari, s&rsquo;allie au chant du \u00ab bon amour \u00bb, qui nait dans la r\u00e9silience, la construction de soi au del\u00e0 du malheur , le soutien des autres qui renforce, qui aide \u00e0 survivre \u00e0 tout.<br \/>\nLa dualit\u00e9 de la pi\u00e8ce est pr\u00e9sente \u00e9galement au travers de l&rsquo;usage de deux langues, en permanence m\u00eal\u00e9es tout au long de l&rsquo;histoire.<br \/>\nDualit\u00e9 de la place du public, \u00e0 la fois t\u00e9moin et spectateur. Double pr\u00e9sentation par deux maitres de c\u00e9r\u00e9monie, double balayeurs, double jeu des performeurs dans une mise en abime des dissensions mises en sc\u00e8ne des membres de la needcompany.<br \/>\nCette duplicit\u00e9 appuie la complexit\u00e9 du discours : la couleur orange tr\u00e8s fortement pr\u00e9sente tout au long de la pi\u00e8ce est la couleur des tenues de s\u00e9curit\u00e9 qui prot\u00e8gent. Mais dans un pays de double culture comme la Belgique d&rsquo;o\u00f9 Jan Lauwers est originaire, elle n&rsquo;est pas sans rappeler la couleur des n\u00e9erlandophones. Double groupe qui s\u2019affronte dans un m\u00eame village. Double culture que des nationalistes aimeraient voir mises dos \u00e0 dos.<br \/>\nJan Lauwers met en mouvement dans une geste r\u00e9solument politique, une compagnie compos\u00e9e de neuf nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes, dans une exub\u00e9rance macabre, foutraque et jubilatoire, parfois \u00e0 l\u2019exc\u00e8s.<br \/>\nR\u00e9solument positif et optimiste Jan Lauwers, s&rsquo;il n&rsquo;arrive n\u00e9anmoins pas \u00e0 convaincre par la superposition et l&rsquo;accumulation des \u00e9v\u00e9nements sensationnalistes, r\u00e9ussit n\u00e9anmoins \u00e0 nous s\u00e9duire par la pr\u00e9sence et l\u2019\u00e9nergie r\u00e9jouissante de ses com\u00e9diens, danseurs, chanteurs, musiciens, et \u00e0 nous emporter par son humanisme absolu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jan Lauwers, metteur en sc\u00e8ne belge de th\u00e9\u00e2tre et de danse, artiste visuel, fonde la needcompany, collectif multidisciplinaire en 1986 avec Grace Ellen Barkey. 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