


{"id":616,"date":"2013-07-13T19:00:00","date_gmt":"2013-07-13T17:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=616"},"modified":"2013-07-13T19:00:00","modified_gmt":"2013-07-13T17:00:00","slug":"traversee-de-village-sans-ame","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/traversee-de-village-sans-ame\/","title":{"rendered":"Travers\u00e9e de village sans \u00e2me."},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>L&rsquo;artiste associ\u00e9 Stanislas Nordey au festival d&rsquo;Avignon &#8211; avec Dieudonn\u00e9 Niangouna &#8211; y met en sc\u00e8ne \u00ab\u00a0Par les villages\u00a0\u00bb, de Peter Handke. Et pr\u00e9sente ainsi \u00e0 la Cour d&rsquo;honneur 4 heures d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;on pensait disparu.<\/strong> <\/em><br \/>\n Il y a comme \u00e7a des miracles qui n\u2019arrivent pas.<br \/>\nEn entrant dans la Cour d\u2019honneur du Palais des Papes pour d\u00e9couvrir la mise en sc\u00e8ne du texte Par les villages de Peter Handke par Stanislas Nordey, il avait fallu, d\u00e9j\u00e0, se laver  de tout ce que l\u2019on avait pu voir de lui jusque l\u00e0. Oublier sa fa\u00e7on monocorde de donner \u00e0 entendre un texte. Oublier sa rigidit\u00e9 et ses codes. Et entrer avec cette page blanche, celle que se doit d\u2019avoir celui qui aime \u00e0 pratiquer ce que Jean-Fran\u00e7ois Perrier nomme si joliment le \u00ab m\u00e9tier de spectateur \u00bb.<br \/>\nLe nettoyage n\u2019aura servi \u00e0 rien.<br \/>\nDans le texte de Peter Handke il y a cet homme, Hans, l&rsquo;ouvrier, qui est rest\u00e9 au village, qui est rest\u00e9 dans la maison, qui a tenu avec sa soeur tandis que l&rsquo;autre fr\u00e8re, Gregor, partait \u00e9tudier, et s&rsquo;effa\u00e7ait. Handke sculpte pour lui une langue musicale. Et il y a ce po\u00e8me dramatique. Final. Celui de Nova.<br \/>\nNova ouvre aussi le texte. Alors on relit. \u00c0 Gregor elle dit : \u00ab Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n&rsquo;aie pas d&rsquo;intention. Evite les arri\u00e8res-pens\u00e9es. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et m\u00e9prise la victoire. N&rsquo;observe pas, n&rsquo;examine pas, mais reste pr\u00eat pour les signes, vigileant. Sois in\u00e9branlable. \u00bb Et l&rsquo;on voudrait relire cela \u00e0 l&rsquo;oreille du metteur en sc\u00e8ne.<br \/>\nStanislas Nordey inscrit ce texte remarquable dans une coquille d\u2019\u0153uf, et dans une sc\u00e9nographie digne des ann\u00e9es 80.<br \/>\nSi les cabanes de chantier, d\u2019un bleu tout neuf, passent en premi\u00e8re partie, leurs revers, des fa\u00e7ades blanches arboris\u00e9es, fr\u00f4lent le path\u00e9tique. Si la premi\u00e8re heure saisit pour la radicalit\u00e9 d\u2019un choix qui place le mot au c\u0153ur et les acteurs en nudit\u00e9, sur la continuit\u00e9 ne se d\u00e9roule qu\u2019une implacable monotonie. Une musique \u00e0 un seul temps, sans tempo.<br \/>\nTous, dans cette toile frigide, semblent se d\u00e9battre. Laurent Sauvage a suffisamment de pr\u00e9sence pour donner au r\u00f4le de Gregor la froideur qui l\u2019enferme. De m\u00eame qu&rsquo;Annie Mercier dont la voix cass\u00e9e insuffle l\u2019\u00e2me \u00e0 L\u2019Intendante \u2013 \u00ab Qui entend ma voix ? \u00d4 temps ! \u00bb. Mais cela ne suffit pas. Emmanuelle Beart, seule, offrira la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une pr\u00e9sence. Elle est l\u00e0, dans cette famille d\u00e9chir\u00e9e, dans cette d\u00e9rive, dans ce village perdu. L\u00e0 jusqu\u2019au bout, lorsque tous \u2013 sauf \u00e9trangement l\u2019ouvrier Hans (Stanislas Nordey) qui reste debout sur le plateau \u2013 se posent assis sur un banc, de c\u00f4t\u00e9, observateurs doucement emprisonn\u00e9s, contrits, par les mots de Nova (Jeanne Balibar). L\u00e0, ne l\u00e2chant jamais son r\u00f4le, tandis que Jeanne Balibar se jette dans le monologue de Nova comme dans un dernier round, qu\u2019il faudra bien remporter, mari\u00e9e qu&rsquo;elle est \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9. Et pour ne pas sombrer, on s\u2019accroche, comme elle, aux mots \u00e9pel\u00e9s. Et lorsqu\u2019elle en termine les spectateurs l\u2019applaudissent, comme l\u2019on applaudit une travers\u00e9e solitaire. Redjep Mitrovisca dans sa sublime interpr\u00e9tation des Cahiers de Nijinski, en \u00e9tait devenu la voix. Ici, la voix dispara\u00eet.<br \/>\nPour qui s\u2019attelle \u00e0 deviner la trace que laisse  sur un texte celui qui tente le voyage, ne se d\u00e9couvre l\u00e0 qu\u2019une structure, un code, un outil, non un imaginaire. Le pire \u00e9tant le jeu de Stanislas lui-m\u00eame. Tremblant de vide. L\u00e0 o\u00f9 un Claude R\u00e9gy sait deviner la musicalit\u00e9 des mots, sait \u00e9lever le texte au niveau des images, avec cette force de traduction qui lui appartient, l&rsquo;entr\u00e9e en un infini silence po\u00e9tique, Stanislas Nordey plaque une interpr\u00e9tation. Un endormissement. D\u00e8s lors dans ce Par les villages, le texte seul tient la Cour debout jusqu\u2019au bout.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;artiste associ\u00e9 Stanislas Nordey au festival d&rsquo;Avignon &#8211; avec Dieudonn\u00e9 Niangouna &#8211; y met en sc\u00e8ne \u00ab\u00a0Par les villages\u00a0\u00bb, de Peter Handke. Et pr\u00e9sente ainsi \u00e0 la Cour d&rsquo;honneur 4 heures d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;on pensait disparu. Il y a comme \u00e7a des miracles qui n\u2019arrivent pas. 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