


{"id":619,"date":"2013-07-13T19:02:00","date_gmt":"2013-07-13T17:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=619"},"modified":"2013-07-13T19:02:00","modified_gmt":"2013-07-13T17:02:00","slug":"collage-numerique","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/collage-numerique\/","title":{"rendered":"Collage num\u00e9rique"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>\u00c9tant donn\u00e9e est une cr\u00e9ation collective autour de l&rsquo;auteur C\u00e9cile Portier, contenant une exposition, un jeu interactif et une performance multim\u00e9dia. La pi\u00e8ce est pr\u00e9sent\u00e9 du 8 au 15 juillet 2013 \u00e0 la Chartreuse, dans le cadre du 67e Festival d&rsquo;Avignon. En s&rsquo;en servant des outils num\u00e9riques ainsi que de l&rsquo;installation et de la langue parl\u00e9e, les artistes interrogent les extentions de la pr\u00e9sence humaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat actuel. L&rsquo;espace num\u00e9rique est devenu essentiel pour nos vies quotidiennes et professionelles, mais \u00ab\u00a0y a-t-il quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb?<\/strong> <\/em><br \/>\nC\u00e9ramique, lumi\u00e8re, un cr\u00e2ne d&rsquo;animal, tissu, fil, m\u00e9tal, bois, lumi\u00e8re, des ailes d&rsquo;oiseau, des aigus. Voil\u00e0 quelques mat\u00e9riaux qui forment les objets expos\u00e9s dans une petite salle \u00e0 la Chartreuse. C&rsquo;est une exposition de Alexandra Loewe. La femme nue sur un tableau est priv\u00e9e de son visage. On a attach\u00e9 des fils \u00e0 une robe qui est pendu sur le mur, les fils se perdent sur le sol de la salle. Des \u00e9normes ciseaux semblent avoir coup\u00e9 des ailes d&rsquo;oiseau, cousus sur des petits coussins. Tout est fragment\u00e9. On peut imaginer des objets int\u00e8gres, fantastiques. Dispers\u00e9es comme \u00e7a ils sont d\u00e9rangeantes mais laissent place \u00e0 l&rsquo;imagination.<br \/>\nOn nous appelle pour entrer dans la salle de repr\u00e9sentation. On passe par une autre petite salle, l\u00e0 il se trouvent sur des tables quelques puzzles. Je m&rsquo;approche pour voir l&rsquo;image repr\u00e9sent\u00e9 sur les pi\u00e8ces que quelqu&rsquo;un a d\u00e9j\u00e0 mis en ordre : ce sont des photographies de visages. Mais des pi\u00e8ces de diff\u00e9rentes visages forment un ensemble, les spectateurs les ont compos\u00e9s comme ils voulaient. Ce sont des portraits en (d\u00e9-)construction permanente.<br \/>\nDans la troisi\u00e8me salle le fonds de sc\u00e8ne est form\u00e9 par des tissus blanc qui pendent \u00e0 diff\u00e9rentes distances du public. Ce sont des rideaux que les deux com\u00e9diennes et cr\u00e9atrices de \u00c9tant donn\u00e9e continueront \u00e0 ouvrir et \u00e0 fermer pendant la pi\u00e8ce. Ils serviront \u00e0 cacher et \u00e0 d\u00e9voiler les deux personnes, ainsi que comme fonds pour des projections d&rsquo;images. Plus concr\u00e8tement la projection de l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;un ordinateur o\u00f9 s&rsquo;ouvreront et fermeront des fen\u00eatres pour montrer des films, des graphiques digitales, un programme pour la construction de figures anim\u00e9es, le bureau avec des diff\u00e9rentes fichiers&#8230; La sc\u00e9nographie interagisse ainsi avec le mouvement et les paroles des deux femmes. L&rsquo;ensemble fait penser aux couches dans un programme de retouche image. C&rsquo;est une collage \u00e0 moiti\u00e9 digitale et quand m\u00eame vivante, car elle est travers\u00e9 et manipul\u00e9 par des personnes.<br \/>\nLes travaux litt\u00e9raires de C\u00e9cile Portier sont publi\u00e9s entre autre dans son blog (Petiteracine.net), et aussi les collaborateurs pour le projet \u00c9tant donn\u00e9e travaillent dans l&rsquo;espace num\u00e9rique : graphisme, vid\u00e9o, son&#8230; Ils se sont r\u00e9unis pour interroger cet espace qui est devenu ins\u00e9parable de nos vies, car ne pas seulement notre travail se produit l\u00e0 dedans mais aussi notre personnalit\u00e9 s&rsquo;en inscrit et tous ces activit\u00e9s laissent des traces.<br \/>\nUn jour j&rsquo;ai fait la connaissance d&rsquo;une dame qui a fond\u00e9 sa propre entreprise selon une urgence actuelle : elle s&rsquo;occupe de l&rsquo;\u00e9limination de ces traces num\u00e9riques, laiss\u00e9s par des personnes apr\u00e8s leur mort. C&rsquo;est facile, voir n\u00e9cessaire, d&rsquo;exister dans l&rsquo;espace num\u00e9rique. De y faire des transactions, des \u00e9changes d&rsquo;information, de cr\u00e9er des profils dans des r\u00e9seaux sociaux, de chercher et de trouver des sources d&rsquo;information, de cr\u00e9er une plat-forme de pr\u00e9sentation de son travail, de suivre ce que font les autres personnes, entreprises, nations. On apprend faire des pas et s&rsquo;orienter comme on le fait physiquement quand on est enfant. Mais la morte physique est beaucoup plus radicale. L&rsquo;existence physique s\u2019\u00e9teint d&rsquo;un coup, le profil num\u00e9rique doit \u00eatre supprim\u00e9. J&rsquo;imagine l&rsquo;espace num\u00e9rique comme une zone peupl\u00e9 par des avatars et des sortes d&rsquo;\u00e2mes digitales abandonn\u00e9es.<br \/>\nM\u00eame si tous les collaborateurs de \u00c9tant donn\u00e9e ont une pratique professionnelle qui se positionne et interroge l&rsquo;espace num\u00e9rique, on a l&rsquo;impression que le spectacle transpire une sorte de m\u00e9lancolie. Quelque chose comme une inqui\u00e9tude de perdre l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 personnelle, peut-\u00eatre celle de l&rsquo;\u00e2me, en se bougeant dans la virtualit\u00e9, comme si les traces laiss\u00e9s l\u00e0 seraient des pi\u00e8ces coup\u00e9es et mortes.<br \/>\n\u00ab Peut on capturer la pr\u00e9sence ? \u00bb demande une des com\u00e9diennes, illumin\u00e9 par la lumi\u00e8re froide d&rsquo;un iPad sur lequel elle lit son texte. La question de l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 et la fragmentation de la propre personne est une question qui interroge, c&rsquo;est vrai. Autant plus aujourd&rsquo;hui car notre pr\u00e9sence n&rsquo;est plus limit\u00e9 \u00e0 notre corps mais capable, en mani\u00e8re virtuelle, de voyager par des satellites et d&rsquo;observer et se faire entendre aux lieux les plus lointains. Malheureusement le spectacle \u00c9tant donn\u00e9, m\u00eame en s&rsquo;en servant des outils num\u00e9riques et de la langue parl\u00e9e, ne rajoute pas quelque chose \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience que le spectateur \u00e0 d\u00e9j\u00e0 pu avoir en visitant attentivement l&rsquo;exposition de Alexandra Loewe. \u00ab La question est: y a-t-il quelqu&rsquo;un ? \u00bb demande la com\u00e9dienne. J&rsquo;ai envie de r\u00e9pondre avec une phrase que j&rsquo;ai lu dans le programme du 67e Festival d&rsquo;Avignon pour Rausch de Falk Richter : \u00ab (\u2026) \u00e0 l&rsquo;heure d&rsquo;une crise omnipr\u00e9sente, (\u2026) avec des moyens de communication offrant de nouveaux r\u00e9seaux sociaux et affectifs. Il n&rsquo;est plus temps d&rsquo;avoir peur du changement, mais d&rsquo;imaginer d&rsquo;autres formes d&rsquo;\u00eatre ensemble. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tant donn\u00e9e est une cr\u00e9ation collective autour de l&rsquo;auteur C\u00e9cile Portier, contenant une exposition, un jeu interactif et une performance multim\u00e9dia. La pi\u00e8ce est pr\u00e9sent\u00e9 du 8 au 15 juillet 2013 \u00e0 la Chartreuse, dans le cadre du 67e Festival d&rsquo;Avignon. En s&rsquo;en servant des outils num\u00e9riques ainsi que de l&rsquo;installation et de la langue parl\u00e9e, les artistes interrogent les extentions de la pr\u00e9sence humaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat actuel. 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