


{"id":623,"date":"2013-07-12T21:14:00","date_gmt":"2013-07-12T19:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=623"},"modified":"2013-07-12T21:14:00","modified_gmt":"2013-07-12T19:14:00","slug":"au-marche-brecht-au-caca-de-mouette","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/au-marche-brecht-au-caca-de-mouette\/","title":{"rendered":"Au March\u00e9: Brecht au caca de mouette"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Jan Lauwers et la Needcompany pr\u00e9sente dans ce 67e Festival d&rsquo;Avignon du 8 au 17 juillet entre les vo\u00fbtes du Clo\u00eetre des Carmes son nouveau r\u00e9cit cr\u00e9\u00e9 en 2012 : Place du March\u00e9 76. R\u00e9ponse au film Dogville de Lars von Trier, une petite communaut\u00e9 traverse une panoplie d&rsquo;horreurs. \u00c0 quoi tient une communaut\u00e9? Pour vendre le punch : la r\u00e9ponse utopique de Lauwers consiste en un appel \u00e0 l&rsquo;amour.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>\u00c9t\u00e9 :<\/em><br \/>\nJan Lauwers fonda avec Grace Ellen Barkey en 1986 la Needcompany1 qui est un groupe r\u00e9unissant diff\u00e9rents artistes internationales d&rsquo;arts divers : musique, th\u00e9\u00e2tre, performance, danse&#8230; Les premiers travaux de la compagnie, Need to know et \u00e7a va figurait d\u00e9j\u00e0 sous une forme de composition fragmentaire, qui persistait pour la suite, mais dans laquelle le r\u00e9cit prenait de plus en plus de place. Invit\u00e9 r\u00e9gulier au Festival d&rsquo;Avignon, il pr\u00e9senta notamment La chambre d&rsquo;Isabella en 2004 et revint en 2005, 2006 et 2009. Apr\u00e8s entre autre avoir travaill\u00e9 pour la Documenta X de Kassel en 1997, il cr\u00e9a l&rsquo;ann\u00e9e dernier Marketplace 76 dans le cadre de la Ruhrtriennale \u00e0 Bochum. On peut situer son travail, comme tant d&rsquo;autres l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 fait, dans une suite du travail de Brecht. Ses r\u00e9cits veulent toujours s&rsquo;inscrire dans ce monde et notamment dans la question de la communaut\u00e9. Ils sont intercal\u00e9s de musiques dont Brecht s&rsquo;est servi pour son fameux Verfremdungseffekt, dans la mauvaise traduction : distanciation. Sa d\u00e9construction de la fiction et de l&rsquo;illusion, son travail entre jeu et performance, entre r\u00e9cit et situation jou\u00e9, peut \u00eatre compris comme un fonctionnement brechtien de la construction. Ainsi, on peut lire dans le dossier de presse : \u00ab Brecht is often mentioned when people are talking about my plays. I do recognize myself in his demand for rage. The first image I had for this production was that of street-cleaners in their orange uniforms. We don&rsquo;t pay the slightest attention to them. We hardly see them. This indifference is shocking. Some of them are highly educated and when they come here they have to clear up our dirt. Is it a coincidence that they are all foreigners, Africans and North-Africans? It&rsquo;s not even a question of skin colour. It&rsquo;s all about a group of people who are completely outside the system and are also kept there. [&#8230;] \u00bb<br \/>\n<em>Automne :<\/em><br \/>\n\u00ab Nous avons besoin [\u2026] des histoires \u00bb2<br \/>\ndit-il. Parlons de l&rsquo;histoire : Une communaut\u00e9 d&rsquo;un village traverse une panoplie de malheurs et d&rsquo;horreurs clivant cette communaut\u00e9 en deux et o\u00f9 la jurisprudence tombe dans l&rsquo;eau. Nous commen\u00e7ons un an apr\u00e8s une explosion de gaz sur la place du march\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer les 24 morts, dont sept enfants, que cet accident a provoqu\u00e9 et traversons \u00e9t\u00e9, automne et hiver. Juste avant ce moment c\u00e9r\u00e9moniel, un gar\u00e7on saute de la fen\u00eatre apr\u00e8s avoir eu un rapport quelque part incestueux avec sa s\u0153ur. Les probl\u00e8mes relationnelles r\u00e9sultant du deuil sont visibles pour tout le monde sur la place public. Tombe alors un canot de sauvetage gonflable du ciel et am\u00e8ne \u00ab Bigleux \u00bb, sorte de fr\u00e8re du \u00ab Balayeur \u00bb. Apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 \u00ab Bigleux \u00bb parce que trop direct dans ses approches, \u00ab Pauline \u00bb se fait enfermer et maltraiter pendant 76 jours par le \u00ab plombier \u00bb dans les catacombes en dessous de la fontaine de la place : \u00ab Fons Amoris \u00bb. Quand elle r\u00e9ussit enfin de se lib\u00e9rer, sa m\u00e8re se suicide. Le jugement du \u00ab plombier \u00bb finit dans le meurtre de celui-ci, sa femme, complice, est enferm\u00e9e dans sa maison, mais que chaque habitant peut lib\u00e9rer d\u00e8s qu&rsquo;il consid\u00e8re que la p\u00e9nitence aura dur\u00e9 assez longtemps. Mani\u00e8re de tenter de responsabiliser les membres de la communaut\u00e9, mais qui fait peser sur la conscience sans changer la donne. Finalement, la femme du \u00ab plombier \u00bb, cor\u00e9enne, doit \u00eatre chass\u00e9e du village quand ils apprennent qu&rsquo;elle est une prostitu\u00e9e et que nombreux hommes du village ont couch\u00e9 \u00ab sur, dans, non, avec \u00bb elle, mais peut rester quand elle donne naissance \u00e0 un b\u00e9b\u00e9 gigantesque appel\u00e9 \u00ab Amor \u00bb dont on ne conna\u00eet pas son p\u00e8re.<br \/>\nFable d&rsquo;une communaut\u00e9 qui au tour de la place du march\u00e9, peut-\u00eatre cellule de base du capitalisme, exp\u00e9rimente comment les id\u00e9aux de l&rsquo;\u00e9tat de droit sont \u00e9branl\u00e9s par les malheurs que cette communaut\u00e9 doit traverser. Fable qui se passe sur cette place principalement \u00e9conomique, mais qui n&rsquo;a finalement pas une grande influence dans le r\u00e9cit. Une communaut\u00e9 fragment\u00e9e qui retrouve son unit\u00e9 dans la naissance de ce \u00ab fils de pute \u00bb sur-dimensionn\u00e9 et dans l&rsquo;amour g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. C&rsquo;est la r\u00e9ponse utopique de Lauwers \u00e0 van Trier.<br \/>\n<em>Hiver :<\/em><br \/>\nLa salle de ce jeudi soir est remplie d&rsquo;une jeunesse qu&rsquo;on ne voit pas si nombreuse dans les autres spectacles du festival. Derri\u00e8re moi, \u00e7a rit, \u00e7a cri. Certes, on n&rsquo;est pas venu voir un R\u00e9gy. La lumi\u00e8re baisse et Jan Lauwers lui-m\u00eame vient en avant sc\u00e8ne nous saluer et pr\u00e9senter la situation du d\u00e9part, les personnages, etc. Il interviendra plus tard dans la pi\u00e8ce, entre autre pour annoncer Acte 1, sc\u00e8ne 1, Acte 1, sc\u00e8ne 2, Acte 1, sc\u00e8ne 3, Acte 1, sc\u00e8ne 4\u2026 vous aurez compris, et jouant la guitare et autre chose en avant-sc\u00e8ne c\u00f4t\u00e9 jardin. Les didascalies seront dites, principalement par le \u00ab Balayeur \u00bb, possible de voir le symbole un peu ennuyeuse que l&rsquo;action ne fonctionnerai pas sans ce balayeur de rue, une sorte de prol\u00e9tariat de notre Europe. Plus tard, c&rsquo;est le mort du \u00ab plombier \u00bb qui d\u00e9range, qui \u00ab fait chier \u00bb, jetant trop de neige ou giclant du caca de mouette dans la figure d&rsquo;une actrice. Mani\u00e8re, peut-\u00eatre, un peu ennuyeuse de symboliser les morts qui guettent, les fant\u00f4mes qui ne veulent pas sortir de notre conscience, nous hantent avec leurs conneries, notre incapacit\u00e9 d&rsquo;oublier. Le petit incestueux est repr\u00e9sent\u00e9 par une marionnette jou\u00e9e par la m\u00e8re qui se suicide un moment&#8230;<br \/>\nLa fable est intercal\u00e9e par des morceaux de musique que apparemment trois compositeurs diff\u00e9rents ont compos\u00e9, dont n&rsquo;apparaissent pourtant pas clairement les singularit\u00e9s, sorte de Pop-rock folklorique, intercal\u00e9e ou superpos\u00e9e encore par des moments de danse ou des actions \u00ab secondaires \u00bb prenant forme de sketch. Le moment de l&rsquo;abus sexuel de \u00ab Pauline \u00bb sort de l&rsquo;ensemble tant dans sa forme que dans ce que cela \u00e9voque. Un homme, le \u00ab plombier \u00bb, arrive nu sur le plateau, allume un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision au milieu de la sc\u00e8ne, va en arri\u00e8re de la \u00ab fontaine \u00bb et on a droit aux gros plans du visage tortur\u00e9 et du bas ventre, o\u00f9 \u00ab Pauline \u00bb est oblig\u00e9e de mettre sa main dans ses culottes et de se masturber. Criant, se battant, l&rsquo;image en couleur chair, mais sans pouvoir les apercevoir r\u00e9ellement sur le plateau (il n&rsquo;y a que des ombres sur le mur du fond), la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale est \u00e9vacu\u00e9e et l&rsquo;horreur passe par cet \u00e9loignement de la repr\u00e9sentation. Elle est \u00e9vacu\u00e9e au nom de l&rsquo;\u00e9cran et on peut sous-entendre une critique de ce monde des \u00e9crans o\u00f9 tout le faux peut para\u00eetre si vrai. C&rsquo;est l\u00e0 peut-\u00eatre le seul moment o\u00f9 l&rsquo;on ne peut pas s&rsquo;\u00e9chapper d&rsquo;une illusion qui est construite th\u00e9\u00e2tralement avant et dans la suite, mais qui ne pr\u00e9tend jamais enfermer le spectateur dans une r\u00e9ception unique. Une illusion (t\u00e9l\u00e9visuel?, webcam?, cin\u00e9matographique?) qui est oppos\u00e9e, et par l\u00e0 renforc\u00e9e, \u00e0 la marionnette (si th\u00e9\u00e2trale) de \u00ab Oskar \u00bb et sa m\u00e8re qui sont devant l&rsquo;\u00e9cran, criant des consignes \u00e0 sa s\u0153ur maltrait\u00e9e.<br \/>\nJouant sur leurs pr\u00e9sences d&rsquo;acteur, d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;acteurs, simple, ouvert au public, et construisant \u00e0 partir de l\u00e0 la fiction de ces villageois, les acteurs ma\u00eetrisent parfaitement ce va et vient entre rigolade et terreur, entre musique, chant et danse o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 du plateau se m\u00e9lange et s\u2019imbrique avec la fiction (et l&rsquo;inverse) d&rsquo;une mani\u00e8re fluide et divertissante. Les costumes peuvent aussi bien faire rire, notamment ceux de l&rsquo;hiver. Les uns portant des chapeaux carr\u00e9s gigantesques, tous en poiles d&rsquo;animaux, les autres des grotesque fourrures oranges, couleur de ce camp d&rsquo;amour, partant du costume du balayeur de rue. Sang, bataille, un cadavre accroch\u00e9 \u00e0 quatre m\u00e8tre de hauteur sur lequel chie encore une mouette. Un humour grin\u00e7ant et grotesque, franchement dr\u00f4le est ench\u00e2ss\u00e9 de sc\u00e8nes sentimentales ou franchement violentes dans un r\u00e9cit qui est rendu plus que clair, par exemple o\u00f9 l&rsquo;on peut voir la culotte de la femme du plombier, la prostitu\u00e9e cor\u00e9enne : orange.<br \/>\nFinalement, on passe un bon moment si l&rsquo;on peut dire. Et je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser que tous ces moyens de \u00ab distanciation \u00bb figurent finalement que comme des moyens de divertissement. Un th\u00e9\u00e2tre certes divertissant et populaire, mais o\u00f9 la mise en crise de quelques repr\u00e9sentations, la r\u00e9flexion de nos ali\u00e9nations, une critique de notre syst\u00e8me et de nos opinions reste minime, voir absente. Et ce n&rsquo;est pas seulement \u00e0 cause de ce fin o\u00f9 ce b\u00e9b\u00e9 gonflable d&rsquo;un air idiot permet la r\u00e9conciliation et la prolongation de cette humanit\u00e9 douteuse.<br \/>\n<em>\u00c9pilogue :<\/em><br \/>\nJ&rsquo;entends ces publicit\u00e9s dans les rues d&rsquo;Avignon : \u00ab Il y a tout. Vous aurez quelque chose \u00e0 rire, et \u00e0 pleurer aussi. Tragique. Et franchement dr\u00f4le. \u00bb Non, merci, c&rsquo;est fait. Et finalement, j&rsquo;ai la pr\u00e9tention d&rsquo;attendre autre chose du th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\n1 Tous les informations sont tir\u00e9s soit du dossier de presse, soit de la site officiel de la compagnie : http:\/\/www.needcompany.org\/EN<br \/>\n2 La Terrasse, p. 18<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jan Lauwers et la Needcompany pr\u00e9sente dans ce 67e Festival d&rsquo;Avignon du 8 au 17 juillet entre les vo\u00fbtes du Clo\u00eetre des Carmes son nouveau r\u00e9cit cr\u00e9\u00e9 en 2012 : Place du March\u00e9 76. R\u00e9ponse au film Dogville de Lars von Trier, une petite communaut\u00e9 traverse une panoplie d&rsquo;horreurs. \u00c0 quoi tient une communaut\u00e9? 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