


{"id":625,"date":"2013-07-11T21:15:00","date_gmt":"2013-07-11T19:15:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=625"},"modified":"2013-07-11T21:15:00","modified_gmt":"2013-07-11T19:15:00","slug":"theatre-de-boulevard-1-les-lucioles-0","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/theatre-de-boulevard-1-les-lucioles-0\/","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre de boulevard : 1 \u2013 Les lucioles : 0"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans l&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilles Deleuze, il parle de l&rsquo;\u00e9tat de la litt\u00e9rature du moment et donne la cause de sa condition mis\u00e9rable au fait, entre autre, que les journalistes se mettent \u00e0 \u00e9crire des livres. Vingt cinq ans plus tard, il est possible de voir du 7 au 13 juillet \u00e0 la Chappelle des P\u00e9nitents Blancs ce que \u00e7a donne s&rsquo;ils se mettent au th\u00e9\u00e2tre. Nicolas Truong propose son <em>Projet Luciole<\/em> o\u00f9 il voudrait \u00ab donner corps \u00e0 la pens\u00e9e \u00bb et \u00ab faire du l\u00e9ger avec le \u00a0\u00bblourd\u00a0\u00bb, que peut \u00e9ventuellement repr\u00e9senter la pens\u00e9e \u00bb. Il n&rsquo;arrive qu&rsquo;\u00e0 faire du lourd avec du \u00ab lourd \u00bb et les lucioles cr\u00e8vent sous le poids d&rsquo;un humour potache bourgeois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-624\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/w_13070603_rdl_3925.jpg\" alt=\"w_13070603_rdl_3925.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"427\" \/><br \/>\nPrincipalement journaliste, Nicolas Truong est \u00ab responsable des pages Id\u00e9es-D\u00e9bats du journal Le Monde \u00bb et organisateur du \u00ab Th\u00e9\u00e2tre des Id\u00e9es \u00bb du Festival d&rsquo;Avignon depuis dix ans. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de rencontres et de d\u00e9bats d&rsquo;intellectuels dont sont surgis plusieurs livres, notamment Le th\u00e9\u00e2tre des id\u00e9es \u2013 50 penseurs pour comprendre le XXIe si\u00e8cle. Il d\u00e9fend dans la pr\u00e9face de ce livre entre autre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un service public des id\u00e9es qui voudrait promouvoir \u00ab l&rsquo;acc\u00e8s direct, libre, gratuit et partag\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intellectualit\u00e9 \u00bb. C&rsquo;est certainement dans ce sens qu&rsquo;il pense son \u00ab th\u00e9\u00e2tre philosophique \u00bb.<br \/>\nIl est lui-m\u00eame sur sc\u00e8ne au d\u00e9but pour annoncer cette \u00ab rencontre \u00bb, cette \u00ab gu\u00e9rilla conceptuelle \u00bb de la pens\u00e9e critique qui ne voudrait pas seulement penser, mais transformer le monde. Ses chers invit\u00e9s sont Nicolas Bouchaud et Judith Henry avec lesquels seront pr\u00e9sents une longue liste des plus importants philosophes, principalement du XXe si\u00e8cle. \u00c0 chaque nom chute alors un livre du plafond de la chapelle, comme si la lourdeur de la pens\u00e9e tombait du ciel et pas l&rsquo;inverse. Quelques uns auront droit \u00e0 un traitement diff\u00e9r\u00e9 : Guy Debord est r\u00e9duit \u00e0 une projection de sa voix, Alain Badiou a l&rsquo;honneur de voir toute une tonne de livres tomber qui faillent \u00e9craser les acteurs, pour Pasolini un livre tombe apr\u00e8s l&rsquo;autre pendant des longs moments. A l&rsquo;instant que l&rsquo;on croit que c&rsquo;est termin\u00e9 et que Nicolas Bouchaud ose de bouger de son coin, un dernier livre vient s&rsquo;\u00e9craser sur le plateau. Tout cela fait bien rire les spectateurs pr\u00e9sents. Nicolas Truong quitte ensuite la sc\u00e8ne et laisse libre place \u00e0 Nicolas Bouchaud et Judith Henry en \u00ab costume \u00bb d&rsquo;une, je dirais, bourgeoisie de gauche. La sc\u00e9nographie est constitu\u00e9e de trois chaises et une table avec des bouquins et une \u00e9tag\u00e8re aussi remplie de bouquins. S&rsquo;en suit alors une heure vingt o\u00f9 l&rsquo;on a droit \u00e0 des nombreux extraits des plus importantes ouvrages philosophiques, parfois, comme il le dit lui m\u00eame, des v\u00e9ritable \u00ab stars \u00bb, \u00e9toiles ador\u00e9s et m\u00e9diatis\u00e9s. Ces extraits sont intercal\u00e9s par des musiques et des danses na\u00efves o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;amuse ou o\u00f9, au contraire, comme par exemple sur le morceau de Johnny Cash, Hurt, une sentimentalit\u00e9 bourgeoise oblige Judith Henry de serrer son partenaire de jeu dans les bras, mais o\u00f9 les livres sont un obstacle \u00e0 cette rencontre. Ceci fait encore bien rire nos chers spectateurs. Ces extraits philosophiques sont mont\u00e9s par une sorte de collage qui voudrait par moment montrer comment une pens\u00e9e se construit par rapport \u00e0 une autre et qui prend son chemin didactique \u00e0 travers un jeu naturaliste et psychologis\u00e9. C&rsquo;est dans cet ordre d&rsquo;id\u00e9e que les deux s&rsquo;engueulent, l&rsquo;une avec les mots de Debord, l&rsquo;autre avec ceux de Ranci\u00e8re(?). Qu&rsquo;en sait-je? La philosophie n&rsquo;est pas Qui veut gagner des millions. Apr\u00e8s, les deux s&rsquo;amusent \u00e0 un jeu qui consiste d&rsquo;abord \u00e0 nommer des concepts, puis de tirer les papiers et d&rsquo;expliquer ou mimer ces concepts. Le spectateur reste en dehors de ce jeu pouvant se r\u00e9jouir de regarder comment le pli ou Anti-Oedipe est mim\u00e9 ou expliqu\u00e9, comment ils jouent \u00e0 \u00ab gal\u00e9rer \u00bb avec les concepts, mais pouvant \u00eatre d&rsquo;autant plus content s&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 des notions, comme un voisin, pour dire : Ah, \u00e7a c&rsquo;est Ranci\u00e8re! Tout ce \u00ab th\u00e9\u00e2tre \u00bb entre guillemets (M. Truong devrait comprendre) trouve son paroxysme au moment o\u00f9 ce texte important de W. Benjamin sur le progr\u00e8s dans lequel il commente le Angelus Novus de Paul Klee est dit en avant-sc\u00e8ne et o\u00f9 ce Angelus Novus est mim\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re volontairement ridicule en arri\u00e8re sc\u00e8ne. Cela fera bien rire les spectateurs. Des exemples de ce genre sont nombreux : \u00ab [\u2026] le spectateur agit, compare [&#8230;] \u00bb et Judith Henry touche, regarde et compare ses deux seins&#8230;<br \/>\nTout ce jeu bave de complaisance \u00e0 part un seul moment luisant o\u00f9 une certaine auto-d\u00e9rision peut \u00eatre entendu. C&rsquo;est Gille Deleuze qui est projet\u00e9, extrait de son ab\u00e9c\u00e9daire, et qui dit qu&rsquo;ils ne supportent pas les intellectuels qui parlent et parlent et parlent. Merci, Gilles, pour un instant, un sourire a \u00e9clairci mon visage. Le reste ne semble pas \u00eatre un \u00ab th\u00e9\u00e2tre philosophique \u00bb, mais plut\u00f4t un th\u00e9\u00e2tre de citations comme on peut le trouver partout, sur les agendas, des sites internet de citations, m\u00eame les publicitaires s&rsquo;en servent et qui am\u00e8nent tout sauf la pens\u00e9e.<br \/>\nLe <em>Projet Luciole<\/em> se sert d&rsquo;une pens\u00e9e et d&rsquo;un livre lumineux, celui de Didi-Huberman sur l&rsquo;espoir et un d\u00e9sespoir de Pasolini, qui \u00e9veille r\u00e9ellement le d\u00e9sir et donne lieu \u00e0 l&rsquo;espoir, pour faire des lucioles une parole bourgeoise, dominante. Une parole dite, si ce ne sont pas des stars, par des acteurs que l&rsquo;on conna\u00eet des projecteurs de cin\u00e9ma ou du Festival d&rsquo;Avignon. Des projecteurs, des spot-light auxquels des lucioles ne pourront probablement pas survivre. Une parole prot\u00e9g\u00e9e par les toits d&rsquo;une chapelle dans ce jour de pluie avignonnais. Avec cette installation des lucioles dans le milieu bourgeois, si loin d&rsquo;un Accattone ou d&rsquo;un Mama Roma, la pens\u00e9e est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e et transform\u00e9e en un produit consommable qui fait bien rire certains. Les lucioles qui sont certainement pas l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on peut les attendre, comme le dit, si je me rappelle bien, Didi-Huberman lui-m\u00eame, re\u00e7oivent un coup de plus de Nicolas Truong, Nicolas Bouchaud tenant parfois ces sources de r\u00e9f\u00e9rences comme une glaive pour achever la connaissance et l&rsquo;exp\u00e9rience de la pens\u00e9e avec un savoir.<br \/>\nM. Tuong, je continue de croire aux lucioles, mais nullement l\u00e0, o\u00f9 vous voulez les voir et comment vous les montrez. Bref, la revanche aura lieu, m\u00eame si pour l&rsquo;instant c&rsquo;est 1 \u00e0 0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire de Gilles Deleuze, il parle de l&rsquo;\u00e9tat de la litt\u00e9rature du moment et donne la cause de sa condition mis\u00e9rable au fait, entre autre, que les journalistes se mettent \u00e0 \u00e9crire des livres. Vingt cinq ans plus tard, il est possible de voir du 7 au 13 juillet \u00e0 la Chappelle des P\u00e9nitents Blancs ce que \u00e7a donne s&rsquo;ils se mettent au th\u00e9\u00e2tre. 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