


{"id":628,"date":"2013-07-11T21:18:00","date_gmt":"2013-07-11T19:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=628"},"modified":"2013-07-11T21:18:00","modified_gmt":"2013-07-11T19:18:00","slug":"king-size-un-marthaler-sur-mesure","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/king-size-un-marthaler-sur-mesure\/","title":{"rendered":"King Size : Un Marthaler sur mesure."},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-627\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/arton88.jpg\" width=\"150\" height=\"149\" \/><\/p>\n<p><em> <strong>Artiste associ\u00e9 de l\u2019\u00e9dition 2010 du festival d\u2019Avignon, avec un Papperlapapp d\u00e9ploy\u00e9 dans la Cour d\u2019Honneur, Marthaler \u00e9tait \u00e9galement dans l\u2019\u00e9dition 2012, avec My fair lady, \u00e0 Ved\u00e8ne. Il est \u00e0 nouveau pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra th\u00e9\u00e2tre, avec King Size, une pi\u00e8ce musicale. Une com\u00e9die l\u00e9g\u00e8re, tout en sc\u00e8nes d\u00e9cal\u00e9es, voire d\u00e9jant\u00e9es, qui est la marque de fabrique de Monsieur Marthaler, g\u00e9nial observateur des petits piments du quotidien qui, d\u00e8s lors qu\u2019il les re-visite et les accommode, les pr\u00e9sente au public, lequel les goute avec ferveur.<\/strong> <\/em><br \/>\nLe philosophe travesti<br \/>\nC\u2019est ainsi que l\u2019on pourrrait nommer le metteur en sc\u00e8ne de King Size. Philosophe, oui, si l\u2019on veut bien admettre que le philosophe est ce penseur de la vie qui cherche un sens et une explication \u00e0 celle-ci. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Aristote, de Leibniz, de Hegel, de Kant, de Descartes, d\u2019Heidegger, de Bergson, de Hume, etc\u2026 Marthaler serait un philosophe \u00e0 part enti\u00e8re qui, recourant \u00e0 un mode d\u2019\u00e9criture plastique, \u00e9crirait d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre, son grand Trait\u00e9 de nos petites vies cocasses, tourment\u00e9es, tragico-comiques, install\u00e9es dans le pathos et le \u00ab rigolosse \u00bb. \u00ab La vie rigolosse \u00bb\u2026 ou enfin un concept. Soit un personnage comme en r\u00eavait de temps \u00e0 autres Deleuze.<br \/>\nPhilosophe soucieux d\u2019esth\u00e9tique et pataphysicien pr\u00e9f\u00e9rant explorer les \u00e9tats chaotiques des situations humaines avec une loupe rieuse, Marthaler est aux arts de la sc\u00e8ne ce que Nietzsche est \u00e0 la philosophie : un \u00eatre de la d\u00e9mesure, o\u00f9 le principe d\u2019escalade et celui d\u2019un esprit d\u2019escalier l\u2019emportent vers les sommets du sublime dr\u00f4le et joyeux. Car Marthaler est aussi le fervent d\u2019une philosophie joyeuse et on pourrait le chanter : \u00ab Y a de la joie, bonjour bonjour les hirondelles, y a de la joie \u00bb. Th\u00e9oricien donc, du plaisir et du rire qui naissent des rencontres intempestives et impr\u00e9vues, les premi\u00e8res lignes du programme donnent de la voix et c\u2019est bien celle de Marthaler que l\u2019on entend. Je cite : \u00ab Enharmonie : technique de composition musicale qui permet d\u2019\u00e9crire un m\u00eame son, \u00e0 la m\u00eame hauteur de deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes et donc avec deux fonctions diff\u00e9rentes. Cela donne une parfaite id\u00e9e de ce qu\u2019est la notion d\u2019\u00e9volution et de m\u00e9tamorphose. Selon Marthaler, sans ces enharmonies permanentes, aucune liaison entre \u00eatres humains ne serait possible : pas de mariage, de fian\u00e7ailles, pas de complicit\u00e9 secr\u00e8te, pas m\u00eame le plus innocent des baisers \u00bb. Voil\u00e0, pour l\u2019initiation et qui place Marthaler au m\u00eame rang que Darwin lequel proposait une analyse critique de nos m\u00e9tamorphoses et de l\u2019\u00e9volution.<br \/>\nQuand on arrive en ville<br \/>\nQui n\u2019est pas qu\u2019une chanson de feu Balavoine, on cherche une chambre d\u2019h\u00f4tel. Et c\u2019est cette chambre, grandeur nature, qui s\u2019offre au regard \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Th\u00e9\u00e2tre. Chambre \u00e0 la tapisserie snob et intemporellement kitsch o\u00f9 tout, du mobilier au lit, des couvertures aux oreillers, fait appara\u00eetre un Monde. Un monde ou deux, c\u2019est selon, qui s\u2019organise en deux \u00e9tats : \u00eatre \u00e9veill\u00e9 ou \u00eatre endormi, \u00eatre conscient ou r\u00eav\u00e9. Et d\u2019une certaine, s\u2019il y a une pertinence \u00e0 l\u2019expression \u00ab comme on fait son lit on se couche \u00bb, alors disons que la pi\u00e8ce King Size en r\u00e9fl\u00e9chirait le nuancier chant\u00e9 et l\u00e9g\u00e9rement dans\u00e9. King Size (taille de lit pharaonique) s\u2019organisera ainsi autour d\u2019une couche, et Marthaler en peintre de la nature humaine, en ajoutera plusieurs qui ont toutes la m\u00eame base : le distanci\u00e9. Ou comment imaginer un th\u00e9\u00e2tre qui, tout en regardant la r\u00e9alit\u00e9, s\u2019en empare pour lui faire rendre ses couleurs comiques, ses teintes inappropri\u00e9es, ses pigments savoureux.<br \/>\nC\u2019est ainsi une sorte de com\u00e9die musicale qui flirte avec le lyrique, une pi\u00e8ce de boulevard o\u00f9 l\u2019on \u00e9vite soigneusement de faire claquer les portes\u2026. qui est mise en sc\u00e8ne, en place. La chambre comme planisph\u00e8re, comme carte cognitive, comme mappmonde insoup\u00e7onn\u00e9e, comme territoire d\u2019aventure, voire \u00eele myst\u00e9rieuse qui livrerait ses secrets \u00e0 qui y d\u00e9barque.<br \/>\nAlors, \u00e0 vue, comme dans un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, le major d\u2019homme et la femme de chambre deviennent  l\u2019amant et la ma\u00eetresse en costume de gala, la cleptoman et le pianiste : l\u2019obsessionnel et le mozart d\u2019une nuit. Et de voir en ces acteurs, chanteurs et danseurs aux sommets de leur art, la m\u00e9tamorphose et l\u2019espoir qu\u2019est King Size. King size que l\u2019on regarde comme une page de magazine people o\u00f9 le principe cendrillon (je deviens princesse qui fait r\u00eaver) est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Effet Pretty woman assur\u00e9, garanti par l\u2019assurance d\u2019acteurs et interpr\u00e8tes hors normes.. Et dans un pas de deux qui fr\u00f4le un pas de danse, c\u2019est de fa\u00e7on burlesque que se donne \u00e0 voir cette pi\u00e8ce, finalement, darwinienne.<br \/>\nKing Size est ainsi une pi\u00e8ce o\u00f9 l\u2019on croirait que l\u2019ensemble de ces interpr\u00e8tes, en forme de somnambule, jongle avec les \u00e9tats conscients et inconscients de la r\u00e9alit\u00e9. Soit, \u00e0 m\u00eame la chambre, une mani\u00e8re d\u2019y entrer en pr\u00e9f\u00e9rant d\u2019autres \u00e9chelles o\u00f9 le r\u00eave parfois vire au cauchemard rieur (le bar inatteignable, le mime d\u2019une limace g\u00e9ante, etc).<br \/>\nC\u2019est dr\u00f4le, oui. C\u2019est furieusement d\u00e9cal\u00e9. C\u2019est incroyablement ma\u00eetris\u00e9 dans le geste, la technique chorale, le corps dans\u00e9. Et d\u2019ajouter peut-\u00eatre une ligne encore au Trait\u00e9 de Marthaler qu\u2019il \u00e9crit, pi\u00e8ce apr\u00e8s pi\u00e8ce\u2026 C\u2019est qu\u2019une vie qui ne se chante pas, qui ne se danse pas, qui ne se rit pas\u2026 est \u00e0 peine une vie. Comme on peut l&rsquo;entendre dans King Size avec \u00ab\u00a0I&rsquo;ll be there-the Jackson 5\u00a0\u00bb, parodi\u00e9. Marthaler serait ainsi, aussi, peut-\u00eatre l\u2019un des membres de la famille d\u2019Epicure. Et puisqu\u2019il est permis de r\u00eaver, dans ce travail qui ne conna\u00eet de bornes, alors il en est sans doute le p\u00e8re. Ah, m\u00e9tamorphoses !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Artiste associ\u00e9 de l\u2019\u00e9dition 2010 du festival d\u2019Avignon, avec un Papperlapapp d\u00e9ploy\u00e9 dans la Cour d\u2019Honneur, Marthaler \u00e9tait \u00e9galement dans l\u2019\u00e9dition 2012, avec My fair lady, \u00e0 Ved\u00e8ne. Il est \u00e0 nouveau pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra th\u00e9\u00e2tre, avec King Size, une pi\u00e8ce musicale. 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