


{"id":629,"date":"2013-07-11T21:19:00","date_gmt":"2013-07-11T19:19:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=629"},"modified":"2013-07-11T21:19:00","modified_gmt":"2013-07-11T19:19:00","slug":"dapres-une-histoire-de-rizzo-une-communaute","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dapres-une-histoire-de-rizzo-une-communaute\/","title":{"rendered":"D\u2019apr\u00e8s une Histoire de Rizzo\u2026 une communaut\u00e9&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>La disposition de la sc\u00e8ne se regarde comme un tableau gris sombre avec des lignes fortes pointues, deux niveaux : une plateforme au fond \u00e0 gauche pour deux percussionnistes, la sc\u00e8ne pour les danseurs. D\u2019abord une nature morte en arri\u00e8re \u00e0 droite \u2013 une chaise, un livre, une plante, trois boules de p\u00e9tanque et un manteau. Puis, un par un, huit danseurs rejoignent le plateau, des hommes du bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Du 7 au 15 juillet, pendant un peu plus d\u2019une heure, la salle du gymnase du Lyc\u00e9e Aubanel se remplit de testost\u00e9rone dans le sens le plus intense mais en m\u00eame temps tr\u00e8s sensible. Christian Rizzo, le chor\u00e9graphe de D\u2019apr\u00e8s une histoire vraie, invite notre regard et notre pens\u00e9e \u00e0 songer des notions paradoxales.<\/strong> <\/em><br \/>\nD\u2019apr\u00e8s une histoire, pourtant sans le r\u00e9cit.<br \/>\nMalgr\u00e9 son titre D\u2019apr\u00e8s une histoire vraie il ne s\u2019agit pas chez Rizzo de raconter une histoire, c\u2019est-\u00e0-dire que  plus qu\u2019une histoire c\u2019est surtout la question de la transmission des sensations, ou plut\u00f4t une sensation par le travail de \u00ab laboratoire d\u2019exp\u00e9rience \u00bb, comme il le dit \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019art lors de la rencontre publique.  Une sensation qu\u2019il a gard\u00e9 en soi depuis pr\u00e8s de dix ans, la pr\u00e9paration de projet en deux ans puis sept semaines de r\u00e9p\u00e9titions. Voil\u00e0 comment na\u00eet une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de Rizzo qui propose un voyage sans destination accompagn\u00e9 par huit danseurs et les musiciens Didier Ambact et King Q4, un duo spectaculaire derri\u00e8re les batteries \u00e9lectroniques.<br \/>\nC\u2019est une histoire sans r\u00e9cit o\u00f9 danse une communaut\u00e9 d\u2019hommes. Une histoire sans mots, sans construction grammaticale et sans s\u00e9paration par ponctuation mais un r\u00e9cit qui s\u2019ouvre par les mouvements, passes corporelles et l\u2019espace sonore. Le spectateur est donc confront\u00e9 \u00e0 une autre forme de r\u00e9ception qui passe par les sensations sensibles et visuelles, par attraction et r\u00e9pulsion des corps dans\u00e9s. Il n\u2019y a pas de mouvement sans rythme et ce rythme corporel et musical raconte une histoire qui ne s\u2019\u00e9crit pas mais qui se visualise dans les gestes hybrides de temps lointaines. D\u2019apr\u00e8s une histoire vraie pr\u00e9sente un autre forme de r\u00e9cit qui est pourtant aussi signifiant que les paroles, voire encore plus sensationnelle. Ce qui contredit la pens\u00e9e de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard d\u2019apr\u00e8s qui les formes post-modernes sont moins racontables puisqu\u2019elles manquent du r\u00e9cit, du coup, sont moins signifiants. Rizzo raconte, m\u00eame sans le r\u00e9cit.<br \/>\nVide. La nouvelle espace.<br \/>\nAucun bruit. Les huit danseurs en jeans et t-shirts gris aux pieds nus entre un par un sur la sc\u00e8ne en adoptant les mouvements des autres puis en formant des figures : bin\u00f4mes et ternaires, ind\u00e9pendants, comme des mol\u00e9cules qui rebondissent al\u00e9atoirement dans l\u2019espace ferm\u00e9e. Pourtant, la chor\u00e9graphie est loin d\u2019\u00eatre al\u00e9atoire. Ecrit avec une rigueur et pr\u00e9cision tout est calcul\u00e9, tout sauf les derni\u00e8res minutes ou les danseurs prennent la responsabilit\u00e9 de l\u2019improvisation. Mais\u2026avant cette improvisation il y a tout une progression des rythmes r\u00e9p\u00e9titifs, des mouvements inspir\u00e9s des origines diverses et de souffle commune. Le souffle qui ne cesse pas pendant une seule seconde. On le sent en continu dans le mouvement, dans la musique et dans l\u2019espace qui se cr\u00e9e.<br \/>\nCet espace produit un effet de symbiose entre des mouvements traditionnels et contemporains li\u00e9 \u00e0 la performance de percussionnistes mais aussi \u00e0 des lumi\u00e8res faibles qui forment un certain mouvement en soi, en glissant discr\u00e8tement dans toute direction, \u00ab inadapt\u00e9 volontairement \u00bb, explique le chor\u00e9graphe. C\u2019est un espace qui se cr\u00e9e pour une premi\u00e8re fois quand tous ces \u00e9l\u00e9ments en rythme \u00e9volutif arrivent \u00e0 un point de crescendo. Puis de nouveau \u2013 aucun bruit. Les danseurs quittent la sc\u00e8ne en enlevant \u00e9l\u00e9ment par \u00e9l\u00e9ment la nature morte en arri\u00e8re \u00e0 droite sur la sc\u00e8ne. Appara\u00eet la cr\u00e9ation d\u2019un nouvel espace, par le vide, ce qui donne lieu \u00e0 une re-naissance de nouvelles formes et \u00e9nergies. Ce qui donne aussi une raison pour s\u2019\u00e9carter d\u2019un espace quotidien encadr\u00e9 par les codes subconscients. Un geste simple de se tenir par la main entre hommes ne devient, dans cette symbiose temporelle et g\u00e9ographique, rien d\u2019autre qu\u2019un \u2026geste simple qui fait partie d\u2019un rituel d\u2019une communaut\u00e9. Cette notion de communaut\u00e9 est tr\u00e8s puissante chez Rizzo.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s une histoire vraie pose une question primordiale \u2013 l\u2019appartenance et le rejet. Les corps qui dansent pr\u00e8s des corps immobiles \u00ab rejet\u00e9s \u00bb sur la sc\u00e8ne en sont le signe expressif et la manifestation sensible. Un dessein cher \u00e0 Rizzo\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La disposition de la sc\u00e8ne se regarde comme un tableau gris sombre avec des lignes fortes pointues, deux niveaux : une plateforme au fond \u00e0 gauche pour deux percussionnistes, la sc\u00e8ne pour les danseurs. D\u2019abord une nature morte en arri\u00e8re \u00e0 droite \u2013 une chaise, un livre, une plante, trois boules de p\u00e9tanque et un manteau. Puis, un par un, huit danseurs rejoignent le plateau, des hommes du bassin m\u00e9diterran\u00e9en. 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