


{"id":633,"date":"2013-07-10T21:58:00","date_gmt":"2013-07-10T19:58:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=633"},"modified":"2013-07-10T21:58:00","modified_gmt":"2013-07-10T19:58:00","slug":"par-les-villages-de-nordey-freres-et-soeur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/par-les-villages-de-nordey-freres-et-soeur\/","title":{"rendered":"Par les villages de Nordey : fr\u00e8res et s\u0153ur"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Dans la cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, la pluie diluvienne vient arr\u00eater Par les villages de Handke, mis en sc\u00e8ne par Stanislas Nordey. Avatar du climat et du th\u00e9\u00e2tre, on peut retrouver cette cr\u00e9ation un peu partout en France, \u00e0 commencer par sa programmation au th\u00e9\u00e2tre de la Colline.<\/strong> <\/em><br \/>\nCher Jean-Pierre,<br \/>\nJe t\u2019avais promis, lors du caf\u00e9 que nous prenons r\u00e9guli\u00e8rement ensemble au bar du Th\u00e9\u00e2tre, de t\u2019adresser une critique en te nommant au commencement de ce que l\u2019on nomme vulgairement un \u00ab papier \u00bb. Tu te souviens alors de ta remarque qui \u00e9tait venue imm\u00e9diatement, puisque nous portons au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 ceux qui le pratiquent, un peu plus que le sentiment des spectateurs philistins. Le philistissisme dont parle Arendt, n\u2019est pas notre lot et nous sommes \u00ab au-dessus \u00bb de \u00e7a. En substance, \u00e0 l\u2019occasion de cette remarque, tu m\u2019avais dit : \u00ab Non, tu ne vas pas faire \u00e7a\u2026 et si tu le fais, il faut trouver le spectacle qui le m\u00e9riterait \u00bb.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais alors reparti, avec en t\u00eate, ton \u00ab non \u00bb et ce \u00ab il faut trouver \u00bb, qui marquaient \u00e0 la fois ton s\u00e9rieux et, dans les contradictions qui peuplent ta vie, une r\u00eaverie illogique. Le hasard aura r\u00e9gl\u00e9 la chose pour nous, car tu imagines bien que je pensais devoir oublier cette \u00ab critique \u00e9pistolaire \u00bb. Le hasard, dis-je, car ce lundi 8 juillet, dans la cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, rien ne pouvait me laissait croire que c\u2019est la mise en sc\u00e8ne de Par les villages de Handke par Stanislas Nordey qui serait l\u2019objet de mon adresse \u00e0 toi, en pr\u00e9ambule de cette nouvelle critique. Rien ne pouvait me le laisser supposer, sauf \u00e0 savoir que vers 21H50, un d\u00e9luge s\u2019est abattu sur le public venu en nombre. Trombe d\u2019eau, \u00e9clairs, vents\u2026 \u00ab la messe \u00e9tait dite \u00bb et apr\u00e8s un temps d\u2019attente, le travail de Norday, d\u2019abord interrompu par, comme on dit, \u00ab le d\u00e9cha\u00eenement des \u00e9l\u00e9ments \u00bb, \u00e9tait d\u00e9finitivement annul\u00e9. Sur le plateau, Baudriller et Nordey, la \u00ab mort dans l\u2019\u00e2me \u00bb, donnaient le coup de gr\u00e2ce, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, et il nous (les spectateurs) manquerait ainsi \u00e0 vie les \u00ab un peu moins de trois heures \u00bb qui auraient d\u00fb nous conduire jusqu\u2019au bout de la nuit.<br \/>\nQue faire alors ? Je t\u2019avoue honn\u00eatement que l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire tout de suite une critique ne m\u2019est pas venue. Mais la nuit, qui porte conseil, en aura d\u00e9cid\u00e9 autrement, et ce matin me voil\u00e0 \u00e0 t\u2019\u00e9crire.<br \/>\nOui, je sais, \u00e7a nourrira nos d\u00e9bats sur cette pratique qu\u2019est la critique. Et j\u2019imagine d\u00e9j\u00e0 nos \u00ab \u00e9tats d\u2019\u00e2me \u00bb\u2026 Comment \u00e9crire sur ce qui n\u2019a  pas \u00e9t\u00e9 vu ? (pas loin de trois heures, tout de m\u00eame). Oui, \u00e7a poserait ou reposerait la question du \u00ab d\u00e9part \u00bb du spectateur qui se permet de prendre la parole alors qu\u2019il n\u2019y \u00e9tait pas. Oui, je sais. Mais c\u2019est tout de m\u00eame un rien diff\u00e9rent l\u00e0. Oui, diff\u00e9rent, car permets moi de le dire, j\u2019\u00e9tais dans l\u2019adh\u00e9sion de cette forme. Je voulais rester, mais on me l\u2019a interdit. Je veux dire par-l\u00e0, que c\u2019est le th\u00e9\u00e2tre qui a claqu\u00e9 la porte, et non comme habituellement, le spectateur. Et j\u2019aimerais, tu me connais, th\u00e9oriser cette exception. Et l\u2019ayant th\u00e9oris\u00e9e, te parler de ce Uber die Dorfer dont il me manque la totalit\u00e9.<br \/>\nC\u2019est justement l\u00e0, avec cette id\u00e9e de \u00ab totalit\u00e9 \u00bb que \u00e7a commence. Oui, \u00ab totalit\u00e9 \u00bb ne veut, selon moi, rien dire puisqu\u2019en d\u00e9finitive, on ne voit jamais tout. Oui, quand bien m\u00eame on aurait assist\u00e9 \u00e0 tout, le regard, la conscience, l\u2019attention\u2026 sont d\u00e9faillants. Et je ne te parle m\u00eame pas des interpr\u00e8tes et du processus de mise en sc\u00e8ne qui sont, par nature, un \u00ab point de vue \u00bb qui se donne dans les voix et la sc\u00e9nographie. Le partiel, c\u2019est donc cela qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la r\u00e9ception des \u0153uvres. Si tu me passes ces premi\u00e8res remarques, il y aurait l\u00e0, d\u00e9j\u00e0, un premier argument recevable.<br \/>\nPar ailleurs, et il faut le souligner, mais les quarantes premi\u00e8res minutes de la mise en sc\u00e8ne de Nordey ne sont pas le seul espace r\u00e9f\u00e9rentiel dont nous b\u00e9n\u00e9ficions. Et oui, Nordey a choisi un texte de Handke. Et le texte, je l\u2019ai lu. Deux choses l\u00e0-dessus, en guise de second argument. Il ne me manque donc pas tout puisque j\u2019ai lu le texte. Mais, et tu le sais aussi, lire, ce n\u2019est pas arraisonner le texte. Comme disait Barthes, si la lecture a un rapport \u00e0 l\u2019h\u00e9morragie, alors pour autant que j\u2019ai lu quelque chose dans ce texte, je n\u2019ai pas tout lu de ce texte. Il y a de la perte\u2026 C\u2019est l\u00e0 un second argument et il vient consolider le premier. Ce que j\u2019ai appel\u00e9 le \u00ab partiel \u00bb.<br \/>\nAutrement dit, si on additionne les deux remarques que je viens de faire, \u00ab le handicap\u00e9 qu\u2019est le spectateur \u00bb et \u00ab l\u2019insaisissable de l\u2019\u0153uvre \u00bb, on peut en d\u00e9duire que l\u2019appr\u00e9ciation du tout : avoir tout vu, tout lu, tout entendu\u2026 n\u2019est rien moins qu\u2019une chim\u00e8re.<br \/>\nLa totalit\u00e9 est donc une chim\u00e8re, voire un principe totalitaire mit en avant par les terroristes de la pens\u00e9e globale. La nature des choses (aucun rapport avec Lucr\u00e8ce) nous permettant de dire le contraire.<br \/>\n40 minutes de Par les villages, dans la cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, c\u2019est donc peut \u00eatre insuffisant, mais c\u2019est finalement une sorte de \u00ab m\u00e9taphore \u00bb du partiel que nous revendiquons et qui est r\u00e9current \u00e0 la r\u00e9ception.<br \/>\nBon, j\u2019imagine l\u00e0-dessus qu\u2019un propos universitaire m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9. C\u2019est les vacances, et donc on s\u2019en passera.<br \/>\nReste \u00e0 consid\u00e9rer maintenant ces \u00ab Quarantes minutes \u00bb et se permettre une critique \u00e0 partir du texte lu et de la mise en sc\u00e8ne que l\u2019on consid\u00e9rera du point de vue du \u00ab partiel \u00bb.<br \/>\nParlez villages<br \/>\nC\u2019est bien le phon\u00e9tique qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans Par les villages et pour autant que la langue allemande le tait (Uber die Dorfer ne signifie rien d\u2019autre que ce qui est \u00e9crit), la langue fran\u00e7aise, curieusement, fait miroiter le titre. Et la signification s\u2019en trouve modifi\u00e9e ou augment\u00e9e. Ainsi, alors que Par les villages, d\u00e8s le titre, semble induire une marche et un itin\u00e9raire ; Parlez villages (ce titre imagin\u00e9 ou entendu) laisse entendre qu\u2019il y aurait quelque chose \u00e0 avouer. Quelque chose \u00e0 dire qui se donne sur le mode de l\u2019injonction, de l\u2019obligation donc. \u00ab Parlez \u00bb est ainsi une n\u00e9cessit\u00e9, un devoir, une exigence. Et dans cet acte de paroles, il y a, et c\u2019est cela que nommera la pi\u00e8ce de Handke, une raison. A quoi, et peut-\u00eatre faut-il y venir avec prudence, il faut ajouter la localisation de cette parole qui est tenue dans \u00ab Les Villages \u00bb. Et de se dire alors que quelque chose se joue entre deux mondes, l\u2019un peut-\u00eatre rural ou, en tous les cas, \u00e9tranger aux \u00eatres urbains. L\u2019autre, loin des \u00eatres de la terre, occupant un espace plus culturel que rural. Au commencement de Par les villages, il y a ainsi, d\u00e8s le titre, un espace rendu \u00e0 sa complexit\u00e9 duelle. Dualit\u00e9 ou schize, soit un \u00e9tat binaire. Et c\u2019est, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, cette organisation du monde qui a r\u00e8gl\u00e9 les \u00ab affaires sociales \u00bb, sauf qu\u2019ici, la fronti\u00e8re entre ces deux mondes est troubl\u00e9e par une histoire de famille o\u00f9 les membres de celle-ci, pour autant qu\u2019ils se sont r\u00e9partis dans l\u2019un et l\u2019autre des espaces, viennent du m\u00eame territoire. Et si le deuil et la maison familiale sont deux des motifs de Par les villages, ils ne sont en d\u00e9finitives que des motifs secondaires puisqu\u2019ici les membres : fr\u00e8res et s\u0153ur, viennent du m\u00eame espace et se retrouvent presque \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un foyer, ou de ses ruines.<br \/>\nAinsi, Par les villages commence \u00e0 m\u00eame la r\u00e9union de ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9clat\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit des ruines de ce qui a \u00e9t\u00e9. Aussi, Par les villages, est le texte de la transformation. C\u2019est-\u00e0-dire ce qui a chang\u00e9 de forme, ce qui est au-del\u00e0 de la forme connue. Et d\u2019entendre dans le titre Par les villages, finalement, le pr\u00e9fixe allemand \u00ab Uber \u00bb qui signifie, entre autres, ce qui est au-del\u00e0. Comprenons aussi, ce qui est mort ou ce qui est rompu. Ce qui, d\u2019une certaine mani\u00e8re, ne fait plus corps.<br \/>\n\u00ab Ne plus faire corps \u00bb serait ainsi le motif, peut-\u00eatre principal, du th\u00e9\u00e2tre qu\u2019\u00e9crit Peter Handke. C\u2019est-\u00e0-dire, et l\u2019expression y renvoie, que Par les villages serait le po\u00e8me dramatique o\u00f9 les uns et les autres, parce qu\u2019ils ne sont plus li\u00e9s, seraient \u00e0 la recherche d\u2019un corps \u00e0 habiter. Par les villages donnerait ainsi \u00e0 voir cette fragilit\u00e9 d\u2019un corps \u00e0 habiter, d\u2019un espace o\u00f9 \u00ab faire corps \u00bb est tout \u00e0 la fois une qu\u00eate et un impossible. Gregor, Hans, Nova\u2026 et les spectateurs de cette qu\u00eate impossible montreraient juste cela le temps du po\u00e8me. Et il le montrerait dans le seul corps qui les maintient ensemble, encore, la parole : le corps de la parole. Corps sonore que celui de la parole, corps diff\u00e9r\u00e9 aussi, n\u00e9cessairement fractur\u00e9 entre celui qui parle, celui qui \u00e9coute et celui qui prendra la parole.<br \/>\nVoil\u00e0, peut-\u00eatre que Par les villages est l\u00e0 en son entier. Dans un drame o\u00f9 \u00ab faire corps avec la parole \u00bb, c\u2019est tout \u00e0 la fois \u00eatre dans un engagement de soi \u00e0 travers la parole, et simultan\u00e9ment adresser cette parole et soi, \u00e0 un autre. Moment, dans l\u2019adresse, o\u00f9 la parole offerte, ou donn\u00e9e \u00e0 l\u2019autre, est prise parfois dans le rejet, le refus, le regret\u2026<br \/>\nEt de comprendre, si notre hypoth\u00e8se est recevable, que les longs monologues qui forment Par les villages, sont des paroles isol\u00e9es, et en m\u00eame temps, une parole r\u00e9ellement \u00e9cout\u00e9e. Le monologue \u00e9tant, et Handke de le souligner \u00e0 travers son usage r\u00e9current, le lieu d\u2019un pacte o\u00f9 celui qui parle \u00e0 besoin du silence de celui qui \u00e9coute. Ou le corps qui parle a besoin du corps qui \u00e9coute. Configuration expressive et vive, du \u00ab corps de la parole \u00bb scind\u00e9, mais dont aucun des partis  en pr\u00e9sence n\u2019est \u00e9tranger.<br \/>\nSur la sc\u00e8ne<br \/>\nIl y a, l\u00e0, sur le plateau, dispos\u00e9es en ligne, des cabanes d\u2019ouvriers\u2026 Elles sont ferm\u00e9es, anonymes, toutes identiques, toutes sans doute exigues, spartiates ou sans confort. Froides en hiver sans doute, chaudes en \u00e9t\u00e9 certainement, frigidaire ou four vraisemblablement. Et ces agecos sont comme les signes d\u2019un monde en mutation, un monde en chantier, \u00e0 moins qu\u2019elles ne figurent encore quelques m\u00e9taphores du mouvement et du d\u00e9placement. Cabanes de nomades sorties de terre un matin, pli\u00e9es au soir du chantier achev\u00e9. Abris provisoires\u2026 Abris d\u2019ouvriers aussi et il n\u2019est pas besoin de d\u00e9velopper pour savoir \u00e0 quelle enseigne ils sont log\u00e9s.<br \/>\nNorday a choisi ici l\u2019image la plus simple, la plus efficace pour camper la situation de Par les villages. Et d\u2019un certain point de vue, les acteurs qui, dans les 40 premi\u00e8res minutes ne quitteront pas le front de sc\u00e8ne, parleront \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces cabanes, dans leur p\u00e9riph\u00e9rie,  dans leurs ombres, \u00e0 la marge d\u2019une architecture : \u00ab la maison familiale \u00bb moins stable. Image simple que celle propos\u00e9e par Nordey, mais image juste puisque c\u2019est finalement dans cette marge que l\u2019on peut penser une forme neutre de territoire o\u00f9 la parole serait plus libre, peut-\u00eatre une parole de v\u00e9rit\u00e9 ou, et nommons la encore autrement, une parole de sinc\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nVoil\u00e0, les quarantes premi\u00e8res minutes, et nous n\u2019en verrons pas plus, s\u2019organiseraient sous cette tonalit\u00e9 de la sinc\u00e9rit\u00e9. Et \u00e7a suppose sans doute un geste, une hauteur de voix, une pr\u00e9sence physique, une ma\u00eetrise de l\u2019\u00e9cart et du rythme de la voix.<br \/>\nAlors quand Laurent Sauvage (Gregor) vient en front de sc\u00e8ne et qu\u2019il s\u2019arr\u00eate (je peux voir son visage et ses mains, je peux regarder son costume gris. Il est \u00e0 moins de trois m\u00e8tres de moi), c\u2019est tout cela que l\u2019on observera. Tout cela qui se donnera dans un long silence qui aura \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 par quelques accords de guitare \u00e9l\u00e9ctrique m\u00e9lancolique.<br \/>\nUn long silence ou la mise en place, moins d\u2019une tension, que la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9coute. Un long temps silencieux ouvre ainsi la pi\u00e8ce (et Nordey, par ce silence immense fait presque oublier les premiers mots de Nova : Jeanne Balibar). Par les villages, c\u2019est donc une attente, un silence et une attente ou, et \u00e7a serait une mani\u00e8re d\u2019interpr\u00e9ter ce silence et cette attente, peut-\u00eatre un temps laiss\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e muette qui n\u2019a pas encore les mots ou prend le temps de les r\u00e9fl\u00e9chir.<br \/>\nAu terme de quoi, apr\u00e8s le silence qui l\u2019espace de toutes les activit\u00e9s mentales, Laurent Sauvage se mettra \u00e0 parler. Et son timbre d\u00e9joue l\u2019incarnation pour ne privil\u00e9gier qu\u2019une mani\u00e8re de dire presque et exclusivement constative. Et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0, encore, ce qui distingue Par les villages, dans le th\u00e9\u00e2tre, puisque c\u2019est la pi\u00e8ce o\u00f9 la valeur du constat est plus forte que les discours agressifs qui sont absents chez Handke. Le constat est la preuve. Et chacun parle sous ce format qui fait de la parole le lieu de l\u2019explication, de la justification, et de l\u2019accablement.<br \/>\nQuelques minutes plus tard, apr\u00e8s que Annie Mercier (qui joue l\u2019intendante) se sera amus\u00e9 des premi\u00e8res gouttes d\u2019eau, et que Stanislas Nordey, alias Hans, aura le temps de dire \u00ab je t\u2019ai reconnu de loin \u00e0 ta fa\u00e7on de te tenir \u00bb\u2026 la pi\u00e8ce est arr\u00eat\u00e9. Et elle s\u2019arr\u00eate, dans un geste d\u2019amiti\u00e9 et de fraternit\u00e9 d\u2019acteurs, entre Sauvage et Nordey qui s\u2019\u00e9treignent connaissant l\u2019issue et le r\u00e9sultat de la pluie qui tombe drue. Et si Sauvage et Nordey, les acteurs, sont complices, juste en les regardant, le spectateur pouvait comprendre que tout allait finir l\u00e0, dans cette \u00e9treinte complexe o\u00f9 le corps appelle le corps du fr\u00e8re.<br \/>\nLes quarantes minutes sont \u00e9coul\u00e9es. Par les villages est interrompu\u2026 et ne reprendra pas. Reste au spectateur que je suis, les premi\u00e8res minutes, et le souvenir de ce silence, de cette attente de Gregor. Moins un silence, qu\u2019un temps o\u00f9 la parole couch\u00e9e de la lettre (\u00e7a commence par une lettre re\u00e7ue) faisait son chemin dans l\u2019esprit de Gregor. Moins un silence, donc, qu\u2019un acteur jouant une \u00e9coute int\u00e9rieure, la voix d\u2019encre de cette lettre qui se faisait entendre en lui. Et le regardant, je songeais que Gregor \u00e9tait habit\u00e9 par son fr\u00e8re, \u00e0 vie. Et qu\u2019il y avait l\u00e0, sans doute, quelque chose d\u2019une Saudade\u2026 Et j\u2019imagine que la justesse de cette sc\u00e8ne et de ce geste de retenue, de parole donn\u00e9e \u00e0 entendre dans le silence, serait le signe d\u2019une mise en sc\u00e8ne qui multiplierait ces formes subtiles et d\u00e9licates. Ou quand le th\u00e9\u00e2tre, d\u00e8s lors qu\u2019il est adresse, passe par tous les chemins de l\u2019\u00eatre, simplement. Et on esp\u00e8re que c&rsquo;est ce mouvement qui aura \u00e9t\u00e9 reconduit, jusqu&rsquo;au bout d&rsquo;une nuit qui aura \u00e9t\u00e9 \u00e9court\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, la pluie diluvienne vient arr\u00eater Par les villages de Handke, mis en sc\u00e8ne par Stanislas Nordey. Avatar du climat et du th\u00e9\u00e2tre, on peut retrouver cette cr\u00e9ation un peu partout en France, \u00e0 commencer par sa programmation au th\u00e9\u00e2tre de la Colline. 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