


{"id":634,"date":"2013-07-10T21:59:00","date_gmt":"2013-07-10T19:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=634"},"modified":"2013-07-10T21:59:00","modified_gmt":"2013-07-10T19:59:00","slug":"re-re-walden","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/re-re-walden\/","title":{"rendered":"Re : Re : Walden"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Quelque part dans le XIVe si\u00e8cle un cardinal construit pr\u00e8s d&rsquo;Avignon son palais ce qui est devenu aujourd&rsquo;hui un centre national des \u00e9critures du spectacle : La Chartreuse. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;a lieu Re:Walden de Jean-Fran\u00e7ois Peyret du 6 au 11 juillet. Il y propose un th\u00e9\u00e2tre rare qui se saisit de son temps d&rsquo;une mani\u00e8re intelligente (qui est tout aussi rare) et lumineuse. En partant de Walden de Henry David Thoreau, il creuse la question de la m\u00e9moire et de la transmission dans notre \u00e8re qui semble l&rsquo;avoir perdu au nom d&rsquo;un permanent flux d\u2019imageries, d&rsquo;un zapping existentiel, avec un apport technologique qu&rsquo;on ne voit pas souvent au th\u00e9\u00e2tre.<\/strong> <\/em><br \/>\nCertains spectateurs gueulent : \u00ab on n&rsquo;entend pas! \u00bb. Ils n&rsquo;ont rien compris. Peut-\u00eatre moi non plus d&rsquo;ailleurs&#8230;<br \/>\nTrois jeunes gens, tous sortis de l&rsquo;ERAC, sont assis sur des chaises en bois. Ils parlent. La lumi\u00e8re de jour \u00e9claire la salle pour que certains ne tombent pas dans les marches. Pendant que ces certains \u00ab r\u00e2lent \u00bb, la lumi\u00e8re bascule de la salle \u00e0 la sc\u00e8ne, \u00e0 l&rsquo;ancienne : les rideaux des fen\u00eatres de la salle baissent, les rideaux de la sc\u00e8ne s&rsquo;ouvrent. Un basculement comme si l&rsquo;on \u00e9tait tourn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;envers. C&rsquo;est alors, au bonheur de ces certains, que les microphones s&rsquo;enclenchent et jettent la voix de ces trois jeunes gens dans la salle.<br \/>\nRe:Walden est une incessante rem\u00e9moration, un redire, un citer, le jeu de se souvenir, d&rsquo;un souvenir en commun, les uns aidant ou corrigeant les autres pour dire correctement les phrases de ce grand classique am\u00e9ricain. C&rsquo;est encore une incessante traduction, et retraduction, comme un prolongement dans d&rsquo;autres terrains, d&rsquo;autres territoires. Avec leurs costumes, leurs dictions, leur jeu, ces trois jeunes donnent l&rsquo;impression de sortir des ann\u00e9es 60 ou 70 (qu&rsquo;en sais-je, je n&rsquo;\u00e9tais pas encore n\u00e9), en tout cas, qui pourraient sortir des films de la nouvelle vague, de Rohmer, de Godard&#8230; Et ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas anodin puisque c&rsquo;est dans ces ann\u00e9es l\u00e0 que Thoreau a eu son grand succ\u00e8s, dans cet age of hope. Ce que Heiner M\u00fcller avait senti en 1977 ne semble plus pour personne aujourd&rsquo;hui une surprise : something is rotten. Et c&rsquo;est \u00e0 ce something is rotten non plus de Hamlet, mais de tout le monde, que Jean-Fran\u00e7ois Peyret r\u00e9pond avec un travail sur Thoreau renouant ainsi avec ces ann\u00e9es de r\u00e9volte et d&rsquo;espoir des ann\u00e9es 60.<br \/>\nRe:Walden semble encore un travail sur la transmission. Apr\u00e8s un certain temps, une quatri\u00e8me figure appara\u00eet, parlant anglais &#8211; ce pourrait \u00eatre M. Thoreau lui-m\u00eame \u2013 et il apprendra plus tard au jeune homme \u00e0 p\u00eacher. P\u00eacher avec une canne des phrases d&rsquo;un pool quelconque et qui pendent au bout de cette canne, projet\u00e9es sur le mur du fond. Un jeu entre mati\u00e8re et virtualit\u00e9, un th\u00e8me qui a rempli tant de bouquins ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette complexe ali\u00e9nation du virtuel qui nous hante tous les jours, de Second life \u00e0 facebook, est ici mise en jeu, et jamais ne m&rsquo;a sembl\u00e9 \u00eatre un th\u00e9\u00e2tre aussi perspicace dans la capacit\u00e9 de cerner le monde contemporain qui l&rsquo;entoure.<br \/>\nLa beaut\u00e9 de ce geste vient du fait que, loin de nous mettre simplement en face d&rsquo;un monde qui nous \u00e9chappe, o\u00f9 la technologie pourrait \u00eatre au service d&rsquo;une imagerie de plus, aussi terrifiante qu&rsquo;elle soit, il s&rsquo;installe dans une historicit\u00e9 et dans une transmission qui tente de penser \u00e0 partir de ce qu&rsquo;il y avait ce qui est maintenant. Et il le pense d&rsquo;une mani\u00e8re lumineuse. Lumi\u00e8re, \u00e9l\u00e9ment th\u00e9\u00e2tral qui vient principalement des projections vid\u00e9os renouant parfois avec une mani\u00e8re impressionniste \u00e0 la Monet. Mani\u00e8re de voir la nature ou de la faire advenir avec des images. Lumi\u00e8re travaill\u00e9e \u00e0 la Tarkovski transformant le mur du fond, qui se cache au d\u00e9but, apparemment d&rsquo;une mani\u00e8re paradoxale, en arri\u00e8re d&rsquo;une toile de projection, en transformant, dis-je, ce mur miraculeusement en un for\u00eat.<br \/>\nEt c&rsquo;est, entre autre, toute la magie, \u00e9videmment trahie par son \u00e9vidence technologique, mais qui participe aussi au comique de la mati\u00e8re (quand, par exemple, le piano se met \u00e0 jouer tout seul ou qu&rsquo;il commande l&rsquo;apparition des images projet\u00e9es) que Re:Walden peut d\u00e9placer les ali\u00e9nations de notre monde contemporain. Il est presque didactique quand il nous met en face de la perte de notre langage par tout ce qui nous entoure, par le visuel au service d&rsquo;un son, d&rsquo;un son conditionn\u00e9 par du num\u00e9rique, du num\u00e9rique d\u00e9termin\u00e9 par un corps, un corps d\u00e9doubl\u00e9 par du visuel d\u00e9termin\u00e9 par le virtuel&#8230; Des ali\u00e9nations o\u00f9 l&rsquo;on ne sait plus comment en sortir, o\u00f9 il nous semble que nous avons perdu la boussole, Jean-Fran\u00e7ois Peyret, par son dispositif m\u00eame, nous rend la libert\u00e9 de rire de tout ce jeu infernal et d&rsquo;en jouer autant. Jouer, et se rendre compte de la joie d&rsquo;\u00eatre humain, d&rsquo;avoir un corps et une m\u00e9moire qui oublie la phrase exacte.<br \/>\nLa beaut\u00e9 du geste ne vient pas de la place qu&rsquo;il donne \u00e0 ces jeunes gens qui sont sous l&#8217;emprise avec ce monde \u00e0 venir. Loin de d\u00e9sesp\u00e9rer, m\u00eame si, au final nous serions tous dans la solitude (qui n&rsquo;est pas une raison de d\u00e9sesp\u00e9rer d&rsquo;ailleurs), une confiance est v\u00e9hicul\u00e9e \u00e0 l&rsquo;adresse de cette jeunesse \u00e0 laquelle il suffit de donner les moyens, de transmettre ce qui a \u00e9t\u00e9, pour que l&rsquo;espoir d&rsquo;un meilleur monde puisse rena\u00eetre.<br \/>\nJean-Fran\u00e7ois Peyret nous laisse redevenir pour un moment ma\u00eetre dans notre propre demeure. Et c&rsquo;est cette exp\u00e9rience qui me fait \u00e9crire jusqu&rsquo;\u00e0 tard dans la nuit, m\u00eame si ce que j&rsquo;\u00e9cris irait \u00e0 l&rsquo;encontre de mon cher professeur, transmetteur lui aussi, dont vous pouvez lire sa critique ici, si ce n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait.<br \/>\nIl n&rsquo;y avait que ces certains qui \u00ab r\u00e2laient \u00bb au derniers mots du spectacle: \u00ab C&rsquo;\u00e9tait un truc pour s&rsquo;endormir, non? \u00bb Tant pis&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelque part dans le XIVe si\u00e8cle un cardinal construit pr\u00e8s d&rsquo;Avignon son palais ce qui est devenu aujourd&rsquo;hui un centre national des \u00e9critures du spectacle : La Chartreuse. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;a lieu Re:Walden de Jean-Fran\u00e7ois Peyret du 6 au 11 juillet. Il y propose un th\u00e9\u00e2tre rare qui se saisit de son temps d&rsquo;une mani\u00e8re intelligente (qui est tout aussi rare) et lumineuse. 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