


{"id":638,"date":"2013-07-06T22:08:00","date_gmt":"2013-07-06T20:08:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=638"},"modified":"2013-07-06T22:08:00","modified_gmt":"2013-07-06T20:08:00","slug":"la-fabrica-ou-quand-hortense-et-vincent-donnent-du-champ-au-futur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-fabrica-ou-quand-hortense-et-vincent-donnent-du-champ-au-futur\/","title":{"rendered":"La FabricA ou quand Hortense et Vincent donnent du champ au futur\u2026."},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Tout le long des mandatures qu\u2019auront assur\u00e9es Vincent Baudriller et Hortense Archambault, et leur capacit\u00e9 \u00e0 mettre en dialogue diff\u00e9rents partenaires (minist\u00e8re, tutelles, partenaires priv\u00e9s et publics), il est un projet qui s\u2019est d\u00e9clin\u00e9, enracin\u00e9 et vient de voir le jour, ce 5 juillet 2013. Son nom : La FabricA, lieu de r\u00e9p\u00e9titions et de r\u00e9sidence pour les artistes qui, alors qu\u2019ils se produisent entre autres dans le cadre du festival d\u2019Avignon, n\u2019avaient pas d\u2019arri\u00e8re-cour sur site pour travailler. La chose est \u00ab r\u00e9par\u00e9e \u00bb et les deux directeurs du festival peuvent aujourd\u2019hui \u00eatre heureux de cette issue qui marque et symbolise une action, \u00e0 la t\u00eate du festival, qui s\u2019ouvre sur la cr\u00e9ation et les conditions de travail du futur\u2026. Geste emprunt de m\u00e9moire aussi puisqu\u2019en 1966, Jean Vilar disait d\u00e9j\u00e0, alors qu\u2019il pensait l\u2019organisation du festival : \u00ab Un lieu de travail et de r\u00e9p\u00e9titions, c\u2019est ce qui nous manque le plus actuellement \u00bb. Soit, de Vilar \u00e0 Baudriller et Archambault, un geste de continuit\u00e9, lisible pour l&rsquo;ouverture de la 67\u00e8me \u00e9dition du festival d&rsquo;Avignon<\/strong> <\/em><br \/>\nC\u2019est \u00e0 la marge des lieux prestigieux et patrimoniaux que sont les espaces du festival d\u2019Avignon, que la FabricA prend racine, au sein des espaces que sont les quartiers Champfleury et Monclar. Des espaces d\u2019habitation que l\u2019on traverse en voiture et o\u00f9 l\u2019habitant n\u2019est pas \u00e0 proprement concern\u00e9 par l\u2019art et la culture. Ce qui est d\u2019autant plus important puisque la FabricA devient ainsi, non seulement un lieu de travail ouvert \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pour les artistes, mais \u00e9galement un signe qu\u2019il convient de rattacher \u00e0 une volont\u00e9 politique et artistique de gagner des territoires o\u00f9 l\u2019art et la culture s\u2019insciront dans le paysage quotidien d\u2019un quartier o\u00f9 ils ne figuraient pas. Un lieu d\u00e9fini comme un espace exp\u00e9rimental et o\u00f9 la prise de risque est revendiqu\u00e9e. Mani\u00e8re d\u2019installer durablement l\u2019art dans sa fonction d\u2019exploration de l\u2019inattendu et de l\u2019impr\u00e9visible, un lieu de pr\u00e9paration \u00e0 m\u00eame de fabriquer des \u0153uvres qui sont, avant toutes choses, le lieu de la d\u00e9couverte.<br \/>\nAussi grand et impressionnant que la cour d\u2019honneur (la salle de la Fabrica en poss\u00e8de la surface), ce nouveau territoire de l\u2019art pr\u00e9voit aussi dix-huit logements, ainsi que des locaux techniques afin d\u2019accueillir des artistes en r\u00e9sidence. C\u2019est donc un v\u00e9ritable outil de cr\u00e9ation qui vient de voir le jour. Un outil, pens\u00e9 et dessin\u00e9 par l\u2019architecte Maria Godlewska que l\u2019on d\u00e9finira \u00e9galement comme un m\u00e9dium, soit un moyen de travailler \u00e0 l\u2019interface des populations qui vivent aux alentours : \u00e9coles, associations, habitants\u2026 un outil ouvert comme la cr\u00e9ation sons et lumi\u00e8res (titre : Ouvert), chor\u00e9graphiques et po\u00e9tiques, pens\u00e9 par le groupe F et le metteur en sc\u00e8ne Christophe Berthonneau. Ouvert, c\u2019est-\u00e0-dire, pr\u00e9cis\u00e9ment, accueillant, disponible, et projectif\u2026 Ouvert comme on pourrait le dire d\u2019un \u00ab \u00e9tat d\u2019esprit \u00bb, d\u2019une attitude, d\u2019une relation aux autres. Aussi, en donnant \u00e0 lire au public (sans doute plusieurs milliers) ces six lettres imprim\u00e9es sur la fa\u00e7ade de la FabricA, s\u2019agissait-il pour Vincent Baudriller et Hortense Archambault d\u2019\u00e9crire la premi\u00e8re page d\u2019un Manifeste qui inscrit la cr\u00e9ation dans un horizon non d\u00e9fini, non ferm\u00e9, non limit\u00e9. Et aux travers de ce mot, on pouvait deviner le souci constant d\u2019un festival vou\u00e9 \u00e0 des cr\u00e9ations que l\u2019on contemplera comme des lieux d\u2019aventures et d\u2019explorations o\u00f9 l\u2019artiste comme les publics qui les fr\u00e9quenteront seront disponibles \u00e0 la fabrique du nouveau. Estampill\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb reconnaissable, \u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb pour Avignon, ce nouveau lieu en b\u00e9ton et dont les annexes sont en bois vernis, est promis \u00e0 l&rsquo;avenir de la cr\u00e9ation, et pr\u00e9cis\u00e9ment au travail pr\u00e9paratoire.<br \/>\nSur la fa\u00e7ade qui ne cessera de se colorer de toutes les lumi\u00e8res que peut inventer l\u2019imaginaire, sur les murs de b\u00e9tons o\u00f9 le dessin na\u00eff est privil\u00e9gi\u00e9, des \u00eatres de lumi\u00e8re suspendus \u00e0 des cables sont les marionnettes et les arpenteurs d\u2019une galaxie qui d\u00e9file. Figures \u00e9nigmatiques que l\u2019on croirait emprunt\u00e9es aux visions d\u2019Oskar Schlemmer, une allusion qui vaut pour une r\u00e9f\u00e9rence au Bauhaus qui fut, et demeure dans les esprits, le haut lieu de la libert\u00e9 des pratiques et des esth\u00e9tiques, leurs croisements, leurs hybridations. Sorte de spectres lumineux, ils dansent, et ici il faudrait dire : \u00ab ils varappent \u00bb comme l\u2019aura fait Edlinger. D\u00e9filent alors les images du monde ramen\u00e9 \u00e0 des illustrations : monde industriel et monde imaginaire, les deux formant l\u2019une et l\u2019autre face des activit\u00e9s humaines. Monde de construction \u00e0 la cha\u00eene et monde de construction des r\u00eaves, l\u2019un et l\u2019autre, intrins\u00e9quement li\u00e9s, parfois en lutte, et toujours en concurrence. Monde d\u2019ici et utopie de l\u00e0-bas, o\u00f9 sans cesse s\u2019affrontent deux pulsions qui, pour l\u2019une est conservatrice, quand l\u2019autre est r\u00e9formatrice. D\u00e9filent donc les pages, d\u2019un monde en proie \u00e0 un devenir, \u00e0 un avenir, \u00e0 saisir, \u00e0 faire \u00e0 d\u00e9faire et \u00e0 travailler. Sur les fa\u00e7ades de la FabricA, c\u2019est l\u2019image du monde, ancien, nouveau, ind\u00e9fini qui s\u2019invente aux sons des voix d\u2019enfants aussi qui parlent d\u2019eux et se nomment simplement. Et chaque pr\u00e9nom rappel\u00e9, enracin\u00e9 dans une culture qui est aujourd\u2019hui brass\u00e9e, dit que chaque enfant, \u00e0 son commencement, est un espoir, en m\u00eame temps qu\u2019une menace aussi et parfois.<br \/>\nEt sur les fa\u00e7ades que l\u2019on contemple comme les parois d\u2019un monde rupestre, quelque chose s\u2019origine qui a \u00e0 voir avec le d\u00e9sir et ses fins, avec le futur et ses voies\u2026 \u00e0 travers le geste chor\u00e9graphi\u00e9 de ces funambules de lumi\u00e8res.<br \/>\nUn monde tout feu, tout flamme (feu d\u2019artifice et pyrotechnie obligent) se dessine ainsi dans un chaos esth\u00e9tis\u00e9, un chaos o\u00f9 la possibilit\u00e9 d\u2019un autre ordre, un agencement diff\u00e9rent, une histoire \u00e0 inventer. Peut-\u00eatre lisait-on sur ces fa\u00e7ades, comme le rappelle le metteur en sc\u00e8ne de cette fresque immense, un \u00ab big bang \u00bb\u2026 Une chance en quelque sorte, quand on songe \u00e0 la vertue la\u00efque de cette expression.<br \/>\nDe loin, parmi les milliers anonymes qui contemplaient cette peinture anim\u00e9e, il y avait de quoi r\u00eaver, vraiment. Il y avait de quoi pr\u00e9tendre \u00e0 un futur qui se donnait au pr\u00e9sent. Et de comprendre qu\u2019on assistait \u00e0 la naissance d\u2019une possibilit\u00e9, \u00e0 la mise en route d\u2019une architecture d\u00e9volue \u00e0 la cr\u00e9ation, et au partage de celle-ci.<br \/>\nDans le noir de la nuit qui \u00e9tait tomb\u00e9e, regardant tout cela, et les myriades \u00e9tincellantes, on y voyait encore quelque chose des Lucioles pasoliniennes. Les lucioles dont Pasolini nous a dit qu\u2019elles \u00e9taient comme le signe lumineux, le presque rien de lumi\u00e8re, la petite part de clart\u00e9 dans la nuit obscure de ce qu\u2019il faut veiller et chercher et construire\u2026 Les lucioles qu\u2019il nomme aussi l\u2019espoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout le long des mandatures qu\u2019auront assur\u00e9es Vincent Baudriller et Hortense Archambault, et leur capacit\u00e9 \u00e0 mettre en dialogue diff\u00e9rents partenaires (minist\u00e8re, tutelles, partenaires priv\u00e9s et publics), il est un projet qui s\u2019est d\u00e9clin\u00e9, enracin\u00e9 et vient de voir le jour, ce 5 juillet 2013. Son nom : La FabricA, lieu de r\u00e9p\u00e9titions et de r\u00e9sidence pour les artistes qui, alors qu\u2019ils se produisent entre autres dans le cadre du festival d\u2019Avignon, n\u2019avaient pas d\u2019arri\u00e8re-cour sur site pour travailler. 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