


{"id":639,"date":"2013-07-06T22:09:00","date_gmt":"2013-07-06T20:09:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=639"},"modified":"2013-07-06T22:09:00","modified_gmt":"2013-07-06T20:09:00","slug":"un-compte-rendu-a-laddala","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-compte-rendu-a-laddala\/","title":{"rendered":"Un compte rendu \u00e0 (l&rsquo;)Addala"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Pas loin de la piscine municipale au Pontet, \u00e0 l&rsquo;Auditorium du Grand Avignon, excentr\u00e9 dans la p\u00e9riph\u00e9rie avignonnaise, Mich\u00e8le Addala d\u00e9bute le 67e Festival d&rsquo;Avignon avec La parabole des papillons ce 5 juillet dans un chaud apr\u00e8s-midi proven\u00e7al. Avec sa premi\u00e8re participation au festival, c&rsquo;est l&rsquo;occasion de donner parole \u00e0 ceux qui n&rsquo;en ont pas normalement. Des amateurs des quartiers \u00ab populaires \u00bb jouent ici avec des professionnels leurs paroles autour de \u00ab l&rsquo;\u00eatre femme \u00bb dans un \u00ab r\u00e9cit \u00e9toil\u00e9 \u00bb sans \u00e9toile, refusant tout \u00e9toile. \u00c9merge alors toute la panoplie des clich\u00e9s qui constituent nos rapports sociaux et aussi nos ali\u00e9nations.<\/strong> <\/em><br \/>\nQuelque part dans le XIIe si\u00e8cle le mystique soufi Farid Al-Din Attar \u00e9crit cette petite histoire des papillons1 qui devra donner le titre au spectacle. Seul l&#8217;embrasement du papillon par la flamme, sa mort, pu lui faire conna\u00eetre r\u00e9ellement ce qu&rsquo;elle \u00e9tait. Parabole de l&rsquo;amour et du d\u00e9vouement total d&rsquo;un enseignement mystique qu&rsquo;on peut retrouver dans son ouvrage probablement le plus connu, La conf\u00e9rence des oiseaux. Plus de huit si\u00e8cles apr\u00e8s, nous sommes devant la proposition de Mich\u00e8le Addala qui travaille depuis longtemps dans et avec les populations des dits \u00ab quartiers populaires \u00bb entre travail artistique et ce qu&rsquo;on nomme du \u00ab socio-culturel \u00bb. Notamment en proposant des ateliers divers, allant du th\u00e9\u00e2tre aux percussions corporelles jusqu&rsquo;aux \u00ab ateliers de parole \u00bb, elle semble \u00eatre \u00e0 la recherche d&rsquo;une rencontre avec une flamme que G. Didi-Huberman a pu nommer les lucioles2, et dont le travail d&rsquo;un Pasolini peut t\u00e9moigner. Ce sont ces \u00ab ateliers de parole \u00bb, ancr\u00e9s principalement dans le quartier avignonnais Monclar dont on peut trouver des \u00ab graphs \u00bb sur les trottoirs des quartiers bourgeois, qui constituent les mat\u00e9riaux principaux de La parabole des papillons. En suivant Pierre Bourdieu dans sa grande r\u00e9colte des t\u00e9moignages des plus d\u00e9mentis de la parole dans La Mis\u00e8re du Monde3, l&rsquo;\u00e9quipe de la Compagnie Mise en Sc\u00e8ne cueille les paroles autour de \u00ab l&rsquo;\u00eatre femme \u00bb. Paroles qui trouvent alors directement entr\u00e9e dans ce spectacle avec les projections des enregistrements ou des prises de paroles des acteurs que les auteurs Jean Cagnard et Val\u00e9rie Rouzeau compos\u00e8rent \u00e0 partir de ces ateliers.<br \/>\nAssis dans le bus climatis\u00e9 qui nous am\u00e8ne hors des murs \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie avignonnaise, mon regard s&rsquo;arr\u00eate sur une affiche publicitaire vendant \u00ab J&rsquo;ai perdu 11 kg \u00bb avec une femme en robe rouge et un produit semi-pharmaceutique pour r\u00e9aliser la ligne parfaite du mod\u00e8le de la femme, la femme comme elle doit \u00eatre. Une heure plus tard, une femme en robe rouge de papier s&rsquo;avance lentement \u00e0 travers une agitation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, mais organis\u00e9e &#8211; des actions individuelles en boucle &#8211; vers l&rsquo;avant-sc\u00e8ne. Sa robe sera enlev\u00e9e, le papier doucement d\u00e9chir\u00e9, et elle se trouvera en sous-v\u00eatements adressant au public sa lamentation sur l&rsquo;amour impossible \u00e0 40 ans \u00ab Mon c\u0153ur navr\u00e9, mon c\u0153ur navrant. \u00bb<br \/>\nMais \u00e7a commence avant, un d\u00e9but humble. Bruits de la ville, mani\u00e8re d&rsquo;amener la cit\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre et une table brute, en c\u00e9ramique brune peut-\u00eatre des ann\u00e9es 50, pouvant sortir d&rsquo;un quelconque magasin d&rsquo;Emma\u00fcs, sur une structure tout aussi brute de d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre, barres m\u00e9talliques et roulettes \u00e0 vue. Les lumi\u00e8res de la salle ne se sont pas encore \u00e9teintes que deux femmes apportent le caf\u00e9 et des biscuits. D&rsquo;autres les rejoignent. Un ch\u0153ur de femme se forme et devra \u00eatre le centre de cette heure et demi. Elles boivent, mangent, parlent; parlent comme le public continue \u00e0 parler jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;annonce \u00ab La repr\u00e9sentation va bient\u00f4t commencer&#8230; \u00bb, \u00ab The performance soon&#8230; \u00bb force le d\u00e9but du spectacle. Repr\u00e9sentation qui part de ces ateliers, d&rsquo;une mani\u00e8re simple et qui repr\u00e9sente ces ateliers par la suite, dont voudront s&rsquo;\u00e9chapper des \u00e9l\u00e9ments po\u00e9tiques. Une des premi\u00e8res phrases que l&rsquo;on entend vient de la bouche d&rsquo;une nouvelle arriv\u00e9e : \u00ab C&rsquo;est ici l&rsquo;endroit o\u00f9 on parle? \u00bb, et il me semble entendre, ou aurais aim\u00e9 entendre : \u00ab c&rsquo;est ici l&rsquo;endroit d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on parle \u00bb. Et c&rsquo;est avec cette premi\u00e8re phrase que nous sommes au c\u0153ur de la difficile d\u00e9clinaison des \u00e9critures du r\u00e9el. \u00c0 quel moment la volont\u00e9 de \u00ab porter la rumeur du monde \u00bb tombe dans un Gerede sur ce monde?<br \/>\nCela commence alors avec une table. Plus tard, on en aura une deuxi\u00e8me. Bleu, bleu-p\u00e2le, cette fois-ci, tout autant en c\u00e9ramique. Elles serviront d&rsquo;ailleurs comme arme contre les hommes agressant les femmes et comme objet de louanges, la table comme plus important membre de la famille, etc. L&rsquo;histoire des ateliers de paroles, encore une fois, prend d\u00e9part autour d&rsquo;une table et elle, comme de nombreuses activit\u00e9s de la compagnie dans la r\u00e9gion trouve entr\u00e9e dans cette proposition sc\u00e9nique. Les chants chorales, parfois d&rsquo;une \u00ab m\u00e9lancolie populaire \u00bb, chantant sur leur quartier qui se trouve toujours aux terminus des lignes de transport en commun, les percussions corporelles chor\u00e9graphi\u00e9es par Cheikh Sall, qui m\u00e9taphorise par moment des agressions homme\/femme, une sublimation, utilit\u00e9 socio-culturelle de l&rsquo;art, et probablement quelques exercices de th\u00e9\u00e2tres (p.ex. jeux d&rsquo;ombre) tissent une mati\u00e8re qui surprend par son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, mais se fatigue parfois par sa syst\u00e9matique. Nous passons d&rsquo;une parole au microphone, \u00e0 des dialogues jou\u00e9s, aux enregistrements, \u00e0 des exercices, \u00e0 des chants, au microphone, \u00e0 des dialogues&#8230; et recevons effectivement un compte rendu de cette \u00ab exp\u00e9rience collective \u00bb men\u00e9e en 2013 et depuis des d\u00e9cennies. Les sujets abord\u00e9s viennent, on a l&rsquo;impression, s&rsquo;ins\u00e9rer dans ce tissu en bloc : menstruations, amour, virginit\u00e9, peur, viol, agressions&#8230; et ne nous disent rien de ce que nous ne savions pas encore \u00e0 part peut-\u00eatre l&rsquo;importance, l&rsquo;omnipr\u00e9sence des clich\u00e9s et des st\u00e9r\u00e9otypes dans la vie de tous les jours. Une vie de tous les jours sans mascarade &#8211; un th\u00e9\u00e2tre sans mascarade o\u00f9 quelques instruments \u00e9lectroniques sont pos\u00e9s \u00e0 jardin comme \u00e7a, o\u00f9 les acteurs viennent se poser sur le bord du plateau en tentant de partager une parole intime et simple. En tentant, dis-je, car par moment les amateurs dont surgissaient cette parole, sont amen\u00e9s \u00e0 jouer leur propre parole. Au contraire d&rsquo;un spectacle comme celui de Jean-Baptiste Sastre qu&rsquo;on aurait pu voir au Bois de l&rsquo;Aune \u00e0 Aix-en-Provence le mois dernier4, o\u00f9 des gens sont amen\u00e9s \u00e0 \u00eatre sur le plateau, nous voyons dans La parabole des papillons souvent des gens qui tentent de jouer ce qu&rsquo;ils sont. Des papillons qui tentent d&rsquo;\u00eatre des oiseaux \u00ab dans une autre vie \u00bb.<br \/>\nUn th\u00e9\u00e2tre sans mascarade, donc, qui tente aussi d&rsquo;amener une po\u00e9sie en douceur. V\u00eatements de tous les jours, majoritairement gris, gris-bleu, gris-vert, des couleurs pastelles qui par moment, notamment le ch\u0153ur des hommes, entrent dans des pastels rouge jaune vert. Seuls les seaux plastiques servant \u00e0 ce ch\u0153ur de femmes \u00e0 frotter le plateau am\u00e8nent des couleurs bonbons, couleurs qui voudront cacher, si ce n&rsquo;est la fadeur, la fragilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9sistance, d&rsquo;une lumi\u00e8re luisante.<br \/>\nUn \u00ab r\u00e9cit \u00e9toil\u00e9 \u00bb tant dans les mat\u00e9riaux sonores que dans l&rsquo;espace, tentative d&rsquo;abolir une fronti\u00e8re sc\u00e8ne\/salle, tant dans les th\u00e8mes autour de \u00ab l&rsquo;\u00eatre femme \u00bb que dans les formes de jeu propos\u00e9es (marionnettisation, jeux d&rsquo;ombre, chants, percussions corporelles) qui trouvent \u00e0 des moments des formes po\u00e9tiques comme ces tableaux vivants cr\u00e9\u00e9s par des actions solitaires m\u00e9canis\u00e9es, solitudes urbaines, d&rsquo;o\u00f9 surgissent quelques paroles individuelles, intimes.<br \/>\nTentative de rendre compte de ce travail avec les habitants des quartiers excentr\u00e9s, de rendre un compte \u00e0 ces gens des p\u00e9riph\u00e9ries \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame d&rsquo;un des plus importants festivals de th\u00e9\u00e2tre du monde, geste politique qui ne peut \u00eatre que louable et qui a le m\u00e9rite d&rsquo;amener un public au th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;on n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement l&rsquo;habitude de voir, il demeure la question de comment rendre compte (et se rendre compte de \u00ab l&rsquo;\u00eatre femme \u00bb) sans rendre un compte rendu?<br \/>\n1 \u00ab Un jour les papillons se r\u00e9unirent, tourment\u00e9s par le d\u00e9sir de s&rsquo;unir \u00e0 la bougie. Un premier papillon alla jusqu&rsquo;au ch\u00e2teau lointain et il aper\u00e7ut \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur la lumi\u00e8re d&rsquo;une bougie. Il revint, raconta ce qu&rsquo;il avait vu. Mais le sage papillon qui pr\u00e9sidait la r\u00e9union dit que cela ne les avan\u00e7ait gu\u00e8re. Un deuxi\u00e8me papillon alla plus pr\u00e8s de la bougie. Il toucha de ses ailes la flamme et la bougie fut victorieuse. Il revint, les ailes br\u00fbl\u00e9es, et raconta son voyage. Mais le sage papillon lui dit: Ton explication n&rsquo;est pas plus exacte. Alors un troisi\u00e8me papillon se leva, ivre d&rsquo;amour. Il s&rsquo;\u00e9lan\u00e7a sur ses pattes de derri\u00e8re et se jeta violemment sur la flamme. Ses membres devinrent rouges comme le feu. Il s&rsquo;identifia \u00e0 la flamme. Alors le sage papillon, qui avait regard\u00e9 de loin, dit aux autres: Il a appris ce qu&rsquo;il voulait savoir. Mais lui seul le comprend, et voil\u00e0 tout. \u00bb<br \/>\nInformation cherch\u00e9 le 5 juillet 2013 sur http:\/\/villemin.gerard.free.fr\/Langue\/Parabole.htm<br \/>\n2 Didi-Huberman, G. (2009), Survivance des lucioles, Les \u00c9ditions de Minuit<br \/>\n3 Bourdieu, P. (1993), La mis\u00e8re du monde, Seuil<br \/>\n4 http:\/\/insense-scenes.net\/site\/?p=article&#038;id=337<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pas loin de la piscine municipale au Pontet, \u00e0 l&rsquo;Auditorium du Grand Avignon, excentr\u00e9 dans la p\u00e9riph\u00e9rie avignonnaise, Mich\u00e8le Addala d\u00e9bute le 67e Festival d&rsquo;Avignon avec La parabole des papillons ce 5 juillet dans un chaud apr\u00e8s-midi proven\u00e7al. Avec sa premi\u00e8re participation au festival, c&rsquo;est l&rsquo;occasion de donner parole \u00e0 ceux qui n&rsquo;en ont pas normalement. Des amateurs des quartiers \u00ab populaires \u00bb jouent ici avec des professionnels leurs paroles autour de \u00ab l&rsquo;\u00eatre femme \u00bb dans un \u00ab r\u00e9cit<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-639","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/639","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=639"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=639"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}