


{"id":642,"date":"2013-05-28T22:12:00","date_gmt":"2013-05-28T20:12:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=642"},"modified":"2013-05-28T22:12:00","modified_gmt":"2013-05-28T20:12:00","slug":"oh-les-beaux-jours-cest-chez-nono","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/oh-les-beaux-jours-cest-chez-nono\/","title":{"rendered":"Oh les beaux jours, c\u2019est chez Nono"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Sur le programme concoct\u00e9 par Blin, Barrault, \u00e0 l\u2019occasion de la g\u00e9n\u00e9rale de Oh Les beaux jours au Th\u00e9\u00e2tre de France-Od\u00e9on (la pi\u00e8ce sera cr\u00e9\u00e9e le 30 octobre 1963), Beckett avait rajout\u00e9 \u00e0 la main, le 29 septembre 1963, les noms, entre autres de Robbe-Grillet, Godart, Sollers, Blanchot, Vidal-Naquet, Barthes\u2026 ou ceux qui ont, lisant Beckett, compris qu\u2019il y avait l\u00e0, une \u00e9criture rare que Lindon publiera en continu. Bernard Dort n\u2019\u00e9tait pas de cet avis d\u00e8s 1953, et pour autant qu\u2019il se distinguait de Jean Jacques Gautier qui voyait dans cette pi\u00e8ce \u00ab un festival d\u2019abjection \u00bb, \u00ab une apoth\u00e9ose du n\u00e9ant \u00bb, \u00ab la n\u00e9gation m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre \u00bb\u2026 Beckett cadrait mal avec les id\u00e9es du Diaphoirus ou Bartholomeus de Th\u00e9\u00e2tre Populaire qu\u2019il deviendrait. D\u00e9bat de critique que tout cela\u2026 quand il faudrait juste retenir le petit \u00e9loge de Madeleine Renaud, chez Moussa Abadi, \u00e0 la radio le 26 janvier 1964\u2026 \u00ab avec Oh les beaux jours Roger Blin qui m\u2019a apport\u00e9 cette pi\u00e8ce, m\u2019a fait un cadeau inestimable\u2026 je lui en serai reconnaissante toute ma vie \u00bb. A flanc de montagnes o\u00f9 le Th\u00e9\u00e2tre NoNo est install\u00e9 depuis un peu plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, Serge Noyelle a dispos\u00e9 un petit monticule sur sc\u00e8ne et une \u00e9norme pi\u00e8ce Oh les beaux jours de Samuel Beckett. Le premier cycle d\u2019un travail que Marion Coutris dans la lign\u00e9e des Winnie, No\u00ebl Verg\u00e8s dans l\u2019ombre de Willie, et Gregory Mi\u00e8ge assistant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne mettent en place, avant de poursuivre \u00e0 la rentr\u00e9e avec la cr\u00e9ation de En attendant Godot. Une mani\u00e8re \u00e0 eux de s\u2019inscrire dans Marseille 2013 et de proposer aux publics d\u00e9bats et rencontres autour de Beckett notre contemporain, avant de poursuivre \u00e0 Pekin, au Nine Th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un nouveau lieu totalement consacr\u00e9 \u00e0 Beckett. On est toujours vraiment bien chez NoNo\u2026<\/strong> <\/em><br \/>\nBeckett encore\u2026<br \/>\n\u00ab Il faut essayer de savoir de quoi il s\u2019agit, quitte \u00e0 se tromper \u00bb \u00e9crivait Beckett dans l\u2019Innommable. Et regardant et r\u00e9\u00e9coutant Oh les beaux jours, c\u2019est peut-\u00eatre cet \u00e9nonc\u00e9 singulier qui revient en boucle et pose un dilemme continu entre savoir et se tromper, entre tenter de savoir et r\u00e9aliser que l\u2019on se trompe ou que l\u2019on se trompera<br \/>\nEt rappelant cela qui vaut pour la vie et aussi pour une \u0153uvre, il s\u2019agit de faire sien cet enseignement pour la critique.<br \/>\nDe ce qui existe d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9tat de livre, et pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9tat de texte, les commentaires ne manquent pas sur Oh les beaux jours\u2026 Qu\u2019ajouter, reprendre ou faire entendre \u00e0 nouveau ? Peut-\u00eatre faut-il s\u2019abstenir de les convoquer et revenir \u00e0 un r\u00e9gime de sensations qui se d\u00e9ploie tout au long de la lecture. Oh les beaux jours ne dit rien de particulier, rien de singulier, rien du tout en d\u00e9finitive. Rien n\u2019y est d\u00e9velopp\u00e9, et aucune th\u00e8se ne peut \u00eatre affirm\u00e9e. Et si d\u2019aucun y voit les \u00e9ternels myth\u00e8mes dont la litt\u00e9rature se pr\u00e9occupe (Dieu, l\u2019existence, l\u2019attente, l\u2019errance, le vide, le silence, le cogito \u00e0 la torture, le d\u00e9sespoir, le grotesque de l\u2019existence, l\u2019enfance, etc.), peut-\u00eatre devrait-on prendre Oh les beaux jours pour ce qu\u2019il met tout d\u2019abord en \u00e9vidence. Quelqu\u2019un qui parle presque seul.<br \/>\nWinnie qui parle seule et Willie qui se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Soit une situation de dialogue fauss\u00e9e ou, disons-le autrement, une situation discursive tronqu\u00e9e. Une situation avant tout o\u00f9 la parole de l\u2019une est ou n\u2019est pas audible par l\u2019autre. Qui entend Winnie ? Qui l\u2019\u00e9coute ? Winnie s\u2019y entend-t-elle dans ce qu\u2019elle raconte ?\u2026 Ces questions viennent sans que l\u2019on puisse r\u00e9pondre. Mais, et surtout, Winnie qui parle, c\u2019est avant tout moins un monologue qu\u2019une parole presque sans adresse o\u00f9 Winnie permet \u00e0 la parole d\u2019\u00eatre libre ou ali\u00e9n\u00e9e \u00e0 tout ce qui lui vient \u00e0 l\u2019esprit. Et d\u2019entendre ainsi une parole \u00ab touche \u00e0 tout \u00bb prise dans des m\u00e9andres craniens, une parole qui saute du \u00ab coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne \u00bb, une parole arraissonn\u00e9e au trouble faisant tourbillonner les mots qui rebondissent d\u2019une phrase \u00e0 une autre\u2026 Paroles articul\u00e9es ou hors-piste, comme si la voix de Winnie, pareille \u00e0 l\u2019aiguille qui frotte sur un vieux microsillon, n\u2019\u00e9tait faite que d\u2019embard\u00e9es, de d\u00e9rapages, de tentatives de reprises de contr\u00f4le incontr\u00f4lables\u2026 Winnie d\u00e9rape, sa parole n\u2019adh\u00e8re plus et, du haut du monticule o\u00f9 elle se tient, c\u2019est la seule chose qui slalome entre fait-divers, petites choses de la vie, souvenirs vagues et insipides, sentances inattendues, etc.<br \/>\nOh les beaux jours c\u2019est donc, et avant tout, une partition o\u00f9 l\u2019absence de rh\u00e9torique, l\u2019absence de dialectique, l\u2019absence de vis\u00e9e de la langue se manifeste. Moment o\u00f9 la parole reprend ses droits et retourne \u00e0 la solitude, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019isolement de la prof\u00e9ration. Espace de m\u00e9ditation que semblent d\u00e9ployer les \u00e9nonc\u00e9s pris s\u00e9par\u00e9ment ; ou radottage grotesque pris dans le maelstrom d\u2019une pens\u00e9e \u00e9clectique ; la parole est le lieu d\u2019une prise de parole qui n\u2019est pas ou plus une \u00ab prise de contr\u00f4le \u00bb.<br \/>\nOh les beaux jours, c\u2019est ainsi (mais on pourrait dire cela de nombreux textes de Beckett) un espace en d\u00e9sordre, une mani\u00e8re d\u2019en finir avec une langue lisse, ob\u00e9issante, docile, mise au pas. Ou disons, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, lire Beckett, c\u2019est \u00e9prouver le moment o\u00f9 la parole reprend le dessus sur la langue. Instant o\u00f9 la parole, en son d\u00e9tail, s\u2019affranchit de l\u2019ob\u00e9issance, de la communication, de la syntaxe, et donc de la grammaire de l\u2019Autre qui est demande, attente, pri\u00e8re, etc.<br \/>\nMoment o\u00f9 la parole retrouve un futur et donc s\u2019inscrit \u00e0 nouveau dans une aventure ind\u00e9finie o\u00f9 la chute pourrait \u00eatre la figure la plus \u00e9vidente. Les mots de Winnie tombent ainsi brutalement, souplement, de mani\u00e8re inattendue, de fa\u00e7on impr\u00e9visible et parfois incongrue.<br \/>\nUne parole \u00ab sans adresse \u00bb avons-nous dit\u2026 et il faut bien comprendre que le \u00ab sans adresse \u00bb est tout \u00e0 la fois celle qui n\u2019est destin\u00e9e \u00e0 personne ou celle qui ne sait plus qui l\u2019entendra ; mais aussi une parole qui ne m\u2019appartient pas. L\u2019une des choses les plus marquantes, dans Oh les beaux jours, c\u2019est peut-\u00eatre finalement le fait que Winnie est \u00e0 peine le lieu de l\u2019\u00e9nonciation. Winnie est comme absente \u00e0 elle-m\u00eame et les mots qu\u2019elle dit ne r\u00e9fl\u00e9chissent qu\u2019\u00e0 peine ce qu\u2019elle pourrait penser. D\u2019ailleurs, peut-on encore parler de pens\u00e9e ? Peut-\u00eatre faut-il trouver un autre mot pour d\u00e9signer ce qui caract\u00e8rise Winnie. Peut-\u00eatre est-ce autre chose qu\u2019une pens\u00e9e et, in fine, juste quelques id\u00e9es. Winnie parle ainsi et les mots la l\u00e2chent. \u00ab Les mots vous l\u00e2chent \u00bb dit-elle.<br \/>\nAussi, retrouver la parole qui vient \u00e0 s\u2019\u00e9carter de la langue commune, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas faire l\u2019exp\u00e9rience du subjectif et du po\u00e9tique, de l\u2019individuel et de la pens\u00e9e, mais plut\u00f4t faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une vie sans fond, d\u2019une parole sans fond. \u00ab Il y a si peu qu\u2019on puisse dire. On dit tout. Tout ce qu\u2019on peut et pas un mot de vrai nulle part \u00bb dit Winnie qui, tout en parlant, en n\u2019arr\u00eatant jamais de parler, sait qu\u2019elle ne nomme rien. Comme si, alors que la parole joue d\u2019inflation et s\u2019aventure en toute chose, elle ne r\u00e9fl\u00e9chissait qu\u2019un innomm\u00e9, un innomm\u00e9 \u00e0 jamais, encore et toujours, reconduit en chaque mot comme en chaque respiration.<br \/>\nEcouter Oh les beaux jours, c\u2019est ainsi peut-\u00eatre faire cette exp\u00e9rience radicale d\u2019un langage qui ne nous est d\u2019aucun secours, mais que nous nous devons d\u2019empreinter. Quand bien m\u00eame il s\u2019agirait, \u00e0 travers la parole, d\u2019un chemin qui ne m\u00eane nulle part.<br \/>\nLa parole comme non-issue\u2026 Voil\u00e0 peut-\u00eatre l\u2019endroit tr\u00e8s pr\u00e9cis du drame et du tragique chez Beckett, tout \u00e0 la fois impasse et passage d\u2019une condition bitter-sweet.<br \/>\nNoyelle : le regard sur le vivant\u2026<br \/>\nRouge et blanc\u2026 C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019appara\u00eessent le d\u00e9cor, le fond de sc\u00e8ne et le tas sur lequel Winnie n\u2019en finit pas de parler et de discourir sur les choses \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Rouge, en fond de sc\u00e8ne, comme une plaie qui saignerait, ou une l\u00e8vre abstraite\u2026 Ou encore, et je me souviens de \u00e7a, le drap immense et rouge dans l\u2019Arturo Ui de M\u00fcller, qui figurait les l\u00e8vres d\u2019un sexe g\u00e9ant gonfl\u00e9 par le vent. L\u2019image est indistincte, mais finalement, Winnie qui tr\u00f4ne sur un immense drap blanc en forme de tas, montre ou cache peut-\u00eatre tout \u00e7a en m\u00eame temps. Ou disons qu\u2019elle le rappelle ce sexe en fond de sc\u00e8ne, tout \u00e0 la fois proche et lointain, spectre d\u2019une vie immobilis\u00e9e et d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e.<br \/>\nUn sexe, non plus faible, mais affaibli, peut-\u00eatre d\u00e9laiss\u00e9 ou rompu \u00e0 une solitude impos\u00e9e. Winnie, un sexe ou une bouche qui n\u2019en finit plus de s\u2019ouvrir sur le vide d\u2019une existence que comblent \u00e0 peine les mots \u00e0 la peine avec une histoire qui ne vient plus, ne revient plus. Winnie, je l\u2019ai entendu dans l\u2019inconscient de la lecture, un soir \u00e0 ma table de chevet, c\u2019est \u00ab to win \u00bb, gagner\u2026 Mais quoi exactement\u2026 ? Peut-\u00eatre gagner un espace d\u2019isolement. Ou gagner une solitude. Ou gagner une parole\u2026 Du haut de son tas, de ce drap, de cet anapurna et camp de base\u2026 la Winnie de Noyelle ressemble \u00e9trangement aux autres Winnie crois\u00e9es ici et l\u00e0. Etrangement semblable, et aussi singuli\u00e8re, parce que Serge Noyelle, en plasticien qu\u2019il est, autant que metteur en sc\u00e8ne, a fait de ce tas une robe immense. C\u2019est-\u00e0-dire, une robe qui montre quelque chose qui se d\u00e9robe. La m\u00e9moire qui vascille ? Le souvenir qui se fait fragile ? le corps qui fout le camp ? Les pens\u00e9es qui se heurtent ? Le lexique qui est aspir\u00e9 ? La grammaire qui s\u2019absente ?\u2026 Winnie parle, mais ses phrases sont comme autant d\u2019\u00e9nonc\u00e9s de fin de vie, comme autant de phrases d\u2019une vie en phase terminale.<br \/>\nVie \u00e9nigmatique en quelque sorte que r\u00e9fl\u00e9chit cette situation abstraite o\u00f9 Winnie au sommet, n\u2019est plus d\u2019aucune hi\u00e9rarchie, parlant seule, se regardant seule, se vivant seule. Un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une star abandonn\u00e9e, vieillissante et rang\u00e9e comme un accessoire. Ainsi Winnie s\u2019entretient-elle avec elle-m\u00eame, se refait une beaut\u00e9 alors que plus un ne la regarde, se pr\u00e9pare alors que personne ne viendra la chercher\u2026 Winnie est l\u00e0 qui vide son sac, au propre, comme au figur\u00e9, et \u00e9voque un bric \u00e0 brac en vrac, devant ou au-dessus d\u2019un Willie apparaissant comme un fragment aux formes kafka\u00efennes.<br \/>\nEt comme si tout cela fonctionnait selon quelques r\u00e8gles d\u2019un jeu d\u00e9r\u00e9gl\u00e9, Winnie monopolise le temps, capitalise les id\u00e9es, d\u00e9pense sans compter les sensations, n\u2019\u00e9pargne aucun \u00e9nonc\u00e9 de quelques entailles grammaticales, ne s\u2019\u00e9conomise en rien\u2026 ne sp\u00e9cule plus\u2026 Sous la robe que Serge Noyelle a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e d\u2019un chapiteau qu\u2019il a utilis\u00e9 ant\u00e9rieurement, sous la robe, dis-je, (et non plus le \u00ab tas \u00bb beckettien) quelque chose de racinaire, quelque chose de souterrain, quelque chose de clandestin n\u2019en finit pas de monter \u00e0 la surface jusque dans la bouche de Winnie. Et cette bouche, la \u00ab bouche qui touche \u00bb laissera-t-on dire \u00e0 Jean-Luc Nancy[1], qui coiffe cette tra\u00eene ayant perdu son usage, n\u2019est rien moins que connect\u00e9e \u00e0 des zones d\u2019ombres. A commencer par ce dessous de robe qui, par la plasticit\u00e9 que lui a donn\u00e9 Serge Noyelle, n\u2019est plus un tas plein, mais un espace creux, une caverne invisible, un lieu d\u2019entrailles ruin\u00e9es et us\u00e9es.<br \/>\nQue se passe-t-il encore sous la robe immense ? Que s\u2019est-il pass\u00e9 sous la robe que porte Winnie et qu\u2019elle couronne de sa personne\u2026<br \/>\nPareille robe, et Serge Noyelle ne l\u2019ignore pas, par sa d\u00e9mesure, induit une histoire, toute une histoire dont Winnie est, en d\u00e9finitive, le porte parole et le secret. Une d\u00e9mesure oui, et donc une forme de tragique, de path\u00e9tique, de grotesque o\u00f9 Winnie tient par sa robe, plus qu\u2019elle ne la porte. Winnie port\u00e9e par sa robe, trop grande et trop pleine d\u2019histoires n\u2019appara\u00eet plus, d\u00e8s lors, que sous la forme d\u2019un ensemble de plis aux zones d\u2019ombre mises en lumi\u00e8re le temps d\u2019un acte de r\u00e9miniscence mutil\u00e9. Vie de plis (dont on sait qu\u2019il d\u00e9signe aussi la lettre br\u00e8ve, le mot cachet\u00e9\u2026) que les mots de Winnie d\u00e9plient plus ou moins, au moment o\u00f9 elle se retire, se replie, et dispara\u00eet, sans laisser d\u2019adresse.<br \/>\nAinsi en fut-il de ce Oh les beaux jours mis en sc\u00e8ne par la bande du Th\u00e9\u00e2tre Nono. Premier coup beckettien de Serge Noyelle qui montera \u00e0 l\u2019automne prochain En attendant Godot. Et de croire et esp\u00e9rer que peut-\u00eatre, alors, on retrouvera un dispositif sc\u00e9nique semblable \u00e0 celui que le spectateur \u00e9prouva ces derniers soirs, assis qu\u2019il \u00e9tait un peu plus d\u2019une heure durant, dans des transats de plage, devant Winnie parlant \u00e0 la d\u00e9rive. Au hasard des p\u00e9r\u00e9grinations du spectateur et de son grain de folie virtuel, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la position moins d\u2019un invit\u00e9 de croisi\u00e8re, qu\u2019une autre mani\u00e8re de regarder, de fa\u00e7on oblique, la sc\u00e8ne\u2026 Et peut-\u00eatre de modifier \u00ab le regard sur le vivant \u00e0 partir de la salle\u2026 de dissection \u00bb[2], comme l\u2019\u00e9crivait Adorno lisant et relisant Beckett.<br \/>\nMani\u00e8re encore, chez Serge Noyelle, de d\u00e9faire un peu plus nos habitudes de spectateur aussi, de r\u00e9duire la distance entre sc\u00e8ne et salle en appliquant \u00e0 la salle un principe sc\u00e9nique, et peut-\u00eatre permettre ainsi de renouveler la na\u00efvet\u00e9 du regard, et de rappeler que le th\u00e9\u00e2tre est le lieu d\u2019un mouvement : celui du vivant.<br \/>\nAh, au fait, il y a quelques ann\u00e9es de cela, dans les fonds de th\u00e9\u00e2tre qu\u2019abrite l\u2019Institut M\u00e9moire de l\u2019Edition Contemporaine, celui de l\u2019\u00e9diteur J\u00e9rome Lindon m\u2019offrait l\u2019opportunit\u00e9 de lire la correspondance entre Jean-Luc Godart et J\u00e9rome Lindon. C\u2019\u00e9tait une s\u00e9rie de lettres, entre le 25 et le 28 novembre 1963, et Godart souhaitait faire l\u2019adaptation \u00e0 l\u2019\u00e9cran (un travelling avant d\u2019un seul plan) de la version fran\u00e7aise d\u2019Oh les beaux jours\u2026 Ce que Lindon imaginait possible, Beckett, dans une lettre du 26 novembre 1963, s\u2019y refusait et suscitait la col\u00e8re de JLG \u00ab je n\u2019imaginais pas que Beckett agirait envers moi de fa\u00e7on si d\u00e9sinvolte (\u2026) et ma d\u00e9ception est d\u2019autant plus vive que je me consid\u00e8re comme un metteur en sc\u00e8ne de cin\u00e9ma \u00e9gal pour le moins \u00e0 Roger Blin \u00bb.<br \/>\n[1] On lira avec int\u00e9r\u00eat, toujours et encore, le dialogue entre Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy sur le th\u00e9\u00e2tre et la repr\u00e9sentation qu\u2019ils en ont, paru sous le titre de Sc\u00e8ne.<br \/>\n[2] T. W. Adorno, Notes sur Beckett, Nous, 2008, p. 95<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur le programme concoct\u00e9 par Blin, Barrault, \u00e0 l\u2019occasion de la g\u00e9n\u00e9rale de Oh Les beaux jours au Th\u00e9\u00e2tre de France-Od\u00e9on (la pi\u00e8ce sera cr\u00e9\u00e9e le 30 octobre 1963), Beckett avait rajout\u00e9 \u00e0 la main, le 29 septembre 1963, les noms, entre autres de Robbe-Grillet, Godart, Sollers, Blanchot, Vidal-Naquet, Barthes\u2026 ou ceux qui ont, lisant Beckett, compris qu\u2019il y avait l\u00e0, une \u00e9criture rare que Lindon publiera en continu. 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