


{"id":651,"date":"2012-07-27T22:34:00","date_gmt":"2012-07-27T20:34:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=651"},"modified":"2012-07-27T22:34:00","modified_gmt":"2012-07-27T20:34:00","slug":"les-bons-eleves-a-la-sauce-russe","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-bons-eleves-a-la-sauce-russe\/","title":{"rendered":"Les bons \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la sauce russe"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Jeudi 26 juillet, 17H30, on se presse pour assister \u00e0 \u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb de Pouchkine, par les \u00e9l\u00e8ves com\u00e9diens du TNS, dans le cadre des \u00ab Ecoles au festival \u00bb. Le public semble majoritairement constitu\u00e9 de membre de la famille, \u00e0 la fois fiers et nerveux, venus soutenir leur prog\u00e9niture pour ces premiers pas dans l\u2019histoire avignonnaise. Trois heures de lecture du roman en prose, relay\u00e9 tour \u00e0 tour par les 13 jeunes filles et jeunes gar\u00e7ons qui, avec le support de l\u2019\u0153uvre, s\u2019exercent \u00e0 l\u2019application de leur le\u00e7ons de jeu et de diction. Un int\u00e9r\u00eat donc bien relatif pour un spectateur curieux des nouvelles formes, du d\u00e9placement du regard, et des enjeux d\u2019espace et d\u2019interpr\u00e9tation. Et le sentiment du vide pour le critique qui ne peut pas \u00e9crire sur une repr\u00e9sentation qui n\u2019a pas eu lieu. Que dire ? Parler de l\u2019\u0153uvre ? Cela ne me semble pas \u00eatre l\u2019endroit et, pr\u00e9f\u00e8re avouer que je manquerais cruellement d\u2019outils d\u2019analyse. Je laisse le soin \u00e0 ma coll\u00e8gue russe Anastasia Patts d\u2019\u00e9crire d\u2019une main bien plus experte sur Pouchkine et les enjeux travers\u00e9s par les cultures russes et francaises1. Je m\u2019en tiendrais \u00e0 quelques observations agac\u00e9es sur ce que je m\u2019attendais \u00e0 voir, et qui me fut all\u00e9grement servi.<\/strong> <\/em><br \/>\nLa formation donn\u00e9e par l\u2019\u00e9cole du Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg, recrute deux ann\u00e9es sur trois, un groupe de 12 ou 13 \u00e9l\u00e8ves com\u00e9diens (ainsi que des \u00e9l\u00e8ves metteurs en sc\u00e8ne sc\u00e9nographe, r\u00e9gisseurs\u2026). En allant voir leur \u00ab Eugene On\u00e9guine \u00bb, je pressens que je vais assister \u00e0 un exercice pour jeunes acteurs et non \u00e0 une proposition de cr\u00e9ation. Il y a trop de contraintes pr\u00e9alables pour laisser une place \u00e0 l\u2019invention : le nombre des com\u00e9diens pour qui on partage le roman de mani\u00e8re \u00e9quitable, leur jeunesse univoque et leurs physiques ( une s\u00e9lection d\u2019\u00e9cole sur laquelle semble encore r\u00e9gner l\u2019emploi), la parit\u00e9 impos\u00e9e\u2026 Il ne s\u2019agira donc que d\u2019un exercice, sur une autoroute balis\u00e9e, aux codes rigides et d\u00e9suets. Un exercice certainement utile dans leur parcours de com\u00e9diens, mais de peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le spectateur qui pr\u00e9f\u00e9ra de loin lire le roman sans leurs commentaires ni leur r\u00e9partition scolaire de la parole.<br \/>\n \u00ab Je fais toujours confiance \u00e0 l&rsquo;inqui\u00e9tude et \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 parce qu&rsquo;elles sont signes de vie \u00bb \u00e9crivait  Jean Genet. Ici alors tout est signe de mort. Tout semble fig\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 selon les consignes, dans une parfaite ma\u00eetrise du \u00ab bien fait \u00bb ou du \u00ab bon go\u00fbt \u00bb. Les \u00e9l\u00e8ves com\u00e9diens s\u2019accrochent \u00e0 tant de balises, tant de fausses bou\u00e9es, tant de codes\u2026 propre et poli, ils donnent le num\u00e9ro de singes savants qu\u2019on leur a \u00e9crit. Aucune place pour l\u2019erreur, l\u2019accident.<br \/>\nLe public entre dans la salle et le groupe est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Il joue le naturel, la fausse d\u00e9contraction, avec nonchalance. Regard vers les spectateurs, rires et petits \u00e9changes entre eux. Pourquoi jouent-ils \u00e0 me faire croire que tout va bien ? Que la situation est banale ? Pourquoi camoufler l\u2019\u00e9motion, la peur, \u00e0 ce moment o\u00f9 nous allons justement partager un temps \u00ab extra-ordinaire \u00bb, avec un mode d\u2019\u00e9mission\/r\u00e9ception tr\u00e8s singulier ? Un temps de pr\u00e9sentation inaugurale sans artifice, un temps o\u00f9 les com\u00e9diens auraient accept\u00e9 de s\u2019offrir simplement au regard des spectateurs, sans chercher \u00e0 combler un vide, m\u2019aurait sembl\u00e9 plus modeste, plus honn\u00eate.<br \/>\nLa technique guide ensuite nos 13 \u00e9l\u00e8ves, \u00e9vidente car reconnaissable d\u2019un \u00e9l\u00e8ve \u00e0 l\u2019autre. On entend le plaisir et l\u2019auto-satisfaction de la diction, le manque de simplicit\u00e9 et le regard sur soi ; il se d\u00e9lectent des mots, rajoutant une couche de sens et de commentaires, comme pour nous expliquer un texte ne comprendrions pas par nous m\u00eames. Les \u00e9num\u00e9rations avec la tactique \u00ab acc\u00e9l\u00e9ration du rythme, emphase puis suspension du dernier mot auquel on ajoute une main tendue \u00bb sont autant de  sch\u00e9mas artificiels et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. On peut observer \u00e9galement le geste type et adopt\u00e9 par tous du bras l\u00e9g\u00e8rement ouvert au bout duquel l\u2019index et le pouce viennent se rejoindre avec une pression plus ou moins forte. Mim\u00e9tisme, clich\u00e9, l\u2019utilisation du geste semble \u00eatre un r\u00e9flexe, comme le conditionnement d\u2019un geste sportif.<br \/>\nEt dans cette distribution altern\u00e9e de la parole, tous jouent \u00e0 \u00e9couter. Le corps et les yeux sont tendus vers l\u2019avant, avec une complicit\u00e9 solidaire forc\u00e9e, qui intime de suivre cette \u00e9coute exemplaire. Attention, je ne veux pas ici juger les \u00e9l\u00e8ves com\u00e9diens du TNS d\u2019une mani\u00e8re univoque et born\u00e9e : ils auront certainement, chacun, \u00e0 un autre moment de leur parcours, et particuli\u00e8rement dans une autre forme la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre sensibles et puissants. Mais malheureusement ce soir ils se sont pr\u00e9sent\u00e9s comme un d\u00e9fil\u00e9 de miss France o\u00f9 chacun, \u00e0 la premi\u00e8re prise de parole, expose ses atouts et talents : elle sa voix grave et sensuelle, lui son rebond et sa vivacit\u00e9, elle sa pr\u00e9cision et son souffle\u2026<br \/>\nAu cours du deuxi\u00e8me entracte, on sert de petits verres de vodka. Encore un clich\u00e9, moins d\u00e9sagr\u00e9able que les autres, mais vu la chaleur et le moment de la journ\u00e9e, on aurait peut-\u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un pacalo\u2026 \u00ab Partir, c\u2019est embl\u00e9matiquement incarner un mouvement qui proc\u00e8de d\u2019une volont\u00e9 ou d\u2019une contrainte. Volont\u00e9 du sujet qui s\u2019en va, contrainte qui s\u2019exerce sur le sujet qui ne peut rester. \u00bb2 a \u00e9crit r\u00e9cemment un coll\u00e8gue de l\u2019Insens\u00e9. Je pense \u00e0 cette phrase, vide le verre d\u2019un trait, et quitte la salle, d\u00e9sertant la troisi\u00e8me partie.<br \/>\n ________________________________________<br \/>\n1      \u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00e0 distance \u00bb critique d\u2019Anastasia Patts pour l\u2019Insens\u00e9<br \/>\n         https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/site\/index.php?p=article&#038;id=289<br \/>\n2      \u00ab Tu t\u2019en vas\u2026 \u00bb chronique de Yannick Butel pour l\u2019Insens\u00e9<br \/>\n         https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/site\/index.php?p=article&#038;id=268<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeudi 26 juillet, 17H30, on se presse pour assister \u00e0 \u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb de Pouchkine, par les \u00e9l\u00e8ves com\u00e9diens du TNS, dans le cadre des \u00ab Ecoles au festival \u00bb. 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