


{"id":654,"date":"2012-07-26T22:36:00","date_gmt":"2012-07-26T20:36:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=654"},"modified":"2012-07-26T22:36:00","modified_gmt":"2012-07-26T20:36:00","slug":"tragedie-la-marche-du-ballet-dolivier-dubois","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/tragedie-la-marche-du-ballet-dolivier-dubois\/","title":{"rendered":"Trag\u00e9die : La Marche du Ballet d&rsquo;Olivier Dubois"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Au clo\u00eetre des Carmes, du 22 au 28 juillet, Olivier Dubois propose \u00ab Trag\u00e9die \u00bb dans le cadre du 66\u00e8me Festival d\u2019Avignon. Une aventure chor\u00e9graphique de l\u2019humanit\u00e9 pour 18 danseurs. Ce spectacle est le troisi\u00e8me volet du triptyque compos\u00e9 de \u00ab R\u00e9volution \u00bb et \u00ab Rouge \u00bb. Une trilogie comme une devise ou comme un \u00e9tendard que Dubois expose pour faire entendre \u00ab le sombre hurlement de la R\u00e9sistance \u00bb. Trois cr\u00e9ations qui forment une \u00ab \u00e9tude critique pour un trompe l\u2019\u0153il \u00bb. Olivier Dubois est venu \u00e0 la danse \u00e0 21 ans et cette \u00e9chapp\u00e9e vers la danse n\u2019\u00e9tait \u00ab pas n\u00e9gociable \u00bb. Il travaille comme danseur pour notamment Laura Simi et Damiano Foa, Karine Saporta, Angelin Prejlocaj et plus r\u00e9cemment avec Jan Fabre ou Sacha Waltz. En 2006, dans le cadre des Sujets \u00e0 vif du festival d\u2019Avignon, il compose \u00ab pour tout l\u2019or du monde \u00bb qui dit-il le fait na\u00eetre comme auteur. Il revient \u00e0 Avignon pour Trag\u00e9die.<\/strong> <\/em><br \/>\nUn plateau nu, noir, quadrill\u00e9, \u00e0 ciel ouvert. Un son sourd, une explosion \u00e9touff\u00e9e et r\u00e9sonnante qui ouvre le spectacle. Cette sonorit\u00e9 martel\u00e9e tout au long du spectacle sera le tempo impos\u00e9 aux interpr\u00e8tes. Mais le son de ce m\u00e9tronome sera en \u00e9volution dans des nuances imperceptibles qui donneront \u00e0 ce rythme une couleur musicale en ad\u00e9quation avec la partition des danseurs. Dans un contre jour, une premi\u00e8re danseuse entre du fond de la sc\u00e8ne, elle est nue. Elle marche jusqu\u2019au front de sc\u00e8ne puis se retourne et dispara\u00eet derri\u00e8re les arcades du clo\u00eetre. Une autre danseuse prend le relai, puis un autre. Ensuite c\u2019est un danseur. Toujours le m\u00eame geste : la marche, toujours le m\u00eame protocole, du fond de la sc\u00e8ne \u00e0 la face jusqu\u2019au retour au fond. Le demi tour effectu\u00e9 par l\u2019ensemble des danseurs est stylis\u00e9. Mais tr\u00e8s vite, les entr\u00e9es se font par trois, par deux. De fronts chacun dans un couloir, ils avancent au m\u00eame rythme, au m\u00eame pas. Olivier Dubois r\u00e9ussit \u00e0 travailler sur ce mouvement unique et r\u00e9p\u00e9titif, en cassant la monotonie par un arr\u00eat, une rupture dans le mouvement qui sit\u00f4t mise en place est rattrap\u00e9e par la mesure et son battement. Cette premi\u00e8re partie met en lumi\u00e8re les 18 interpr\u00e8tes. Leur nudit\u00e9 permet \u00e0 leur singularit\u00e9 de se d\u00e9gager. Ce qu\u2019appelle sans doute de ses v\u0153ux O. Dubois quand il explique vouloir montrer : \u00ab plus une sensation du monde qu\u2019une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique. \u00bb. Dans cette partie, la marche, le m\u00e9canisme, les ruptures n\u2019enrayent pas la machine mais l\u2019a font au contraire rebondir. L\u2019\u00e9criture de Beckett n\u2019est pas loin, Quad ou L\u2019innommable par exemple. Mais \u00e0 l\u2019endroit de Beckett, il y a cet \u00e9puisement qu\u2019au contraire Olivier Dubois absout puisque ces danseurs sont toujours vifs et aguerris. Le groupe de 18 danseurs donne une impression de machine, une horlogerie fine qui ne tient qu\u2019\u00e0 la pr\u00e9cision de chacun des interpr\u00e8tes. Ce sont \u00e0 la fois des guerriers aux ordres mais aussi une communaut\u00e9 qui s\u2019ordonne \u00e0 elle m\u00eame un rythme et une rigueur. Cette \u00ab Parade \u00bb : premier temps de \u00ab trag\u00e9die \u00bb dessine une humanit\u00e9 en marche sans but o\u00f9 l\u2019ordre et le rythme sont les balises pour tenir debout et se mouvoir. La seule opposition est celle du sexe, femmes et hommes au del\u00e0 de l\u2019anatomie sont souvent mis face \u00e0 face, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<br \/>\nLa seconde partie op\u00e8re \u00e0 partir du glissement de la premi\u00e8re. Ce sont toujours des marches \u00e0 l\u2019\u0153uvre mais elles s\u2019organisent dans d\u2019autres directions. Par un glissement, les interpr\u00e8tes effectuent des arr\u00eats sur images comme autant de statues. Celles qu\u2019on trouve \u00e0 la Villa M\u00e9dicis \u00e0 Rome par exemple. Ils sont toujours dans une chor\u00e9graphie tr\u00e8s codifi\u00e9e, tr\u00e8s \u00e9crite. Une fa\u00e7on dit Olivier Dubois de chercher une libert\u00e9 \u00e0 partir de codes et de contraintes fortes. Les images renvoient \u00e0 une antiquit\u00e9, \u00e0 l\u2019histoire du monde. Ou plus exactement \u00e0 l\u2019histoire de la civilisation occidentale appuy\u00e9 sur les mythes grec et romain. Cette partie nomm\u00e9e \u00ab Episodes \u00bb donne \u00e0 voir les images d\u2019un pass\u00e9 des corps glorieux lou\u00e9s par l\u2019antiquit\u00e9 et repris par la Renaissance. La troisi\u00e8me partie elle participe d\u2019une chor\u00e9graphie qui est plus spectaculaire. Toujours dans un rythme de douze temps : \u00ab douze pieds comme les alexandrins \u00bb nous informe Dubois, la marche fait place \u00e0 une chor\u00e9graphie souvent frontale. Cette danse emprunte \u00e0 la fois \u00e0 West Side Story la confrontation des jeunes filles portoricaines face \u00e0 leurs \u00ab fr\u00e8res \u00bb et \u00e0 la fois aux chor\u00e9graphies de Claude Brumachon, dansl\u2019\u00e9nergie et les ruptures expressionnistes. Mais c\u2019est efficace, 18 interpr\u00e8tes dans une chor\u00e9graphie millim\u00e9tr\u00e9e, une minutie, une \u00e9nergie qui voit une production de sueur digne d\u2019un exploit sportif. O Dubois a une agilit\u00e9 \u00e0 manier l\u2019espace et le rythme. Il construit une chor\u00e9graphie qui sait donner \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e un mode d\u2019emploi reconnaissable tout en le d\u00e9tournant par des micro-ruptures, des petits d\u00e9calages qui mettent en relief l\u2019ensemble. \u00ab Catharsis \u00bb est  le nom de cette troisi\u00e8me partie, faisant plus r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un \u00ab ravissement esth\u00e9tique \u00bb1, qu\u2019\u00e0 une \u00ab purgation des passions du spectateur par la terreur et la piti\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9prouve devant le spectacle d&rsquo;une destin\u00e9e tragique \u00bb1.<br \/>\nDans Trag\u00e9die, Olivier Dubois met en sc\u00e8ne l\u2019espace et le corps de ces 18 danseurs avec brio, une capacit\u00e9 \u00e0 proposer un rythme avec l\u2019espace des Carmes o\u00f9 St\u00e9phane Braunchsweig avait failli. Le chor\u00e9graphe sait manier, l\u2019espace et la rigueur chor\u00e9graphique pour faire de \u00ab Trag\u00e9die \u00bb, un ballet esth\u00e9tique et rythmique. Mais ce travail, \u00e0 la recherche de l\u2019humanit\u00e9 \u00ab immat\u00e9rielle et philosophique \u00bb ne se donne pas les moyens d\u2019\u00eatre un acte de r\u00e9sistance comme le d\u00e9finissait Deleuze \u00e0 savoir que l\u2019acte de cr\u00e9ation est ce qui r\u00e9siste (politiquement) et qui r\u00e9siste (dans le temps). L\u2019acte de r\u00e9sister chez Olivier Dubois r\u00e9side dans une affirmation de soi. Comme il l\u2019explique en s\u2019appropriant la citation de Malraux \u00e0 savoir l\u2019acte de cr\u00e9ation c\u2019est \u00ab s\u2019affirmer face \u00e0 l\u2019absolue r\u00e9alit\u00e9 de la mort \u00bb.<br \/>\n1 \u2013 CATHARSIS nom f\u00e9minin<br \/>\nA.\u2212 TH\u00c9\u00c2TRE. [Chez Aristote (Po\u00e9tique, VI et VIII)] Purification de l&rsquo;\u00e2me du spectateur par le spectacle du ch\u00e2timent du coupable. Le ch\u00e2timent du coupable, voil\u00e0 l&rsquo;expiation, la purification, la \u03ba \u03b1 \u00cc \u03b8 \u03b1 \u03c1 \u03c3 \u03b9 \u03c2 que le philosophe avait en vue. Pour prendre un exemple, dans la fable d&rsquo;Oreste, la catharsis consiste dans le ch\u00e2timent inflig\u00e9 au fils parricide (E. Weil, \u00c9t. sur le drame antique, Paris, p. 157).<br \/>\n1. Purification de l&rsquo;\u00e2me ou purgation des passions du spectateur par la terreur et la piti\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9prouve devant le spectacle d&rsquo;une destin\u00e9e tragique. Ce mode d&rsquo;expression de soi qu&rsquo;\u00e9tait le th\u00e9\u00e2tre antique permettait, comme le psychodrame moderne, d&rsquo;op\u00e9rer une catharsis, une purification de l&rsquo;\u00e2me, une liquidation des complexes (Divin.1964, p. 249).<br \/>\n2. Plaisir \u00e9prouv\u00e9 par le spectateur gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9rivation caus\u00e9e par ces sentiments. ,,Le mot s&#8217;emploie toutefois pour d\u00e9signer surtout le ravissement esth\u00e9tique\u00ab\u00a0 (B\u00e9nac Dissert. 1949).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au clo\u00eetre des Carmes, du 22 au 28 juillet, Olivier Dubois propose \u00ab Trag\u00e9die \u00bb dans le cadre du 66\u00e8me Festival d\u2019Avignon. Une aventure chor\u00e9graphique de l\u2019humanit\u00e9 pour 18 danseurs. Ce spectacle est le troisi\u00e8me volet du triptyque compos\u00e9 de \u00ab R\u00e9volution \u00bb et \u00ab Rouge \u00bb. Une trilogie comme une devise ou comme un \u00e9tendard que Dubois expose pour faire entendre \u00ab le sombre hurlement de la R\u00e9sistance \u00bb. 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