


{"id":655,"date":"2012-07-26T22:37:00","date_gmt":"2012-07-26T20:37:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=655"},"modified":"2012-07-26T22:37:00","modified_gmt":"2012-07-26T20:37:00","slug":"eugene-oneguine-a-distance","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/eugene-oneguine-a-distance\/","title":{"rendered":"Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00e0 distance"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Ce soir-l\u00e0, l\u2019espace russe du premier quart du XIX-\u00e8me si\u00e8cle avec des \u00e9tudiants de la 2\u00e8me ann\u00e9e de l\u2019\u00c9cole Sup\u00e9rieure d\u2019Art dramatique du Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg s\u2019\u00e9tablit dans l\u2019ITIS au Clo\u00eetre Saint-Louis. La po\u00e9sie de \u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb d\u2019Alexandre Pouchkine voltige dans la salle des spectateurs accabl\u00e9s d\u2019une chaleur avignonnaise. On ne s\u2019est pas pass\u00e9 sans clich\u00e9s traditionnels : le rire du public apr\u00e8s avoir entendu \u00abl\u2019ours \u00bb qui rattrapait Tatiana dans son r\u00eave de f\u00eate de No\u00d1\u2018l, et avant l\u2019entracte : des petits-vers embu\u00e9s de la vodka offerts gentiment aux spectateurs par les jeunes com\u00e9diens. Jean-Yves Ruf dirigeant le travail de ses \u00e9l\u00e8ves a choisi pour sa mise en sc\u00e8ne la traduction de ce roman en vers d\u2019Andr\u00e9 Markowicz, d\u2019origine russe, qui traduit la po\u00e9sie de Pouchkine depuis l\u2019\u00e2ge de 17 ans.<\/strong> <\/em><br \/>\nSi une critique russe se donne pour t\u00e2che d\u2019analyser (en fran\u00e7ais) l\u2019adaptation sc\u00e9nique d\u2019un roman russe mont\u00e9 par un metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais, qu\u2019est-ce qu\u2019il en reste m\u00eame si l\u2019on se retient (vainement, h\u00e9las) de ne pas se lancer dans un discours partial  ? Surtout quand on s\u2019adresse \u00e0 un roman russe \u00e9crit \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019expansion de la culture et de la langue fran\u00e7aises en Europe et en Russie, donc, \u00e0 un roman russe, cr\u00e9\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain dont la premi\u00e8re langue a \u00e9t\u00e9 le fran\u00e7ais&#8230;par le m\u00eame \u00e9crivain devenu (paradoxalement, au premier regard) le symbole de la litt\u00e9rature et de la langue russe. Voil\u00e0 un jeu ing\u00e9nieux et compliqu\u00e9 d\u2019histoire et de culture..<br \/>\nEn prenant en consid\u00e9ration l\u2019influence mutuelle de ces deux cultures, on essayera quand m\u00eame de d\u00e9passer le manque d\u2019objectivit\u00e9 se manifestant naturellement dans ce cas de l\u2019entrelacement linguistique et litt\u00e9raire. Il est \u00e9galement difficile de parler de Pouchkine sans tomber dans une r\u00e9p\u00e9tition importune de choses qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dites \u00e0 maintes reprises par des nombreux pouchkinistes.<br \/>\n\u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb repr\u00e9sente une oeuvre intouchable pour les critiques litt\u00e9raires russes, une preuve incontestable du g\u00e9nie po\u00e9tique de Pouchkine. Toute innovation, toute hardiesse appliqu\u00e9es \u00e0 ce roman dans des adaptations sc\u00e9niques ou d\u2019autres interpr\u00e9tations sont ch\u00e2ti\u00e9es imm\u00e9diatement. L\u2019oeuvre pouchkinien est per\u00e7u quasiment comme une pi\u00e8ce de mus\u00e9e ou un tabou, dont les traces de cette vision remontent \u00e0 la fin du XIX-\u00e8me si\u00e8cle. L\u2019image du po\u00e8te \u00ab des peuples russes \u00bb sera bien enracin\u00e9e parmi les paysans mais aussi parmi la noblesse. Il deviendra une partie imprescriptible de la conscience religieuse et de l\u2019inconscient collectif russes, exprim\u00e9s par des plaisanteries, anecdotes, mots pour rire dans le folklore. M\u00eame maintenant il est tr\u00e8s r\u00e9pandu de jeter une remarque avec petit sarcasme dans n\u2019importe quelles circonstances, en genre de : \u00ab Tu n\u2019as pas fait tes devoirs, alors, qui le fera ? Pouchkine, peut-\u00eatre ? \u00bb, ou \u00ab Eh, la porte, c\u2019est Pouchkine qui va la fermer ? \u00bb. Ce n\u2019est pas du tout au hasard que ce culte se fait l\u2019\u00e9cho \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Staline. Form\u00e9 dans les ann\u00e9es 30-40 afin de renforcer le culte de la personnalit\u00e9 de Staline, celui de Pouchkine a \u00e9t\u00e9 cens\u00e9 r\u00e9unir les deux dans la m\u00eame image. On trouve la m\u00eame pratique stalinienne de l\u2019influence psychologique des masses dans la propagation et le financement du Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Art de Moscou, qui a \u00e9t\u00e9 le premier th\u00e9\u00e2tre national en Russie, fond\u00e9 en 1898 et beaucoup aim\u00e9 par le peuple. Pourtant, il faut s\u2019arr\u00eater sur ce point pour ne pas s\u2019embarquer dans des r\u00e9flexions abondantes sur Staline, son sujet \u00e9tant si nourrissant pour les palabres.<br \/>\nLe roman en vers \u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit entre 1823 et 1831 et comportait initialement dix chapitres. Au gr\u00e9 de la volont\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain, le dixi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9, alors que l\u2019autre chapitre comprenant \u00abVoyages d\u2019On\u00e9guine dans le Sud \u00bb a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 part. Le rythme sonore du roman a \u00e9t\u00e9 bien reproduit par endroits dans la traduction d\u2019Andr\u00e9 Markowicz (chapitre IV, strophe XL ; la lettre de Tatiana et d\u2019autres). L\u2019adaptation de Jean-Yves Ruf pr\u00e9sente plut\u00f4t une mise en lecture, priv\u00e9e d\u2019aucune interpr\u00e9tation ce qui fait retirer la parole au critique, laissant un espace immacul\u00e9 d\u2019une pure lecture.<br \/>\nLa sc\u00e8ne aux arches romanes au lointain abrite des chaises et des fauteuils au velours rouge, une lampe de cristal abandonn\u00e9e dans un coin, une table ancienne de bois et une sorte de support, des petits tr\u00e9teaux. Ils sont treize, les \u00e9tudiants du TNS, en v\u00eatements casual, quelques filles en robes simples, assis sur les chaises, dans l\u2019attente de leur intervention. Ils lisent par coeur, certainement, les strophes d\u2019On\u00e9guine, chacun \u00e0 son tour. Un \u00e9tudiant assis au loin, entame son discours dirig\u00e9 au public, en s\u2019approchant au centre de la sc\u00e8ne. Les autres l\u2019\u00e9coutent avec attention et \u00e9motion. Ils se remplacent pour donner la parole \u00e0 chaque \u00e9tudiant. Il s\u2019installe un espace d\u2019un r\u00e9cit, ressemblant aux salons litt\u00e9raires de l\u2019\u00e9poque dans une certaine mesure. L\u2019intervenant devient entour\u00e9 de tous les c\u00f4t\u00e9s de spectateurs, peu importe, des spectateurs r\u00e9els ou des \u00e9tudiants en train de jouer. Ils \u00e9changent des coups d\u2019oeil, se sourient, cr\u00e9ant une atmosph\u00e8re de complicit\u00e9. Une vraie \u00e9dition du roman erre entre les mains des com\u00e9diens, qui prennent quelques minutes pour le lire, comme si ils suivaient les lignes du roman dans le rythmes des paroles prononc\u00e9es.<br \/>\nLe spectacle de 3 heures avec deux entractes laisse une impression plut\u00f4t d\u2019avoir \u00ab \u00e9cout\u00e9 \u00bb le roman que de l\u2019avoir vu, les com\u00e9diens  se trouvant aux confins entre la lecture et le jeu. Un travail soign\u00e9 et respectueux par rapport \u00e0 l\u2019oeuvre, permettant de jouir de la beaut\u00e9 du texte et de sa sonorit\u00e9. Pas de pr\u00e9texte pour critiquer ou pour discuter de l\u2019interpr\u00e9tation qui y est absente.<br \/>\n\u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb sera jou\u00e9 en octobre \u00e0 Moscou, \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019art dramatique du MHAT pendant les rencontres internationales d\u2019 \u00c9coles \u00e0 l\u2019occasion du 150\u00e8me anniversaire de Stanislavski. Les Russes pourront \u00eatre contents : la fid\u00e9lit\u00e9 du texte est bien gard\u00e9e sans aucune allusion \u00e0 alt\u00e9rer l\u2019intrigue ou les id\u00e9es du po\u00e8me.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce soir-l\u00e0, l\u2019espace russe du premier quart du XIX-\u00e8me si\u00e8cle avec des \u00e9tudiants de la 2\u00e8me ann\u00e9e de l\u2019\u00c9cole Sup\u00e9rieure d\u2019Art dramatique du Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg s\u2019\u00e9tablit dans l\u2019ITIS au Clo\u00eetre Saint-Louis. La po\u00e9sie de \u00ab Eug\u00e8ne On\u00e9guine \u00bb d\u2019Alexandre Pouchkine voltige dans la salle des spectateurs accabl\u00e9s d\u2019une chaleur avignonnaise. 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