


{"id":658,"date":"2012-07-25T17:00:00","date_gmt":"2012-07-25T15:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=658"},"modified":"2012-07-25T17:00:00","modified_gmt":"2012-07-25T15:00:00","slug":"dubois-sur-quel-pied-danser","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dubois-sur-quel-pied-danser\/","title":{"rendered":"Dubois, sur quel pied danser"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Pens\u00e9e, une sorte de lien. Et s\u2019il fallait revenir sur cet aspect, des processions grecques sur la skene \u00e0 la sc\u00e8ne contemporaine, en passant par Nietzsche, on trouverait encore dans les mots du philosophe du Gai savoir une actualit\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9crivait : \u00ab les pieds ne cessent d\u2019\u00e9crire \u00bb. Au risque de voir parfois les chor\u00e9graphes faire une l\u00e9g\u00e8re entorse \u00e0 l\u2019ordre syntaxique et s\u00e9mantique de cette pens\u00e9e, puisque parfois, on est confront\u00e9 \u00e0 ceux qui \u00ab \u00e9crivent comme des pieds \u00bb. Olivier Dubois, avec Trag\u00e9dies, pi\u00e8ce chor\u00e9graphique pr\u00e9sent\u00e9e dans la cour des Carmes, nous aura tenu alternativement dans l\u2019un et l\u2019autre de ces \u00e9nonc\u00e9s. Lui m\u00eame ne sachant pas sur quel pied danser\u2026<\/strong> <\/em><br \/>\nCe n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que la danse entretient avec le concept et avec la pens\u00e9e. A l\u2019invitation du programme qui est distribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, et dans l\u2019attente de la pr\u00e9sentation de ce travail, dans le flottement qui aura suivi la lecture de celui-ci o\u00f9 il est question d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s tout (nous y reviendrons), l\u2019esprit observe ses propres lois et, sans comp\u00e8re pour discuter, il est bien souvent buissonnier. Avant que \u00e7a ne danse, c\u2019est le buissonnier qui l\u2019emportera donc en me rappelant \u00e0 quelques souvenirs. Souvenir du travail dede Shen Wei : de son Sacre du printemps et surtout de cet instant sublime que fut Folding. De l\u2019apparition et de la procession de ces corps blancs \u00e9mergeants de robes rouges port\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 mi-bassin, de ces t\u00eates prolong\u00e9es par une proth\u00e8se cr\u00e2nienne, de cette cohorte de figures sophistiqu\u00e9es presque identiques et n\u00e9anmoins distinctes o\u00f9 le torse et les bras, qui s\u2019animent et se figent, rappellent ces personnages peints sur soie ou une pantomime post-moderne.<br \/>\nSouvenir de l\u2019\u00e9motion que g\u00e9n\u00e8rent les rituels froids de Raimund Hogue qui, d\u2019un titre pasolinien \u00ab jette son corps dans la bataille \u00bb. Cette mani\u00e8re qu\u2019il a de totemiser l\u2019espace qu\u2019il peuple de miniatures prises \u00e0 des champs s\u00e9miotiques multiples. Cette fa\u00e7on dont la nudit\u00e9, chez lui, est essentiellement li\u00e9e \u00e0 une difformit\u00e9 (Der Buckel) qui happe le regard mais que la lenteur du processus chor\u00e9graphique rend, in fine, hypnotique au point d\u2019en permettre l\u2019invisibilit\u00e9.<br \/>\nSouvenir de Description d\u2019un Combat que Maguy Marin offrit en 2009, au Festival d\u2019Avignon. Cette danse qui travaillait, \u00e0 une \u00e9chelle hors de toute mesure humaine du mouvement saisi par le regard, la naissance du mouvement qui a son origine dans celui de la pens\u00e9e et de l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure.<br \/>\nSouvenirs tatou\u00e9s de profondis de Cesena et d\u2019En Atendant de Keersmaecker. Instants o\u00f9 le trouble qui me gagna m\u2019inscrivit, ce soir et ce matin l\u00e0, au plus pr\u00e8s du sublime dont parle Kant. C\u2019est-\u00e0-dire ce sentiment d\u2019une transformation totale de soi dans la rencontre un objet qui m\u2019est ext\u00e9rieur.<br \/>\nUn court instant, une h\u00e9sitation me fait croire qu\u2019il pourrait \u00eatre opportun de me rappeler l\u2019importance de l\u2019influence de Merce Cunnigham, ou celle de Pina Bausch\u2026dont je regarde r\u00e9guli\u00e8rement quelques vignettes vid\u00e9os<br \/>\nEt disant cela, je me souviens que pour le premier la danse pouvait se penser \u00e0 partir de sept principes L\u2019un d\u2019entre eux rappelant que  \u00ab N\u2019importe quel mouvement peut faire danse \u00bb. j\u2019imagine alors qu\u2019en 1972, Michel Guy entreprenait de r\u00e9pandre cette id\u00e9e en invitant massivement les \u00ab leaders \u00bb de la \u00ab nouvelle danse \u00bb et de cette avant-garde qui avait pour noms : Yvonne Rainer, Trisha Brown, D\u00e9borah Hay (fondateur de la Judson Dance Theatre, en 1962). Avec eux, le \u00ab chor\u00e9graphique \u00bb est mis en doute. On parle de Non-Danse et il n\u2019est plus question que d\u2019\u00ab expression du corps \u00bb.<br \/>\nEt d\u2019ajouter que j\u2019ai lu que Douglas Dunn \u00e9tait rest\u00e9 immobile 4 heures durant Performance 101 (1974). Cette vague l\u00e0 s\u2019en retournera quelques temps plus tard, et fera place \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration autre qui, pour autant qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 affranchie sur le ludique d\u2019Einstein, les mod\u00e8les math\u00e9matiques et les syst\u00e8mes logiques, l\u2019influence du postmoderne\u2026 n\u2019en demeure pas moins, et \u00e9galement, attach\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture chor\u00e9graphique, au figural (distinct de la figuration)\u2026 Monnier, Marin, Bagouet, Preljocaj, Galotta\u2026 et puis aussi Charmatz, Rizzo, Montero\u2026Nouvelle danse o\u00f9 \u00ab le battement de l\u2019image \u00bb est rattrap\u00e9 par le po\u00e8me dramatique. Instant o\u00f9 la danse est redoublement de la parole pour faire entendre que \u00ab les mots ne suffisent pas \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019ils contiennent \u00bb. Alors les mots sont dans\u00e9s et la danse abrite sans doute et vraisemblablement un secret dont elle est le spectre. Un secret qu\u2019elle nous donne \u00e0 voir, \u00e0 \u00e9couter\u2026Un spectre en marche. \u00ab La danse peut parler de n\u2019importe quoi, mais traite fondamentalement et avant tout du corps humain et de ses mouvements \u00e0 commencer par la marche \u00bb dit le 7\u00e8me principe de Cunningham.<br \/>\nAinsi fallait-il commencer par l\u00e0, par la marche.<br \/>\nAu retour du buissonnier, le propos d\u2019Olivier Dubois (disons celui qu\u2019il affirme dans le programme \u00e0 propos de Trag\u00e9dies) qui d\u00e9clare : \u00ab un seul et m\u00eame geste taverse Trag\u00e9dies, il s\u2019agit de la marche, du pas \u00bb, pouvait ainsi le mettre au plus pr\u00e8s de nos souvenirs. Il n\u2019en sera rien.<br \/>\nPeut-\u00eatre parce que celui qui se consid\u00e8re comme un auteur brasse large, trop large, les id\u00e9es. Opposer l\u2019auteur au chor\u00e9graphe, (et donc dans la t\u00eate de Dubois l\u2019id\u00e9e au geste, voire la pens\u00e9e au mouvement), c\u2019est ignorer que l\u2019\u00e9criture est un geste, une pratique, un mouvement et que seul celui qui poss\u00e8de celles-ci est un auteur. N\u2019y voyons l\u00e0 aucune envie de d\u00e9battre, mais peut-\u00eatre simplement la volont\u00e9 de rappeler une \u00e9vidence. La d\u00e9claration de Dubois nous semble donc contestable, mais ne lui enlevons rien de son intention.<br \/>\nAdmettons donc qu\u2019il est l\u2019auteur qu\u2019il pr\u00e9tend. D\u00e8s lors, il nous faut regarder ce qu\u2019il \u00e9crit et comment il l\u2019\u00e9crit. Le plus \u00e9vident, dans ce d\u00e9fil\u00e9 qu\u2019est Trag\u00e9dies o\u00f9 les 18 danseurs viennent et vont sur le plateau en observant une g\u00e9om\u00e8trie stricte, c\u2019est la r\u00e9p\u00e9tition. Une figure de style en rh\u00e9torique qui, ici, devient le leit-motiv de la pi\u00e8ce, mais ne joue d\u2019aucune de ses nuances. Dans une nudit\u00e9 totale, dans un mouvement synchrone, observant divers d\u00e9cal\u00e9s calcul\u00e9s\u2026 la r\u00e9p\u00e9tition est une mani\u00e8re d\u2019insister sur quelque chose qui, ici, demeure n\u00e9anmoins une \u00e9nigme. Dubois pr\u00e9tend qu\u2019il traite l\u00e0 de l\u2019humanit\u00e9 qui est plus complexe que ce que pr\u00e9sentent les int\u00e9rpr\u00e8tes nus. Il pr\u00e9tend pr\u00e9senter quelque chose comme un \u00ab vivre-ensemble \u00bb qui est au-del\u00e0 de l\u2019image de la femme ou de celle de l\u2019homme. Le d\u00e9fil\u00e9 qu\u2019est Trag\u00e9dies essaie donc de d\u00e9passer cet \u00e9tat du f\u00e9min et du masculin. De fait, ces corps ne sont pas \u00e0 cet endroit de cette identit\u00e9. Ces corps tout d\u2019abord tenus \u00e0 une rigueur de mouvements, puis soumis \u00e0 quelques accidents, s\u2019\u00e9cartent du f\u00e9min\/masculin. Ils sont une mani\u00e8re de d\u00e9ambuler, de se fracasser, de s\u2019inscrire dans une forme de d\u00e9sob\u00e9issance o\u00f9 le geste est donn\u00e9 comme le seul espace signifiant. C\u2019est donc le geste qui fait sens, et non la nudit\u00e9. La nudit\u00e9 massive et visible n\u2019\u00e9tant l\u00e0 que pour permettre de voir, pr\u00e9cis\u00e9ment, le mouvement.<br \/>\nSi la n\u00e9cessit\u00e9 de la nudit\u00e9 prend donc tout son sens, c\u2019est parce qu\u2019elle permet au mouvement de devenir pr\u00e9sent. Cette pr\u00e9sence pourrait \u00eatre une fin en soi. Rendre le mouvement pr\u00e9sent pourrait en soi avoir un int\u00e9r\u00eat. Mais Dubois, r\u00e9p\u00e9tons-le, parle de \u00ab vivre-ensemble \u00bb\u2026 \u00ab d\u2019humanit\u00e9 \u00bb, etc\u2026<br \/>\nDes points, disons-le, qui n\u2019apparaissent pas de mani\u00e8re tr\u00e8s lisible. Des \u00e9tats qui, disons-le, proc\u00e8dent davantage du commentaire que de la mati\u00e8re qui se d\u00e9ploie sur sc\u00e8ne.<br \/>\nAussi regarde-t-on Trag\u00e9dies, apr\u00e8s avoir lu le programme qui servait de \u00ab guide \u00bb, comme une d\u00e9ambulation trop souvent creuse o\u00f9 m\u00eame le mode sensible finit par s\u2019absenter.<br \/>\nL\u2019\u0153il de celui qui regarde ne voit donc dans cette pi\u00e8ce de l\u2019Auteur qu\u2019un brouillon qui le ram\u00e8ne \u00e0 la condition premi\u00e8re de Dubois. C\u2019est un \u00e9crivant. Un \u00e9crivant de programme\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pens\u00e9e, une sorte de lien. 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