


{"id":661,"date":"2012-07-24T17:06:00","date_gmt":"2012-07-24T15:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=661"},"modified":"2012-07-24T17:06:00","modified_gmt":"2012-07-24T15:06:00","slug":"the-animals-and-the-children-took-to-the-streets","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/the-animals-and-the-children-took-to-the-streets\/","title":{"rendered":"The animals and the children took to the streets"},"content":{"rendered":"<p><strong>16h. Le vent souffle si fort que tous les b\u0153ufs doivent \u00eatre sans cornes. Dans la fra\u00eecheur de l&rsquo;auditorium du Pontet est pr\u00e9sent\u00e9e aujourd&rsquo;hui The animals and the children took to the streets, une pi\u00e8ce tout public de la compagnie anglaise 1927.<em><\/h2>\n<p> The animals and the children took to the streets commence avec un plateau sans acteurs et une voix off. Le dessin des toits d&rsquo;une ville dont les chemin\u00e9es fument au cr\u00e9puscule est projet\u00e9 sur le d\u00e9cor. Trois panneaux d&rsquo;environ trois m\u00e8tres de hauteur sont dispos\u00e9s sur sc\u00e8ne. Le plus large est central et plac\u00e9 face au public, deux autres plus \u00e9troits sont pr\u00e9sent\u00e9s de biais \u00e0 cour et \u00e0 jardin. Le tout forme une sorte de placette dont les panneaux seraient les fa\u00e7ades. Un orifice de forme rectangulaire perc\u00e9 dans chacun des panneaux permet aux actrices de jouer depuis la fen\u00eatre de leur maison. Ces trois cloisons sont les seuls objets sc\u00e9niques du spectacle. Nous allons pourtant voir bien des choses pendant l&rsquo;heure qui suit car les murs sont les pages blanches sur lesquelles les projections de Paul Barrit vont dessiner l&rsquo;histoire qu&rsquo;on nous raconte. Les fa\u00e7ades font alors penser \u00e0 un livre g\u00e9ant dans lequel les acteurs \u00e9volueraient. Les images projet\u00e9es repr\u00e9sentent autant l\u2019ext\u00e9rieur aux volets qui claquent que l&rsquo;int\u00e9rieur des maisons aux parquets qui grincent.<br \/>\nL&rsquo;histoire a lieu dans un quartier pauvre \u00e0 l&rsquo;est d&rsquo;une ville dont on ne nous dit pas le nom. Ce quartier, c&rsquo;est le Bayou. Un endroit o\u00f9 les habitants sont malhonn\u00eates, sales et sans scrupules, un endroit o\u00f9 les cafards et les rats sont consid\u00e9r\u00e9s comme des colocataires. Les murs suintent et les tapis sont tremp\u00e9s d&rsquo;une moiteur visqueuse et ind\u00e9termin\u00e9e. Le motif favori pour les robes des dames, c&rsquo;est l&rsquo;imitation de la fourrure du l\u00e9opard. Elles en portent toutes, et lorsqu&rsquo;elles guettent \u00e0 la fen\u00eatre les faits et gestes de leurs voisins, elles ressemblent \u00e0 des animaux inqui\u00e9tants. Dans le Bayou il y a \u00e9galement un magasin de contrebande et de produits vol\u00e9s, qui a ouvert son activit\u00e9 \u00e0 la prostitution pour faire plus de b\u00e9n\u00e9fices. Les nuits au bayou ne sont pas paisibles : les enfants et les animaux s&rsquo;\u00e9chappent de leurs maisons et envahissent les rues, provoquant un vacarme assourdissant qui exasp\u00e8re le voisinage.<br \/>\nLes maisons ressemblent \u00e0 celles des Triplettes de Belville. Les murs sont plus ou moins ocres, en certains endroits on dirait qu&rsquo;une inondation en a affadit la couleur, en d&rsquo;autres, \u00e0 l&rsquo;inverse, c&rsquo;est comme si la prolif\u00e9ration de moisissures les assombrissait. Tous les personnages ont le visage peint en blanc, ce qui les rend \u00e0 la fois \u00e9tranges et effrayants et permet de les rep\u00e9rer tout de suite dans les projections. Les images interagissent en direct avec les acteurs : la poussi\u00e8re soulev\u00e9e par le balai du concierge forme un petit nuage projet\u00e9 sur le mur. Les parapluies des acteurs stoppent les gouttes de pluies qui coulent en projection le long des fa\u00e7ades. Dans le Bayou il pleut beaucoup et les gens ne sortent pas beaucoup de chez eux. D&rsquo;ailleurs les actrices ne se d\u00e9placent qu&rsquo;en longeant les fa\u00e7ades. Le reste de la sc\u00e8ne est inoccup\u00e9.<br \/>\nDu d\u00e9but \u00e0 la fin du spectacle, chacun des personnages s&rsquo;exprime en musique. Une des habitantes du Bayou a un piano pr\u00e8s de sa fen\u00eatre et en joue pour accompagner le r\u00e9cit. Parfois, ce sont d&rsquo;autres instruments comme le m\u00e9lodica. Les actrices chantent le plus souvent \u00e0 deux voix, sur des m\u00e9lodies qui rappellent les dessins anim\u00e9s qui font peur (je pense notamment \u00e0 Vincent de Tim Burton). Le plus souvent, les personnages racontent l&rsquo;histoire plus qu\u2019ils ne la jouent, et de ce fait l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la musique n&rsquo;\u00e9voque pas une com\u00e9die musicale. Elle sert plut\u00f4t d&rsquo;environnement sonore, maintient l&rsquo;histoire dans son ambiance, comme si la sc\u00e8ne \u00e9tait un livre anim\u00e9 ou une boite \u00e0 musique.<br \/>\nL&rsquo;humour est d\u00e9capant et corrosif. Une vieille dame fabrique des drag\u00e9es pour droguer les enfants des rues afin qu&rsquo;ils ne d\u00e9rangent plus personne et tout le monde s&rsquo;en r\u00e9jouit. Les personnages sont tous plut\u00f4t cruels, sans que cela ne produise de ressort dramatique. La cruaut\u00e9 plane, sans pour autant provoquer de drame, elle fait partie de l&rsquo;environnement poisseux du Bayou.<br \/>\nCe spectacle, parfois un peu hypnotique, propose un regard assez froid sur ce quartier et ses habitants. Ceux-ci semblent ne pas avoir de sentiments, c\u2019est comme s\u2019ils avaient tous aval\u00e9 des drag\u00e9es qui auraient assomm\u00e9 certaines parties de leurs cerveaux. Leur maquillage blanc accentue ce trait : ils ne sont jamais ni heureux ni tristes. La musique, plut\u00f4t r\u00e9guli\u00e8re tout au long du spectacle, renforce cette sensation de quotidien monotone, morne, sans soleil ni obscurit\u00e9, dans la moiteur permanente d&rsquo;un papier peint ocre qui se d\u00e9colle du mur et se colle au tapis.<br \/>\nChacun essaie de \u00ab garder le loup de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la porte \u00bb, en d&rsquo;autre termes, de ne pas sombrer dans l&rsquo;endettement, de ne pas devenir vraiment trop pauvre, de r\u00e9ussir \u00e0 boucler ses fins de mois.<br \/>\nIl est impossible de d\u00e9finir l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 laquelle se passe cette histoire. Comme dans les dessins anim\u00e9s ou les livres illustr\u00e9s pour enfant, l&rsquo;esth\u00e9tique conviendrait \u00e0 n&rsquo;importe quel lieu, \u00e0 n&rsquo;importe quelle \u00e9poque. Cette ind\u00e9termination permet au spectateur de projeter ce qui lui convient sur ces personnages et ces \u00e9v\u00e9nements. La pauvret\u00e9 et la mis\u00e8re repr\u00e9sent\u00e9es ici ne sont pas celle d&rsquo;une communaut\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;une autre. La pi\u00e8ce propose ce r\u00e9cit et cet environnement comme une tranche de vie, et c&rsquo;est au spectateur de choisir de faire le lien ou pas avec un engagement et une prise de parole politique sur la vie de ces quartiers, dans lesquels les policiers ne s&rsquo;aventurent pas, de ces gens qui vivent l\u00e0 et n&rsquo;en sortent pas, parce que l&rsquo;ext\u00e9rieur les consid\u00e8re ind\u00e9sirables et fait en sorte de ne pas les voir.<br \/>\nLe travail des membres de la compagnie 1927 est remarquable. Quand les trois actrices saluent, on r\u00e9alise que non seulement elles ont assur\u00e9 la musique, mais qu\u2019elles ont tenu tous les r\u00f4les. La projection vid\u00e9o, r\u00e9ussie et ing\u00e9nieuse, ne fait jamais concurrence \u00e0 la musique ou au r\u00e9cit. Chaque \u00e9l\u00e9ment s&#8217;emboite finement dans une dramaturgie maitris\u00e9e. Un tr\u00e8s beau travail &#8211; exempt de pr\u00e9tentions artistiques souvent d\u00e9cevantes &#8211; dont l&rsquo;\u00e9cart entre la complexit\u00e9 r\u00e9elle et l&rsquo;\u00e9vidence apparente se r\u00e9v\u00e8le fascinant.<br \/>\n\ufeff<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>16h. Le vent souffle si fort que tous les b\u0153ufs doivent \u00eatre sans cornes. Dans la fra\u00eecheur de l&rsquo;auditorium du Pontet est pr\u00e9sent\u00e9e aujourd&rsquo;hui The animals and the children took to the streets, une pi\u00e8ce tout public de la compagnie anglaise 1927. 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