


{"id":664,"date":"2012-07-23T17:00:00","date_gmt":"2012-07-23T15:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=664"},"modified":"2012-07-23T17:00:00","modified_gmt":"2012-07-23T15:00:00","slug":"le-berceau-des-lucioles-de-cohen","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-berceau-des-lucioles-de-cohen\/","title":{"rendered":"Le Berceau des lucioles de Cohen"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>A Ved\u00e8ne, espace Bardi, Steven Sohen et Nomsa Dhlamini pr\u00e9sentaient une performance Le berceau de l\u2019humanit\u00e9. Une heure o\u00f9 l\u2019inconnu et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 pour autant qu\u2019ils pourraient s\u2019inscrire dans une esth\u00e9tique de la provocation ne r\u00e9fl\u00e9chiraient alors qu\u2019un ordre fig\u00e9 de la repr\u00e9sentation. Une pi\u00e8ce po\u00e9tique o\u00f9 le corps fard\u00e9 de blanc de Steven Cohen ne l\u2019est que pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019homme \u00ab blanc p\u00e2le \u00bb. Performance o\u00f9 le corps est un axe.<\/strong> <\/em><br \/>\nCohen le chaos<br \/>\nC\u2019est peu dire que de commencer par rappeler, avec lui, que Steven Cohen est un \u00ab PD \u00bb comme il le dit de lui-m\u00eame. Non pas un joli \u00ab Gay \u00bb pour la consommation, mais un \u00ab PD monstrueux \u00bb dit-il. Commencer encore par rappeler que c\u2019est un \u00ab juif \u00bb comme il l\u2019explique lui-m\u00eame et comme il y  insiste parce que soudain \u00e7a l\u2019inscrit dans un geste qui lutte contre toutes formes de fascisme, toutes \u00e9nergies qui tendent \u00e0 la destruction de la cr\u00e9ation, comme il l\u2019explique encore. Enfin, rappeler que c\u2019est un performer comme on peut le voir nous-m\u00eame. Un artiste interdit dans son propre pays, l\u2019Afrique du Sud, o\u00f9 il est n\u00e9 en 1962, \u00e0 Johannesburg, parce que ses parents s\u2019y r\u00e9fugient alors que l\u2019Allemagne nazie ne leur aurait pas permis de vivre.  Rappeler encore que si Steven Cohen s\u2019expose le plus souvent nu ou partiellement d\u00e9nud\u00e9 sur sc\u00e8ne ou dans les rues souill\u00e9es des township, c\u2019est que pour lui \u00ab ce qui est important ce n\u2019est pas ce que tu portes, mais ce que tu enl\u00e8ves \u00bb afin de montrer ce qu\u2019il y a l\u00e0. Et d\u00e8s lors, comprendre que lorsqu\u2019il fait ex\u00e9cuter un streap tease \u00e0 sa nounou, Nomsa plus de quatre-vingts ans, c\u2019est pour montrer qu\u2019elle est l\u00e0, et qu\u2019elle n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 \u00ab un appareil m\u00e9nager \u00bb \u00e0 quatre pattes, invisible comme la plupart de la main d\u2019\u0153uvre africaine, pour les blancs d\u2019Afrique du Sud. \u00ab Que mes parents aillent se faire foutre \u00bb dit Cohen avant de poursuivre \u00ab c\u2019est elle qui m\u2019a \u00e9lev\u00e9 pendant que ma m\u00e8re buvait \u00bb.<br \/>\nCensur\u00e9 dans son pays, Steven Cohen qui consid\u00e8re qu\u2019une photo de lui, \u00e0 six ans, r\u00e9fl\u00e9chit sa premi\u00e8re performance, m\u00eale les \u00e9pisodes biographiques de sa propre vie \u00e0 ceux qui sont plus historiques, g\u00e9ographiques et politiques qui ne lui sont pas \u00e9trangers. Chacune de ses \u0153uvres performatives peut ainsi se regarder comme une mani\u00e8re d\u2019amalgame entre lui et ce qui le baigne, l\u2019entoure ; ce qui l\u2019innerve ou s\u2019entrem\u00ealent de la vie publique et de la vie priv\u00e9e.<br \/>\nDe Chandelier, en 2001, alors qu\u2019il arpente en chandelier-tutu un bidonville que les employ\u00e9s municipaux d\u00e9gagent, il dit que c\u2019est la charge des artistes de d\u00e9peindre \u00ab la vie sociale \u00bb et qu\u2019il y a l\u00e0 une \u00ab peinture digitale de la vie sociale, \u00e0 moiti\u00e9 imaginaire, \u00e0 moiti\u00e9 horrible \u00bb. La prise de parole critique est donc r\u00e9currente aux performances de Cohen, et en 2004, avec Dancing Inside Out, s\u2019il lui \u00ab est difficile de parler, mais encore plus de garder le silence \u00bb, il entreprend de danser jusqu\u2019au bout de soi-m\u00eame afin de recueillir et de mettre en avant la \u00ab douleur de l\u2019\u00eatre humain et la joie d\u2019\u00eatre en vie \u00bb. A l\u2019endroit d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019apartheid, aboli juridiquement mais toujours vivace dans les esprits, ne permet pas de baisser le regard, Steve Cohen, quand il r\u00e9alise Maid In South Africa (litt\u00e9ralement : \u00ab une bonne en Afrique du Sud \u00bb), avoue alors \u00eatre \u00ab int\u00e9ress\u00e9 par le nu, non pas le commerce de la sexualit\u00e9 \u00bb. Aussi, quand Nomsa Dhlamini est saisie en porte-jaretelle et poitrine d\u00e9couverte, il tient \u00e0 en faire le portrait de l\u2019Apartheid o\u00f9 Nomsa, us\u00e9e et vieillie, qui a nourri la famille blanche, entretenue la maison blanche, s\u2019est inqui\u00e9t\u00e9 de la pitance du chien comme de ses ma\u00eetres\u2026a pass\u00e9 une vie \u00e0 genou, priv\u00e9 d\u2019un regard d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui l\u2019aurait fait exister autrement, lui renvoyant sans cesse l\u2019image d\u2019une femme exploit\u00e9e qui, travaillant, aura tent\u00e9 de prot\u00e9ger sa dignit\u00e9.<br \/>\nSouvent perch\u00e9 sur des talons improbables, des chaussures surdimensionn\u00e9es \u00e0 la plasticit\u00e9 inattendue\u2026 corset\u00e9 dans des gu\u00e9pi\u00e8res fluo baroques\u2026 comme une silhouette toujours en \u00e9quilibre et toujours \u00e0 la fronti\u00e8re d\u2019un autre \u00e9tat de lui-m\u00eame, Steven Cohen ne recule devant rien, sauf une fois, en 2008, o\u00f9 avec Golgotha (une \u0153uvre \u00e0 la m\u00e9moire de son fr\u00e8re suicid\u00e9), malade, et emput\u00e9 de la capacit\u00e9 de donner le meilleur de lui-m\u00eame, il d\u00e9cide de reporter l\u2019instant de ce qu\u2019il consid\u00e8re \u00eatre une \u00ab \u0153uvre majeure \u00bb. Une \u0153uvre qui, au-del\u00e0 du va et vient entre vie priv\u00e9e et vie publique, annon\u00e7ait un \u00e9tat de l\u2019intime que l\u2019on aura retrouv\u00e9 autrement dans The Cradle of humankind (le berceau de l\u2019humanit\u00e9).<br \/>\nAnimisme esth\u00e9tique<br \/>\nUne sph\u00e8re, un \u00e9cran, un ange dor\u00e9 suspendu aux gr\u00e2ces de Cupidon, deux cubes, plus tard une projection au sol\u2026 sans qu\u2019il puisse \u00eatre question de parler de minimalisme, le dispositif de Steven Cohen est un lieu de concentration de formes simples qui seront reli\u00e9es par le mouvement d\u00e9ambulatoire de Nomsa Dhlamini, 84 ans, et lui-m\u00eame. Mouvement o\u00f9 la d\u00e9marche incertaine et fragile de la premi\u00e8re trouverait dans le bras et la main de l\u2019autre, le m\u00eame geste attentif qu\u2019elle observa au premier pas de celui qu\u2019elle a \u00e9lev\u00e9. Une mani\u00e8re de boucle ou de retour qui, dans l\u2019absence de temps qui marque cette pi\u00e8ce plastique, annule toutes les diff\u00e9rences. Nomsa et Steven sont ainsi branches et antilopes, arbres et cornes de gazelle, ombres magnifi\u00e9es d\u2019essences terrestres visibles dans les r\u00eaves ou au-del\u00e0 de ceux qui ne croient que dans la vue. Etres des nuits, lucioles impr\u00e9vues, papillons en tulle ou animal corset\u00e9\u2026 Nomsa et Steven ne sont d\u2019aucune r\u00e9gion et d\u2019aucun territoire, d\u2019aucune lign\u00e9e et d\u2019aucune esp\u00e8ce, h\u00e9ritiers g\u00e9n\u00e9tiques d\u2019aucune souche connue\u2026 Ils sont le ventre de la terre qui, dans ses impr\u00e9visions, met au jour plus que le r\u00e8gne des esp\u00e8ces. Ils sont eux. C\u2019est-\u00e0-dire un tout, une unit\u00e9, une synth\u00e8se chimique des id\u00e9es et des corps, une colonie imaginaire qui n\u2019aborde aucun des rivages de la raison. Ils sont une nuit, un jour, un ent\u00eatement de l\u2019imagination \u00e0 survivre \u00e0 toutes les passions. Dans la p\u00e9nombre qui accueille leur lenteur, au pied de tapis vid\u00e9o prompte \u00e0 dispara\u00eetre, satellite d\u2019une V\u00e9nus m\u00e8re et terre\u2026 Steven et Nomsa semblent poss\u00e9der plusieurs vies. Apparaissant sur \u00e9cran, dispara\u00eessant du plateau, p\u00e8lerin de toutes les mati\u00e8res et nomades de tous les imaginaires, ils sont un peuple fant\u00f4me qui arpente une histoire simplement humaine. C\u2019est-\u00e0-dire, pour qui sait poser la seule question pertinente \u00e0 ce sujet, l\u2019histoire d\u2019un secret. C\u2019est donc l\u2019histoire de ce secret qui est port\u00e9e au seuil de visibilit\u00e9. C\u2019est l\u2019histoire de ces formes secr\u00e8tes qui s\u2019incarnent, sans qu\u2019aucun des chemins logiques de la pens\u00e9e ne puisse se saisir de la mati\u00e8re qu\u2019il voit. Humanit\u00e9 et secret, l\u2019un dans l\u2019autre et r\u00e9ciproquement, sont li\u00e9s comme le miroir et son reflet. Et de regarder alternativement Steven et Nomsa comme la surface du du miroir ou \u00ab\u00a0muroir\u00a0\u00bb ou celle de l\u2019humanit\u00e9 sans jamais que l\u2019on devine leur reflet.<br \/>\nD\u00e8s lors, dans l\u2019\u00e9nigme qu\u2019est cette performance : qu\u2019elle se dessine sur un fond vert somptueux, qu\u2019elle prenne la forme sonore de chants rituels anciens, de paroles plus caverneuses ou d\u2019une marseillaise qu\u2019on r\u00e9apprend \u00e0 aimer parce qu\u2019elle est chant\u00e9e \u00e0 l\u2019enrdroit d\u2019une humanit\u00e9 qui se l\u00e8ve\u2026 D\u00e8s lors, (dis-je), qu\u2019il n\u2019est plus de cavernes projet\u00e9es autres que celles qui se confondent avec un ut\u00e9rus min\u00e9ral, ou de poteau de mesure dress\u00e9 qui ne rappelle un mat de danse aux confins d\u2019un village lointain\u2026 Il y a dans ce geste performatif, une architecture qui n\u2019est plus d\u2019aucun temps. Une construction qui ne repose sur aucune fondation solide. Et ce parce que cette performance est le temps et elle est son propre espace. Elle est sa r\u00e9f\u00e9rence qui n\u2019est pas au-del\u00e0 d\u2019elle-m\u00eame, mais abrit\u00e9e au centre d\u2019elle-m\u00eame, cach\u00e9e dans sa naissance, visible seulement dans son rayonnement chromatique et sonore.<br \/>\nRegarder et \u00e9couter Le Berceau de l\u2019humanit\u00e9, c\u2019est ainsi comme suivre un film d\u2019Erzog o\u00f9 l\u2019ethnologie participe \u00e0 la construction de ce qu\u2019Heidegger appelait le \u00ab po\u00e9matiser \u00bb.  Le faire po\u00e8me. C\u2019est adopter une lenteur et un incongru, une image magnifi\u00e9e et des signes incompr\u00e9hensibles qui se tiennent dans la proximit\u00e9 de la signification. C\u2019est marcher aux c\u00f4t\u00e9s de Cohen et Dhlamini, comme si l\u2019on se retrouvait dans le regard tumultueux et fixe de Klaus Kinsky, ambassadeur de toutes les folies. Regarder The Craddle, c\u2019est \u00e0 la mani\u00e8re de Straub qui s\u2019exprimait sur sa mani\u00e8re de filmer le cin\u00e9ma, dire que \u00ab Le th\u00e9\u00e2tre, ce n\u2019est pas sautiller de-ci, de-l\u00e0 ! Un acteur n\u2019existe comme personnage que si chaque battement de ses paupi\u00e8res et chaque mouvement de ses doigts sont des rythmes du texte et le texte dans des rythmes du corps [\u2026] Ce n\u2019est que quand le texte a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 qu\u2019un acteur est capable d\u2019\u00eatre debout sans bouger. Et le texte se tient debout aussi. Mais quand rien ne tient debout, un mouvement ne peut pas na\u00eetre. Tout mouvement, alors, n\u2019est l\u00e0 que pour cacher ou refouler \u00bb.<br \/>\nC\u2019est regarder la mani\u00e8re dont Nomsa cherche de la t\u00eate quelque chose qui permettrait \u00e0 son regard de faire savoir qu\u2019elle voit. Et Steven Cohen de dire, en parlant de ce travail, qu\u2019il a tent\u00e9 de cr\u00e9er une conscience. Celle dont Didi Hubermann dit qu\u2019elle pourrait \u00eatre une luciole, un espace infiniment petit d\u2019espoir et de libert\u00e9 que l\u2019on peut observer en m\u00eame temps qu\u2019elle nous inqui\u00e8te par sa raret\u00e9.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Steven Cohen\" frameborder=\"0\" width=\"500\" height=\"287\" src=\"https:\/\/geo.dailymotion.com\/player.html?video=x8j4qc&#038;\" allowfullscreen allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; web-share\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Ved\u00e8ne, espace Bardi, Steven Sohen et Nomsa Dhlamini pr\u00e9sentaient une performance Le berceau de l\u2019humanit\u00e9. Une heure o\u00f9 l\u2019inconnu et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 pour autant qu\u2019ils pourraient s\u2019inscrire dans une esth\u00e9tique de la provocation ne r\u00e9fl\u00e9chiraient alors qu\u2019un ordre fig\u00e9 de la repr\u00e9sentation. 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