


{"id":668,"date":"2012-07-21T17:18:00","date_gmt":"2012-07-21T15:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=668"},"modified":"2012-07-21T17:18:00","modified_gmt":"2012-07-21T15:18:00","slug":"meyssat-la-tondeuse-et-le-rateau","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/meyssat-la-tondeuse-et-le-rateau\/","title":{"rendered":"Meyssat : la tondeuse et le r\u00e2teau"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<strong>15 %\u2026 Au regard du titre de la proposition sc\u00e9nique de Bruno Meyssat, il est pr\u00e9visible que les jeux de mots qui concerneront ce travail le maintiendront en-dessous de ce pourcentage. Disons qu\u2019il s\u2019agira l\u00e0 d\u2019un effet pervers de l\u2019actualit\u00e9 qui permettrait de dire que ce spectacle est \u00e0 l\u2019image de la croissance esp\u00e9r\u00e9e. Cela \u00e9tant, \u00e0 voir les r\u00e9actions partag\u00e9es de la salle, on pourra tout aussi bien dire que c\u2019est le taux de rendement d\u2019un livret po\u00e9tique (produit hors cotation) et que finalement c\u2019\u00e9tait inesp\u00e9r\u00e9. Ou comment un m\u00eame objet produit des effets diff\u00e9rents\u2026<\/strong><br \/>\nApr\u00e8s le Matignon (le metteur en sc\u00e8ne et non l\u2019h\u00f4tel de l\u2019ex\u00e9cutif fran\u00e7ais) qui traitait de la crise sociale et politique de l\u2019Angleterre thacherienne ; apr\u00e8s le Ostermeier qui ne fut pas en reste avec les r\u00e9f\u00e9rences et autres occurrences d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui va \u00e0 vau l\u2019eau ; dans les p\u00e9riph\u00e9ries du travail de Bouyagui o\u00f9 le mode de vie des clandestins exil\u00e9s fera de tout b\u00e9n\u00e9ficiaire du RSA un imposable sur l\u2019ISF\u2026 Meyssat aura donc lui aussi mis\u00e9 sur la crise en en explorant le volet financier. De l\u2019une \u00e0 l\u2019autre de ces formes et au-del\u00e0 des singularit\u00e9s de chacun de ces artistes, le th\u00e8me r\u00e9ccurrent de la crise aura donc \u00e9t\u00e9 l\u2019un des espaces de questionnement esth\u00e9tique et po\u00e9tique de cette 66\u00e8me \u00e9dition. Il est toujours possible de s\u2019en r\u00e9jouir puisque, d\u2019une certaine fa\u00e7on, l\u2019art aura ainsi soulign\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait jamais \u00e9tranger aux p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019histoire et de l\u2019actualit\u00e9 jusque dans, y compris, leurs formes les moins adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019imaginaire po\u00e9tique.<br \/>\n15% aura peut-\u00eatre p\u00e9ch\u00e9 justement \u00e0 cet endroit, par un exc\u00e8s d\u2019imaginaire o\u00f9 l\u2019image comme la geste th\u00e9\u00e2trale et le mouvement quasi chor\u00e9graphique tenaient davantage d\u2019une exploration mystique, voire \u00e9nigmatique que d\u2019une articulation organique des acteurs \u00e0 la chose qu\u2019ils investissaient. Dit autrement, ce n\u2019est plus Brecht qui donnerait la direction du travail, et l\u2019on est \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res de toute ressemblance avec un lehrstuck. Ce qui n\u2019est pas une critique, mais un b\u00e9mol\u2026<br \/>\nOu quand 15%, espace et univers visuels, finit par s\u2019abstraire ou s\u2019\u00e9loigner de fa\u00e7on trop \u00e9trange du monde virtuel qu\u2019il devait p\u00e9n\u00e9trer, investir, ramasser sur le plateau. D\u2019un certain point de vue, le travail de Meyssat sera alors entr\u00e9 en friction avec l\u2019objet qu\u2019il tendait \u00e0 montrer. Au pr\u00e9texte de rendre la complexit\u00e9 des formes du capitalisme, d\u2019en rappeler l\u2019organisation invisible et fragment\u00e9e mais aussi sa coordination strat\u00e9gique insaisissable, la mise en sc\u00e8ne de Meyssat multiplie les foyers d\u2019images donnant une visibilit\u00e9 imm\u00e9diate \u00e0 ceux qui en sont les victimes. C\u2019est \u00e0 cet endroit, vraisemblablement, que la charge tragique qui porte sur  l\u2019humain finie par \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e par Bruno Meyssat. Tragique et dramatique o\u00f9 l\u2019on perd de vue la critique du capital auquel on substitue un flux continu d\u2019all\u00e9gories ou de signes, sympt\u00f4mes et autres indices d\u2019une critique d\u2019un syst\u00e8me qui est plus ou moins accessible, plus ou moins arbitraire, plus ou moins lisible et articul\u00e9.<br \/>\nD\u00e8s lors, si l\u2019ouverture de 15% commence  par un sirtaki muet que l\u2019on regarde comme une marche fun\u00e8bre o\u00f9 le silence annonce les ann\u00e9es de plomb ; si l\u2019homme masqu\u00e9 aux larmes contenues se donne \u00e0 sentir ; si l\u2019homme \u00e0 la tondeuse et au coupe-haie semble une menace pour le sujet et d\u2019une certaine mani\u00e8re qu\u2019il y a l\u00e0 une m\u00e9taphore qui peut nous r\u00e9inscrire dans une pens\u00e9e de l\u2019\u00e9cologie ; si la broyeuse de bureau est ici aussi dans un vague rapport de parent\u00e9 \u00e0 la machine \u00e0 torture de Kafka ; si l\u2019utilisation de  tentes Quechua nous rappelle au devenir des sans-abris du canal Saint-Martin et autres ruisseaux o\u00f9 verse l\u2019humanit\u00e9\u2026 Si le paperboard et ses feuilles volantes sont l\u2019ultime expression des \u0153uvres de l\u2019esprit ; si les diff\u00e9rents extraits des discours des \u00e9conomistes et autres dirigeants sont la seule expression du travail de la pens\u00e9e ; si les th\u00e8ses de Milton Friedman, expos\u00e9es dans Capitalisme et libert\u00e9, sont le seul projet \u00ab m\u00e9taphysique \u00bb de l\u2019\u00eatre \u00e0 venir ; si une couverture d\u2019amiante pos\u00e9e sur un corps souffrant est le linceul de toute espoir \u00e0 visage humain ; si la chor\u00e9graphie des joueurs \u00e0 casque rouge fond\u00e9e sur \u00ab le coup en dessous de la ceinture \u00bb et le \u00ab pris en tra\u00eetre par derri\u00e8re \u00bb peut se r\u00e9sumer \u00e0 un mouvement du \u00ab c\u2019est pli\u00e9 \u00bb ; si les figures de traders sont convoqu\u00e9es autour d\u2019une corbeille de papier d\u00e9chir\u00e9 fait illusion d\u2019une voracit\u00e9 animale ; si, si, si, si, si, si\u2026 Les s\u00e9quences, ou disons les plans, que distille Bruno Meyssat se succ\u00e8dent dans une redondance qui n\u2019est pas celle de l\u2019image, mais plut\u00f4t celle d\u2019un th\u00e8me o\u00f9 la destruction est au premier plan. D\u00e9soeuvrement, voire \u00e9parpillement o\u00f9 les formes plastiques et visuelles, multiples et plurielles, reprennent in fine ce m\u00eame th\u00e8me de la destruction qui s\u2019appliquera tour \u00e0 tour aux objets, aux feuilles de papier, aux silhouettes humaines dont on d\u00e9coupe les chemises, dont on macule le visage, etc.<br \/>\nMouvement et images r\u00e9p\u00e9titives qui, loin de g\u00e9n\u00e9rer une tension (la r\u00e9p\u00e9tition peut produire \u00e7a), va finir par g\u00e9n\u00e9rer une lassitude visuelle o\u00f9 l\u2019\u0153il semble revenir sans cesse sur le m\u00eame motif.. Au point que 15%, bient\u00f4t, file la m\u00eame impression de \u00ab d\u00e9j\u00e0 vu \u00bb.<br \/>\nDommage, en d\u00e9finitive, puisque cette critique du capitalisme et de ses strat\u00e9gies aurait pu \u00eatre productive d\u2019une autre attention. Dommage, car le propos de Meyssat, travaillant \u00e0 l\u2019hybridation des formes et des objets, des tons et des aspects\u2026 \u00e0 leur d\u00e9placement et leur d\u00e9voiement aurait pu \u00eatre l\u2019instant d\u2019une rencontre avec ce que l\u2019on sait, mais aussi ce que l\u2019on ne sait pas. Un peu comme si, \u00e0 vouloir tout embrasser, on finissait par ne rien \u00e9treindre.<br \/>\nArri\u00e8re-go\u00fbt  donc d\u2019un moment o\u00f9 Meyssat, alors qu\u2019il d\u00e9couvre la Tondeuse et le Rateau (\u00e9quivalent de la faucille et du marteau), s\u2019ex\u00e9cutait. Au sens o\u00f9 \u00ab faire \u00bb serait aussi l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on s\u2019an\u00e9antit.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; 15 %\u2026 Au regard du titre de la proposition sc\u00e9nique de Bruno Meyssat, il est pr\u00e9visible que les jeux de mots qui concerneront ce travail le maintiendront en-dessous de ce pourcentage. 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