


{"id":669,"date":"2012-07-20T17:19:00","date_gmt":"2012-07-20T15:19:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=669"},"modified":"2012-07-20T17:19:00","modified_gmt":"2012-07-20T15:19:00","slug":"the-old-king-de-limpossible","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/the-old-king-de-limpossible\/","title":{"rendered":"The old king : de l&rsquo;impossible"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>The old King<\/em> est le fruit d&rsquo;une collaboration au long cours entre les deux artistes portugais Miguel Moreira et Romeu Runa. Miguel Moreira est un metteur en sc\u00e8ne qui travaille en particulier sur la question du corps. Le danseur Romeu Runa est connu pour avoir dans\u00e9 aux Ballets C. de la B., \u00e0 Gand, sous la direction d&rsquo;Alain Platel. C&rsquo;est ce dernier qui leur a offert la possibilit\u00e9 de travailler intens\u00e9ment \u00e0 un projet de spectacle, tout en jouant, pour cette cr\u00e9ation, le r\u00f4le de producteur et de conseiller afin de les aider \u00e0 \u00ab \u00e0 ne pas s&rsquo;\u00e9parpiller \u00bb[[Miguel Moreira, propos recueillis par Renan Benyamina]].\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-649\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/w_120721_rdl_1776.jpg\" alt=\"w_120721_rdl_1776.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"427\" \/><br \/>\n<em> Flash-back<\/em><br \/>\nRomeu Runa est annonc\u00e9 partout comme danseur des Ballets C. de la B., d\u00e9j\u00e0 venu \u00e0 Avignon. Son nom seul n\u2019\u00e9voque d\u2019abord rien de pr\u00e9cis pour moi mais il suffit de le voir danser quelques courts instants sur sc\u00e8ne pour que sa performance dans Out of context (for Pina)[[<em>Out of context<\/em> (for Pina), d&rsquo;Alain Platel, Ballets C. de la B. Spectacle pr\u00e9sent\u00e9 dans la cour du lyc\u00e9e Saint Joseph lors de l&rsquo;\u00e9dition 2010]], me revienne d&rsquo;un coup en m\u00e9moire.<br \/>\nDans le spectacle d&rsquo;Alain Platel, parmi les autres danseurs, il semblait une sorte de grand bambi, qui aurait pouss\u00e9 sans avoir eu le temps de se fabriquer une peau. Simplet ou handicap\u00e9, ivrogne ou cam\u00e9, il chancelait, comme transperc\u00e9 par des flux d&rsquo;\u00e9nergies dont les impacts provoquaient des tremblements saccad\u00e9s et le d\u00e9s\u00e9quilibraient. Il semblait rou\u00e9 de coups par des ondes imperceptibles. Son corps \u00e9tait un r\u00e9v\u00e9lateur. Son jeu et ses gestes transmettaient un langage port\u00e9 par la sensation, imm\u00e9diatement saisissable, re\u00e7u aussi subitement que l&rsquo;invisible bousculait son corps de toute part.<br \/>\n<em>Pr\u00e9sent<\/em><br \/>\nLes arches de pierre du clo\u00eetre des C\u00e9lestins jalonnent le sol d&rsquo;un espace vaste et noir. Comme une vieille moquette sur laquelle il aurait trop plu, le sol est une grande toile noire d\u00e9tremp\u00e9e qui se perce par endroits. Un squat humide, ni int\u00e9rieur ni ext\u00e9rieur, meubl\u00e9 d&rsquo;une seule pile de palettes en bois. Sur l&rsquo;une d&rsquo;elles, pos\u00e9e en avant sc\u00e8ne, il y a des cigarettes coup\u00e9es en deux. Certaines sont tomb\u00e9es au sol tout pr\u00e8s d&rsquo;une paire de rangers et sont devenues infumables. Pr\u00e8s des rangers, un homme \u00e9puis\u00e9 en marcel sale et humide est assis de dos. Les bruits d&rsquo;un tambour semblent l&rsquo;animer et le pousser \u00e0 se lever, mais les sons le bousculent, il vacille, glisse sur le sol mouill\u00e9 et s&rsquo;effondre. Il se rel\u00e8ve \u00e0 nouveau, la plante des pieds vers le ciel et le visage tourn\u00e9 vers son dos, comme s&rsquo;il ne savait pas (ou plus) comment les humains habituellement se d\u00e9placent.<br \/>\n<em>De l&rsquo;eau comme mat\u00e9riau<\/em><br \/>\nR\u00e9guli\u00e8rement, Miguel Moreira entre en sc\u00e8ne \u00e0 jardin et arrose de loin le danseur avec un jet d&rsquo;eau. El\u00e9ment clef de ce dispositif, l&rsquo;eau est omnipr\u00e9sente, m\u00eame l&rsquo;air en est charg\u00e9. Dans le public on en ressent l&rsquo;odeur et la fra\u00eecheur. L\u2019eau n&rsquo;est pas violente. Aucune vague. C&rsquo;est une mati\u00e8re discr\u00e8te, diffuse, douce\u00e2tre. Les gouttes s&rsquo;accumulent et forment une bruine, puis des filets d&rsquo;eau.<br \/>\nL&rsquo;eau semble \u00eatre le mat\u00e9riau du \u00ab monde \u00bb. Tout ce que n&rsquo;est plus le corps, tout ce qui est au-del\u00e0 de la peau. Cet homme subit sa pr\u00e9sence et sa mat\u00e9rialit\u00e9. L&rsquo;eau s&rsquo;infiltre, d\u00e9trempe et alourdit le corps perm\u00e9able comme la toile du sol et ressort par sa bouche et son nez.<br \/>\n<em>De l&rsquo;impossible et du reconnaissable<\/em><br \/>\nLa proposition chor\u00e9graphique de Romeu Runa, vue chez Alain Platel, transmettait des \u00e9motions reconnaissables pour le spectateur. Sa gestuelle saccad\u00e9e qui sugg\u00e8re une forme d&rsquo;impossibilit\u00e9 provoquait l&#8217;empathie, ainsi que d&rsquo;autres sensations et \u00e9motions famili\u00e8res. Ici, on ne sait plus vraiment. En tant que metteur en sc\u00e8ne, aux c\u00f4t\u00e9s de Miguel Moreira, le danseur a avanc\u00e9 dans sa recherche et pouss\u00e9 plus loin les proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;\u00e9trang\u00e9isation du corps et du moindre geste, il s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vidence de chaque mouvement, et ce faisant s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9 de nos rep\u00e8res. Ce soir, en le regardant, on peut voir un humain, un enfant malform\u00e9 ou un infirme, aussi bien qu&rsquo;un insecte, ou encore un tr\u00e8s gros oiseau g\u00ean\u00e9 par ses ailes. Notre \u00e9garement laisse une plus grande place \u00e0 la pr\u00e9sence \u00e9trange de ce corps suintant, qui gigote dans un espace obscur et tremp\u00e9. On pense parfois \u00e0 Self-Unfinished de Xavier Le Roy, mais ici l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 n&rsquo;est pas clairement d\u00e9montr\u00e9e ni pr\u00e9sent\u00e9e. Romeu Rena semble vouloir la jouer, l&rsquo;int\u00e9grer dans un \u00e9tat, dans une situation, dans un point de d\u00e9part pour une fiction.<br \/>\nLe spectacle explore la condition d&rsquo;un quotidien dans lequel un homme tente maladroitement de se d\u00e9battre. L&#8217;emp\u00eachement \/ impossibilit\u00e9 \/ infirmit\u00e9 seraient l&rsquo;interpr\u00e9tation expressionniste de l&rsquo;incapacit\u00e9 de cet homme \u00e0 vivre ses journ\u00e9es, ces \u00ab putains de journ\u00e9es \u00bb, comme il dit, qui se suivent et s&#8217;empilent comme des palettes, p\u00e9n\u00e9trant le corps telles les gouttelettes d&rsquo;eau.<br \/>\nL&rsquo;espace noir, vide et d\u00e9goulinant l&#8217;emp\u00eache de se saisir une stature et de s&rsquo;y agripper (puisque la terre tourne), sans cesse il glisse, il est bouscul\u00e9 et se laisse emporter, capitulant face \u00e0 un adversaire omnipr\u00e9sent et invisible.<br \/>\n<em>Du relief possible des contradictions<\/em><br \/>\nLe mouvement maladroit, handicap\u00e9, ou encore l&rsquo;\u00e9chec semble \u00eatre des proc\u00e9d\u00e9s qu&rsquo;on retrouve souvent dans les propositions de type performatif. Elles permettent d&rsquo;exprimer un sentiment d&rsquo;impuissance face au monde. Elles expriment \u00e9galement le refus, voire le m\u00e9pris du \u00ab beau geste \u00bb, efficace et pr\u00e9cis, produit par un corps format\u00e9. Mais Romeu Runa est un danseur dont les capacit\u00e9s corporelles semblent sans limites. Parfois, lorsqu&rsquo;il danse, certains gestes laissent entrevoir sa virtuosit\u00e9. D&rsquo;un coup, il nous ram\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de ce corps qui danse l&rsquo;incapacit\u00e9 mais ne la subit pas. Ces instants furtifs attisent le plaisir du spectateur face \u00e0 la performance du danseur et r\u00e9sonnent en contradiction avec l&rsquo;ensemble du tableau esth\u00e9tique qui se veut incarn\u00e9. Quand Romeu Runa, dans une excitation proche du d\u00e9lire, empile les palettes pour b\u00e2tir une tribune d&rsquo;o\u00f9 il prononce un discours tout en borborygmes, les spectateurs oublient vite l&#8217;empathie et rient de bon c\u0153ur \u00e0 ses grimaces et ses contorsions. On est face \u00e0 un danseur, on est face \u00e0 un spectacle, la distance s&rsquo;installe. Cette contradiction entre le danseur et ce qu&rsquo;il semble vouloir dire est une sinuosit\u00e9 dans laquelle aurait pu se loger un parti pris fort. Elle semble plut\u00f4t laiss\u00e9e en suspend. Les deux artistes, \u00e9vitant de questionner le rapport complexe entre le dispositif esth\u00e9tique et la r\u00e9alit\u00e9 du spectacle et de son interpr\u00e8te, laissent de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;opportunit\u00e9 de donner \u00e0 cette proposition la puissance que la pratique chor\u00e9graphique de Romeu Runa et la ma\u00eetrise esth\u00e9tique de la mise en sc\u00e8ne aurait pu laisser esp\u00e9rer.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-648\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/w_120721_rdl_1505.jpg\" alt=\"w_120721_rdl_1505.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"427\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The old King est le fruit d&rsquo;une collaboration au long cours entre les deux artistes portugais Miguel Moreira et Romeu Runa. Miguel Moreira est un metteur en sc\u00e8ne qui travaille en particulier sur la question du corps. 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