


{"id":676,"date":"2012-07-19T17:30:00","date_gmt":"2012-07-19T15:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=676"},"modified":"2012-07-19T17:30:00","modified_gmt":"2012-07-19T15:30:00","slug":"anatomie-de-la-violence-1ere-partie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/anatomie-de-la-violence-1ere-partie\/","title":{"rendered":"Anatomie de la violence, 1\u00e8re partie"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Reconstruction. Reconstitution. Montage et d\u00e9montage de la m\u00e9moire. En escale \u00e0 l\u2019auditorium du Grand Avignon-Le-Pontet, le Mapa Teatro, dirig\u00e9 par Rolf et Heidi Abderhalden, est invit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en France, avec Los Santos Inocentes (Les Saints Innocents). C\u00e9l\u00e9bration douce am\u00e8re d\u2019une f\u00eate et d\u2019un massacre, entre fiction et r\u00e9alit\u00e9.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Dans la peau d\u2019un noir<\/em><br \/>\nLe Mapa Teatro, constitu\u00e9 de Rolf Abderhalden, de ses deux s\u0153urs Heidi et Elisabeth, est un laboratoire d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation transdisciplinaire \u00e0 Bogot\u00e1. Entre p\u00e9riodes de recherche, p\u00e9dagogie et cr\u00e9ation, les metteurs en sc\u00e8ne colombiens d\u2019origine suisse, d\u00e9veloppent une esth\u00e9tique qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 transgresser les fronti\u00e8res qui lui sont prescrites. Le Mapa Teatro g\u00e9n\u00e8re des processus d\u2019exp\u00e9rimentations artistiques ancr\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9 colombienne. Un \u00ab laboratoire de l\u2019imaginaire social \u00bb, une cartographie des arts vivants \u00e0 la crois\u00e9e du mythe, de l\u2019histoire et de l\u2019actualit\u00e9.<br \/>\nLe 28 d\u00e9cembre, c\u2019est le jour de la f\u00eate des Saints Innocents, un carnaval particulier en Am\u00e9rique latine, sorte de \u00ab poisson d\u2019avril \u00bb, o\u00f9 l\u2019on se fait des blagues, des farces. C\u2019est aussi l\u2019anniversaire d\u2019Heidi Abderhalden. Elle a d\u00e9cid\u00e9 de le f\u00eater dans une petite ville de la r\u00e9gion sud du Pacifique Colombien. \u00c0 Guapi, les hommes perp\u00e9tuent cette f\u00eate locale h\u00e9rit\u00e9e des esclaves originaires d\u2019Afrique. Un jeu de r\u00f4le, o\u00f9 l\u2019espace d\u2019une journ\u00e9e, les afrodescendants, travestis en femmes blanches et masqu\u00e9s, se faisaient fouetter par les membres de leur communaut\u00e9, renversant ainsi le rapport des ma\u00eetres et des esclaves, avant que chacun ne reprennent sa place. A l\u2019origine cette f\u00eate catholique \u00e9tait la comm\u00e9moration du massacre des enfants nouveau-n\u00e9s, perp\u00e9tr\u00e9 par H\u00e9rode \u00e0 Bethl\u00e9em. Aujourd\u2019hui, Heidi, une femme blanche, descend dans la rue pour filmer. La f\u00eate a chang\u00e9, les masques ressemblent davantage \u00e0 Halloween. On fouette toujours, longtemps, six heures durant. Elle aussi est fouett\u00e9e, \u00e9prouvant dans sa chair ce que peut vivre un noir dans cette soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 il reste soumis, rel\u00e9gu\u00e9 dans un monde \u00e0 part.<br \/>\n<em>Aujourd\u2019hui, c\u2019est mon anniversaire<\/em><br \/>\nSur l\u2019\u00e9cran en noir et blanc, Los Santos Inocentes se d\u00e9tache de la neige t\u00e9l\u00e9visuelle, au-dessus d\u2019un bar contrastant par l\u2019\u00e9clat des couleurs. Atmosph\u00e8re carib\u00e9enne qui tient d\u2019un Latino Bar tourn\u00e9 par Paul Leduc. Derri\u00e8re le voile, on devine des murs encombr\u00e9s de tissus multicolores, tout un fatras d\u2019objets. Un juke-box, des guirlandes, des cotillons et la date du 25 sur un calendrier. Le ventilateur tourne lentement, Heidi attend, poussant inutilement le ballon de baudruche rose descendant du plafond. Une musique lointaine, la radio. Un verre de vin. Le voile s\u2019ouvre et la sc\u00e8ne scintille. Genaro Torres, le musicien, tient dans ses mains le g\u00e2teau d\u2019anniversaire. Premier film. Cartographie d\u2019un trajet. Les images se superposent \u00e0 la f\u00eate, sans entretenir l\u2019attente d\u2019un \u00e9claircissement ult\u00e9rieur. Un homme raconte que les russes sont venus \u00e0 Timbiqu\u00ed pour l\u2019or. L\u2019\u00e9cho du souffle du ventilateur se couple avec les h\u00e9licopt\u00e8res. Le com\u00e9dien Juli\u00e1n D\u00edas regardent les images d\u00e9filer. C\u2019est le jour des Saints Innocents, c\u2019est l\u2019anniversaire d\u2019Heidi, la sc\u00e8ne est lumineuse. Pourtant un malaise gagne la f\u00eate, soudainement infiltr\u00e9e par l\u2019ennemi. Herbert Veloza, alias \u00ab HH \u00bb, qui incarne le pouvoir paramilitaire en Colombie, confesse les massacres auxquels il a particip\u00e9. Il y en a eu beaucoup, 3000 personnes. Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es dans le fleuve Cauca. En dix ann\u00e9es de lutte contre les gu\u00e9rillas d\u2019extr\u00eame gauche colombienne, plus d\u2019innocents que de coupables sont morts. On n\u2019annule pas la f\u00eate. Les com\u00e9diens masqu\u00e9s de cr\u00e8me de g\u00e2teau se tordent de rire, en \u00e9num\u00e9rant les diff\u00e9rents surnoms du chef paramilitaire.<br \/>\n<em>\u00ab Dernier avertissement \u00bb<\/em><br \/>\nL\u2019illusion et la r\u00e9alit\u00e9 se confondent, les s\u00e9quences vid\u00e9os se difractent. Montage et collage sur l\u2019\u00e9cran, sur le voile qui s\u2019est referm\u00e9, sur des coupures de journaux. Abandonn\u00e9s par les autorit\u00e9s, les habitants doivent faire face aux milices arm\u00e9es. Chaque jour, ils sont pers\u00e9cut\u00e9s, sans qu\u2019ils sachent pourquoi, les FARC s\u2019acharnent sur eux. \u00ab On vous a identifi\u00e9 \u00bb, \u00ab On demande pardon \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 des innocents y passe \u00bb disent-ils. Tout bascule, la d\u00e9construction s\u2019amplifie. La douce musique du marimba s\u2019est tue, et c\u00e8de la place \u00e0 une bande son oppressante. L\u2019extradition de \u00ab HH \u00bb alias le diable, se m\u00eale aux images brutales de ces hommes innocents qui courent, sous le coup des fouets. La police ragarde passive, alors que la foule scande : \u00ab Dehors les gu\u00e9rilleros, dehors, les paramilitaires ! \u00bb. La violence se donne comme exp\u00e9rience directe, en prise directe avec ce territoire de Colombie, o\u00f9 se concentre les forces paramilitaires.<br \/>\nLa sc\u00e8ne n\u2019est plus que la m\u00e9moire d\u2019un saccage, o\u00f9 les com\u00e9diens gisent enchev\u00eatr\u00e9s, reprenant leur souffle avant de reprendre de plus belle. Seul en sc\u00e8ne, Jul\u00edan s\u2019avance, le fouet claque sur le sol, \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Il frappe \u00e0 n\u2019en plus pouvoir. G\u00e9n\u00e9rique de fin, la longue liste de noms des victimes s\u2019\u00e9gr\u00e8ne.<br \/>\nT\u00e9moins de leur temps, Heidi et Rolf Abderhalden, prennent \u00e0 contre-pied la platitude et l\u2019uniformisation des langages. \u00ab C\u2019est la pens\u00e9e comme archive[[Gilles Deleuze, <em>Pourparlers<\/em>, Les \u00c9ditions de Minuit, 1990, p. 131.]]\u00bb. Le Mapa Teatro relie les fragments avec pr\u00e9cision. La trame complexe tiss\u00e9e entre ethno-histoire et po\u00e9tique, aborde la vie et la mort dans un \u00e9tat de tension permanente. Les documents et t\u00e9moignages authentiques de cette nouvelle forme de r\u00e9sistance civile ne sont pas sans rappeler Carlitos Medell\u00edn, le documentaire de Jean\u00e2\u20ac\u2018St\u00e9phane Sauvaire. Film tourn\u00e9 clandestinement, cam\u00e9ra au poing. D\u00e9di\u00e9 \u00e0 une jeunesse oubli\u00e9e d\u2019un quartier de Santo Domingo Savio. Comme le dit le sociologue Wolfgang Sofsky : \u00ab la violence absolue n\u2019a pas besoin de justification. Elle ne serait pas absolue si elle \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 des raisons[[Wolfgang Sofsky, <em>Trait\u00e9 de la violence<\/em>, Paris, Gallimard, 1998, p. 49.<br \/>\n]]\u00bb.<br \/>\nApr\u00e8s Los Santos Inocentes, le second volet intitul\u00e9 Discurso de un hombre decente, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au Spoken World Festival de Berlin en 2011. Il s\u2019inspire des discours de Pablo Emilio Escobar, c\u00e9l\u00e8bre baron de la drogue, abattu le 2 d\u00e9cembre 1993 \u00e0 Medell\u00edn. Le triptyque \u00ab Anatomie de la violence en Colombie \u00bb, sera donn\u00e9 int\u00e9gralement en 2013.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reconstruction. Reconstitution. Montage et d\u00e9montage de la m\u00e9moire. En escale \u00e0 l\u2019auditorium du Grand Avignon-Le-Pontet, le Mapa Teatro, dirig\u00e9 par Rolf et Heidi Abderhalden, est invit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en France, avec Los Santos Inocentes (Les Saints Innocents). C\u00e9l\u00e9bration douce am\u00e8re d\u2019une f\u00eate et d\u2019un massacre, entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. Dans la peau d\u2019un noir Le Mapa Teatro, constitu\u00e9 de Rolf Abderhalden, de ses deux s\u0153urs Heidi et Elisabeth, est un laboratoire d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation transdisciplinaire \u00e0 Bogot\u00e1.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-676","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/676","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=676"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=676"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}