


{"id":677,"date":"2012-07-18T17:29:00","date_gmt":"2012-07-18T15:29:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=677"},"modified":"2012-07-18T17:29:00","modified_gmt":"2012-07-18T15:29:00","slug":"rizzo-va-mezzo-puis-forte","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/rizzo-va-mezzo-puis-forte\/","title":{"rendered":"Rizzo va mezzo puis forte"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Au gymnase Saint-Joseph, Christian Rizzo et Kerem Gelebek proposent Sakinan Goze \u00c7op Batar. Une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de 50 minutes, une \u00e9nigme qui alerte le regard.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Philosopher, Danser.<\/em><br \/>\nAutour de ses cr\u00e9ations, Christian Rizzo d\u00e9veloppe, \u00e0 la marge des conf\u00e9rences de presse et des rendez-vous, une pens\u00e9e sur son travail qu\u2019il livre tel un philosophe du corps, du th\u00e9\u00e2tre et de la danse, pris dans les formes de l\u2019abstraction, de la figuration et de la narration. Ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est \u00ab l\u2019observation du r\u00e9el \u00bb. \u00ab Je scrute les rapports entre les gens, les micro-\u00e9v\u00e9nements qui surgissent au coin de la rue. Je m\u2019int\u00e9resse aux situations qu\u2019esquissent les corps dans les environnements les plus prosa\u00efques. Deux personnes qui s\u2019embrassent au rayon lessive d\u2019une grande surface peuvent soudain m\u00e9tamorphoser l\u2019atmosph\u00e8re des lieux. D\u2019autres clients du magasin s\u2019arr\u00eatent, les regardent. Le temps suspend son envol. Des br\u00e8ches s\u2019ouvrent dans le quotidien. De fa\u00e7on non-mim\u00e9tique et non psychologique, je m\u2019efforce de compl\u00e9ter ce que je puise au c\u0153ur du r\u00e9el \u00bb dit-il. Une mani\u00e8re pour lui de faire appara\u00eetre des situations que l\u2019on ne voit plus parce qu\u2019elles n\u2019ont a priori rien de spectaculaire. La sc\u00e8ne permet de recadrer les choses, d\u2019intensifier les pr\u00e9sences et de condenser les gestes pour lib\u00e9rer leurs charges \u00e9motionnelles. En Philosophe de la pr\u00e9sence, ce qui le guide, c\u2019est \u00ab L\u2019\u00e9nergie que les danseurs lib\u00e8rent et qui constitue l\u2019armature de toutes leurs actions. Il me semble important de mat\u00e9rialiser, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, ce rapport \u00e0 la production d\u2019\u00e9nergie, \u00e0 la \u00ab d\u00e9pense \u00bb comme dirait Georges Bataille. Une mani\u00e8re encore de douter dans un monde satur\u00e9 de convictions o\u00f9 l\u2019incertitude est toujours un moyen de mettre en mouvement, puisque le doute, comme il l\u2019\u00e9crit : \u00ab est une promesse de nouveaut\u00e9 \u00bb.<br \/>\nAvec Sakinan Goze \u00c7op Batar, n\u00e9 du d\u00e9sir de danser, Christian Rizzo a r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il ne d\u00e9sirait plus, finalement, \u00eatre sur sc\u00e8ne. S\u2019il dansait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 travers les danseurs qu\u2019il mettait en sc\u00e8ne \u2013 \u00ab Dans mes spectacles, je dis toujours \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb \u00e0 travers d\u2019autres personnes que moi. Mon individualit\u00e9 se fond dans la multiplicit\u00e9 sc\u00e9nique : les corps et les voix des danseurs mais aussi la musique, la lumi\u00e8re, le d\u00e9cor&#8230; Toutes mes pi\u00e8ces sont sous-tendues par une dramaturgie autobiographique, comme un fil conducteur qui, avec le temps, devient de plus en plus visible \u00bb \u2013, sa rencontre avec Kerem Gelebek, au CNDC d\u2019Angers, l\u2019inscrit dans une nouvelle d\u00e9marche de transmission. Moment o\u00f9 il l\u00e8gue sa recherche tout en en offrant la qu\u00eate. Instant o\u00f9 Rizzo et Gelebek forment un troisi\u00e8me o\u00f9 la danse est le territoire commun de la pens\u00e9e au point que Rizzo conservera le titre que lui a murmur\u00e9 Gelebek : \u00ab: \u00ab c\u2019est l\u2019\u0153il que tu prot\u00e8ges qui sera perfor\u00e9 \u00bb. Et Rizzo d\u2019ajouter, en commentant la traduction de ce dicton turc, souffl\u00e9 par le jeune exil\u00e9 : \u00ab Autrement dit, c\u2019est quand on se tient trop sur ses gardes que le pire finit par se produire. Cette formule a une valeur quasi-programmatique, elle s\u2019adresse au public comme un r\u00e9sum\u00e9 ou plut\u00f4t une condensation de mon esth\u00e9tique : regardez juste ce qui arrive et tout se passera bien \u00bb.<br \/>\nComplicit\u00e9 avou\u00e9e et travail commun, donc, que Christian Rizzo, non sans sourire, regarde comme le geste d\u2019un \u00ab solo par procuration \u00bb.<br \/>\nUn solo que Rizzo a construit et a pens\u00e9 comme une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes, \u00e0 la mani\u00e8re des arts graphiques : \u00e9tude pour un homme dans un coin, \u00e9tude pour homme avec une table, \u00e9tude pour homme avec une plante\u2026 Et que l\u2019histoire de Kerem Gelebek (qui a quitt\u00e9 son pays, la Turquie, pour venir danser en France et s\u2019installer \u00e0 Berlin, tient dans la proximit\u00e9 du th\u00e8me de l\u2019exil. \u00ab Mettre en sc\u00e8ne l\u2019exil qui n\u2019est pas tant g\u00e9ographique ou politique, qu\u2019existentiel \u00bb dit Christian Rizzo, en achevant \u00ab c\u2019est une sorte d\u2019exil \u00e0 soi-m\u00eame emprunt de m\u00e9lancolie \u00bb. Ou quand le geste de la transmission, celui du passeur d\u2019un d\u00e9sir, l\u00e8gue avec le don, une part de soi qui mutile la part qui reste.<br \/>\nDe Zarathoustra, de l\u2019alpiniste, et autres solitudes<br \/>\nCube vertical couleur bois sur plan horizontal. Au sommet, assis en surplomb du vide, un homme avec un sac \u00e0 dos qui tient de la silhouette de Ganz dans Les Ailes du d\u00e9sir de Wenders. Image d\u2019une solitude o\u00f9 le corps contemplant le vide, le regard, lui, est tourn\u00e9 vers les pens\u00e9es profondes et int\u00e9rieures. Figure de l\u2019alpiniste, encore, ou du randonneur qui, ayant gagn\u00e9 le point le plus haut d\u2019un espace qui l\u2019habitait et ayant pris le temps du point de vue, redescend bient\u00f4t le long de ce monolithe aux paroies lisses. Premi\u00e8re \u00e9tude qui s\u2019\u00e9tire au long d\u2019un son lointain souffl\u00e9 qui rappelle que les m\u00e9ditations et autres formes de la pens\u00e9e se tiennent hors d\u2019atteinte des espaces horizontaux satur\u00e9s. Etude augurale o\u00f9 l\u2019isolement, qui a pour compagnon l\u2019immobilit\u00e9, est un \u00e9tat autant qu\u2019un espace. Au geste lent qui aura ouvert ces tableaux insolites, l\u2019homme chamanique qu\u2019il est redevenu dispose alors quelques reliques au sol qui l\u2019accueille. Quelques cailloux en guise d\u2019osselet du hasard, quelques lettres rouges \u00e9crivent HERE (comment dire \u00ab ICI \u00bb a cr\u00e9\u00e9 un jour Rizzo), etc\u2026 La seconde \u00e9tude est l\u2019expansion de la premi\u00e8re. Elle en est la forme humble o\u00f9 le danseur s\u2019ex\u00e9cute en ralentissements soutenus. Et le son musical qui l\u2019accompagne ne fait entendre qu\u2019un doux bruit d\u2019avant la parole. Ce qui se dit, dans le geste, dans le son\u2026 est alors travaill\u00e9 par les \u00e9nergies dociles d\u2019un autre monde. Se substituera \u00e0 ces s\u00e9quences, une troisi\u00e8me \u00e9tude o\u00f9 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du mouvement, et l\u2019amplitude sonore s\u2019affirmeront. C\u2019est moins sans doute celle d\u2019une rupture que celle d\u2019une ouverture aux forces vives, aux esprits d\u00e9sengourdis\u2026 A la lenteur m\u00e9ditative succ\u00e8de ainsi un autre rythme qui est celui de la pens\u00e9e qui se met \u00e0 danser. L\u2019alpiniste pourrait \u00ab ici \u00bb et \u00ab maintenant \u00bb se confondre avec la figure de Zarathoustra : le danseur philosophe qu\u2019il \u00e9tait.<br \/>\nLe \u00ab danser \u00bb devient plus ferme, plus affirm\u00e9 sur le rythme grandissant de Here we are now, autour de la chaise renvers\u00e9e extraite de la boite, de la plante prot\u00e9g\u00e9e par un bonnet, du monolithe qui est devenu une table\u2026 et bient\u00f4t de THERE : l\u00e0, (ou HERE auquel Kerem a rajout\u00e9 un T). Au sol, les d\u00e9coupes lumi\u00e8res noires, sur fond sable, exigeraient que Gilles Deleuze, en expose la logique du sens. C\u2019est-\u00e0-dire en mod\u00e8le le r\u00e9gime sensible. Mais \u00e0 voir comment Kerem danse au-del\u00e0 du plan, cherchant dans les marges et l\u2019obscurit\u00e9 de quoi continuer \u00e0 \u00ab bouger \u00bb et \u00e0 danser, on se prend \u00e0 regarder ces formes g\u00e9om\u00e9triques comme des espaces qui ne peuvent \u00eatre occup\u00e9s. Comme si, ces formes noires invitaient \u00e0 penser d\u2019autres passages.<br \/>\n\u0152uvre non d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de sa r\u00e9sistance, et loin du souci de communication parce que l\u2019\u0153uvre n\u2019est que r\u00e9sistance et pas communication (plaidait Deleuze), Sakinan Goze \u00c7op Batar est construit sur le mode d\u2019une \u00e9nigme anatomique. A l\u2019endroit pr\u00e9cis d\u2019un corps inconnu o\u00f9 le geste est le conducteur du regard qui, d\u00e9plac\u00e9, saisit des instants de pr\u00e9sence, des nappes sensibles. Une entr\u00e9e, d\u2019une certaine mani\u00e8re, dans un atelier, une forge des sensations o\u00f9 l\u2019aura se tient en chaque image. Ou les choses vues, pour autant qu\u2019elles n\u2019ont plus de noms, n\u2019en demeurent pas moins des \u00e9tats sensibles que le regard, anti-chambre de la parole, saisit dans le silence qui est cet \u00e9tat tumultueux et doux de l\u2019esprit en travail.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au gymnase Saint-Joseph, Christian Rizzo et Kerem Gelebek proposent Sakinan Goze \u00c7op Batar. Une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de 50 minutes, une \u00e9nigme qui alerte le regard. Philosopher, Danser. Autour de ses cr\u00e9ations, Christian Rizzo d\u00e9veloppe, \u00e0 la marge des conf\u00e9rences de presse et des rendez-vous, une pens\u00e9e sur son travail qu\u2019il livre tel un philosophe du corps, du th\u00e9\u00e2tre et de la danse, pris dans les formes de l\u2019abstraction, de la figuration et de la narration. 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